3.

Gosell avait fait passer le biannuel check-up à son capitaine.

- Votre corps est parfait, Alvernon. Il a entièrement récupéré des traumatismes dû à la balle qui visait le capitaine de l'Arcadia. Vous avez quasiment retrouvé une peau de bébé (*)

Un infime frémissement agita le corps du jeune homme.

« Tu as commis là une terrible erreur, Maetel. Elle pourrait me coûter encore plus la vie que si ma couverture sautait ! ».

Il préféra cependant prendre le parti de plaisanter.

- J'ai été à deux doigts d'y passer. Rien d'étonnant à ce que je sois réinitialisé, quelque part ! Je me suis vidé de presque tout mon sang, j'ai reçu tant de transfusions. Mon épiderme s'est forcément entièrement régénéré. Et le Doc de l'Arcadia a dû user de doses de cicatrisants à faire d'un zombie un bel Apollon ! Ce ne sera pas à moi de te faire un discours sur le renouvellement des cellules !

- Possible… fit Gosell, neutre et presque même trop détaché de son « sujet d'étude » ! Je ne peux que vous déclarer en parfaite condition physique, Alvernon.

- Merci.

Le jeune homme acheva de se rhabiller.

- Et sans vouloir te vexer, Doc j'espère bien ne plus revoir une Infirmerie avant bien longtemps !

- Je partage votre avis, capitaine Alvernon.

Tentant de dissimuler qu'il cavalait plus qu'il ne se retirait poliment, le jeune homme regagna son propre appartement.


Averti par Toshiro depuis la colonne du Grand Ordinateur qui abritait son âme éternelle, Albator s'était précipité à ses logements du château arrière de l'Arcadia.

- Je me suis inquiété, Alfie.

- Si je t'appelle, c'est que je vais bien, papa !

- Je suis ton père, justement et dès lors je m'affole à tes appels. Tu as l'air soucieux ?

- Toshy a pu contacter Maetel ?

- Non. Elle est en voyage, très loin, avec le Galaxy Express 999 et Teddysuro, son nouveau petit protégé ! Quelle est ton angoisse ? Tu ne m'aurais jamais contacté sans raison impérieuse !

- Maetel m'a fait transférer dans un corps neuf, inutilisé, parfait. Et mon Doc l'a bien évidemment détecté à ses divers examens… Je suis trop bien revenu à la vie, et sans explications strictement médicales… J'ai tenté une pirouette, mais je suis certain que Gosell avait son idée – peut-être même en a-t-il déjà référé en très haut lieu ! Et j'ajoute que je suis certain qu'il n'a pas cru un traître mot de mon explication sur le renouvellement des cellules !

- Cela se tenait, glissa Clio. Brillante idée pour t'en être sorti, jeune homme !

- Merci, Clio. Je n'ai pas réfléchi, j'ai juste agi dans l'urgence du mur au pied duquel on me coinçait !

La Jurassienne aurait peut-être froncé les sourcils, si elle en avait eu !

- Je ne comprends pas ton allusion imagée de ta langue, Alvernon ?

- Papa t'expliquera. Mais, je peux juste te dire que j'étais presque face à ultimatum de mon propre Médecin-Chef, j'ai inventé n'importe quoi. Papa, mon corps est tout neuf, tout propre, tout frais… Il me trahit, alors qu'a contrario il m'a rendu toute mon énergie d'avant blessure… Je suis désolé.

- C'est moi qui le suis, mon fils. Tu vas t'en sortir ?

- Je n'ai pas le choix. A un de ces jours, papa, dans ta mer d'étoiles.

- C'est la nôtre, désormais !

- Merci.

Alvernon mit fin à la communication, plus mal encore qu'avant d'avoir lancé son appel sur la ligne sécurisée.


Les flammes ravageaient tout, gagnant les étages où, sans forces, le garçonnet était alité depuis presque sa venue au monde.

- Au secours… balbutia-t-il, sans aucun espoir d'être entendu.

- Je suis là !

- Maman !

- Un ami va te sortir et te sauver. Fais-lui entière confiance. Si je peux, je te rejoindrai un jour. Je t'aime, Alfie !

- Maman…

Incapable de bouger, juste brûlant de fièvre, ruisselant de sueur, épuisé de faiblesse, songeant surtout qu'il devait délirer comme trop souvent, Alvernon se laissa emporter par un colosse à demi nu, à l'étrange casque militaire sur la tête.

Pivotant du cou, Alvernon ne put que voir alors voir sa mère s'embraser sous les flammes, hurler, et disparaître.

- Maman !

Dans le rêve cauchemardesque de son passé, Alvernon haleta, à la recherche d'air, avant de sombrer dans le coma.

(*) Idée de Kaori Béryl. Merci à elle ! J'espère ne pas l'avoir déçue en développant cette suggestion à ma façon !