Voici le troisième one-shot de cette série, sur les thèmes "Rouge" et "Toi et moi". Comme d'habitude, read, enjoy, review, et on remercie bien Cloe Lockless pour la relecture.


Le rouge était partout : sur le col de la robe de Lavande, dans ses longs cheveux blonds et poissés, sur l'écusson de Gryffondor – bordeaux taché de vermeil –, dans son cou, éclaboussant jusqu'au bas de son visage ; et rouge aussi était la profonde blessure aux bords déchiquetés qu'elle portait au creux de l'épaule gauche, ouverte comme une bouche édentée, aux lèvres tordues et écumantes, qui aurait poussé un cri d'horreur. Parvati s'approcha, s'agenouilla, et ce fut comme si le flot affreusement tiède lui bondissait dessus, débordant sur ses mains, se glissant sous ses ongles, détrempant les manches de sa robe noire qui devint encore plus noire et elle se sentit lourde et pataude et suprêmement maladroite, et elle se demanda ce qu'elle allait bien pouvoir faire.

- Diffindo, prononça-t-elle ; et elle ne reconnut pas sa propre voix, ni ses mains, tremblantes comme celles d'une vieille femme, qui finissaient de déchirer les bandes que le sortilège avait découpées dans la robe de Lavande.

Elle les enroula autour de l'épaule déchiquetée, serra fort le bandage qu'elle fixa d'un coup de baguette, et elle se dit qu'il aurait probablement fallu nettoyer, désinfecter, peut-être même cautériser, enfin faire quelque chose de plus efficace que poser un bout de tissu à moitié sale sur cette monstrueuse blessure, mais elle était incapable de réfléchir : elle voulait juste que le sang s'arrête de couler, ne plus sentir cette odeur fade, un peu métallique, ne plus voir ce bout de viande encore chaude à la place de l'épaule de Lavande.

Elle ne voulait plus se sentir seule et désarçonnée alors même qu'elles étaient toutes les deux, parce que depuis sept ans du moment que Lavande était là elle ne s'était jamais sentie seule, et que donc ce n'était pas normal. Dans son esprit, des visions de peau blanche et lisse et parfaite se superposèrent au carnage qu'elle avait sous les yeux : elle pensa aux baisers déposés, nuit après nuit, sur cette épaule et dans le cou pâle et sur les paupières closes et sur les lèvres bleuies et entrouvertes ; et elle se détesta pour ça.

Lavande ouvrit les yeux : ses pupilles étaient si dilatées qu'on ne voyait presque plus l'iris et son regard était comme un puits sans fond, sombre et vide. Peut-être qu'elle allait mourir. Peut-être que toutes ces semaines à se cacher dans la Salle sur Demande, cet enfermement et cette promiscuité supportés jour après jour, ces risques pris lors des raids au nez et à la barbe des Carrow et ces espoirs tournés et retournés dans leurs têtes et leurs cœurs n'auraient eu comme finalité que ce corps étendu sur le sol de la Grande Salle et ce bout de tissu qui devenait encore plus noir au fur et à mesure qu'il s'imbibait de sang ; et Parvati sentit son ventre s'embraser d'une colère irraisonnée contre ce connard de Potter qui était parti elle ne savait où au lieu de latter du mage noir…

- Parv…

…contre les professeurs qui n'avaient même pas réussi à défendre le château contre les Mangemorts…

- Parv…

…contre Dumbledore qui aurait quand même pu éviter de crever l'année précédente sous la baguette de Rogue…

- Parv, t'es là ?

…et elle se pencha, toute colère envolée.

Après, elle se rendrait compte des larmes chaudes et silencieuses qui avaient coulé sur ses joues et séché en traînées brûlantes, et elle aurait envie d'étriper Hermione Granger lorsqu'elle se pencherait sur elle en murmurant d'un air de commisération « elle a été mordue ». Après, elle devrait s'effacer, laisser la place aux autres : à Madame Pomfresh avec ses onguents, aux médicomages qui prendraient sa suite, à Seamus qui accourrait, l'air affolé ; mais pour l'instant tout ce qui comptait c'était la bouche de Lavande qui parlait, et les yeux ouverts de Lavande plongés dans les siens, et la peau de Lavande – de ses joues et de son front et de ses tempes – douce sous ses doigts comme toujours.

Parvati se coucha près du corps étendu sur le sol et caressa les cheveux blonds poissés de sang, répétant que oui, elle était là, et que tout allait s'arranger ; et alors qu'elles partageaient un baiser au goût de sel et d'eau et que le flanc collé au sien s'élevait et s'abaissait de plus en plus calmement, elle ne put s'empêcher de se dire qu'elle était contente qu'elles soient ensemble, ici, à la fin de toutes choses.