Après avoir prit le métro, il avait marché doucement vers son appartement. Il faisait chaud, et les vêtements qu'il avait endossé le matin n'aidaient pas à tempérer son corps, bien au contraire.
C'était toujours pareil en ces débuts d'année scolaire, toujours ce même temps brulant qui étouffait sa peau et ses os, toujours cet élan d'enthousiasme chez les gens qui l'entouraient, et cet ennui général contre lequel il combattait.
Il essayait pourtant de dépasser cet état, il scrutait chaque chose et surtout chaque personne qu'il côtoyait, ne connaissant pas d'occupation plus simple et paradoxalement si intéressante.
Il analysait les gens en essayant non pas de les comprendre, mais de savoir, simplement savoir, parce que cela lui évitait d'être dans une situation comme celle qui s'était déroulée il y a quelques heures. Une incompréhension totale à la vue de l'émotion ou de la réaction particulière de quelqu'un.
Être dans une incompréhension partielle, ne pas être sûr, avoir des doutes, ce n'était pas un problème pour lui, il trouvait ça tout a fait humain. Mais ne rien comprendre du tout -surtout chez quelqu'un- était insupportable voir invivable. Ça le mettait en rogne, ça le déprimait.
Voilà pourquoi à ce moment là, alors qu'il élançait précipitamment ses fines jambes devant lui ne une marche préssée, il était énervé. Et il avait bien l'intention de demander son du au jeune homme aux cheveux blancs.
Il devait savoir. Juste comme ça. Parce que c'était important. C'est tout.
Et il le ferait! C'est sûr qu'il le ferait! Pour avoir la conscience tranquille... Et pour comprendre! Enfin non, pour savoir...
Ses idées s'embrouillaient.
Heureusement il était arrivé à son logement et allait pourvoir se reposer un peu. Il comportait quatre pièces, salle de bain et toilette comptées. L'une des deux autres était assez grande pour pouvoir y faire à manger, y regarder la télé -avec un vieux modèle en fin de vie- et y inviter des gens à prendre un verre.
L'autre en revanche était assez petite pour qu'il n'ai à faire qu'un seul pas avant de se jeter sur son lit.
Il y avait une petite armoire en bois qui grinçait pour un rien, et une table de nuit sur laquelle était posé un réveil matin.
Kageyama se rendit directement vers son couchoir pour se reposer un moment, et il s'y endormit malencontreusement.
Un enfant courrait entre les grands arbres dont les feuilles dansaient au gré du vent. Le soleil quant à lui, éclairait trop fortement la nature et son corps frêle et blanchâtre, alors que son rire strident résonnait entre les longues herbes des larges plaines qu'il traversait.
Derrière lui se tenait un autre garçon. Ce dernier avait chaud, enfin, pas que l'autre n'avait pas chaud, mais disons que le deuxième était plus sensible aux fortes températures.
C'était Kageyama Tobio, et il se hâtait difficilement vers cet ami bien trop énergique.
Ce jour là celui qu'il surnommait ''Anata'' et qu'il essayait de rattraper avait les cheveux bruns.
Cette image verdoyante se changea brusquement pour laisser place à un visage en larme.
Toujours le même brun.
«Tout est de ta faute! Ça aurait pu très bien se passer. Pourquoi? Je ne veux pas recommencer. Non! Criait-il en frappant le sol de sa main égratignée -ensanglantée-»
Kageyama démuni était à ses côtés, il était entouré par plusieurs autres enfants qui ne bougeaient pas non plus, et qui pleuraient eux aussi.
Il se réveilla en sursaut, baignant dans la sueur que son corps crispé et déboussolé avait engendré. Il n'avait aucun souvenir de son rêve, mais il sentait tout de même une culpabilité grandir en lui. Il ne savait pas d'où elle venait, mais il agrippa son cœur comme pour l'effacer. Il grimaçait de colère. Il se leva ensuite pour prendre une douche.
Sa poigne qui serrait la savonnette, tremblait encore un peu, et l'eau qui longeait les courbes de ses muscles ne l'aidait qu'à moitié à se calmer. On aurait dit qu'elle était le porte parole d'une voix d'enfant déchirée qui hurlait de douleur:
"ça va recommencer".
Mais le solitaire n'y fit pas attention. Car pour lui il n'y avait là qu'un bourdonnement incertain, et ce qui était partiellement comprit ne l'intéressait pas.
Il ne s'intéressait qu'à ce qu'il ne comprenait pas du tout ou à l'inverse qu'à ce qu'il comprenait parfaitement.
Du moins cette fois là il préféra laisser ses incertitudes de côté, ça l'arrangeait certainement.
Il était vingt et une heure quand finalement il décida à sortir de chez lui pour prendre l'air.
''J'ai pas beaucoup dormi'' pensa-t-il en se dirigeant vers la porte d'entrée...
Dehors la lune illuminait la nuit, les étoiles étaient visibles et Kageyama s'amusait à en chercher certaines, qu'il ne trouvait pas évidement.
Il ne les trouvait jamais.
Il vagabonda un long moment avant d'atteindre enfin un lieu animé, il s'agissait d'un barre qui dégageait une ambiance de vieille époque. Elle restait sympathique.
Puisqu'il avait emménagé dans la ville il y a peu il n'avait pas eu le temps de s'approprier les alentours. Il fallait pourtant qu'il apprenne où trouver des magasins pour se nourrir, s'habiller, et surtout, il fallait qu'il trouve un endroit où faire du sport, c'était devenu essentiel pour lui.
Il entra dans le lieu à boisson en énonçant des formules de politesse aux deux trois personnes présentes, et s'assit sur un siège un peu à l'écart mais près du comptoir, parce que c'était ici que les chaises semblaient le plus confortables.
Le barman lui sourit, c'était un homme agé assez grand et musclé. Il s'était approché pour prendre la commande.
«Vous désirez?
-Si possible... de l'eau.»
Le visage de l'âgé s'adoucit un peu plus, ce qui rassura Kageyama. Il était conscient que l'endroit était mal choisit pour boire: de l'eau. C'était déplacé de ne commander que cela.
«Je vous apporte ça tout de suite»
Il le remercia d'un entrain gêné qui n'était pas son genre quand on posa le verre accompagné de biscuits salés devant lui. L'homme marmonna un ''c'est gratuit pour vous'', et partit s'occuper de la vaisselle.
À cette instant Kageyama formula un nouveau ''merci'' mais les rires de deux arrivants masquèrent ses mots.
«Bonsoir Bokuto-san s'écria un brun au visage d'ange.»
C'était Oikawa et instinctivement Kageyama attrapa la feuille cartonnée de la liste des commandes pour se cacher le visage.
«Bonjour les garçons, Kotaro n'est pas là ce soir.
-Oh c'est vous papi Bokuto? Quel mauvais garçon fait votre petit fils, vous laissez tout le boulot comme ça! Tout de même, vous devriez faire attention avec l'âge.
-Oikawa-san enfin!
C'était la deuxième personne qui venait de prendre la parole, et de sa chaise Kageyama la reconnu. Il abaissa un peu le papier pour regarder la scène.
«Toujours aussi énergique hein, Oikawa? Mais approchez, que je vous serve quelque chose, dit le vieil homme.
-Non. On se passera de vos boissons douteuses, vient Suga-chan on s'en va! Je voulais juste embêter Bokuto-chan moi! Balbutia le brun.»
Il attrapa son camarade par la taille.
«Excusez le! On a fait la tournée ce soir, il n'est pas dans son état normal, le défendit celui aux cheveux blancs en repoussant le plus grand.»
Le grand père Bokuto mima un ''allez vous en'' d'un signe de main, ce qu'ils firent le plus hâtivement possible.
Quant à Kageyama, après avoir attendu quelques secondes il se jeta à son tour hors du bar.
Se dessinaient un peu plus loin les silhouettes de ses deux camarades.
Celles ci s'étaient arrêtées et Tobio pouvait encore entendre les réprimandes du garçon aux cheveux gris-blancs.
«Déjà que tu es intenable la tête froide, pourquoi tu t'obstines à faire ces tournées qui ne te réussissent pas? Il faudra qu'on présente nos excuses au grand père de Bokuto demain! Et je te forcerais à le faire!
-Soit pas si cruel... Suga-chan... Il y a que dans ces moments là qu'on peut être ensemble!
-Mais qu'est-ce que tu racontes! On est tout le temps ensemble, du matin au soir, je te rappelle qu'on est colocataire!»
Oikawa ne sembla rien trouver à dire, il pencha simplement son visage rougi par la boisson vers l'autre, et déposa un baiser contre ses lèvres froides.
«-La nuit... On est pas ensemble...»
Kageyama écarquilla les yeux de surprise, un baiser entre homme ne le dérangeait pas spécialement, mais quelque chose le troublait. Il laissa son regard virer vers le sol, alors qu'un souvenir refaisait surface. Un enfant, un enfant qui marmonnait doucement:
« Je t'aime... Kageyama-kun.»
Et cet enfant avait les cheveux blancs, bruns, blonds, et rosés...
