Chapitre 2
Ce qu'il faut savoir sur l'université Southeast, c'est que nous sommes à peine 2000 étudiants. Que bien souvent, elle est choisit en dernier ou en premier pour ceux qui n'ont d'autre possibilité. Située à la sortie de la ville de New Albany, elle ne compte que 6 bâtiments, administration, bibliothèque et logements inclus. Les cours dispensés ne sont pas de grandes envergures, j'avais choisis un cursus littéraire, peu fréquenté. Celui d'architecture était massivement sélectionné, c'était celui que l'ordure dont-on-ne-doit-plus-jamais-prononcer-le-nom-même-bourrée avait choisit.
L'immeuble des logements étudiants était divisé en deux, une partie pour les nanas et l'autre pour les mecs.
En grimpant les escaliers, j'espérais pour eux qu'ils avaient débarrassé les lieux. Je ne donnais pas cher de leur peaux dans le cas contraire et je voulais m'éviter à tout prix la prison.
Je pénétrais dans notre studio, mon lit était toujours fait au carré, pas le sien. Je réprimais la bile qui m'était montée à la gorge.
Quoique... Je pouvais tout aussi bien vomir sur son lit pour qu'elle sache tout ce qu'elle m'inspirait...
« Ce qui serait une perte de temps Bella... fais juste ton sac et casse toi d'ici, c'est le mieux que tu ais à faire ».
Soit. J'ouvris ma valise, enfournait mes vêtements à la va-vite. Quiconque me connaissant un peu, en aurait déduit que je n'étais pas dans mon état normal. Jamais je ne faisais les choses sans application. Je n'en n'avais pas la force aujourd'hui. En 15 minutes chrono, ma partie de la chambre était vidée. Mes livres pesaient plus lourds que mes fringues.
C'est tout moi ça, la culture avant l'apparence, l'amour avant moi-même. Ce point allait être revu incessamment sous peu.
Je ne me voyais plus vivre sur le campus, alors je pris la direction du centre ville.
Ma mère en aurait probablement une crise cardiaque. Sa condition pour que je puisse m'exiler aussi loin du foyer familiale était que je vive sur le campus, parce qu'il y avait trop de risque à habiter en ville.
Il me fallu prendre le bus et je m'arrêtais dans la rue « passante ». Un amas de boutiques déstructurées, avec des façades vieillottes. Deux magasins de fringues, un semblant de starbuck, une laverie, un antiquaire et un garage de réparation auto.
Il y avait très peu de monde, sauf au starbuck. Je tirais ma valise derrière moi et pénétrais les lieux. Une bonne odeur de café envahit mes narines. Je me sentis moins perdue. Trois étudiants étaient attablés, un autre attendait sa boisson à la caisse et moi je cherchais à passer inaperçu.
Le gérant, la quarantaine agréable, de long cheveux châtain noués dans une queue de cheval serrée, m'accueillit avec un sourire chaleureux. Je commandais un double, sans lait, ni sucre.
- la journée vous est-elle déjà aussi dure à vivre ? Me questionna-t-il avec une pointe d'humour qui dénoua un nœud à mon estomac.
Il avait l'art de mettre à l'aise, rien que par sa présence.
Puis je me mis à déballer ma vie pitoyable sans aucune retenue, mes nerfs m'avaient probablement lâché à ce moment.
- mon mec me trompe, je suis à la rue, j'ai faim, j'aimerai me poser, prendre une douche, dormir, le cogner et respirer.
Durant quelques secondes, il m'observa comme si je m'étais transformée en chèvre sous ses yeux, puis il sourit de toutes ces dents.
- Et bien... laissez moi déjà vous offrir ce café, un siège et nous pourrons par la suite discuter de votre vie qui vient de prendre un nouveau virage.
- Vous voulez dire un mur... le repris-je en baissant la tête, rouge comme une pivoine de m'être ainsi humiliée devant un parfait inconnu.
Je sélectionnais une banquette synthétique bleu pastelle, un peu excentrée du reste de la pièce. Je fis glisser ma valise dessous et bu une gorgée pour me donner une contenance. Ses yeux me fixaient poliment mais avec attention. Ce qui était aussi troublant qu'émouvant.
Il me rappelait mon père, Charlie, qui parlait peu, mais faisait passer toutes ces émotions dans son regard.
- vous vous sentez mieux ? S'informa-t-il.
Mon ventre faisait des huit, je me sentais barbouillée.
- Pas vraiment... Mais je ne vais pas me plaindre, j'ai toujours la santé...
- la vie n'est pas si noire qu'elle n'y paraît. Souvent, ce sont des nuages qui l'obscurcissent, puis la lumière revient.
- Vous allez me citer la bible pour conclure ? Ai-je lancé avec sarcasme.
Ce que je détestais le plus, c'était les phrases toutes faites, pleines de bons sentiments. Phrases que l'on balance dans ce genre de moment, surtout quand la personne qui souffre ne veut pas les entendre.
- je ne suis pas un bon Chrétien je le crains... Actuellement vous souffrez trop pour pouvoir prétendre à ce qu'on vous parle sans que cela ne vous dérange.
Mon cerveau devait tourner au ralenti, car je ne compris pas tout le sens de sa phrase. D'un mouvement de menton, il m'indiqua un tableau noir, où on déposait des annonces.
- peut être trouverez vous un nouveau logement sur la gazette.
- La gazette ? Le repris-je.
- Un tableau d'affichage où les natifs du coin, ou non, y dépose leur nouvelles, leur annonces en tout genre.
Je hochais brièvement la tête et il se congédia de lui même. Je le remerciais mentalement de cette attention, il avait raison sur un point, je ne voulais pas entretenir la conversation avec qui que ce soit.
Je pris une bonne demi-heure pour boire mon café et me centrer sur mon objectif : trouver un logement. Je n'avais que 540$ en poche, pour un loyer ça me paraissait bien trop peu. Une autre colocation me semblait inévitable...
Cette fois-ci, je ne choisirai pas de coloc aux allures de pouffiasses, dont le signe astrologique est traînée ascendante salope.
Le tableau, rectification, la gazette, comportait 6 offres de colocation. 2 d'entre elles étaient pour le campus, je les rayais mentalement de ma liste et notais les autres numéros.
J'appelais le premier numéro, un homme d'un certain âge me proposa une chambre en échange de quelques tendres faveurs.
Je raccrochais sans prendre la peine de lui répondre. Si le premier était ainsi, qu'en seraient-ils des autres ?!
Finalement, la troisième annonce me semblait être la bonne. Une grande maison de maître, de 5 chambres. Y vivaient déjà trois gars et une fille. Hum... je sais ce que l'on peut penser après cette énumération. Sauf qu'elle avait l'air sensé et sympa cette fille.
Selon ses indications, il me fallait reprendre le bus et m'arrêter à la station de Green Valley Road. Une rue entièrement constituée de pavillon, à l'exception du centre ville, toutes les rues de la ville étaient des rues à habitation.
Durant le trajet, j'observais les alentours, le parc, les maisons toutes plus anciennes les unes que les autres. Avec une architecture particulière, qui donnait un caché unique à cette ville. L'année prochaine elle fêterait son bicentenaire et des banderoles l'annonçaient à chaque coin de rue.
Green Valley Road, était bordée par la Holy Run, une belle rivière bruissante sous l'effet du vent et scintillante sous les rayons du soleil. Il n'y avait que 5 maisons, imposantes, avec des étendues de verdure devant et certainement derrière. Le trottoir accueillait de nombreux bouleau, entourés de cage en fer.
Je marchais jusqu'à tomber sur la boite aux lettres 134. Elle n'avait pas l'air aussi bien entretenue que ses voisines, mais cette maison respirait la joie de vivre.
Je ne pouvais me l'expliquer, j'y étais tout simplement attirée. Le coin d'herbe entre l'allée de caillou et la maison était recouvert de fleurs, certaines en cercle multicolore, d'autre en ligne pour les rosiers. Il y avait un porche assez grand pour y mettre un banc en bois. J'agitais la cordelette de la cloche, trouvant ce système suranné.
- Tu es Isabella, m'accueillit une brune énergique à peine eut-elle ouvert la porte ornée de vitraux pourpre et bleu.
Elle portait une adorable robe blanche à fleur jaune. Elle m'invita à la suivre dans l'entrée.
- A droite la cuisine, à gauche le salon, en face de toi les escaliers.
Sans s'attarder sur de plus amples détails, nous grimpâmes à l'étage. Le pallier était immense, un peu comme celui du campus de la fac. Il comptait 8 portes.
- ce couloir là, m'annonça-t-elle en balançant son bras vers la droite, appartient aux mecs.
- Tu as une partie pour toi seule ? Ai-je répliqué stupéfaite d'une telle galanterie.
- Plus maintenant, me fit-elle en agrémentant le tout d'un sourire complice.
Elle poussa une première porte et je découvris une spacieuse salle de bain. Douche, bain, rangement, le tout était ordonné et propre. Les mecs devaient avoir leur propre salle, 3 gars ne sont pas aussi soucieux de la salubrité.
Une autre porte et nous étions dans un dressing de la taille de mon ancien studio.
- je te laisserai le pan de mûr à gauche m'informa-t-elle.
Je hochais simplement la tête, il y avait trop à voir pour parler.
Encore une porte et je découvris sa chambre, simple, rose, rangée. Je soupçonnais Alice d'être un tantinet maniaque.
Puis, enfin, elle me présenta les lieux dont je pourrais disposer.
La large fenêtre offrait un panorama sur le jardin arrière. Un jardin luxuriant, croulant sous les pommiers et les fleurs en tout genre.
Le lit avait l'air vieux, mais pas comme le canapé de la bibliothèque, il était robuste et finement sculpté de roses. Le bois était d'un noir ébène et des draps attendaient sur le matelas d'y être étalés. Un bureau et une commode faites, très probablement dans le même bois que le lit composaient le reste de la pièce. Le papier-peint aurait pu révulser n'importe qui tant il devait dater de nombreuses décennies, couleur crème avec des fleurs mauves cerclées d'arabesques. Je trouvais l'endroit superbe et je me sentis chez moi avant de me poser des questions financières.
On fit un rapide tour du rez-de-chaussée : une immense cuisine, un salon et une salle à manger dans des proportions gargantuesques. On s'assit sur le canapé en cuir marron, elle déposa un coca devant moi et me balança un sourire ravageur.
- Alors, comment tu trouves la maison ?
- Elle est magnifique, tellement grande...
- C'est sûr ! Chacun y trouve son intimité quand il en a besoin.
- Alice...heu... de combien est le loyer ? Questionnais-je tête baissée.
Elle bu une gorgée avant de me répondre.
- 580$ par mois et tu as le wifi compté dedans.
J'avalais ma salive de travers. Ma bourse d'étudiante ne me permettrait pas de vivre ici. Il me manquerait 190$ chaque mois.
Je me levais péniblement, tirant sur ma veste en jeans.
- je suis désolée de t'avoir fait perdre ton temps... je n'ai pas les moyens de vivre ici.
Je me sentais tellement mal que ce ne puisse être le cas, parce que je le voulais férocement.
- Pourquoi cherches-tu un logement hors du campus ?
Sans m'attendre à cette question, mais plutôt à un « dégage de chez moi pauvresse », je lui lançais un regard fatigué et intrigué.
- c'est une longue histoire... soupirais-je en prenant le chemin de la sortie.
- Ca tombe bien, j'allais me dorer la pilule dans le jardin avec un coca, ça te dit de m'accompagner, tu dois bien avoir un maillot de bain dans tout ça ?
Je n'allais pas m'exposer ainsi, sans avoir prit de douche avant. Elle comprit mon trouble, avec une étonnante lucidité.
- et si tu allais te débarbouiller dans la salle de bain ? Prendre le bus et marcher jusqu'ici, ça fait une trotte. Rejoint moi dehors quand tu seras prête.
Je ne me fis pas prier, je pris une douche rapide mais salutaire. Puisque j'avais toutes mes affaires à portée de main, je pus m'épiler soigneusement et enfiler un bikini des plus basique.
Comme promis, elle m'attendait sur une couverture à coquelicot rouge.
Je pris place, elle me détailla avec un mince sourire de satisfaction.
- Pourquoi hors du campus ? Reprit-elle comme si cette conversation venait de se terminer et pas 20 minutes auparavant.
- Ma coloc se tape mon mec...non... mon ex...
Elle ouvrit grand ses yeux.
- mais quelle salope ! S'emporta-t-elle.
- A qui le dis-tu ? Maugréais-je abattue.
- Je comprends mieux pourquoi tu ne tiens pas à vivre avec elle, tu vas arrêter tes études ?
- Non ! Répondis-je vivement en la faisant sursauter.
Je m'adoucis aussitôt et allongeais mes jambes.
- si j'arrête mes études, j'aurais fais tout ça pour rien. C'est pour lui que je suis venue ici mais j'aime étudier. Non... je n'arrêterai pas.
- Alors on va trouver un compromis, énonça-t-elle sans prendre la peine d'ouvrir les yeux. Tu vas payer 200$ de loyer et les courses une fois par mois, ce qui reviendra à payer 150$ supplémentaires.
- Il manque 230$ Alice, lui renvoyais-je interdite.
- Je m'en charge, ne t'inquiète pas pour ça.
- Je ne peux pas accepter, cette somme est énorme.
- Ecoute, je suis une fille seule avec trois mecs qui oublient bien souvent les tâches ménagères, dis toi que cette somme sera comme si on te payait les heures de ménages.
Ca ne me semblait pas du tout équitable mais je ne voulais absolument pas retourner sur le campus, alors j'acceptais. Elle m'offrit un sourire heureux.
Je m'allongeais avec la sensation que j'allais déjà beaucoup mieux, jusqu'à ce qu'elle ouvre la bouche pour ruiner mon nouveau et très mince bonheur.
- Et il s'appelle comment ce sale type ?
- Luke... répondis-je d'une voix si faible qu'elle n'avait sûrement pas entendu.
- C'est un trouduc, on va prendre soin de toi Bella.
Elle ouvra un œil pour me jauger.
- ça te dérange pas si je t'appelle Bella ?
- Tout le monde le fait, ai-je dit en haussant les épaules.
- Les gars te traiteront comme une princesse, même s'ils ont oublier de prendre des cours d'hygiène...
On se mit à rire et ça me fit un bien fou.
