Dreamer in the Sky ici! Ce chapitre était une calamité à écrire car c'est beaucoup d'exposition. Et j'aime pas les explications. Je préfère la castagne, les retournements de situations, les révélations, les baisers enflammés sous la pluie, les...
Bref, voilà le chapitre. ENJOY!
PS: Laissez des coms, ça sauve des licornes!
Chapitre 03 : Le chaos est un état d'esprit
Planque de Marseille
Isabel Davenport était l'une des meilleures agentes, suivies de près par l'agent « Breaker » dans le VOODOO. Agente de niveau noir, le niveau le plus élevé dans la juridiction des services secrets magiques des États-Unis, elle était aussi l'agente de liaison la plus demandée lors des missions en cellule internationale.
Le CAM : Cellule d'Action Mondiale était une unité créée en réponse aux crimes de Grindelwald. Alors que le célèbre mage noir avait mis le continent européen à genoux, les Aurors s'étaient rassemblés en un réseau efficace pour l'appréhender et en parallèle… Les Mystères s'étaient aussi mis à communiquer des informations utiles sur le conflit.
Mais quand Gellert Grindelwald fut finalement vaincu et jeté en prison, l'entente internationale prit fin et tous les contacts s'évaporèrent, notamment à la suite de la montée en puissance de Lord Voldemort. Politique, politique… Les gouvernements européens avaient été si secoués par Grindelwald qu'ils refusèrent de s'impliquer en Grande-Bretagne. Le fossé devint irréparable, mais un certain évènement remit tout en question…
En 2005, deux agents de nations différentes s'étaient mariés dans un secret relatif, et pire… étaient devenus parents. Leur union avait fait exploser un véritable scandale diplomatique, faisant s'assoir autour de la table les directeurs de deux des agences les plus puissantes du monde, les Mystères Anglais et les Mains-Grises des États-Unis. Les négociations furent rudes. Les deux pays voulaient garder leurs ressortissants qui étaient de plus, des agents d'exception.
L'affaire fit grand bruit, les mystères d'autres pays dans l'ancienne alliance européenne tapèrent du poing sur la table, car cela remettait en question l'accord implicite de séparation conclu suite à la montée en puissance de Voldemort. Le Royaume-Uni monta au créneau, révélant la grande honte et la lançant au centre du jeu. Les agents, diplomates et politiques représentant les autres nations furent très véhéments.
La plupart demandèrent l'exécution pure et simple des deux amants maudits et leurs enfants confiés à leurs familles respectives. D'autres voulurent calmer le jeu, en les forçant à dissoudre leur mariage, voire faire avorter la jeune femme, ce qui fit pousser de grands cris.
Finalement, après des semaines de disputes et de discussions, ils se convainquirent d'un compromis. Le couple pourrait rester ensemble mais leur loyauté à leur agence passerait en premier. Ainsi, les deux agents seraient rattachés à un supérieur, rédigeant des rapports de leurs missions détaillés avec souvenirs non modifiés à l'appui, une chambre mentale séparée et blindée pour y cacher des secrets défense, etc.
Mais la décision la plus définitive était, la création une nouvelle fois du CAM, et cette fois, la cellule deviendrait permanente, rattachée à à la Confédération Internationale des Sorciers mais dont les ordres viendraient du Conseil des Mystères, rassemblant les directeurs des sociétés secrètes. Le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada devinrent les trois pays permanents du Conseil de Sécurité de la Confédération. Bref, beaucoup de paperasse, beaucoup de discussions et d'accords internationaux pour que ces deux agents restent vivants et que le monde magique une fois de plus soit rassemblé sur une seule bannière visant à protéger le Secret Magique.
Isabel Davenport qui n'était qu'une jeune agente lors de la promulgation de cette alliance et devint quelques années plus tard, son agente référente.
Au cours des dix dernières années, le CAM devint une institution. Des agents d'autres pays vinrent reflouer leurs rangs quand la situation l'exigeait. Isabel travailla avec des professionnels de pays africains à la péninsule arabique en passant par l'Asie ou l'Amérique du Sud. Il y avait un registre d'une centaine d'agents et le CAM était reconnu et respecté, déclenché quand les conditions étaient réunies.
Or, là, c'était le cas.
C'était un trafic de stupéfiants qui arrosait l'Occident en partant d'Egypte ou du Maghreb mais maintenant cela avait muté en quelque chose de bien plus préoccupant alors que le sceptre d'Osiris avait refait surface.
L'artefact avait été découvert lorsque l'Angleterre était la plus grande puissance coloniale du monde, dans les années 1850. Beaucoup de sorciers avaient profité de l'expansion pour prendre leurs bagages et explorer le monde. Enfin, les familles nobles qui y voyaient une source de revenus non négligeable car les sorciers britanniques faisaient partie d'un peuple profondément sédentaire.
Un moldu du nom de Javier Esposito, un archéologue venant d'Espagne, avait découvert lors de fouilles sous une des Grandes Pyramides des éclats de fresques attestant d'un rituel sacrificiel à la gloire d'Osiris. Cela remonta à la branche sorcière hispanique et française d'archéomagie sur place et dépêcha des Briseurs de Sorts pour effacer la mémoire d'Esposito et découvrir une galerie secrète qui le mena dans une salle deux cents pieds sous terre.
Là, ils découvrirent une salle fondue dans l'or et gravée par des runes et hiéroglyphes. Les sorciers égyptiens étaient très avancés en manipulations des runes et autres magies de transfiguration. L'un des Briseurs de Sorts, nommé Eugene, déclencha un piège qui tua une bonne partie de son équipe. Terrifié mais restant professionnel, il réussit quand même à mettre la main sur l'artefact qui apparut au moment où le sang des victimes gouttèrent sur les pavés : Le Sceptre d'Osiris.
L'objet était majestueux. Séparé en trois parties qui s'emboîtaient, des hiéroglyphes peintes et gravés sur un manche turquoise et la tête ronde et creusée faite en or massif. Eugene avait pris l'objet et l'avait sorti de la pyramide, ne se doutant pas de ce qu'il avait déclenché…
Car la nuit de pleine lune suivante, les corps décharnés et laissés dans la pyramide furent manipulés par une vague de magie noire, devenant des Inferis. Ils marchèrent hors de la pyramide jusqu'au campement d'Eugene et les massacrèrent jusqu'au dernier. Un garçon moldu fut le seul survivant, caché dans un coffre en bois, tremblant comme une feuille. Le sceptre avait été déjà envoyé dans le Département des Mystères français, mais le témoignage de l'enfant était très confus. Il parla d'une créature humanoïde à la peau blanchâtre au crâne lisse qui manipulait les corps et riait comme jamais… On effaça ce témoignage car on le considéra illogique et on retint la seule fonction nécromancienne du sceptre. Si le sceptre était encore en contact avec le sang et la mort, le monde n'y survivrait pas. La menace fut prise au sérieux, le sceptre fut verrouillé derrière des portes blindées de la Rosace et on n'y pensa plus jusqu'à… La guerre contre Grindelwald.
Des décisions absurdes avaient été prises, l'une d'entre elles était d'utiliser la magie la plus sombre pour arrêter les morts qui s'amoncelaient en France et en Allemagne. L'un des agents sans l'autorisation de sa hiérarchie s'empara alors du sceptre d'Osiris et grâce au sang des victimes lança une armée de morts sur les forces de Gellert Gridelwald ce qui gagna des batailles certes, mais condamna un grand nombre d'innocents.
Quand la guerre fut terminée, les anglais via la voix de Dumbledore, exigèrent que le sceptre soit remis dans le coffre de leur Département des Mystères pour une ample surveillance car les français étaient maintenant responsables d'un des crimes de guerre les plus affreux. Cela fut accepté dans la douleur, mais encore une fois l'avertissement fut oublié et les temps de troubles effacèrent l'origine de l'artefact et ce qu'il s'était passé en Egypte un siècle auparavant. Car la guerre se déclencha encore et cette fois…
Ce fut Lord Voldemort qui eut la main sur le sceptre. Celui-ci ne fut jamais utilisé, cependant. Peut-être par manque de temps ou de compréhension, mais il disparut dans la nature… Et des années plus tard réapparut entre les mains d'un de ses anciens fidèles…
Nous étions donc en Septembre 2018 et une fois de plus l'artefact avait été subtilisé et risquait de se faire utiliser dans une zone de conflit et faire de nombreux morts. Isabel Davenport en était persuadée… Le temps manquait. Et cela la rendait colérique.
Et quand elle était furieuse, ce n'était jamais une bonne nouvelle.
L'agente des Mains-Grises était reconnue dans son milieu secret et verrouillé pour son sang-froid et ses records d'efficacité qui suivaient de très près ceux de l'agent Breaker. Mais ses colères froides demeuraient impressionnantes laissant ses subordonnés déglutir dans un coin de la salle alors qu'elle perçait le problème de son regard noir.
Elle avait réussi à attraper l'homme au complet qui avait brandi l'argent au serveur. Mais avant qu'elle ne puisse l'interroger… L'homme avait déjà avalé un poison violent. Exane lui expliqua que ce n'était pas la première fois qu'elle voyait ce mode opératoire… Et cela l'inquiéta.
Alors Isabel décida d'appliquer l'ordre Austin. Il n'y avait plus à tergiverser, la situation appelait des réactions vives et radicales. Le temps était compté d'après les prédictions des Senseurs mais aussi, selon les décryptages retrouvés dans les anciennes archives :
« - Ce sceptre est dangereux, siffla Kyran Brett en posant le dossier sur la table de la cuisine.
Isabel renifla. L'agent canadien avait le don de pointer les évidences. Mais elle ne le reprit pas, elle préféra boire son café. Kyran Brett était le plus vieux de l'équipée. Il avait près de cinquante ans, maître de potions, il avait des rudiments en magie de guérison. Il était envoyé par le Ministère de la Magie Canadien. Contrairement à Isabel et Exane qui travaillaient souvent ensemble, Kyran était rarement envoyé sur le terrain.
Il était accompagné par Yang Chan Hae aussi envoyé par le Canada. Chan Hae était un expert de filature et arrivait à passer de la technologie moldue à sorcière en claquant des doigts. C'était un fils d'immigrés coréens s'étant installé à Vancouver. Comme Kyran, il avait fait ses études à Banff, l'Académie de Magie Canadienne, mais était bien plus jeune. Les deux agents avaient dix ans de différence !
Shion étudiait le dossier à son tour, lisant les conclusions des runes trouvées sur la garde, il soupira :
- Je ne comprends pas qu'il ait été subtilisé si facilement… Il n'y a donc pas de coffre digne de ce nom dans les Mystères anglais ?
- Nous étions en guerre, gronda Exane. La politique s'en mêle et on répare les pots cassés.
- Et alors ?
- Et alors, vient me redire ça dans les yeux quand pendant la Bataille de St-Laurent, votre base aquatique s'est faite détruite par les Allemands ! C'est assez miraculeux que le trident de Poséidon n'ait pas été subtilisé lors de l'attaque.
Kyran offrit l'expression d'un homme qui avait mordu dans un citron. Jonas releva la tête, choqué par la révélation.
- Le trident de Poséidon existe ?
- Ces crétins l'ont rendu aux Grecs, renifla Exane. Superbe décision quand on sait que les clans sorciers de là-bas n'arrivent même pas à se regarder sans se cracher à la figure.
En effet, la famille Apíōnellis, descendants directs de l'archimage Poséidon et dirigeants de l'île de Stamfani avaient poussé de grands cris quand il fut révélé que les Canadiens avaient cet artefact sacré. Bon… Dire à demi-mot qu'il était conservé pour une question de puissance diplomatique mais aussi pour éviter de déclencher une guerre entre clans dans la Mer Méditerrannée était dangereux, donc le sceptre fut enfermé dans une chambre forte du domaine des Apionellis et un accord supervisé par la Confédération Internationale des Sorciers qui stipulait que la famille acceptait de ne JAMAIS utiliser cette arme de destruction massive, sinon... Et bien, un Né-Moldu avait levé les bras en entendant les termes de l'accord en disant que même la situation avec l'Iran n'était pas aussi tendue.
- Dis-donc, s'insurgea Kyran. Veux-tu déclencher un incident diplomatique ?
- Quel incident ? ricana Exane en jouant avec une mèche de ses cheveux. Je ne vois aucun agent gouvernemental dans cette baraque.
- Connasse.
- Merci mon chou.
- Fermez-là vous deux, craqua Isabel. Je suis fatiguée, d'humeur massacrante et je rappelle qu'un de nous doit redescendre pour faire parler les prisonniers. Il nous FAUT un nom avant la prochaine éclipse de lune ou c'est un massacre qui attend des innocents ! Faut-il que je vous rappelle le brief ou vous êtes tous si stupides que vous avez oublié de le lire ?
Un silence éloquent souligna les paroles. Isabel ne plaisantait pas, surtout quand elle représentait la haute autorité. Le CAM avait beau être une institution internationale, quand les agents étaient en roue libre… C'était Isabel qui tenait la baraque. D'ailleurs :
- J'ai donc décidé de déclencher l'ordre Austin.
Jonas se referma automatiquement. Le sourire d'Exane disparut, mais Chan Hae fronça les sourcils. Il était le seul à ne pas saisir la signification de ce mot. Jonas l'informa alors sans ironie :
- Permis de tuer.
Chan Hae hocha lentement la tête. Ils étaient tous des agents entraînés ici. Personne n'allait flancher même quand il s'agissait de tuer des gens de sang-froid. Exane se leva alors avec une expression blasée. Il fallait faire le job après tout :
- Je m'en occupe.
Mais Isabel l'arrêta.
- Non. Kyran et Jonas s'en occuperont.
Le plus jeune de l'équipée tressaillit mais renvoya un regard empli de défi sous le sourire goguenard de Kyran), - - Je veux que tu sois prête à décoller pour intercepter l'ennemi. Tu es la plus rapide et efficace. Chan Hae quant à lui est notre expert en filature. On devra frapper pour tuer s'il le faut.
Exane regarda alors Isabel droit dans les yeux… puis approuva silencieusement. Elle n'avait pas à discuter ces ordres-là.
Il fallut deux heures avant qu'un des prisonniers ne se décide à lâcher une information dans un cri terrible. Les trois hommes qui avaient été appréhendés après la bagarre du port étaient enfermés dans la cave de la planque, une maison louée pour l'occasion. C'était une maison de village sans histoires à quelques kilomètres de Marseille. Blindée de protections magiques et écartée, les hurlements des torturés avaient beau résonner dans la bâtisse, aucun voisin ou passant ne pouvait entendre un seul son percer de l'extérieur.
Dans la cuisine, Isabel et Exane buvaient leur café et mangeaient des petits gâteaux tout en écoutant de la musique classique tourner dans une vieille radio moldue. Chan Hae, lui, nettoyait sa baguette pour se détendre.
Il n'était pas un grand fan de la torture. Un glapissement sonore suivi d'un BANG assourdissant résonna encore dans la maison. Chan Hae sursauta alors qu'Isabel et Exane restaient très calmes. Puis finalement, Jonas sortit pâle comme jamais du cave suivi de Kyran qui était étrangement guilleret. Le Canadien posa les flacons de poison sur la table et une dernière fiole vide avec un grand sourire :
- Extrait de peur. Un poison efficace qui tire son effet du souffle des Détraqueurs. Un peu trop et la personne meurt, mais avec le bon dosage, c'est un voyage dans leurs pires cauchemars.
- Combien de morts ? renifla Isabel avec dédain.
- On en a tué deux. Le troisième est vivant mais en train de pleurer sa mère en se roulant par terre. Pas vrai Jonas ?
Le jeune agent américain grimaça silencieusement mais hocha la tête avant de se tourner vers Exane qui buvait son café très tranquillement.
- Un bar à Lyon. Le 203. C'est un café restaurant proche de l'avenue République et aussi la planque d'artefacts achetés au marché noir et hangar de stockage de Fullmood. Le commanditaire du sceptre a pris contact là-bas.
Exane hocha la tête et se leva de table.
- Avec un peu de chance, on pourra peut-être intercepter le sceptre avant qu'il ne quitte le territoire. Au mieux… nous pourrons le localiser.
- Vous partez tout de suite, ordonna Isabel. Passez-moi un coup de fil, la mission accomplie.
- Au pire, il faudrait prévenir quelqu'un en Egypte, suggéra Chan Hae. Ce réseau est très rapide à agir. On a peu de chances d'intercepter l'artefact mais nous pouvons le localiser. Avons-nous un contact là-bas ?
L'équipée se tourna curieuse vers Isabel qui se contenta d'un petit rictus :
- Oui. C'est le dernier membre de notre collectif.
- C'est qui ? sourcilla Exane.
- Je ne peux pas le dire répondit Isabel évasivement, ça pourrait le compromettre. Il est déjà en train de travailler et nous joindra lui-même dès que nous poserons le pied là-bas… Si nous devons le faire.
- Je ne suis pas trop optimiste, marmotta Chan Hae. On y sera forcément.
L'équipée hocha la tête d'un seul mouvement commun. Isabel soupira. Agents certes, mais toujours aussi curieux…
- Bref, pas besoin de faire votre sac. Partez maintenant, je vous appelle un taxi.
- On prend le train ? se plaignit Chan Hae en attrapant sa besace, un portoloin serait plus rapide !
- Le gouvernement français ne doit pas soupçonner notre venue, expliqua Isabel avec patience. On frise l'incident diplomatique rien qu'avec l'ordre Austin.
- Pourquoi tu l'as déclenché alors ? sourcilla Jonas sans comprendre.
Isabel lui renvoya un regard féroce qui le fit tressaillir. Elle était terrifiante quand elle s'y mettait.
- Car ces enfoirés m'ont foutue en rogne.
Elle pointa son ordinateur portable posé sur la table. Exane ricana. Voilà pourquoi elle adorait Isabel.
Le TGV fut plus rapide que prévu, ils arrivèrent avec dix minutes d'avance ce qui était assez rare pour le souligner au milieu de l'après-midi. Exane et Chan Hae bondirent sur les quais et marchèrent habillés comme de simples moldus en conversant avec animation en anglais :
- ça fait combien de temps que tu bosses avec Isabel ? demanda Chan Hae assez curieux.
- Oh… Bien quinze ans.
- Depuis la création de la cellule ?! Tu devais être très jeune quand…
C'est alors que Chan Hae s'interrompit en regardant Exane qui avait son sourire qui s'élargissait à mesure qu'ils avançaient. Chan Hae avait rapidement fait le calcul, il avait compris très facilement. Exane, elle… s'amusait.
- N… Non. Tu es…
- Et cela signe la fin de notre discussion, Chan. D'ailleurs, ce serait bien si tu ne le mentionnais plus jamais.
Elle avait lâché ces mots avec un sourire mais une menace à peine voilée. Chan déglutit. Il avait eu raison, Exane était cette fameuse agente. Elle était responsable de sa venue dans cette mission car sans elle… Il n'y aurait pas eu de CAM. L'agente britannique détourna son regard alors qu'ils sortaient de la gare.
- J'ai faim. Mangeons quelque chose avant d'aller à République. »
Deux heures après, les deux agents de l'entente anglophone se dirigèrent dans la rue du 203 et observèrent les serveurs prendre les commandes des clients qui riaient sur la terrasse. La nuit était tombée, il était 20 heures passées. Ainsi, Exane et Chan étaient debout le dos contre un mur d'une ruelle parallèle. L'agente regarda autour d'elle en croisant les bras alors qu'une foule non négligeable tournait dans les rues à la recherche de restaurants ou bars :
- C'est très fréquenté pour un Jeudi soir.
- On attend la fermeture, décida Chan Hae. Je vais inspecter les entrées et les sorties, va prendre un verre si tu veux, plaisanta-t-il.
Ce fut comme si la discussion juste avant n'avait jamais eu lieu. Exane roula les yeux en souriant légèrement alors que son collègue s'éloigna en sifflotant presque.
C'est alors que son portable vibra dans sa poche. Le numéro d'Isabel était affiché, elle décrocha instantanément :
- Salut toi. On y est, Chan Hae est en train de scanner les…
- Exane ! coupa la voix haletante d'Isabel. Écoute-moi, c'est un piège, tu dois partir immédiatement !
Exane ouvrit la bouche et la referma. Elle regarda autour d'elle, Chan Hae avait disparu dans la foule. Elle reprit la parole :
- Attends, Y'a Chan Hae qui…
- Exane. SORS DE LA, cria presque la voix d'Isabel Davenport.
Exane voulut répondre quand un effroyable hurlement résonna dans la ruelle voisine. Elle bondit en suivant le mouvement de foule qui s'agglutinait autour de la victime présumée, son portable toujours à son oreille. Se mettant sur la pointe des pieds pour voir au-dessus de l'épaule d'un colosse, Exane se figea alors qu'elle découvrit l'identité du mot.
Le corps sans vie de Chan Hae était décharné par des plaies rougeoyantes découpant son torse et son visage comme lacéré par des centaines de lames. L'usage du Sectusempra ne faisait aucun doute.L'agente sentit une sueur froide couler le long de son dos. Elle s'éloigna rapidement, percutant plusieurs passants, reposant son portable à l'oreille :
Elle se retourna et partit en marchant vite, le portable à l'oreille qui était toujours connecté avec son destinataire :
- Isabel. Qu'est-ce qu'il se passe ?
Pas de réponse.
- Isabel ? pressa-t-elle urgemment. ISABEL !
- Salut Ex.
La voix d'homme dont on sentait poindre une intention goguenarde résonna alors qu'Exane avait l'avenue de la République. Elle se tendit instantanément, sentant ses yeux s'écarquiller puis une colère monstrueuse monter comme de la moutarde au nez. Elle se réfugia dans le hall d'un immeuble en lâchant un sort rapide pour forcer la porte. Cette voix… Elle la connaissait par cœur.
- Ça fait longtemps. Tu es toujours aussi belle.
- Qu'est-ce que tu as fait ? gronda la voix rauque d'Exane Mason.
- Oh. Ne me pose pas la question, tu en sais déjà la réponse.
Les yeux d'Exane Mason s'éclaircirent et ses éclats d'émeraude brillaient presque dans hall d'entrée de l'immeuble désert.
- J'imagine qu'il y a toujours des missions tordues à faire pour le compte du Réseau. C'est pour qui cette fois ? La Mafia Irlandaise ? dit-elle pince-sans-rire.
- Pas cette fois. C'est pour ta protection.
- Te fous pas de moi.
_ Jamais. D'ailleurs, vous devriez faire des checks plus aboutis de vos agents, un était pourri, un autre incapable et … Isabel était compétente mais il fallait faire bonne mesure. Pas de témoins.
Exane expira, le cœur battant la chamade. Elle avait beau être une agente entraînée, habituée à toutes les monstruosités mais Isabel était une très bonne amie qui en savait bien plus sur elle que d'autres agents. Elle la connaissait depuis plus de dix ans et ce salaud l'avait...
- Pourquoi ? Demanda-t-elle la voix à peine tremblante.
- Le Sceptre D'Osiris. Ce n'est pas un artefact comme les autres Exie. C'est un joujou qu'on connait bien… toi. Moi. Et le Cercle.
Exane sentit ses jambes céder sous le poids de la révélation. Son souffle se bloqua alors qu'elle s'affaissait sous le choc.
- C'est impossible.
- Et pourtant… Ce n'est pas un simple relais de nécromancie. C'est un petit joyau qui a ouvert une porte un court instant lors du 19ème siècle. Mais à cause de la guerre contre Voldemort… Il y a des informations qu'on aurait dû avoir qui ont été effacées. Depuis combien de temps tu ne t'es pas replongée dans les archives du Cercle ?
Exane se tendit tellement que ses épaules se carrèrent.
- Le job est terminé. On a fait ce qu'on avait à faire quand la guerre a été gagnée.
- Non, répliqua la voix, on a mis notre tête dans le sable et tu t'es désolidarisée dès que Chris t'a jetée. C'est le rôle qu'on doit remplir que tu le veuilles ou non…
- Ferme ta putain de gueule, explosa Exane. Je n'ai pas de leçons à recevoir de ta part…
- C'est pas vraiment le moment de se disputer Exie. Les circonstances sont revenues et d'après mes informateurs, ça va s'aggraver.
Un silence passa. C'était préoccupant. S'il avait raison, la situation était critique et elle devrait… Elle devrait revenir sur le devant de la scène.
- Je t'en dirais plus quand on se verra. Jusque-là… Le mec que tu cherches à Lyon est un ancien Mangemort, Joseph Llewelyn. Si j'ai juste ton petit Chan est déjà mort et Jojo doit te chercher maintenant.
Un silence passa, Exane serra les dents. S'il avait raison… Elle devra rassembler le Cercle en entier pour la première fois depuis douze ans. La colère d'Exane remonta. Elle voulait en avoir rien à faire, seulement se concentrer sur la surface. Ignorer le reste. Sa vie était bien meilleure depuis qu'elle avait fermé sa porte. La rouvrir… C'était réaliser que les souffrances qu'elle avait acceptées à 18 ans existeraient encore… Et aujourd'hui… Elle était mère. Elle ne pouvait pas prendre cette décision à la légère.
- Passe le bonjour à Bailey de ma part, lâcha la voix. Bisous.
- BASH !
Mais la tonalité lui répondit. Exane leva la tête furieuse comme jamais. Il y avait de la confusion, du dégoût… tant de sentiments forts et orageux qui s'exprimaient mais surtout… de la tristesse. Elle soupira. Chan Hae avait été tué, la planque était compromise, si elle ne bougeait pas maintenant, Joseph Llewelyn allait se barrer avec toutes ses informations. C'était le moment de faire péter le protocole et y aller sans aucune ceinture de sécurité.
Ce n'était pas le moment de pleurer les morts. C'était le moment de les venger.
« - Qui êtes-vous ? hurla la voix teintée d'accent sudiste.
Une détonation lui répondit alors qu'une voix étouffée et autres hurlements de douleur vinrent à exploser dans le silence. Les sorciers qui étaient dans la cave de stockage, affairés pour faire sortir la marchandise se figèrent comme un seul homme en contemplant la seule porte de sortie. Joseph Llewelyn était debout, son visage barbu froncé dans une expression tendue, tenant sa baguette à la main. Un autre cri résonna alors que la porte sembla sur le point de céder. Une seconde après, la porte explosa et Exane Mason, apparut dans un nuage de fumée, le visage coupé à la joue et les jointures de ses doigts barbouillés de sang. La dangerosité de son regard effraya Llewelyn qui tenta de transplaner mais un sort d'explosion lui fit perdre l'équilibre.
Exane agita sa baguette brusquement comme si elle nettoyait une lame de katana, alors que les trafiquants la regardaient menaçants ce qui ne le fit pas du tout peur. Ses yeux verdoyaient comme jamais et alors que Llewelyn se remit debout encore sonné, elle ouvrit la bouche…
Pour hurler.
Institut de Salem
« - Allez Léon ! Réveille toi !
- Je suis réveillé, Jamie, répondit le garçon d'une voix tranquille.
- Ah... D'accord.
- Que veux tu ? Et pourquoi me réveiller à cinq heures du matin ?
- L'avenir appartient aux lève-tôt !
- Pas véritablement. En effet, l'avenir est le futur, donc logiquement le concept d'appartenance se développe que si nous sommes en proximité avec l'avenir, soit le futur... Il faudrait donc se lever tard.
- C'est... Juste.
- C'est logique, martela Léon.
- NON MAIS CE N'EST PAS FINI CETTE DISCUSSION A LA CON ? S'écria la voix scandalisée d'un garçon brun dans le lit en face des deux cousins. Il est 5H DU MAT ! ON DORT A CINQ HEURES DU MAT !
- Du calme, Francis, sourit largement Jamie. Tout va bien.
- NE M'APPELLE PAS COMME çA. JE VOUS HAIS !
Le quatrième membre de la chambrée, lui dormait encore profondément, une adorable respiration régulée qui avait l'air d'une trompette en sourdine.
« - Je veux changer de chambre ! Supplia Francis Charleston en étant presque à genoux devant le préfet Roger Laize qui secoua la tête, les bras croisés et l'expression déjà épuisée.
Cela faisait maintenant une semaine que Jamie Bailey et Léon Bourgeois avaient découvert l'Institut de Salem. Comme à tous les élèves, on leur confia des pendentifs en forme de croissant de lune, assez discrets pour les cacher à l'abri des regards indiscrets quand ils se promenaient en ville.
Contrairement à la plupart des établissements magiques du monde, l'Institut de Salem était situé en pleine ville, et ses accès cachés dans des endroits du quartier de l'université moldue menaient à un autre plan spatial où les élèves étudiaient l'art de la Magie. Pour y entrer ? Rien de plus simple, il fallait tourner la poignée d'un des portes d'entrées situées dans des bibliothèques, hôtels, tout en tenant son pendentif et traverser l'ouverture. Selon l'endroit d'origine on se retrouvait dans l'endroit jumelé. L'hôtel menait aux dortoirs. La bibliothèque municipale menait à la bibliothèque de l'Institut etc... Puis il y avait l'endroit qui reliait tous ces endroits décentralisés et emmenait rapidement d'un endroit à un autre... Le Hall des Sigiles.
D'ailleurs, Jamie, Léon, Francis et les autres élèves de sa Division, 1st Grade Kappa étaient tous dans le grand hall d'entrée de l'Institut, au pied de ses colonnes de lumières. Roger Laize secoua la tête :
- Non. Je ne peux pas te changer de chambre, annonça-t-il. Imagine si tout le monde le demandait ? Ce serait l'anarchie, il y a des règles pour des raisons précises, Charleston.
- Mais oui, je suis d'accord ! dis-leur à eux, répliqua Francis en montrant Jamie et Léon d'un grand mouvement de bras.
- Richards n'a pas l'air d'être embêté fit remarquer le préfet.
En effet, Cameleroy Richards était parfaitement réveillé et souriait en regardant Jamie et Léon qui s'amusaient de la situation.
- Il pourrait avoir une explosion nucléaire, il ne se réveillerait pas !
- Pas de changement de chambre avant l'année prochaine Charleston. C'est définitif.
Francis leva les bras au ciel alors que Laize roula ses yeux, tout en tournant vers les élèves.
- Bon, je rappelle quand même que le respect entre camarades de dortoir est primordial, donc vous deux…
Jamie et Léon se tournèrent vers lui faussement sérieux :
- Je ne veux plus entendre Charleston se plaindre sinon, vous perdrez des points. Vous êtes de la famille de Danielle Bourgeois des Bêtas non ? Faites-lui honneur.
- Le truc à ne pas nous dire, chuchota Jamie.
Léon lui se contenta d'un sourire faussement compréhensif. Laize ne savait pas sur qui il était tombé.
- C'est l'heure des cours, je rappelle que votre leçon de SMEMMARM a lieu au troisième étage. On se concentre et tout va bien se passer. Allez, qui passe en premier ?
Une fille aux mèches roses habillée de vêtements noirs s'avança en premier en mâchant un chewin-gum. Elle fit éclater une bulle rose bonbon et leva son bras sans grande conviction et avança dans la colonne de lumière. Sitôt fait elle s'éleva verticalement jusqu'au troisième étage et se déposa délicatement sur le palier. Les élèves de son groupe sifflèrent, impressionnés. Ils venaient à peine d'entrer dans l'Institut et eux avaient encore du mal à maîtriser ce mécanisme. Jamie sourit légèrement comme s'il pensait à une bonne blague :
- Suivant !
Jamie Bailey grilla la priorité à Raoul Friar qui lui lança un sale regard et sauta dans la ronde de lumière. Alors qu'il s'éleva il pointa son poing comiquement et hurla :
- Je suis Supermaaaaaan !
Les enfants éclatèrent de rire alors que Laize pesta en le menaçant de lui prendre des points. Jamie atterrit alors devant la fille aux vêtements noirs avec un sourire ravageur mais sans légèreté.
- Tu manques pas de culot, lâcha-t-elle.
- Ma définition, en effet, répondit Jamie d'un clin d'œil.
La fille secoua la tête mais ne put laisser échapper un sourire. Jamie tendit alors sa main :
- Jamie Bailey.
Elle leva un sourcil, roula ses yeux et lui tendit la sienne :
- April Hunter. »
Ils se serrèrent la pince d'un sourire mais furent interrompus par la voix perçante d'un garçon aux cheveux afros.
- Je suis une pale d'hélicoptèèèèère, hurla Léon alors qu'il monta en faisant des saltos avant.
- Bourgeois, rugit Laize. C'est dangereux !
- On n'a qu'une seule vie, répondit Léon en rejoignant Jamie qui riait comme jamais.
- Oh ça à l'air drôle, s'exclama Cameleroy Richards. A mon tour !
- Quoi ?! s'étrangla le préfet. Non. NON. Richards !
- Geronimooooo, hurla le garçon aux cheveux châtains alors qu'il s'élança à la suite de Léon sous le désespoir de Laize.
Jamie applaudissait, Léon riait, April s'amusait et Cami s'agitait comme s'il nageait la brasse. Laize laissa tomber sa tête dans ses mains, alors que les autres Kappas imitaient les quatre catastrophes. Bref, c'est la première semaine et le préfet était déjà au bout du rouleau.
« - Un test surprise, à un premier cours. Ecole de cinglés, renifla Jamie.
- Je l'ai trouvé facile, dit Léon à ses côtés.
- Tu pourrais faire tous les sorts du programme les yeux fermés Léon…
- Certes.
Jamie roula des yeux alors que son cousin souriait, patient. Il semblait qu'ils étaient revenus à leur rôle respectif, le sage et le casse-cou. Malgré son commentaire, Jamie adorait le cours de SMEMMARM mais exécrait les Potions ainsi que le cours d'Étude d'Ingrédients qu'il jugeait ennuyeux. Léon, lui, se baladait dans toutes les matières, mais la nouveauté et tous les gens qui était prêts à le juger facilement... poussait le garçon à taire son génie et rester discret. Le niveau était faible, il s'ennuyait un peu, mais le dissimulait, trop terrifié à l'idée d'être séparé de son meilleur ami.
Les deux garçons s'amusaient comme un petit fou à découvrir les allées de l'Institut. Parfois, ils se perdaient encore mais Jamie en profitait alors pour ouvrir des portes au hasard et tomber sur des classes scandalisées. 20 points en moins en trois jours! Leur préfet, Roger Laize, n'était pas du tout content et les grondait en agitant son doigt très comiquement, mais le sourire de sale gosse de Jamie ne quittait jamais son visage.
Les deux enfants sifflotaient en rejoignant la cafétéria pour se restaurer suivis par leur groupe. L'endroit était une grande salle en L remplie par des tables circulaires. Des mets moldus ou sorciers étaient présentés dans un self. Les élèves se servaient avec des cuillères sur leurs plateaux et rejoignaient leurs amis. Les enfants bavardaient, riaient, chantaient, et échangeaient. Les professeurs n'étaient par contre pas présents. Les 1st Grade Kappa se restaurèrent rapidement en prenant un plateau puis cherchèrent une table libre.
- Au fond peut-être ? proposa Léon.
- Tu rigoles ? répliqua Jamie, nous sommes des nouveaux donc nous devons éblouir notre audience !
Il montra une table centrale vide, et s'y dirigea la tête haute pour s'y asseoir. Léon secoua la tête, amusé et l'y rejoignit. April Hunter, Camileroy Richards, Damian Friar, Francis Charleston… et tous les autres les suivirent autour de la table de huit places et mangèrent en parlant avec animation…
C'est alors qu'une fille de quinze ans, aux longs cheveux auburn s'approcha et toussota bruyamment accompagnée par une gamine de l'âge des enfants aux cheveux blonds. Elle avait les cheveux tirés en arrière d'un chignon sévère et portait une cape de sorcière… ce qui était rare pour être souligné dans l'Institut :
- Excusez-moi, vous ne pouvez pas vous asseoir ici.
Les enfants qui commençaient à manger se tournèrent vers elle qui croisait ses bras en les regardant l'air mauvais. April leva un sourcil en reniflant, Cami lui avait ses yeux écarquillés comme un hibou. Léon avait revêtu un masque glaçant et Jamie… et bien lui :
- Oh bonjour mesdemoiselles !
- Cette table est réservée.
- Il y a un système de réservation comme dans les restaurants ? s'exclama Jamie en retour ! Woaouh. Léon, je retire ce que j'ai dit plus tôt, cette école est en fait géniale !
April afficha un rictus amusé alors que Léon restait impénétrable. La fille rousse claqua la langue d'agacement :
- Non, cette table est réservée à notre groupe. Vous êtes des bleus, vous n'avez pas à être là.
- Léon, je crois que ces filles veulent vraiment récupérer cette table, elle doit être importante, souffla Jamie avec une fausse candeur.
- Est-ce consigné dans un règlement rédigé par le corps enseignant ? demanda Léon d'une voix froide. Si tel est le cas, nous nous en irons sans demander notre reste. Sinon… Nous avons le droit de rester ici.
- Partez immédiatement, menaça la fille. Sinon…
- Sinon quoi, carotte ambulante ? lâcha April en se levant les yeux plein de défi. Tu vas faire quoi ? te plaindre aux profs pour avoir déloger des enfants de 1st Grade ? Car franchement ils prendraient le parti de qui ?
- On va s'en aller, marmonna Francis.
- Francis assis-toi, dit Jamie en roulant des yeux.
- Vous allez avoir des problèmes, promis la rousse.
Puis elle s'éloigna à grands pas en reniflant, la fille blonde sur ses talons avec le même air vexé. C'est alors que Damian Friar laissa tomber ses mains sur son front d'une profonde lassitude. April leva un sourcil :
- Quoi ?
- Nous venons de nous mettre le Cercle Wiccan à dos. On va tous crever avec ces chaotiques de première catégorie.
Francis étouffa une exclamation, il prit son plateau et se leva. Léon roula des yeux :
- Ce qui est fait est fait. Francis assis-toi, c'est ridicule.
- Ne m'appelle pas par mon prénom !
- C'est quoi le cercle Wiccan ? demanda Cameleroy Richards.
- L'ennemi du fun ? Une bande de meufs décomplexées du bulbe ?
- Tu pourrais passer pour un sexiste, dit Léon.
- Je pourrais. Mais elles sont vraiment cinglées, soupira Jamie. Mon père a fait ses études ici, il m'en a raconté des belles. Ces filles ne sont pas fréquentables… mais tiennent l'Institut d'une main de fer.
- Raison de plus pour ne pas les provoquer, répliqua Francis.
- Nan. C'est plutôt une raison de faire de leur vie un cauchemar, sourit Jamie.
April secoua la tête alors que Cameleroy avait l'air d'être plongé dans ses pensée. Le reste du groupe semblait désespéré.
- Ne nous incluez pas dans vos bêtises, gronda Friar.
Léon et Jamie lui lancèrent un sourire rempli de mesquinerie comme seule réponse. Le premier tourna la tête pour prendre la carafe d'eau quand il vit sa grande sœur entrer dans le réfectoire en lisant un dépliant l'air plutôt inquiet avec ses amies. Jamie qui avait suivi le regard de son cousin s'éclaira :
- Mais c'est Dany ! Hey Dany !
Danielle Bourgeois, quatrième année des Bêtas se tourna vers la provenance de cette voix nasillarde qu'elle ne pouvait que reconnaître et fronça les sourcils, exaspérée. Puis… elle se figea en se rendant compte, où les enfants étaient assis. Elle se tourna vite fait vers ses amies pour leur siffler deux-trois mots, et se précipita à grand pas vers son frère et son cousin :
- Salut Danielle ! Tu manges avec nous ? On va faire venir une autre chaise, l'accueillit Léon.
- Non mais vous êtes des cinglés ! Qu'est-ce que vous faites sur la table du Cercle ?
- Sérieusement, il va falloir me dire pourquoi cette table est si spéciale, marmonna April qui mangeait, si on toque dessus y'a un lapin qui apparait ou quoi… ?
Danielle se tourna vers elle en levant un sourcil et ferma sa bouche. April l'ignora royalement, mais la jeune fille n'en tint pas rigueur :
- Tu arrives trop tard grande sœur, dit Léon, elles sont déjà venues reprendre leur territoire mais nous n'avons pas rompu nos positions !
- Malheureusement, geignit Friar.
Danielle secoua la tête.
- Je vous rappelle que vous n'êtes qu'en première année. Depuis qu'elles ont un nouveau leader, le cercle est plus progressif, mais certaines sont encore tradi et vont vous saquer.
- Tu sais ça comment ? Je croyais que l'identité du leader était connue que par un certain nombre d'initiées ? lâcha Jamie.
- Secret défense, sourit légèrement Danielle. Vraiment, faites attention, je pars demain je vous rappelle. Je ne serais pas là pour vous guider.
- Ne t'inquiètes pas sœurette, on t'appellera sur ton miroir à double sens.
- Ce sont les parents qui l'ont…
Elle fut interrompue par Léon qui avait brandi un petit miroir dans sa main avec un large sourire. Danielle leva les yeux au ciel.
- J'en peux plus de vous. Bon appétit.
Cependant, elle pressa ses mains sur les épaules des garçons avec affection avant de s'éloigner rejoindre ses amies. Jamie la suivit du regard.
- Je n'aimerais pas être à la place des élèves de Beauxbâtons.
- Moi aussi, renchérit Léon le ton grave.
- Ah bon pourquoi ? demanda Cameleroy Richards qui les écoutait.
- Et bien, Danielle est celle qui ressemble le plus au père de Léon. Mon oncle. Et oncle Christian c'est un peu le pire cauchemar des arrogants. Il est brillant, inflexible et a une rhétorique coupante au couteau. Léon aspire à être comme ça…
- Hey !
- Mais chez Danielle c'est inné.
Cameleroy hocha la tête. Jamie lui regarda alors pendant qu'il finissait son assiette.
- Faut vraiment que je t'appelle Camele… Camelon ?
- Cameleroy, corrigea l'enfant, et non… Cami suffira. «
Jamie sourit et ouvrit son pudding au chocolat. Alors qu'il mangea une première cuillérée, une pensée le ramena à son père lui aussi fan de chocolat industriel. Pendant un court instant, le regard de Jamie s'assombrit. Son père lui manquait, et même s'il faisait semblant de ne pas s'inquiéter… C'était le lot d'enfants d'Auror ou agent des Mystères… Les parents pouvaient ne jamais revenir à la maison.
Egypte, Le Caire.
Alexander bailla largement en s'étirant, alors qu'il profitait de la baie du Caire assis à la terrasse d'un petit café. L'homme de la quarantaine avait ses traits tirés par le sommeil comme s'il n'avait pas dormi pendant des jours, une tasse fumante de café posée juste en face de lui. Alexander était habillé d'une chemise blanche et d'un jean, un appareil photo à son épaule comme un vrai touriste américain. Ses lunettes Rayban sur son nez dissimulait ses pupilles métalliques si uniques et communes à la famille Bailey. L'homme avait une barbe blonde cendrée de trois jours et une épaisse chevelure était en bataille lui donnant l'air polisson et même un peu décalé. Mais Alexander Bailey était un tueur entraîné du VOODOO* travaillant pour le gouvernement depuis ses 17 ans.* Connu au-delà des frontières par son alias, Breaker, l'agent secret pour le MACUSA était au Caire pour une mission liant des pays dans le même objectif... dont celui de sa femme Exane Mason.
Alexander eut un léger sourire rêveur en portant son expresso aux lèvres, elle lui manquait.
C'est alors qu'il leva les yeux, droit sur la baie et reconnut sa cible. Fronçant les sourcils, il porta son appareil photo à ses yeux pour regarder à travers le canon. Il suivait Yassine Benarsi depuis deux semaines maintenant. Sa cible était méthodique et avait un emploi du temps qu'elle semblait suivre à la lettre. Benarsi avait la petite trentaine, était plutôt grand, le nez cassé qui était sans doute en trompette dans sa jeunesse, la peau halée, la barbe fournie, les yeux en amande sombres. Il travaillait chez un marchand de textile le jour puis venait se promener à la plage, jouer au foot avec des amis et ensuite repartait chez lui où il se couchait tôt. L'homme était solitaire et rien ne semblait le sortir de sa discrétion mais Alexander était observateur. Et la seule chose que Bernarsi ne ratait jamais c'était son courrier. Des cartes postales… imbibées d'un sort de dissimulation. Et sur ces cartes ? Des ordres précis de l'organisation terroriste qui terrifiait le Maghreb magique.
Benarsi était donc sa porte d'entrée pour comprendre pourquoi ils allaient utiliser le sceptre. Vu que l'artefact était un relais de nécromancie très efficace, Alexander craignait qu'ils ne l'utilisent pour rayer de la carte les bastions des résistants.
Alors, l'agent du VOODOO s'était planqué pendant des jours, se faisant passer pour un touriste, explorant les ruelles du Caire. Ses contacts le relayaient, un chauffeur de taxi… un marchand de sucreries… une femme de ménage. Tous étaient unanimes. Les terroristes se préparaient à un grand coup, et l'Egypte n'était pas préparée à cela, trop affaiblie par les attaques précédentes.
Benarsi finit enfin de jouer avec ses camarades, tape certains sur l'épaule en riant puis finalement, s'en alla. Alex finit son café d'un trait et la cible commençant à s'éloigner, il se leva en jetant un généreux pourboire sur la table.
Bernarsi traversa une avenue, manquant de se faire renverser par une voiture, Alexander le suivant avec une certaine distance, plutôt surpris… de son manque de patience. Contrairement aux autres fois, Benarsi avait presque l'air de courir. Puis, il tourna au coin d'une ruelle. Alex ralentit. C'était étrange… savait-il qu'il était filé ? Mais il n'avait pas beaucoup de temps, c'était maintenant.
Il plongea sa main dans la poche de son jean où se trouvait sa baguette dissimulée sous la forme d'un simple stylo et s'engagea dans la ruelle.
Celle-ci était l'entrée d'un zouk qui embaumait les épices et autres saveurs sucrées. Benarsi évoluait entre les étals, les marchands criant leurs deals. L'agent américain sauta au-dessus d'une caisse quand Benarsi quitta la galerie. Enfin, il tourna à droite. Et vit Bernasi tourner à gauche dans une impasse.
Alexander fronça les sourcils et y alla prudemment. Mais…
Benarsi l'attendait.
« - Les Mains-Grises ne sont pas très aimées en Egypte.
-Depuis quand m'avez-vous aperçu ? demanda Alexander en resserrant sa prise sur sa baguette.
- Vous faites un piètre touriste, lâcha Benarsi goguenard.
- J'étais pourtant sûr que mon déguisement était adapté, sourit Alexander en posant son appareil photo par terre.
- On vous a reconnu tout de suite... Agent Breaker.
Le sourire d'Alexander s'élargit.
- Incroyable. Vous savez qui je suis… Même mon alias. J'imagine donc qu'il y a un ancien de la maison qui bosse pour vous…
- Vous allez mourir. Vous et ces chiens d'Occident… Vous allez pourrir six pieds sous terre.
- Si vous saviez combien de personnes m'en ont fait la promesse.
Un éclair vert venant de derrière manqua de le toucher mais Alexander s'était baissé juste à temps. Benarsi fonça sur lui en lui jetant des impardonnables en hurlant. L'agent blond fit dévier sa course d'un sortilège de croche-pied, puis s'occupa de ses cinq autres agresseurs.
Il reconnut toute l'équipée qui jouait au football plus tôt. Alex renifla. Ils étaient bons.
Un fonça sur lui pendant qu'un autre tenta de lui prendre le bras. L'agent du VOODOO leur lança un sortilège de découpe si puissant qu'il détacha un bras qu'il fit valdinguer à l'autre bout de l'impasse. Benarsi se releva difficilement, Alex lui lança un autre sort rapidement, dévia des flammes qu'il renvoya sur deux combattants.
Il prenait l'avantage. Il gagnait sans aucun effort. Le regard de Benarsi glissa sur le corps d'un de ses camarades. Il était encore vivant même si une brûlure le défigurait. Il plongea sa main dans sa poche pour s'emparer de son dernier recours. Un sachet de poudre blanche…Benarsi savait… Il savait qu'Alexander Bailey était un monstre.
Et pour faire tomber un monstre… Il fallait en utiliser un autre.
