Hey! Voici enfin la dernière partie de cet OS, j'espère qu'il vous aura plu :)
- L'univers de The100 ne m'appartient pas -
- The Night We Met :
LETTRE 7
De Clarke à son âme perdue
À l'Arche, université d'histoire, Chambre numéro 6, Dortoir 3
Je t'aime.
Voilà, c'est écrit, noir sur blanc, je t'aime à m'essouffler de peur.
L'amour est un sentiment bien stupide, je sais, pas besoin de me le rappeler. Je l'ai compris tout comme toi. Peut-être trop tard, j'y peux rien c'est juste arrivé. Ça n'aurait jamais dû arriver, sache-le. Je te hais pour cela. Mais j'y peux rien, je t'aime mon âme.
J'avais pensé quelque chose de similaire quand tu m'avais entraînée dans ton cœur.
J'avais aussi immédiatement pensé que habituellement, ce n'était pas sensible d'une bonté transcendante. Habituellement, je n'étais pas aussitôt envahi d'apaisement. Habituellement, tu n'étais pas une cavalière d'un soir, c'est vrai. Habituellement, je n'avais pas réellement le temps de me concentrer sur le tambourinement d'un être, je devais déjà m'occuper d'esquiver les pieds maladroits d'un autre. Tu n'étais pas aussi traître que Jasper. J'étais heureuse de l'apprendre mon âme.
La danse continuait.
And then I can tell myself
What the hell I'm supposed to do
And then I can tell myself
Not to ride along with you
J'aurais mieux fait d'écouter ce gars.
Je t'aime.
Ton souffle contre mon oreille m'en avait longuement dissuadé. J'avais souri dans ton cou. Je ne sais pas vraiment si un jour tu t'étais permise de l'apprendre, donc je tiens à te le dire maintenant : j'avais souri d'un bonheur sans pareil, d'un bonheur souverain même, merci Chère âme.
L'espace autour de nous s'était estompé. Les plus déchirés traînaient aux alentours de ce qu'ils pensaient être les toilettes – mais qui, finalement, s'était trouvée être la chambre de mes parents-, les jeunes qui n'étaient pas en couple et qui désespéraient impuissant de trouver l'amour avait fini par conquérir dans un élan de courage, les bouteilles presque vides. Il ne restait plus que des couples, et un amour.
Le nôtre, si tu souhaites ma précision infaillible.
Mes mains tremblantes maintenaient ton corps bouillonnant contre le mien. J'avais peut-être peur que tu ne disparaisses de mon esprit, ou peut-être que je voulais simplement vaincre ce pré-sentiment angoissant. Ou/et je ne voulais juste pas que tu t'évapores, pas si vite, me répétais-je. J'étais bien conne. Je t'aimais trop violemment pour être encore saine d'esprit. Toi, tu m'aimais tout autant.
Tu continuais ton susurre mortel.
I had all and then most of you, some and now none of you
Take me back to the night we met
I don't know what I'm supposed to do, haunted by the ghost of you
Oh take me back to the night we met
J'étais véritablement et purement tombée amoureuse de toi en cet instant, plus aucun doutes n'avaient alors osés se dresser dans mon coeur affolé. J'avais tellement compris, je t'aimais vraiment. Notre amour était donc né sous des étoiles contraires.
L'instant est douloureux mais prodigieux à rappeler. Toutes les secondes, je le ressens aujourd'hui.
Une flèche empoissonnée, deux cœurs transpercés dans un laps de temps identique. Je m'en veux encore de t'aimer.
À l'entrée fracassante suit la douleur immonde et dévastatrice qui vous glace le sang. Vous n'y croyez pas, je n'y croyais pas. La douleur laisse place à une petite voix insupportable qui vous trahit aussi vite que la catastrophe imminente. Une douleur de bonheur en soi. Vous sentez alors la fameuse flèche s'enfoncer lentement, presque fièrement. Vous vous laissez emporter dans une panique soudaine. Vous comprenez.
Si elle reste encrée, tout va bien. Vous aimez. Si par malheurs, elle s'arrache…
Mais tout allait bien, elle ne bougeait pas, je t'aimais. Tu m'aimais, je pouvais le discernais dans le simple appel de ta cage thoracique.
When the night was full of terror
And your eyes were filled with tears
When you had not touched me yet
Oh take me back to the night we met
La chanson allait toucher à sa fin, je le percevais dans ton pas devenu limpidement lent. La peur m'attendait comme près du piano. Alors sans réellement comprendre, j'avais décidé de mon destin. Et tu m'avais suivi dans cette folie en t'écartant précautionneusement de quelques centimètres. Suffisamment, pour que je puisse sentir tes pupilles s'écarteler d'une impatience inhabituelle.
On se souriait. On savait pertinemment ce qui allait arriver. On était heureuse de pouvoir enfin le vivre, on était bien heureuse de le partager cet amour, on était heureuse d'avoir enfin compris de quoi il s'agissait depuis le début. Notre relation avait toujours été si différente de toutes les autres.
Ce baiser pouvait donc en témoigner, merci mon âme.
I had all and then most of you, some and now none of you
Take me back to the night we met
I don't know what I'm supposed to do, haunted by the ghost of you
Oh take me back to the night we met
Tes yeux lumineux braqués sur les miens, j'en étais tellement fière, heureuse. Je me sentais vivante, sûrement. Puis, tu les as baissés, commençant imperceptiblement à ta mordiller la lèvre intérieure. Je ne te mentirais pas en t'avouant que cela m'a fait peur. Avec Jasper c'était vibrant d'excitation et d'impatience mal cachée. Avec toi, c'était merveilleux, naturel et doux.
J'avais posé une main sur ta joue droite pendant que les nuages s'effilochaient dans le ciel et que la lune brillait au travers. J'avais ouvert les yeux, comme pour me rendre compte d'une réalité bien trop souvent rêvée. Tu étais avec moi, j'étais avec toi. C'était vrai. De plus près, ta peau était blanche comme neige, tes cheveux étaient de l'ambre pure, soulignant ton visage avec une passion telle, que j'aurais pu en rougir. Je suppose bien aujourd'hui que nous n'étions pas les premières à tomber amoureuse sur cette musique.
C'était notre premier baisé.
Tu avais fini par tanguer sur un côté, ouvrant brusquement les yeux, tu t'étais raccrochée à ma nuque. Je t'avais maintenu calmement, voire joueuse dans mes bras. Je rigolais dans notre passion. Tu m'avais juste mordillé la lèvre en terme de vengeance. C'était une sorte de supplice également merveilleux.
Oh take me back to the night we met.
Une autre chanson prenait place. Un autre baisé s'insinuait dans nos veines sur un tempo bien plus marqué qu'auparavant. Je t'aimais, toi aussi. Qu'aurais-je bien plus supplié de plus ?
J'aurais pu supplier n'importe qui en vérité…
À ton être, à ton âme, à notre premier baisé, je t'aime.
De Polis, le 29 novembre 2012.
LETTRE 8
De Clarke à son âme
À l'Arche, université d'histoire, Chambre numéro 6, Dortoir 3
J'ai quitté mon école.
Cette nouvelle doit sûrement te surprendre. Je me surprend moi-même à te l'écrire car ici, à l'appartement, les autres n'en ont toujours pas connaissance. Je ne sais pas encore comment leur annoncer cela, mais j'ai une bonne raison. Laisse-moi t'expliquer. J'ai passé des dizaines d'auditions, et j'ai été retenu dans celle qui me tenais le plus à cœur : Roméo et Juliette. Après une semaine de débat et d'auditions supplémentaire, ils m'ont donné le rôle de Juliette. Il n'y aucune certitude quant à la réussite de cette pièce. Elle revisite de façon... particulière la véritable oeuvre.
Je ne pouvais pas concilier cours et théâtre. J'ai fait un choix risqué, je sais, mais l'espoir fait vivre.
Pour l'instant, je prétends être malade, une petite angine. Bellamy ne se doute de rien, Raven s'en souci peu. Finn m'envoie toujours des messages, mais je ne réponds plus, j'en ai plus vraiment la force. Je préfère te répondre.
Ton premier semestre va bientôt se terminer et j'ai cru comprendre que tu étais dans les premiers de l'école. Je suis si fière de toi mon âme. Aussi fière que le soir où tu as accepté de garder ta main dans la mienne pour sortir un peu dehors, aux alentours de minuit, le 20 juin 2012. J'avais longtemps hésité à faire ma soirée sur le terrain, mais la météo m'en avait dissuadé. J'étais soudainement heureuse.
Debout, ta main dans la mienne, tu m'avais désigné le ciel, souriante à t'en décrocher la mâchoire.
J'avais pensé te dire que tu étais belle sous ce ciel fatigué et menaçant, mais je n'avais rien dit, trop subjugué par les premières gouttes d'eau sifflant l'air autour de nous.
Tu m'entraînais, enjouée, à ta suite pour t'arrêter brusquement en plein milieu de mon allée. L'herbe auparavant verte était alors d'un noir d'encre, ton visage aussi doux et harmonieux que le ciel. Je pouvais discerner sans une faute précise l'eau crépité sur nos peaux, je peux toujours l'entendre dans mes rêves.
« J'ai embrassé Clarke Griffin ! J'ai embrassée une étoile ! » Criais-tu alors que je tentais simplement de ne pas tomber.
Tu avais peut-être un peu trop bu pour crier cette information aussi fort, mais j'appréciais cet usage de l'alcool dans ton organisme. J'étais tellement heureuse de t'entendre crier, rire… Je t'aimais d'autant plus.
Sous la pluie, à cet instant précis, tu semblais rayonner. Moi, j'étais simplement figée, les bras ballants, mon rire s'évaporant. Une fossette s'était creusée sur ton visage aux yeux clos. Tes cheveux étaient détachés et en bataille, certains se collant à ton front. J'avais été tellement occupée à te dévisager que je n'avais prêté aucune attention à ta main dans la mienne, de nouveau.
Je te dévoile une nouvelle fois un secret certain : même aujourd'hui, enfermée dans ma chambre, je ne comprends toujours pas ce qui m'a prit. Mais j'en suis fière.
Lentement et portée par l'ambiance, j'avais dompté un courage inconnu en laissant mon index se balader sur ton visage. J'avais pris mon temps pour en esquisser les contours, je les connais par cœur à présent.
Tu m'avais soudainement saisi par l'épaule.
« Regarde ! »
J'avais manqué la chute de Monty dans ma maison, mais je pouvais toujours discerner par la fenêtre de la cuisine Gaia l'engueuler. Toi, tu rigolais à ce constat. Je te suivais s'en vraiment me rendre compte de notre soudaine proximité.
Tu avais fini par m'étreindre, j'acceptais avec passion cette initiative, te soutenant dans tes pas chancelants. Mais cela ne semblait pas te suffire, ce n'était pas assez pour nous deux. Tu nouais solidement tes mains autour de mon cou – je ne comprenais pas -, et tu m'escaladais alors. Dans un soubresaut, j'avais failli nous faire chuter, mais par je ne sais quelle magie, j'avais tenu. Tu refermais solidement tes jambes autour de mes hanches.
« C'est fantastique ! » T'écrias-tu encore le visage tourné au ciel.
Ce fut une sorte de déluge quand l'averse s'intensifia. J'acceptais tout en venant t'embrasser dans une frénésie envieuse de ta passion. Tu me répondais dans ce même élan, souriante et joueuse. Je t'aimais encore un peu plus.
Tu avais mis fin à cette passion en t'écartant de quelques centimètres.
« J'ai quelque chose à te dire. »
Tu parlais à voix basse, j'étais soudainement perdue dans ton observation.
« Quoi ? »
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, mais j'ai la certitude que mon cœur a commencé à se fendre à cet instant. Ce n'était peut-être qu'une connerie, qu'une franche partie de rigolade, et que, en vérité, tout ça n'était qu'un jeu pour toi. J'étais stupide, excuse-moi pour cela.
« Je t'aime, peut-être trop, mais je t'aime. »
Oui, j'avais pleuré. Tu m'avais de nouveau embrassée. Je t'avais doucement reposé. Et de nouveau embrassée. J'aurais dû te retenir plus longtemps mon âme. J'aurais t'embrasser à en perdre des doses conséquentes d'oxygène en plus, j'aurais dû éviter à Aden de nous séparer en ricanant.
Tu m'avais fait la bise, comme soudainement timide, le blondinet dans ton dos, t'attendant.
« Je vais devoir y aller. »
Je t'ai encore embrassée avant de te laisser t'écarter définitivement, cependant, ma main, prise d'une soudaine panique n'osait pas s'enfuir de la tienne. Ton pouce avait joué quelques secondes avec ma paume.
« Ma mère risque de me tuer si je ne rentre pas à l'heure qu'elle m'a donnée ! »
J'ai rigolé en ta compagnie. Aden entrait dans sa voiture non loin, je pouvais entendre la porte claquer. Je le détestais pour cela. Mais comment pouvais-je lui en vouloir ? Quand j'y repense aujourd'hui, je sais parfaitement que ce n'était pas sa faute. Le seul garçon sobre. Je l'entendais siffloter. Toi, tu me fixais, les cheveux trempés, les yeux papillonnant et la peau frémissante. Je t'avais donné ma veste en jean. Tu m'avais embrassée de la manière la plus tendre tout en relâchant ma main.
Grimpante d'une démarche toujours aussi féline et naturelle dans sa voiture, tu m'avais regardé une dernière fois. Je t'aimais. Tu m'aimais. Je le voyais dans ce regard d'ambre aux reflets émeraude. Nous avions de nombreuses heures heureuses devant nous.
Je t'aime mon âme, tu le sais tout aussi bien que moi.
Mais avant que je ne te laisse à tes réflexions ma chère, je souhaiterais savoir une chose : ta mère, t'aurait-elle tuée pour ton retard ou aurait-elle laissé le destin s'en occuper ?
Pourquoi m'avoir fait ça ?
Je t'ai emprunté le temps d'une nuit, je t'ai eu le temps d'une soirée, je souhaite à présent te garder pour l'éternité, ma terrible et douloureuse âme-sœur.
De Polis, le 5 décembre 2012.
LETTRE 9
De Clarke à son âme
À l'Arche, université d'histoire, Chambre numéro 6, dortoir 3
Je me suis réveillée dans une sueur froide, dans un embryon de dévastation et dans une peur incontrôlable. Je ne sais pas vraiment ce qu'il s'est passé, ou peut-être que si, j'en sais foutrement rien… Bordel.
Il est bientôt cinq heures du matin, dehors, il pleut. Polis peut avoir ces désavantages parfois, mais je m'y plais un peu.
Maintenant, je t'écris après bientôt un mois d'absence, je suis indigne de toi.
Alors je m'excuse avec le coeur le plus pur pour ce mois sans nouvelles. Comprends-moi mon âme, je n'ai pas eu un seul instant à moi, je dois constamment m'entraîner, danser, courir, jouer la comédie devant un metteur en scène exécrable, mais qui croit sûrement dans ce que les autres nomme mon talent. Je donne tout ce que j'ai pour réussir, je vends mon esprit au plus offrant pour te rendre fière.
Enfin bref. Il faut que je t'informe que Bellamy m'a giflé avant de me prendre dans ses bras quand je lui ai annoncé que je quittais l'école. Raven a haussé un sourcil avant de soupirer et de me prendre à son tour dans les bras. Un effort inconfortable pour elle, je te l'assure.
Je crois savoir ce qui ne va pas dans la vie que je mène, enfin : tu me manques.
La seule chose que j'oserais te soumettre à présent, ce sont mes restes de sentiments. Sache que si j'avais encore un coeur, je le laisserais continuellement compresser le tien. Tu me l'as arraché, souviens-toi si tu le peux. Force toi si tu en as envie, mais je t'en supplie, souviens-toi de cette tragédie.
Moi, je n'aime pas tant que ça m'en souvenir, tu sais ? Bien sûr que tu en as conscience… Je te hais pour cela. Je te hais, un peu, juste suffisamment pour t'aimer encore plus. Illogique comme toujours.
Illogique comme le froid frappant mon épiderme brouillée de ton absence. J'étais restée une bonne dizaine de minutes sous la pluie, les bras ballants et un sourire placardé sur le visage. J'espérais peut-être apercevoir Roan faire demi-tour pour que tu viennes te jeter dans mes bras, encore une dernière fois. J'avais espéré, longtemps, et j'avais éternué. Je venais tout juste de choper un rhume, je devais retourner à l'intérieur.
Monty avait fini par s'endormir sur la table de ma cuisine, Gaia rigolait en lui dessinant des choses sur le visage, Bellamy filmait, Murphy mangeait des chips. Il restait quelques jeunes dans mon salon, dansant fièrement sur une chanson sans paroles. Jasper ronflait tranquillement sur mon canapé, Raven embrassait de manière incontrôlable sa petite-amie, je rougissais en grimpant les marches. Je n'avais plus la force de tenir debout, de toute façon, le désastre du salon était déjà pitoyable, alors à quoi bon tenter de le réparer ? J'hésitais entre éclater d'une joie inconsolable ou me fondre dans un mutisme sourd en pensant à mes parent, rentrant le lendemain matin à dix heures pile. Pas d'avance ni de retard. J'étais dans ce que tu pouvais appeler un « Précipice sans fond connu… Enfin un beau merdier quoi. »
J'étais dans un beau merdier.
J'avais froid. Je pensais que tu devais être au chaud dans ma veste. Je me consolais en fermant les yeux. Je me confortais en te revoyant dans ta robe, souriante comme jamais auparavant. Je t'aimais à distance, imaginant nos retrouvailles du lendemain après-midi – j'espérais secrètement que tu me rendrais, toujours souriante à tant décrocher la mâchoire, ma veste en jean. Je me promettais de t'embrasser de nouveau.
Rien ne s'était passé comme prévue, tu m'avais toujours dit que dans la vie, rien ne se passe jamais comme prévue. Je te hais. Pourquoi ? Dis-moi donc pourquoi ?
Je ne sais plus exactement comment mon réveil s'est passé, dans mes souvenirs, c'est une main mordante de froid qui me ramène, dans la réalité, il s'agirait plus d'une main paniquée. Je n'ai qu'une certitude honteuse : j'aurais tout donner pour ne jamais revenir.
Gaia Pleurait. Bellamy peinait à garder son calme. Jasper ronflait toujours dans le salon. Monty était au télé les autres jeunes avaient fuient. J'entendais Raven frapper des objets au hasard, Anya la suppliant de se calmer.
J'avais mal au crâne, mais je souriais en repensant à notre danse. Je fronçais les sourcils en me levant.
« C'est-c'est, Lexa. » Qu'elle m'avait dit avant de fondre une nouvelle fois en larmes.
Bellamy l'a encerclé, comme pour la protégée, mais il était aussi fêlé qu'elle en cet instant.
J'avais mal au crâne.
J'avais fermé les yeux.
Je ne pouvais pas tomber. Toi non plus. Nous étions invincibles. J'avais les lignes inscrites dans mon crâne démolit, rien ne pouvait me blesser les yeux fermés. Rien ne pouvait m'atteindre à part les battements de ton cœur peut-être. La première chose censée, la première foutue chose censée qui avait décidé de me briser était la suivante : je te hais du plus profond de mon être.
Rien ne pouvait me blesser quand j'avais les yeux fermés.
Rien ne me blesserait, j'aurais les yeux fermés. Toi aussi.
Je voulais juste passer du temps avec toi. Tu ne le souhaitais plus maintenant.
Je te hais tellement.
Je te hais toujours mon âme pour ton acte.
Mes parents sont arrivés une demi-heure plus tard. Ils ne m'ont pas engueulé, au contraire, ils m'ont pris dans leur bras. Je gardais les sourcils froncés, le regard dans le vide, fixant la cour vide de ta présence et de ta robe trempée.
Tu me manquais soudainement.
Tout me revenait par saccade de flash brûlant, dévastateur.
Je pensais juste que tu étais parti, loin… Polis, tu avais toujours rêvée d'y aller. Tu étais parti là-bas, sans moi. Mes parent m'avaient forcée à m'asseoir. Je gardais mon cœur fermé, mon esprit fermé, mon âme emprisonnée avec la tienne.
« C'est Lexa, Clarke, avait dit papa, déposant une main sur mon épaule. C'est… Clarke, c'est Lexa. Et Aden. »
J'étais un robot.
Je crois que c'est à cet instant que j'avais remarqué que tout le monde avait quitté les lieux, même Jasper qui avait pour habitude de rester dormir dans le canapé toute l'après-midi. D'ailleurs, ça ne m'étonne pas que je me souvienne encore de cela : dans ce genre de moment, on voit tout et on retient tout. Je le sais d'expérience maintenant. J'aurais préféré ne pas le savoir, c'est vrai, tu as raison.
J'avais entrouvert un œil.
« Elle est blessée ? C'est grave ? »
Je n'avais même pas pensé à Aden, non, je n'avais que ton prénom, que ton corps, que ton humour en tête. Je n'avais pas laissé le temps à mon père de répondre : « Elle est à St-Jame's ? Oui, sûrement, c'est l'hôpital le plus proche. On devrait déjà être parti ! »
Oui, St-James était bien l'hôpital le plus proche de notre ancien quartier, mais bien entendu, ce n'était pas là-bas que tu souhaitais m'amener…
« Ma puce… c'était la voix de maman cette fois, j'avais compris que c'était grave. Tu dois te préparer à un terrible choc. »
Elle m'avait prise l'autre épaule, délicatement. Mes yeux brûlaient déjà.
« C'est si grave que ça maman ? Elle est gravement blessée ? »
C'était bien la première fois que je la voyais à la limite de pleurer. J'avais ouvert les yeux, éblouis, piégée dans les phares d'une voiture sans frein.
« Ton amie est morte, Clarke. Je suis tellement désolé. »
Elle était désolée. Simplement désolée.
Les deux m'avaient lâchée les épaules.
« Non, elle n'est pas morte. » j'en étais si convaincue.
En y repensant, je possédais la voix d'une personne énonçant un fait brut, véridique et sans fausseté. Je n'avais jamais était certaine de toute ma vie mon âme, je te le jures à genoux avec toute la vie que je possède toujours.
Je m'étais levée, mécaniquement avant de m'approcher du mur qui faisait face à l'entrée. J'y avais posé mon front, tournant le dos à mes parent.
« Non. »
Je m'étais frappé la tête, assez fort pour faire trembler une image de moi enfant, une guitare à la main. « Non. » J'avais de nouveau frappé ce putain de mur. Le cadre s'était décroché.
Le bras qu'avait attrapé papa était mou, comme désarticulé.
« Clarke, ne fais pas ça. »
J'avais de nouveau cogné. « Non. » et encore « Non ! »
Ils m'ont tout les deux écartée du mur pour me prendre dans leur bras. La marque rouge qui barrait mon front suintait d'une colère sourde et d'une tristesse nouvelle. Je te hais.
Si tu veux mon avis, j'aurai dû refuser. Mais j'ai accepté de les suivre, pour moi, ça ne pouvait pas être vrai. Non.
Non.
Non.
J'avais toujours aimée les fleurs, mais ce matin-là, leur odeur me dégoûtait avec un tel soin que j'aurais pu vomir mes tripes sur la moquette rouges. Je me souviendrais toujours de la musique d'orgue, pas plus haute que ton murmure. La pièce était emplie de quelques personnes, dont notre groupe. Ta mère était au fond de la pièce, avec son ex-mari. C'était bien la première fois que je les voyais dans les bras l'un de l'autre. J'avais compris, enfin, la gravité de la situation. « Non. »
« Je veux la voir, maintenant.
- Non, Clarke, pas encore, m'avait répondu papa. Il faut qu'on attendre encore un peu… Juste le temps qu'ils la rendent présenta… »
Je savais ce qu'il allait dire. Maman lui avait frappée l'épaule pour le faire taire.
J'avais traversé le salon de présentation, où une vieille dame attendait sa dernière apparition publique dans un cercueil d'acajou. Ce n'était pas réel, non, ça ne l'était pas. Cela ne pouvait pas l'être. Mon front me faisait souffrir. Je savais où j'allais, je sentais ton âme me supplier de me stopper. Mes parent s'étaient précipités à ma suite, accompagnés de Raven.
Mon cri avait résonné. Jamais, jamais je ne m'étais pensé capable de produire ce genre de son strident, glaçant. On aurait dit le vent qui hurle dehors pendant les tempêtes d'hiver. Mais en cent fois pire. C'était ce qui ressemblait le plus à un hurlement de damnée, c'était ce qui ressemble le plus à la perte d'une âme-sœur si tu veux mon avis.
J'ai froid. Aide-moi…
Je ne sais toujours pas par quel moyen je l'ai su, mais à Arkadia, un accident de voiture n'est rien d'autre qu'un murmure entre petites vieilles au supermarché du coin.
À à peine cinq kilomètres de ma petite fête se trouvait un vieux fermier du nom de George Barton. Il sortait de son champ, une remorque emplit de maïs attachée à son vieux tracteur. Il venait tout juste de terminer d'ensiler son champ, l'ensileuse était arrêtée au milieu du champ. Il était célibataire, gentil et surtout « pépileptique » comme il aimait souvent me le dire quand je le croisais dans les tribunes du stade. Même si, s'empressait-il toujours de rajouter, le Docteur lui avait prescrit des pilules parfaites pour prévenir ses crises.
Peut-être bien que ces pilules étaient parfaites, peut-être bien qu'aujourd'hui encore, j'ai la terrible envie de le frapper… Enfin bref, toujours est-il qu'il avait fait une crise au volant de son vieux tracteur ce jour-là.
Le virage que Roan avait emprunté était serré, traître et qui avait déjà été le théâtre d'accident mortel.
Il ne le savait pas, il venait tout juste d'emménager en ville. Toi, tu lui faisais confiance, serrant – peut-être – ma veste en jean dans tes doigts de porcelaine.
Tu avais serrée si fort ma veste que, quand je t'avais revu, la seule chose que tu semblais gardé à cœur de protégé était cette putain de veste. Il te manquait un bras. Toute ta beauté avait été arrachée en un instant. Bordel, c'est tellement fragile, la beauté…
Je t'aime.
Et, j'aimerais te faire part de quelque chose maintenant : tu sais, j'ai connu cette douleur. Celle qui te bousille l'âme, qui t'irradie d'une mort cérébrale, celle qui t'abandonne. Seule. Au milieu des autres, au milieu de rien, perdue. J'ai ressenti la flèche, s'extirper dans un craquas soudain. Le sang, la peur. Ces deux choses se sont mélangeait avant de couler le long de mon corps. La pointe s'était alors retirée aussi vite qu'elle n'était pas entrée, au centre d'un cœur en manque d'un quelque-chose.
Tu me manquais à l'instant même où j'avais entendu Gaia marmonner ton prénom en pleure, dans ma petite chambre à l'étoile d'or.
Tu m'avais décroché le cœur.
Je t'ai par la suite insulté d'hypocrite. Comment pouvais-tu, comment osais-tu m'abandonner à nouveau. Je n'y croyais qu'à moitié, parfois pas du tout, parfois beaucoup trop. Mais sache que, dans une frénésie stupide, je t'ai insultée, d'hypocrite, de menteuse, de sale garce froide et sans foutu cœur, de monstre antipathique… de bien trop de surnoms immondes qui me dégoûtent encore aujourd'hui. Ils me hantent eux aussi.
Mais comment avais-tu simplement eu l'idée de m'abandonner loin d'une âme jumelle ? Hypocrite que tu pouvais être. Hypocrite que je peux encore être de t'aimer.
Putain que je t'aime, putain que tu me manques. Je te hais, sincèrement et purement, je te hais.
Je te hais.
JE TE HAIS.
« LEXA, JE TE HAIS DE M'AVOIR ABANDONNÉE ! »
Mais je t'aime et te pardonne de cela, car, dans un sens, ce n'était pas ta faute.
Alors sache mon âme sœur que je t'aimerais encore quand j'expirerais, mais dernières bouffées d'air sur mon lit de mort, sache que je ne peux penser à l'idée d'aller quelque part d'autre, cela m'est insupportable par bien des moyens… je t'aime tellement, pourquoi… pourquoi m'avoir fait ça… je t'en supplie.
Je t'en supplie, explique-moi, bordel explique moi !
JE T'AIME… et je te hais. Je t'aime. Je t'aime.
Tu me manques.
À mon âme nommée Alexandria Wood. Tu me manques du matin au soir, dans un sommeil profond comme en pleine représentation. Tu me manques. Ma première au théâtre, ce soir, je te la dédicacerai avec un cœur d'ange éteinte. Les prochaines, je te les offrirais éternellement.
Oh, et… je t'ai réservé une place, au premier rang, au siège numéro vingt. Celui du milieu, celui du centre. Tu sais, celui que tu m'avais promis d'occuper lors de ma grande première. J'espère t'y voir. Je l'ai réservé pour l'année.
Je te laisse enfin tranquille, Lexa.
Je t'aime, à ce soir, repose en paix mon âme.
De Polis, le 12 décembre 2012.
