Point de vue de Beca :
Tu sonnes à la porte principale et tu n'es pas surprise d'entendre le verrou se débloquer. Tu la pousses et grimpes quatre à quatre les escaliers en espérant qu'il ne soit pas trop tard. Peut-être que si ton vol n'avait pas eu ces quelques heures de retard, tu serais déjà là-haut vous n'auriez pas eu cette conversation dérangeante, incompréhensible.
Avant d'arriver à son étage, tu t'arrêtes et repenses, pas à cette dernière conversation mais à toutes les autres, celles d'avant. Tu cherches à entendre ce que tu n'as pas entendu alors. Tu pensais que le temps ferait son travail et que vous pourriez toutes les deux guérir de votre côté.
Vous seriez de nouveau unies, comme avant que tu ne tombes dans ce piège à ours et que le monde ne se retrouve balayé de sous tes pieds. Vous étiez jeunes, tu n'étais pas libre mais vous auriez pu être. Et puis, tu as tout gâché.
Tu as fui ce que vous étiez pour te réfugier à l'autre bout du continent. Tu as choisi la voie facile. Du moins, tu as essayé. Mais, même la distraction représentée par Jesse – que tu avais convaincu de t'accompagner – n'avait pas suffi à effacer de ton cœur son emprise. Loin des yeux, loin du cœur n'a jamais été plus faux. Pour éviter de te sentir envahie par toutes ces émotions qu'elle suscitait en toi, tu as commencé à l'appeler. Tu as vite compris qu'elle ne parlerait pas, ou très peu. Tu n'as jamais cru que c'était parce que le temps faisait son œuvre de son côté et qu'elle passait à autre chose. Si tu avais su.
Pourtant, tu n'as jamais osé revenir. C'était au-dessus de tes forces. Tu voyais les couleurs de la vie se ternir. Tu saignais à chaque appel, chaque rappel : son sourire que tu voyais sur le visage d'une autre; sa rousseur qui ressortait au milieu de la foule; sa démarche, si sautillante sa voix que tu entendais au milieu de tes rêves, de tes compositions. Elle ne t'a jamais vraiment quittée mais tu te rends compte que toi, tu l'as laissée tomber.
Tu es devant la porte maintenant mais c'est trop tard. Tu crois. Tu ne sais plus. Cette annonce, il y a quelques minutes, t'a choquée – toi qui cherchais ta respiration pour lui annoncer que tu n'étais qu'à quelques mètres. Tu allais l'inviter à manger, boire, peut-être parler ? Tu ne sais plus si les gens parlent en face à face de nos jours.
Ton corps agit pour toi. C'est sans doute mieux car il fait retentir la sonnette. Une respiration et elle est en face de toi. A moins d'un mètre. Le monde se remet à tourner. Les couleurs sont là.
Encore une partie après celle-ci mais je ne l'ai pas encore écrite.
