Chapitre III : L'Ordre

Ce fut la sonnerie de son portable qui réveilla Rui. Il jura. Quel con pouvait appeler aussi tôt ?

« YA-HA ! Réveillé fuckin' lézard ? »

Forcément.

« Qu'est-ce que tu…
- Ramène tes potes à l'aéroport, on a pas de transport pour rentrer. T'as 20 minutes pour rappliquer reptile de mes deux ! »

Clic.

Rui resta pantois un bon moment, analysant la situation, et bondit enfin de son lit pour s'habiller. Il était en train d'enfiler son trench coat blanc, avant de suspendre ses gestes. Il faisait quoi là ?

*****

Il obéissait, comme un animal de compagnie docile et craintif. Hiruma regardait distraitement par le hublot de l'avion quand son sourire dément naquit sur ses lèvres. Il le savait, il le sentait. Là-bas, Rui obtempérait gentiment sans même se rendre compte que le démon bouffait son orgueil, morceau par morceau.

Le démon adorait ça, ce pouvoir absolu qu'il exerçait sur son entourage, tout âge, sexe, et situation confondus.

Il ne se demandait même pas quelle genre de torture il pouvait bien lui infliger en cas de retard.
Rui ne le serait pas, c'était évident.

*****

« Chef ? Pourquoi on va par là ?
- C'est la route qui mène à l'aéroport, chef, vous savez ?
- Vos gueules, roulez ! »

Le caméléon cabra sa moto et accéléra, ulcéré. Il avait suivi les ordres à la lettre, sans se poser de question. Où s'était carapaté sa fierté ? Depuis quand il laissait sa liberté lui filer entre les doigts ?
Il hoqueta soudain.
Depuis quand il aimait ça ?

*****

« Hiruma-san ? On fait comment pour rentrer ? se risqua Sena. A pied ? »

Tout l'équipe déglutit. Les 2000 km de la Death March leur avait suffit.

« T'inquiète pas, fuckin' crevette, dit-il avec un sourire garni de crocs. Nos taxis arrivent. »

Ses yeux noirs scrutèrent le fond du parking et il aperçut enfin la vingtaine de moto tant attendue. Une fois arrivé à leur hauteur, Hiruma défia Rui du regard.

« T'as failli être en retard, fuckin' reptile !
- J'suis à l'heure, ferme-la !
- T'as pensé au gros lard et aux bagages au moins ? il désigna Kurita et les sacs d'entraînement du pouce pour appuyer sa question.
- Pour qui tu me prends, enfoiré ? On a ce qu'il faut.
- Y a interêt. En selle fuckin' morveux. » s'écria-t-il à l'adresse de ses joueurs.

Hiruma grimpa derrière Habashira sans lui laisser le temps de protester.

« Qu'est-ce que…
- C'est une manie de jamais finir tes questions ? Roule fuckin' lézard. »

Le caméléon se mordit la langue pour ne pas répliquer et enclencha le démarreur. Le démon lui enserra la taille pour ne pas tomber.
Rui n'avait jamais été aussi mal à l'aise de sa vie.

Hiruma joignit ses mains sur le ventre du motard et s'autorisa un petit sourire moqueur. Ils n'avaient jamais eu l'occasion d'être aussi proches. Très agréable.
Il était plutôt satisfait de sa petite manœuvre et sentait le caïd se laisser gagner par la tension et la gêne. Le démon eut un sourire narquois et, resserrant sa prise autour de la taille d'Habashira pour se stabiliser, hissa ses lèvres jusqu'à son oreille.

« C'est le prochaine à droite, n'oublie pas. »

Le leader de Zokugaku ne comprit pas comment il n'avait pas mis un coup de guidon tant le murmure de son passager l'avait prit au dépourvu.
Qu'est-ce qu'il lui passait par la tête à cet abruti ? Déjà qu'une telle proximité lui filait les jetons, il arrivait à en rajouter une couche.
Dieu… non, Satan plutôt, seul savait ce que ce taré était capable de faire.

Rui ne fut soulagé que quand le lycée Deimon se profila à l'horizon. Lui et sa bande s'arrêtèrent devant la grille d'entrée, et déposèrent leurs passagers. Seuls les plus aimables des Devil Bats remercièrent les motards pour leur aide.
Malgré tout le caméléon restait pétrifié sur son engin. Le blond était toujours assis derrière lui.

« Hiruma-kun, commença Mamori, tu ne viens pas ?
- J'ai deux-trois trucs à voir avec lui, lâcha-t-il en accompagnant ses dires d'une tape sur l'épaule de son conducteur. M'attendez pas. »

Hiruma s'assit en travers de la selle, presque dos à Habashira et la jeune fille acquiesça. Elle et l'équipe se dirigea vers le local pour remettre un peu d'ordre dans leur bagage. Le démon regarda le reste des lycéens de Zokugaku.

« Pareil pour vous, dégagez, ça vous concerne pas. »

Ils se consultèrent du regard et attendirent l'aval –un faible hochement de tête- de leur chef pour s'exécuter.
Le quaterback resta assis, dos au motard, bras croisés, mâchonnant son chewing-gum.

Rui ne put s'empêcher d'espérer qu'il s'étouffe avec.

« Qu'est-ce que tu veux encore ? gémit le caméléon.
- C'est drôle, tes gars t'obéissent toujours. S'ils savaient que trois types t'avaient mis au pied du mur –au propre comme au figuré- ils seraient peut-être moins fidèles. Tu serais seul, avec une moto aux pneus éventrés.
- Et ? Bordel tu veux en venir où ? »

Il s'impatientait et se retourna vers Hiruma, qui restait obstinément dos à lui.

« Ta dette est toujours d'actualité. Et le sera encore longtemps. Très longtemps. »

Le démon eut ce rire grinçant qui lui était propre, et qui glaçait le sang d'Habashira aussi sûrement que ses menaces. Le motard se réinstalla correctement sur la selle, empoignant le guidon, prêt à démarrer, même si son passager restait assis derrière lui.

« Au fait, c'était pas sympa de jeter mes lettres comme ça. Dire que j'ai fait l'effort de t'en envoyer.
- Comment sais-tu que… »

Il cru sentir un souffle sur sa nuque et un croc effleurer son cou.

« Je connais tout de toi. Ne l'oublie pas. »

Rui se retourna vivement. Il était seul sur sa moto et entreprit de fuir, démarrant immédiatement.

Oui, c'était bien le mot qui se gravait dans chaque parcelles de son esprit.
Fuir, avant qu'il soit définitivement à la botte d'Hiruma.