La compagnie des Missions Spéciales Shin-Ra

Disclamer : Les personnages utilisés dans cette fanfiction sont la propriété de SquareSoft/Squarenix. Seuls les personnages d'Evanhel, Elhia et les autres personnages secondaires m'appartiennent.

Merci à eux d'avoir crée des mondes et des personnages qui nous font rêver encore et encore, chaque jour, égaillant notre petit monde.

Cette fanfiction se déroule dans le monde de Final Fantasy septième du nom.

Je vous souhaite à présent une très bonne et agréable lecture, en espérant que cela vous plaise.

PS : Chaque chapitre est une histoire/mission. Ainsi, vous ne serez pas tenu en haleine à la fin d'un chapitre. Ceux-ci sont de tailles différentes. Il peut ainsi y avoir des histoires très courtes, comme très longues. Toutes les histoires doivent être lues dans l'ordre pour être appréciée (si jamais il y a des références à une histoire précédente) et portent sur les membres de la compagnie des Missions Spéciales Shin-Ra.

Troisième Mission

Les Espers

Accoudée au rebord d'une table haute d'un petit bar à l'ambiance posée en plein cœur d'Edge, une jeune femme d'une vingtaine d'années aux longs cheveux bruns ondulés, habillée d'une petite robe de soirée noire ravissante, sirotait tranquillement un verre de cidre, un journal à la main. Ses deux yeux émeraudes glissaient sur les différentes Unes, tandis que son esprit en retenait les moindres détails. Plusieurs personnes s'arrêtèrent devant elle, pour la contempler. Certains lui demandèrent même si elle était seule, ce à quoi elle répondait qu'elle attendait son frère, un sourire ravissant aux lèvres.

Un groupe entra dans le petit bar. Trois hommes. L'un d'eux était complètement plié de rire, tandis que les deux autres se gaussaient plus discrètement. Les trois portaient des vêtements sombres : pantalon noir, chemise noire, lunettes de même couleur. Beaucoup de gens les connaissaient ici, dans ce bar, pour être fourrés dans des affaires pas très nettes. Ils commandèrent trois pintes et s'assirent bruyamment à une table.

Ils discutèrent un moment de choses et d'autres, lorsque l'un d'eux posa les yeux sur la jeune femme qui buvait tranquillement son verre de cidre, les yeux rivés sur son journal. Il fit signe aux deux autres, et ceux-ci acquiescèrent, sourires aux lèvres.

"Mademoiselle ?" appela le plus grand, en s'installant sur la chaise en face de la brune.

Elle finit sa ligne, puis releva lentement la tête, toujours souriante et courtoise.

"Monsieur ? Que puis-je pour vous ?

-Voulez-vous joindre notre table ?

-Oh, ç'aurait été avec plaisir, mais mon frère devrait arriver sous peu. Mais je vous en remercie."

Il lui posa une main sur le bras, l'invitant à descendre de sa grande chaise.

Dans la salle, tout le monde s'était tût et fixait la scène, sans intervenir. Même le barman avait cessé de servir. Chacun savait que l'histoire allait mal se terminer.

"J'insiste. Votre frère est-il si important ?

-Oh, je suis vraiment désolée, mais nous devons tenir une importante discussion.

-Plus importante que de partager un verre en charmantes compagnies ?"

Il posa une main sur l'épaule dénudée de la jeune femme. Elle ne quitta pas son sourire. Derrière, les deux autres hommes en noir ricanaient.

"Oh, oui. Vous voyez, notre père est mort pendant la chute du météore, et notre mère est souffrante, ces derniers temps. Nous avons décidé de lui trouver un nouveau foyer, pour tourner la page, et nous avons besoin de trouver une solution pour transporter toute sa collection de peintures et autres bibelots. Qui de nous deux va payer, quel moyen….des choses comme ça.

-Je pense qu'elle n'a pas compris, Hal." pesta l'un des deux autres, derrière celui qui discutait.

Le dénommé Hal se retourna lentement vers son comparse, haussa les épaules et reposa les yeux sur son interlocutrice et victime.

"Vous m'excuserez, demoiselle, mais il semble que vous n'ayez pas très bien compris la situation..."

La main posée sur l'épaule de la jeune femme se resserra d'un coup et il la tira brutalement vers le sol. La table se renversa en même temps, tandis que son contenu se brisa sur le sol. Il tira la jeune femme jusqu'à la table des deux autres, comme une poupée, lorsqu'une main l'arrêta, l'obligeant à se retourner.

"Qu'est-ce que..."

Il n'eut pas le temps de comprendre qu'il se prit un coup de poing au visage, l'assommant sur le coup.

"Qui t'a autorisé à la toucher ?" grogna un homme en costume qui venait d'entrer, légèrement plus vieux que la jeune femme, mais tout aussi remarquable, tant par sa taille que son physique.

Les deux autres fixèrent leur compagnon, étalé sur le sol. Tout le bar les fixa avec insistance, les sommant de partir sur le champ. Ils attrapèrent l'évanoui, et déguerpirent aussitôt, sans demander leurs restes, tandis que le nouveau venu se pencha vers la jeune femme, légèrement chamboulée par la chute.

"Ca va ?" s'inquiéta-t-il.

"Très bien." rassura la brune en se redressant d'elle-même, bien qu'on lui tendait la main.

Elle s'épousseta puis releva la table. Le barman vint s'excuser, mais elle lui offrit un sourire.

"Ne vous inquiétez pas. C'est moi qui lui ait tenu tête. C'était mon choix. Pas le vôtre."

Le barman ne dit rien. L'homme et la femme quittèrent le bar sans rien rajouter. L'homme fixa simplement l'ensemble des personnes avec froideur, comme s'il ne les félicitait pas de ne pas avoir bougé d'un pouce pour aider la personne qui semblait être sa sœur. L'expression était à la limite du dégoût.

Ils sortirent en silence. Ils marchèrent une bonne centaine de mètres sans rien dire, puis, un sourire aux lèvres, la brune se retourna vers son sauveur.

"J'ai l'info ! J'ai réussi !" s'exclama-t-elle.

On frappa le dessus de sa tête. Même s'il n'avait rien dit, l'homme ne semblait pas apprécier la tournure des évènements.

"Aie." lâcha-t-elle simplement, en se mordant la lèvre inférieure.

Le brun se stoppa et l'attrapa par le bras, afin qu'elle s'arrête également : elle était égratignée à l'épaule et aux bras, et un petit éclat de verre s'était planté dans l'une de ses paumes de mains.

Avec un soupir, il posa une main sur son arme de poing, cachée dans sa veste, et posa l'autre sur les blessures de la jeune femme.

"Tu aurais dû beeper mon communicateur bien avant que ça ne tourne au vinaigre, Elhia." pesta le brun.

"Je n'aurai pas eu l'info, dans ce cas." répondit Elhia. "Il a réagi lorsque j'ai parlé des tableaux. Mon pouvoir ne me permet pas de savoir ce qu'a fait quelqu'un, mais de lire ses sentiments et pensées actuelles.

-Et à quoi je pense en ce moment ?

-Qu'à la prochaine connerie, je retourne à la tour Shin-Ra. Oui, oui, je sais." répondit Elhia en levant les yeux au ciel.

Il ne dit rien. Il la fixa juste quelques bonnes secondes, puis soupira ouvertement. Il n'avait décidément pas l'habitude de travailler en équipe.

"Merci, pour les soins."

Il ne répondit pas. Elle reprit sa route, se dirigeant certainement à l'entrepôt qu'ils cherchaient depuis deux jours, à la poursuite d'un tableau volé.

"Tu sais, quand je t'y autorise, tu peux lire dans mes pensées, au lieu de me raconter des salades." grogna Evanhel en rattrapant la brunette.

Il posa sa veste sur les épaules de sa partenaire. Elle grimaça.

"Je ne me permettrais pas.

-Comme tu veux. On passe à l'hôtel pour se changer avant, peut-être. Tu vas te promener en robe de soirée pour le reste de la journée ?

-Tu marques un point."

Ils modifièrent leur chemin, et se rendirent à leur hôtel, situé quelques quartiers plus loin. Aucun des deux ne reparla de la mascarade du bar.

Une fois à leur hôtel, ils en profitèrent pour dîner, puis montèrent se changer.

"Alors, cet endroit ?" demanda Evanhel en enfilant une chemise noire.

"L'entrepôt vingt-sept au nord-ouest d'Edge. Il y a une planque là-bas, en dessous de l'entrepôt. On devrait trouver des gens qui nous avouerons qui a commandité le vol de la toile, et où elle se trouve." répondit Elhia, qui se changeait dans la salle de bain.

"Tu sais te servir de ton pistolet ?

-Absolument pas." avoua-t-elle.

Elle revint dans le salon/chambre, habillée d'un jean et d'un sweat un peu chaud, sombre de préférence. Ils allaient bouger de nuit, mieux ne valait pas attirer l'attention.

A côté d'elle, Evanhel, qui finissait d'enfiler sa chemise, se stoppa un court instant, fixa la jeune femme qui restait élégante peu importait ses vêtements, et qui se fichait bien de rentrer dans une pièce où un homme s'habillait. Elle ne semblait ne pas avoir beaucoup de conscience de son entourage, quand bien même elle notait les moindres détails dans sa mémoire.

"On ne rentre pas dans une pièce quand quelqu'un se change, lorsque l'on est polie."

La brune, qui préparait un petit sac d'utilitaires, leva les yeux jusqu'au brun, surprise. Elle le scruta de haut en bas, sans comprendre.

"Ça te dérange ?" s'étonna-t-elle.

"Non." admit Evanhel. "Je voulais simplement te rappeler les bonnes manières usuelles.

-Tu n'es pas le genre à suivre ces bonnes manières." plaisanta-t-elle.

"Est-ce que tu as eu l'occasion d'interagir avec beaucoup de personnes...disons...

-Normales ?" finit Elhia, comme si c'était évident.

"On va dire ça comme ça, même si j'ai quelques doutes sur la définition de la normalité.

-La réponse est non. J'ai juste observé les gens. Et je me suis faite rejetée par la majorité, en règle générale.

-Tu as toujours été seule, j'imagine.

-...oui..." admit Elhia. "J'ai...profité du fait que tu ne me connaissais pas pour essayer d'avoir une relation normale avec quelqu'un, à Junon.

-Je t'ai déjà dit que passer par les fenêtres et disparaître d'un coup n'est pas considéré comme une relation normale.

-Oui, mais c'était marrant."

Evanhel laissa échapper un mince sourire sur ses lèvres. Le comportement d'Elhia n'était pas usuel et un instant, il se revit, des années plus tôt, la première fois qu'il avait posé les pieds au quarante-deuxième étage.

Il finit de s'habiller de son imper noir, attacha son arme de poing à sa ceinture. Elhia était également prête à ses côtés. Il s'approcha d'elle et ouvrit la fermeture éclair de son sweat.

"Eh ! Et tu dis de mes manières !

-Tes blessures ? Ça va ? Ton épaule ?

-Ah c'était rien. Regarde, il n'y a plus rien." confirma-t-elle en montrant son épaule.

Il fixa la peau de la jeune femme. Quelque chose le dérangea et il referma le sweat presque jusqu'au bout du nez d'Elhia, ce qui fit faussement râler la brune, mais elle décrocha un sourire quelques secondes plus tard, trahissant sa bonne humeur. Ils étaient prêts à continuer l'enquête.

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En haut de l'entrepôt numéro six du secteur neuf, deux ombres se mouvaient avec plus ou moins d'aisance. Elles glissaient dans la nuit, en silence, repérant les différents mouvements plus bas, plutôt inexistants jusqu'à présent. Au bout d'une dizaine de minutes, elles arrivèrent à se planter en haut du bâtiment qui faisait face à l'entrepôt qu'ils visaient et qui semblait bien calme.

"Tu es sûre que c'est là ?" demanda Evanhel en s'adossant à la cheminée de l'entrepôt sept qui faisait face au six.

"Certaine. C'est ce que j'ai vu en tout cas." répondit Elhia, accroupie sur les tuiles.

Evanhel acquiesça. Ils n'avaient plus qu'à attendre que quelqu'un pointe le bout de son nez, et de rentrer dans l'entrepôt en même temps que lui : la porte blindée les empêchait d'agir d'eux-mêmes.

"Si quelqu'un se pointe, et essaye de rentrer dans l'entrepôt, on le maîtrise." ordonna Evanhel.

Elhia acquiesça. Ils restèrent à guetter un sacré bout de temps. Une heure s'écoula. Puis deux.

"Tu es un renard depuis combien de temps ?" demanda Elhia, curieuse.

"Quelques années. Sept ou huit ans. Peut-être neuf.

-Tu devais être jeune."

Evanhel ne répondit pas. Elhia n'insista pas, comprenant qu'elle posait des questions trop personnelles. Evanhel n'était pas du genre bavard, bien qu'il se montrait toujours courtois avec elle. Elle avait également compris que son partenaire n'appréciait pas les compagnies trop envahissantes, ou la compagnie tout court. Mais ils avaient un bon feeling, et étaient aptes à travailler en équipe. Elhia ne savait pas pourquoi, cependant.

Elle se redressa et se rapprocha d'Evanhel, sans quitter l'entrée de l'entrepôt des yeux.

"Tu n'as pas peur ?" demanda finalement Evanhel, pour combler le silence.

"Peur de quoi ?

-Te faire blesser, ne pas réussir la mission...

-Me faire blesser, ça va. Je suis sans doute inconsciente. Ne pas réussir la mission m'embête beaucoup plus."

Il acquiesça, comprenant les propos.

"Certaines de tes missions se sont déjà mal passées ?

-Certaines, oui." admit Evanhel. "Des gens qu'on a jamais pu retrouver...ou que l'on a retrouvé trop tard.

-Déjà été blessé ?

-Rarement.

-Une fois à la clavicule, il semblerait."

Evanhel quitta l'entrepôt des yeux, puis se rappela qu'Elhia l'avait vu se changer, et qu'elle avait sans doute remarqué la cicatrice qu'il portait à l'épaule droite.

"Effectivement. Et toi au torse." répondit Evanhel, au tac-o-tac.

Elhia se retourna vers lui, surprise.

"Comment tu sais ça ?"

Il leva le bras jusqu'à elle et défit d'un coup la fermeture éclair du sweat noir qu'elle portait, dévoilant un débardeur de même couleur. En haut à gauche de la poitrine s'échappaient une mince cicatrice circulaire, semblable à celle d'une balle, qui dépassait légèrement petit T-shirt. La brune baissa les yeux et remarqua qu'effectivement la vieille blessure était visible, et qu'Evanhel avait dû la remarquer lorsqu'il avait ouvert le sweat, quelques heures plus tôt.

"Je fais toujours attention à porter des vêtements qui la couvre, pourtant." murmura-t-elle. "Je ne pensais pas que tu ouvrirais le sweat, ni que ça se verrait, en fait. Même ma robe noire de tout à l'heure couvrait cette zone, malgré le fait que mes épaules étaient découvertes.

-Une balle ?" demanda Evanhel, bien que la réponse fût évidente.

"Certaines méthodes de tests du professeur Hojo n'étaient pas très délicates." murmura Elhia, pour toute réponse, avec un petit sourire.

Hojo. Pas très étonnant. Même Evanhel en avait entendu parler, de réputation. Il leva la main jusqu'à la blessure, juste en dessous de la clavicule, et glissa ses doigts dessus. Il sentit Elhia sursauter, et il mit alors fin au contact physique aussitôt.

"Pardon." murmura-t-il. "Ca n'a vraiment pas dû être marrant, là-bas. Je ne sais pas quel sujet de test tu étais, mais ça n'avait pas l'air drôle."

Elle dévia les yeux, gênée par son passé. Il passa une main dans les cheveux bruns de la jeune femme, et la rassura gentiment. Le sourire d'Elhia illumina à nouveau son visage, comme s'il venait de balayer d'un coup les mauvais souvenirs.

"Ca va, t'en fais pas, je..."

Elle se stoppa en pleine phrase. Le contact avec Evanhel venait de cesser brutalement : l'inspecteur des Renards venait de chanceler sans prévenir, s'appuyant à moitié sur Elhia, qui le rattrapa comme elle le put. Cela ne dura qu'un bref instant : Evanhel se redressa une seconde plus tard, une main sur le front, une grimace aux lèvres, tremblant.

"Ca va ?" s'inquiéta Elhia.

"Oui...ça va passer." rassura Evanhel.

Il semblait fatigué et ce, sans raison. Elhia le supporta encore quelques instants, avant qu'il ne reprenne son équilibre.

"Ca t'arrive souvent ?

-Rarement." avoua-t-il.

Il ne donna aucune explication. Il s'adossa sur la cheminée, et ferma les yeux, comme pour se reposer.

"Surveille, s'il te plait."

Elhia opina, et fixa l'entrée sans scier. Elle ne comprenait pas ce qu'il s'était passé et l'état de son partenaire l'inquiétait. Quelques minutes passèrent, rythmée par la respiration plus bruyante que la normale d'Evanhel.

Pas plus de cinq minutes plus tard, Evanhel se redressa brusquement et tira Elhia par le bras, tandis qu'un coup de feu, suivit d'un sifflement proche, retentit jusqu'aux oreilles de la Renarde.

Le sang de la brune se glaça : un sniper. Elle se redressa aussitôt, à moitié tombée sur Evanhel qui l'avait tirée à l'abri, derrière la cheminée.

"On l'attrape." ordonna-t-il.

"Je l'attrape." rectifia Elhia, en lui échappant des bras.

Evanhel soupira, incapable de la retenir, tandis que la jeune athlète courait déjà sur les toits, ayant repéré le sniper, deux entrepôts plus loin. Elle vit l'homme la mettre une nouvelle fois en joue, mais elle s'amusa à apparaître et disparaître derrière tous les éléments de terrains qu'elle trouvait. Les coups partirent dans le vide. Lorsqu'elle ne fut plus qu'à une cinquantaine de mètres du sniper, celui commença à paniquer, rangeant son arme précipitamment. Il fut trop lent, et, après un bond entre deux toits, Elhia fut à ses côtés. Il tenta de la mettre à terre, mais elle esquiva avec souplesse les attaques qui lui furent portées, fatiguant son adversaire qui ne devait pas être très sportif à la base. Au bout d'un moment, elle l'attrapa par les épaules et le renversa en utilisant la force de son opposant.

Evanhel arriva quelques instants plus tard, alors que l'homme à terre essayait désespérément de s'enfuir en rampant.

"On ne bouge plus." ordonna-t-il, son arme de poing à la main.

"Bande de...

-Et silence." grogna Evanhel, en attrapant l'homme et en lui passant des menottes.

L'homme fut prisonnier en quelques instants. Elhia s'accroupit en face de lui, et lui demanda, une main sur son épaule :

"Pour qui est-ce que tu travailles ?

-Va te faire foutre." répondit le sniper, un homme d'une trentaine d'années, peu trapu.

"Où se trouve sa planque ?"

L'homme ne répondit pas.

"Quel est le code d'entrée ?

-Comment est-ce que tu sais qu'il y a code ?" s'étonna le sniper.

"Cinq, quatre, huit, neuf, zéro, deux, huit, six." murmura Elhia, qui lisait dans les pensées depuis le début.

"Beau travail." avoua Evanhel. "On l'emmène avec nous.

-Co...comment elle sait ?!" s'étouffa à moitié le sniper.

"Attends une seconde." demanda Elhia, tandis qu'Evanhel embarquait déjà l'homme qui n'en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles.

"Qu'est-ce qu'il y a dans cet entrepôt-ci ?"

Evanhel aperçut le visage de la brune devenir livide. Elle retira sa main de sur l'épaule de l'homme, comme piquée par quelque chose. Evanhel la vit commencer un mouvement comme si elle allait décocher une droite au sniper, hors d'elle, mais elle stoppa d'un coup sec son mouvement à mi-chemin, une grimace sur les lèvres.

"...elle...elle lit dans mon esprit." balbutia le sniper, qui comprenait enfin. "C'est un...c'est un monstre ?!

-C'est toi le monstre ici !" ragea Elhia, hors d'elle.

Mais elle ne leva pas la main sur l'homme. A sa place, Evanhel donna un coup, faisant taire le suspect. Si la jeune femme était dans un tel état, il n'imaginait pas ce qu'elle avait bien pu voir. Il descendit l'homme en silence et reprirent le chemin vers le poste WRO le plus proche.

"Qu'est-ce que tu as vu ?" demanda finalement Evanhel, qui semblait moins fatigué, à la jeune femme qui marchait loin du sniper qu'il trainait.

"Un vieux labo reprit par une mafia locale...vous avez pas des cas de disparitions bizarres, ces derniers temps ?" maugréa Elhia.

Evanhel grimaça.

"Beaucoup de dégâts ?

-Ils jouent aux apprentis chimistes..."

Le renard attrapa son téléphone et appela son supérieur, pour le prévenir des nouvelles découvertes.

Après avoir abandonné le sniper aux mains de la WRO, ils rentrèrent à l'hôtel, pour faire le point. Une équipe serait envoyée à l'entrepôt une fois leur enquête terminée, afin de ne pas gêner la mission.

Une fois dans la chambre d'hôtel, Elhia attrapa une carte et essaya de trouver le lieu qu'elle avait lu dans les pensées du fugitif. Evanhel se pencha derrière elle, de l'autre côté du canapé.

"Alors ?

-Un manoir, au-dessus de Kalm. Où Monsieur Don Nero est désormais résident.

-Oh, Don Nero ?" s'étonna Evanhel.

"Yup.

-Cela fait bien des années qu'on n'a pas entendu parlé de lui et qu'il fait profil bas. Je ne m'attendais pas vraiment à lui.

-En tout cas, ça fait six ans qu'il s'amuse avec un labo d'expérimentation.

-Quel genre d'expérimentation ?

-Genre..." commença Elhia.

Elle ne savait pas comment formuler ses propos.

"Des tests d'implémentation d'essences de matéria d'invocation dans un corps humain."

Evanhel grimaça :

"Des Espers." murmura-t-il, visiblement dégoûté.

"Tu connais ce terme ?" s'étonna Elhia, en se retournant violemment vers Evanhel, surprise.

Ils se retrouvèrent l'un en face de l'autre. Leurs regards se croisèrent. L'un comme l'autre était étonné que l'autre connaisse l'appellation Espers. Ils se fixèrent, sans scier. Evanhel fut le premier à grimacer, comprenant le pourquoi du comment.

"Tu es une Esper d'Hojo." devina-t-il."Je ne pensais pas qu'Hojo avait également fait des tests sur les Espers."

Elhia soupira.

"Esper Mnémosyne et Psychée. De naissance, cependant. Je suis une Esper uniquement parce qu'Hojo a étudié mes pouvoirs et que l'essence est la même. On n'a pas essayé de me rajouter de pouvoir, comme un véritable Esper de laboratoire." murmura-t-elle. "Si tu connais ça, tu es un Esper également, n'est-ce pas ?"

Evanhel ne répondit pas, même si la réponse était évidente. Il renfila simplement son imper, faisant signe à Elhia que l'enquête continuait. Celle-ci attrapa la carte et ses affaires, tandis qu'Evanhel réservait déjà un train pour Kalm.

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Assise dans le train, en face de son partenaire, Elhia bouquinait un livre touristique de Kalm, lorsque l'inspecteur aux cheveux bruns en bataille, qui fixait le paysage, murmura enfin :

"Je suis un Esper du professeur Lister, le successeur de Gast."

Elhia, toujours habillée de son jean et sweat noir, lâcha son livre, sous la surprise.

"Il n'était pas à la taille de Gast. Ni même aussi raisonné. Il a découvert le potentiel des matérias rouges, et les a soumises à expérimentation, voulant égaler les pouvoirs des Espers naturels. Son obsession l'a rendu fou. Il a été stoppé avant de faire trop de dégâts. Les Espers sous sa direction se sont échappés à cette époque et ont disparu de la circulation. C'était il y a une douzaine d'années. Quelques de Renards viennent de ces labos. Ils t'en parleront sans doute un jour ou l'autre. Mais on ne pensait pas qu'Hojo avait récupéré ces recherches. Pas plus que des mafieux de bas étages."

Elhia soupira. D'autres personnes avaient souffert à cause du pouvoir des matérias d'invocation, ce qui expliquait la recrudescence des Espers en circulation. Ils n'étaient, malgré tout, pas plus d'une trentaine. Du moins, en apparence.

"Tu es un Esper de quel type ?" demanda-t-elle finalement.

"Tu ne penses tout de même pas que je vais te répondre ?" ricana Evanhel. "Tu dois trouver, je te l'ai déjà dit.

-Tssk." pesta faussement Elhia, avec un sourire, bien déterminée à trouver.

"Tu le sauras bien assez tôt. Pour le moment, on va se concentrer sur la récupération du tableau.

-On fait ça comment ?

-Discrètement. On pénètre le manoir, on trouve la toile, on met la main sur Don, et on l'oblige à se rendre. Mais on évite le maximum de garde possible, parce qu'ils seraient capables de déplacer la toile avant ça, ou même de la brûler, pour éviter de se retrouver inculpé. Le fait de lire dans les pensées n'est pas une preuve. Trouver la toile, si.

-On a le droit de rentrer par effraction ?

-La WRO non.

-Et nous ?

-Oui. C'est pour ça qu'on n'attaque pas directement. Et quand bien même, on n'aurait pas les preuves pour faire bouger la WRO."

Elhia acquiesça.

"Pourquoi nous on a le droit ?

-Nous sommes les agents spéciaux de la Shin-Ra. On ne répond qu'à la Shin-ra.

-Et pas à la loi ?

-C'est un accord. En contrepartie, nous ne sommes qu'une poignée sélectionnés sur nos compétences et notre façon de penser.

-Façon de penser ? J'ai été testé là-dessus ?

-Oui. Tu n'as pas remarqué ?" s'étonna Evanhel.

Elle dénia d'un signe de tête.

"Lorsque Reno a demandé tes compétences, il a vérifié si tu n'étais pas imbue de tes pouvoirs. Sous ses airs de gai-luron, c'est quelqu'un de très intelligent. Il t'a également serré la main pour vérifier que tu n'utilisais ton don à tort et à travers. Ça lui a suffi pour savoir quel genre de personne tu étais. Et s'il s'était trompé, tu ne serais déjà plus parmi des nôtres."

Elhia n'avait jamais imaginé que la sélection était si stricte. Elle comprenait mieux pourquoi Reno occupait le poste de chef des Renards.

"Nous sommes tenus de collaborer avec la WRO au maximum, malgré tout. Mais en cas d'urgence, ou d'impossibilité d'avancer dans une enquête, comme maintenant, nous pouvons nous détacher du cadre juridique."

Elhia acquiesça puis ramassa son livre, à ses pieds. Il était tard. Quatre heures du matin passé. Ils avaient encore trois heures de trajets jusqu'à Kalm. Ses yeux glissèrent sur les lignes imprimées.

Les minutes passèrent, silencieuses. Le train de nuit était particulièrement vide, ce jour-là. Lui-même le nez dans un bouquin, un roman, Evanhel lut quelques pages, avant de remarquer que sa partenaire était en train de piquer du nez : de temps en temps, elle fermait les yeux, puis les ouvraient d'un coup, comme si elle se rendait compte qu'elle commençait à s'endormir.

Alors que le livre allait percuter le sol pour la seconde fois, Evanhel se pencha et rattrapa l'objet juste à temps. En face, la brune s'était définitivement endormie, la tête calée contre son siège. Cela fit sourire le Renard : peu importait la situation, sa partenaire paraissait toujours élégante. Même en train de dormir. Ses longues mèches brunes tombaient, éparpillées, sur ses épaules. Il la fixa un long moment, sans le moindre mot. Il voyageait rarement en compagnie d'autres personnes, et ne partageait généralement peu de choses avec eux.

La femme endormie en face de lui était une Esper. Native, mais une Esper malgré tout. Il le savait dès qu'elle avait utilisé pour la première fois ses pouvoirs, mais il ne s'était pas douté qu'Hojo s'était servi d'elle pour des expériences complémentaires. Une Esper Mnémosyne et Psychée. Ce qui expliquait sa capacité à retenir tout ce qu'elle voyait et son habilité à lire dans les pensées. Quelles expériences avaient bien pu mener le scientifique fou de la Shin-Ra sur le corps de l'enfant qu'Elhia avait dû être ? Combien de temps avait-elle passé dans ces laboratoires ? Elle portait la cicatrice d'une balle tirée à bout portant à la poitrine.

Sa propre vie dans les labos du professeur Lister lui paraissait d'un coup bien paisible.

"Comment fais-tu pour sourire autant, malgré tout ?" murmura Evanhel.

La brune ne se plaignait jamais, alors que la Shin-Ra lui avait pourri la vie. Et maintenant, elle travaillait pour eux. Les choses avaient changé, certes, mais il s'étonnait qu'elle ne garde aucune rancune envers eux.

"Si tu continues à m'étonner ainsi..." commença Evanhel.

Il ne finit pas sa phrase, lui-même étonné de ce qu'il allait avancer. Il laissa échapper un nouveau sourire, et retourna en silence à son roman, en jetant quelques regards réguliers à l'endormie.

Après un long moment de réflexion, les yeux rivés sur un livre qu'il ne lisait pas, bien trop préoccupé par ses pensées, il conclut qu'il était déjà bien trop tard.

Définitivement trop tard.

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A son réveil, peu avant l'arrivée du train à sa destination, Elhia rouvrit les yeux et trouva l'inspecteur des Renards endormi de l'autre côté de la banquette, deux livres sur ces genoux. Il était encore tard, ou tôt, selon les perspectives. En vue de l'heure, ils seraient bientôt rendus à destination. Elle patienta en silence. Elle avait sommeil, mais le court repos lui avait fait un grand bien. Si elle se rendormait à nouveau, elle ne serait pas dans son assiette. Elle lutta un moment, puis lorgna son livre, sur les genoux d'Evanhel. Elle se redressa sans un bruit et tenta d'attraper le petit livre touristique sans réveiller son partenaire. Elle posa ses doigts sur la couverture reliée, lorsqu'on tira sur l'une de ses mèches de cheveux ondulés. Elle sursauta, et tomba les yeux mi-ouverts, mi-clos de son partenaire.

"Pardon, je t'ai réveillé." s'excusa la jeune femme.

Elle n'obtint aucune réponse. Evanhel joua un bon moment avec ses mèches brunes, sans le moindre mot.

"Ça t'amuse ?" murmura-t-elle, avec un sourire.

Il joua encore quelques secondes, puis s'arrêta enfin, refermant lentement les yeux. Il les rouvrit une minute plus tard, lorsqu'on annonça à l'interphone que le train arrivait à destination. Elhia n'avait pas bougé, toujours debout devant lui. Il s'étonna de sa présence.

"Qu'est-ce que tu fais là ?" maugréa-t-il, en s'étirant.

"Je suis venue chercher mon livre. Mais tu étais réveillé il y a une seconde, tu sais ?"

Il leva un sourcil, puis acquiesça, comme s'il venait de se rendre compte que son précédent rêve était réel, et qu'il était déjà réveillé depuis cinq minutes. Il attrapa ses affaires, et les deux Renards quittèrent le train pour continuer leurs missions.

"Tu vas avoir beaucoup de formations, après cette mission, je pense." signala le Renard.

"De quel genre ?" s'étonna Elhia, tandis qu'ils sortaient de la gare de Kalm.

"Tir, pilotage, informatique, et divers autres. On va faire ça au fur et à mesure. Pour le moment, on travaillera ensemble, et c'est moi qui m'occupe de ce genre de trivialité.

-Merci, partenaire."

Evanhel passa une main dans les cheveux d'Elhia, et les ébouriffa. La jeune femme plaisanta jusqu'à ce qu'ils arrivent à destination.

/\/\/\/

"Tu gardes le pistolet à portée de main pendant toute l'infiltration.

-Yes, sir." opina Elhia.

Au pied du mur d'enceinte du manoir, les deux Renards s'étaient préparés. Evanhel avait retiré son imper qui faisait trop de bruit lorsqu'il se déplaçait. Il avait également montré le fonctionnement de l'arme de poing d'Elhia, qui était un pistolet silencieux à somnifères : tant qu'elle ne savait pas tirer et viser, elle n'obtiendrait pas de véritable pistolet. De toute manière, elle semblait préférer une telle arme, de peur de blesser grièvement quelqu'un.

Elhia fit un bond sur le mur, un sac sur le dos, attrapa quelques accroches, et évolua sans le moindre problème au sommet, trois mètres plus haut. Elle se hissa pour tout juste voir ce qui se passait de l'autre côté. Don n'attendait certainement personne, et il y avait juste un garde devant la grande porte d'entrée du manoir. L'intérieur serait sans doute plus peuplé.

En silence, Elhia passa une corde à Evanhel et se glissa discrètement de l'autre côté du mur. Elle fit contrepoids pour son partenaire en chemise qui n'avait pas la même souplesse qu'elle. Evanhel la rejoignit quelques instants plus tard, atterrissant lourdement à ses côtés.

Elle lui jeta un regard plaisantin. Il lui renvoya un petit air faussement vexé.

Ils continuèrent discrètement leur petite route, passant par une fenêtre pour pénétrer dans le bâtiment. Le couloir adjacent était vide. Ils se déplacèrent en silence. A un croisement de la vielle bâtisse, Evanhel passa d'un coup devant Elhia, et attrapa un garde qui venait d'apparaître du couloir de gauche, l'endormant d'un petit coup derrière la nuque. Elhia fut impressionnée par ses réflexes. Il lui renvoya le petit air goguenard qu'elle lui avait lancé plus tôt.

Ils firent un petit tour du propriétaire, cherchant un indice sur l'emplacement de la toile. Elhia proposa d'attraper un garde, de l'empêcher de parler, et qu'elle le questionne sur l'emplacement, ce qui fut approuvé.

Ils attrapèrent un garde, quelques minutes plus tard. Elhia posa la main sur l'épaule de l'homme, maintenu et bâillonné par Evanhel.

"Où est la toile volée ?"

Sous ses doigts, elle sentit les pensées de l'homme glisser jusqu'à son cerveau. Elle aperçut des images, des sons, des idées. Elle vit une pièce cachée, derrière un immense lit ancien en bois massif, coloré de rouge. Elle vit également un homme d'une trentaine d'années aux cheveux blonds, qui devait être Don. Elle lâcha l'homme, satisfaite des renseignements qu'elle avait obtenus, et Evanhel l'assomma aussitôt.

"En haut, il y a une chambre, avec un passage derrière le lit." murmura-t-elle.

Ils grimpèrent discrètement, se planquant à un moment pour éviter une patrouille de trois gardes. Ils devaient qu'ils se dépêchent, avant que les gardes restant se rendent compte de l'absence de leurs comparses.

Ils trouvèrent la chambre sans problème, bien heureusement vide, au deuxième étage. Elhia chercha un quelconque mécanisme, mais il ne suffisait que de pousser un rideau pour trouver la porte désirée. Ils utilisèrent le code qu'Elhia avait trouvé dans l'esprit du sniper et ils s'engouffrèrent dans un long tunnel de pierre qui descendait par moment. Evanhel posa une main sur l'épaule d'Elhia, qui se trouvait en première position, et passa devant elle.

Au bout du couloir, ils se trouvèrent dans une immense salle, sans doute bien en dessus du manoir, où étaient stockés tout un tas de trésors. Peintures, Matérias douteuses, potions étranges, ainsi que quelques autres objets d'arts. La toile était bien là.

"Qui va là ?" grogna une voix dans leurs dos.

Les deux Renards se retournèrent, surpris, leurs armes en main. Trois gardes venaient d'entrer par un autre couloir, et sonnaient déjà l'alarme du manoir. Deux d'entre eux se ruèrent sur les intrus. Elhia tira sur l'un d'eux, sans succès, tandis qu'Evanhel s'avança pour se battre au corps à corps, au grand étonnement de sa partenaire.

Il tint tête sans soucis aux deux hommes, en esquivant avec aisance les coups qu'ils tentaient de donner. Elhia resta ébahi devant la bataille. Evanhel était incroyablement doué. Elle resta à l'observer, mais se réveilla lorsque le troisième homme se rua sur elle. Par réflexe, elle leva l'arme vers lui et tira quasiment à bout portant. Elle le toucha avec succès, mais le temps que le produit fasse effet, l'homme lui porta un violent coup à l'épaule. Elle vola par terre, tandis que son adversaire titubait. Elle serra les dents, sous la douleur, et tenta de se redresser. Son ennemi s'écroula à ses pieds.

Plus loin, Evanhel avait déjà mis à terre ses deux opposants, avec une dextérité incroyable et l'alarme lui cassait les oreilles.

"Préviens la WRO locale." ordonna Evahel, tandis que d'autres gardes affluaient dans l'immense pièce de stockage.

Avant de partir à l'assaut du manoir, le duo était passé au poste WRO de Kalm, et les avait prévenus de la mission. Ils étaient planqués quelques kilomètres plus loin, prêt à intervenir. En se redressant, Elhia mit en marche son communicateur et beepa le signal donné par la WRO.

"C'est fait." annonça Elhia, en ramassant son arme de poing.

Evanhel était bien trop occupé pour répondre. Il esquivait avec habilité les coups. Jusqu'à présent, personne ne l'avait touché. Il continua le combat, s'épuisant peu à peu. De son côté, Elhia mettait à terre quelques gardes à l'aide du somnifère que contenaient ses fléchettes.

Cinq minutes plus tard, plus personne ne descendait. Evanhel avait mis par terre cinq ou six personnes, tandis que trois corps gisaient endormis.

"Il va falloir que tu apprennes à viser." plaisanta Evanhel en jetant un œil au nombre monstrueux de fléchettes éparpillées sur le sol.

"Ca serait bien, oui." avoua Elhia.

Elle s'approcha de la peinture volée qu'ils cherchaient.

"Tu crois que la WRO est en haut ?

-Sans doute. Écoute."

Des voix et des cris se faisaient entendre plus haut. Elhia acquiesça et tendit les bras pour récupérer l'objet volé.

Il représentait une jeune femme habillée de rose, dans un champ de fleurs immense, souriante.

Elle fixa la toile, le souffle coupé.

"Elhia ?" s'inquiéta Evanhel.

Mais ses pensées étaient ailleurs. Dans une immense prairie, pleine de fleurs. Une jeune femme, habillée de rose, se retournait vers elle, rayonnante.

Malgré le sourire, elle ressentit une profonde tristesse. De la mélancolie, ou de la nostalgie.

Mais majoritairement, de la tristesse.

Elle vit une étrange matéria rebondir d'un tintement cristallin sur des stèles, ainsi que des cheveux argentés mêlés à du sang.

Des larmes coulèrent le long des joues d'Elhia, sans raison. On lui retira le tableau des doigts, et la mélancolie s'évanouit d'un coup. Elle cligna des yeux, surprise.

"Elhia ?" répéta Evanhel.

Elle se retourna lentement vers son partenaire, perdue.

"Ca va ?" s'inquiéta-t-il.

"...oui." murmura-t-elle.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-J'ai...j'ai ressenti à travers la toile." répondit-elle.

"Ressenti ?

-La tristesse du peintre. Les souvenirs. Comme si j'avais lu les pensées de quelqu'un. Mais l'impression était différente. Beaucoup plus basée sur les sentiments.

-Tu as déjà fait ça ?

-Oui, mais rarement. Seulement lorsque les objets sont emprunts d'émotions intenses.

-Sais-tu qui a peint ce tableau ?" demanda Evanhel.

Elle dénia d'un signe de tête.

"Quelqu'un de proche de la jeune femme du tableau, sans doute. Qui se trouve être'Aerith Gainsborough." devina Elhia.

Elle avait entendu parler d'elle, il y a neuf ans. Les évènements de la chute du météore, les diverses théories sur la rivière de la vie.

"Mademoiselle Tifa Lockheart est la créatrice de ce chef d'œuvre." répondit Evanhel.

"L'une des combattants du météore." murmura Elhia. "D'après ce que j'ai entendu dire, Mademoiselle Gainsborough s'est sacrifiée pour appeler la rivière de la vie à l'aide, prévoyant la chute du météore. Cela a dû être terrible pour ses compagnons.

-Les sacrifices sont toujours terribles, mais parfois nécessaires. Notre monde n'aurait pas supporté la chute du météore, si la rivière de la vie ne s'était pas interposée. Cela ne veut pas dire que nous devons oublier ceux qui se sont battus."

Elhia opina légèrement. Evanhel reposa la toile, et porta une main à l'épaule d'Elhia, qui grimaça aussitôt.

"Aie !

-Tu t'es prise un coup.

-Je survivrai. Mais je vais avoir un sacré bleu.

-On appelle ça un hématome." rectifia le Renard.

Il récupéra la toile, et ils remontèrent en haut du manoir, où la WRO avait maîtrisé le chef des lieux, ainsi que les gardes du corps restant. On remercia les renards. Le Don pesta sur leurs présences, mais fut contraint de suivre la brigade, les nouvelles preuves allant contre lui. Après toutes les paperasses et autres éléments interminables, les Renards purent enfin reprendre le train vers Edge. Il était déjà presque midi.

Ils prirent place en silence dans le train, à nouveau seuls dans leur wagon, le tableau sous le bras. Evanhel allait s'asseoir lorsque, soudain, Elhia jeta son poing menu droit vers le torse de l'inspecteur, sans prévenir. Ce dernier leva son bras droit, inoccupé et stoppa le coup de sa coéquipière en plein mouvement. Il ouvrit les yeux en grand, sous la surprise.

La brune se contenta de sourire :

« La prescience, c'est ça ?"

Evanhel laissa échapper un maigre sourire et lâcha le poing de la jeune femme, comprenant enfin pourquoi elle avait agis ainsi.

"Tu as enfin remarqué." félicita-t-il.

"Tu savais que l'on allait se faire attaquer sur le toit de l'entrepôt, et tu as prévu la balle qui m'était dédiée. Tu te bats également comme si tu connaissais à l'avance les coups de tes adversaires. Là encore, tu as arrêté mon coup à mi-chemin.

-Bien vu." admit Evanhel en prenant place sur son siège.

"Comment ça marche, exactement ?

-Quand je touche quelqu'un, comme toi, je peux voir son futur entre cinq et dix minutes à l'avance, guère plus. C'est très fatigant, mais je ne peux pas vraiment prévoir quand le pouvoir va se déclencher. Généralement, il se déclenche quand quelque chose d'important va se produire, comme si on me prévenait. C'est ce qu'il s'est passé sur le toit de l'entrepôt : je t'ai vu prendre une balle à l'épaule. En plus de ça, lorsque je suis attentif, je peux réagir jusqu'à une seconde à l'avance. Je ne vois pas exactement ce qui va se passer, visuellement parlant, mais mon corps bouge tout seul, comme si lui, il savait ou ressentait. Un réflexe.

-Intéressant. Tu es un Esper Chronos, du coup.» admit Elhia, ravie de découvrir les capacités de son partenaire.

« Un Esper Chronos, mais natif, tout comme toi. Après la chute du météore, je me suis engagé chez les anciens Turks, pour mettre à profit ce genre de don.

-Pourquoi les Turks ? »

Evanhel eut un faible sourire, mais il ne répondit pas. Elhia comprit qu'elle n'obtiendrait aucune information supplémentaire sur le Renard pour le moment. Elle était déjà bien assez contente d'avoir découvert son pouvoir pour en espérer plus.

Fatigués, et le tableau sous le bras, les deux Renards rentrèrent tranquillement chez eux. La mission était enfin terminée.