Bonsoir à toutes.
Choses promises choses dues ! Me revoilà enfin, après un peu plus de deux mois d'absence, pour vous livrer le chapitre 2 de cette histoire : la rencontre entre Elizabeth et Darcy.
Merci à Lagasy et miriamme pour leurs reviews et leur soutien, ainsi qu'à toutes les personnes qui suivent cette histoire, qui prennent le temps de la lire et de la commenter.
(Merci aussi à toutes les personnes qui ont lu mon OS Une relation insoupçonnée et qui ont pris le temps de commenter, toutes les remarques que je reçois sont constructives, alors ne vous privez pas !)
Bonne lecture, j'espère que ça vous plaira !
Chapitre 2
- Chut. Ils sont arrivés, conclut Charlotte. »
De même que ceux des trois jeunes filles, tous les regards se tournèrent en même temps vers les portes de la salle de bal, qui se rouvrirent sur un groupe composé de trois hommes et deux femmes. Le silence fit de nouveau son apparition dans la salle.
Tous étaient bouches-bées devant les illustres nouveaux venus, qui étaient devenus en quelques jours le sujet de discussion principal et favori de la petite ville.
M. Bingley, à première vue, collait parfaitement à la description sommaire qui avait été faite de lui. Il était assez grand, avait un visage agréable et un sourire engageant, une stature élégante et finement musclée, et des cheveux couleur feu. Le sourire amical qu'il arborait et sa posture décontractée montraient son enthousiasme évident à se mêler à la foule et faire de nouvelles rencontres ; son costume sur mesure et la qualité des tissus qui le composaient montraient très clairement son confort financier. Son regard se baladait sur chaque personne, espérant reconnaître un visage légèrement familier parmi les convives de la soirée.
Mlle Bingley, qui se tenait à la gauche de son frère, était plutôt grande, elle avait comme son frère les cheveux roux ; son corps paraissait un peu trop maigre et anguleux dans sa robe mais elle pourrait être jolie si elle n'avait le visage déformé par une grimace montrant clairement son dégoût à se retrouver mêlée à pareille société. Son regard était hautain et chargé de mépris alors qu'elle surveillait impérieusement l'assemblée silencieuse.
M. et Mme Hurst, qui se tenaient à la droite de M. Bingley, retenaient à grand peine leur ennui. M. Hurst, contrairement à son beau-frère, n'avait rien d'attirant. Il n'était pas très grand, sa posture était plutôt celle d'une personne lasse de tout, son front dégarni révélait une calvitie précoce, sa bedaine et son nez rouge laissaient deviner une addiction à la nourriture riche et aux boissons.
Mme Hurst quant à elle, contrairement à son frère et sa sœur, était plutôt petite et avait les cheveux châtains. Elle n'était pas spécialement belle, mais pas laide non plus, plutôt passable. Comme ça sœur, mais dans une moindre mesure, elle paraissait dédaigneuse de la société qui l'accueillait, alors que son mari cherchait activement du regard la table sur laquelle étaient disposés les rafraîchissements.
Enfin, derrière la famille Bingley-Hurst, on pouvait apercevoir le dernier homme du groupe de Netherfield, ou du moins, sa tête, vu qu'il était caché par M. Bingley.
On ne voyait pas bien ses traits, mais on devinait qu'il avait les cheveux sombres et un visage bien fait.
Dès lors que des murmures -dont le sujet était bien évidemment la partie de Netherfield- se firent entendre dans la salle de bal, Sir William Lucas -qui se trouvait à l'autre bout de la salle et qui discutait avec des commerçants de la ville avant l'arrivée remarquée de leurs invités- en tant qu'ancien maire, se fit une joie d'aller à la rencontre de M. Bingley -qu'il avait trouvé fort aimable- et de ses amis afin de les accueillir et de les présenter officiellement aux habitants de Meryton et des environs présents ce soir-là.
Sir William commença alors sa ronde d'introductions, baladant les occupants de Netherfield de groupes en groupes, présentant chaque membre de chaque groupe à tour de rôle, échangeant quelques phrases de civilité tout en observant sa montre à gousset régulièrement pour s'assurer de ne pas passer plus de temps avec un groupe qu'avec un autre.
De plus en plus de murmures s'élevaient dans la salle. Les groupes qui attendaient d'être présentés à M. Bingley et ses amis faisaient des conjectures sur les caractères, l'apparence et la richesse des nouveaux venus, tandis que les groupes qui venaient d'être présentés se félicitaient d'accueillir en leur ville d'aussi aimables voisins, bien que certains émirent des réserves sur l'amabilité de Mlle Bingley.
Tout comme les autres invités du bal, les demoiselles Bennet et Lucas se livrèrent à un léger examen des locataires de Netherfield, qui se trouvaient à quelques groupes d'elles.
« Il semblerait que ce M. Bingley fasse déjà l'unanimité auprès de nos concitoyens, lança Mlle Lucas à voix basse en observant ledit gentilhomme et ses amis qui se rapprochaient d'elles.
- Il semblerait en effet, répondit Elizabeth. J'espère que ses amis seront aussi agréables qu'il en a l'air ! »
Son regard se porta vers l'homme qui se tenait légèrement en retrait derrière M. Bingley. Il était grand, plus encore que M. Bingley, avait les cheveux noirs comme l'ébène et légèrement ondulés par endroits, des favoris encadraient son visage aux proportions parfaites, un nez droit aristocratique, des yeux d'un bleu profond qui semblaient à des lieues de là, des lèvres dont les commissures pointaient légèrement vers le haut indiquant un faible sourire, un corps athlétique, des épaules carrées, des jambes musclées. Elizabeth étouffa un soupir en réalisant qu'elle n'avait jamais été en présence d'un si bel homme auparavant.
Voyant ses deux amies observer avec intérêts les jeunes gens qui s'approchaient d'elles, Charlotte ne put s'empêcher de s'amuser un peu à leurs dépends.
« Eh bien ma chère Jane, ne trouvez-vous pas ce M. Bingley séduisant ? Dit Charlotte à voix basse, tout en regardant son amie avec un sourire connaisseur, alors que ladite Jane avait le regard rivé sur le jeune homme.
- Il est en effet très bel homme, répondit l'intéressée en rougissant légèrement et en observant le sol, gênée d'être prise sur le fait alors qu'elle observait l'attirant jeune homme à la chevelure flamboyante. »
Charlotte se préparait à taquiner son amie Elizabeth mais fut coupée dans son élan en voyant son père accompagné des occupants de Netherfield se diriger vers son groupe.
« Ah ! Voici le fleuron du comté. Permettez-moi de vous présenter ma fille aînée Mlle Charlotte Lucas ainsi que ses amies les demoiselles Bennet de Longbourn, Mlle Jane Bennet et Mlle Elizabeth Bennet. »
Les trois jeunes filles firent de parfaites révérences lorsque leurs noms furent cités.
La troupe de Netherfield eut l'occasion de se faire sa propre idée des demoiselles Bennet dont on leur avait tant vanté la beauté.
M. Bingley trouva les trois jeunes filles à son goût, et tout particulièrement la beauté blonde, Jane Bennet. Il n'avait encore jamais rencontré pareille beauté, un vrai ange tombé du ciel ! Sa robe bleu clair lui seyait à merveille et faisait ressortir le bleu de ses yeux, de même que les courbes affriolantes de la demoiselle, dont il avait du mal -comme tout homme qui se respecte- à ne pas constamment regarder.
Mlle Bingley ne put que constater amèrement que malgré le lieu incivilisé dans lequel elle se trouvait à présent, elle devait bien reconnaître que ces demoiselles Bennet, dont tout le monde parlait, devaient être assez fortunées et assez importantes socialement pour être à la dernière mode de Londres et avoir les bonnes grâces de tous.
M. Hurst ne prît pas la peine d'observer assidûment les demoiselles, tant il était occupé à calculer combien de temps il lui faudrait avant d'arriver à proximité de la table des rafraîchissements qu'il lorgnait depuis son arrivée dans la salle de bal.
Mme Hurst, dans une même logique que sa sœur, mais moins acerbe, jugea rapidement utile de maintenir de bonnes relations avec la famille Bennet, qui, si on en jugeait par les deux aînées, devait être la seule famille de la région digne d'être côtoyée.
M. Darcy lui, était comme subjugué par la jeune fille qui lui faisait face. Malgré toutes les jeunes filles qui s'étaient jetées à ses pieds lors des quelques bals auxquels il avait participé à Londres, aucune ne l'intriguait et ne l'attirait comme Mlle Elizabeth Bennet. Elle n'était pas aussi grande que sa sœur aînée, mais elle n'était pas petite non plus, elle avait une belle chevelure brune, coiffée de manière très sophistiquée dont quelques boucles s'échappaient. La robe verte qu'elle portait rendait son teint plus lumineux. Ses yeux étaient d'un brun riche et semblaient changer de couleur, passant du brun au noir ou même à des reflets verts suivant la luminosité et les reflets qu'offraient les nombreuses bougies qui éclairaient la salle. Ils brillaient d'une intelligence dissimulée, avec une pointe de malice. Ses lèvres d'une belle teinte rosée, charnues ne semblaient attendre que d'être embrassées. Les courbes de son corps, mises en valeur par la robe qu'elle portait, ne demandaient qu'à être découvertes. Jamais Fitzwilliam Darcy n'avait été aussi ému par une jeune femme. Il espérait fortement qu'elle serait aussi attractive intellectuellement que physiquement.
« Demoiselles, poursuivit Sir William, permettez-moi de vous présenter M. Charles Bingley, sa sœur Mlle Caroline Bingley, M. Peter Hurst et sa femme Louisa, et enfin, M. Fitzwilliam Darcy de Pemberley dans le Derbyshire. Les révérences et courbettes furent également exécutées et les jeunes filles eurent également le temps de mieux étudier et apprécier les personnes leur faisant face.
- Demoiselles, commença M. Bingley en les embrassant du regard toutes les trois puis s'arrêtant sur Jane, c'est un véritable plaisir de vous rencontrer. Leur dit-il avec un grand sourire. J'ai entendu beaucoup d'éloges à votre sujet. Si je ne me trompes pas, votre père est venu me rendre visite, n'est-ce pas ?
- C'est exact en effet. D'ailleurs... Elizabeth n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'elle fut coupée par une voix qu'elle ne connaissait que trop bien.
- Oh mes enfants !, fit Mme Bennet en reprenant son souffle, je vois que vous avez rencontré M. Bingley ! Pardonnez-moi de n'avoir pu vous rejoindre plus tôt, ma sœur Phillips m'a retenu, poursuivit la maîtresse de Longbourn en une seule tirade, tournant la tête vers Sir William, quémandant silencieusement une introduction.
- M. Bingley, Mlle Bingley, M. et Mme Hurst, M. Darcy, permettez-moi de vous présenter Mme Bennet de Longbourn, la mère des demoiselles Bennet, fit Sir William, puis se penchant vers le jeune locataire de Netherfield et dans le ton de la confidence mais tout de même assez fort pour que tous ceux autour puissent entendre, lui dit, prenez garde M. Bingley, car Mme Bennet est une femme éminemment influente et respectée dans notre communauté ! »
Mme Bennet, satisfaite du compliment que venait de lui adresser Sir William, saisit l'occasion qui lui était offerte et s'adressa aux dames qui entouraient M. Bingley afin de s'enquérir de leurs impressions de Netherfield et de savoir si elles avaient besoin d'une quelconque aide avec les domestiques du domaine, les métayers ou bien dans quels commerces de la ville se fournir.
Alors que Mme Bennet et Sir William conseillaient Mlle Bingley et Mme Hurst, qui affichaient des expressions un peu moins dédaigneuses que lorsqu'elles étaient entrées dans la salle ; Jane, Elizabeth et Charlotte entamèrent la conversation avec M. Bingley et M. Darcy.
« Vous plaisez-vous dans le Hertfordshire M. Bingley ?, s'aventura Jane, sans se départir de son teint rosé.
- Je confesse n'être jamais venu dans ce comté auparavant, mais je dois admettre qu'il est fort bien situé et qu'il offre de magnifiques panoramas, répondit M. Bingley en souriant de plus belle. Et vous mon cher Darcy, que pensez-vous de ce comté ?, demanda-t-il à son timide ami, tentant de l'inclure dans la conversation.
- Eh bien, j'ai effectivement constaté en venant ici de nombreux lieux qui semblent présenter un certain intérêt et qui je pense, valent la peine d'être vus. Une petite montagne ou une grande colline, je ne saurais dire, a retenu mon attention. Il semblerait que depuis son sommet on puisse avoir une vue d'ensemble sur la ville et ses environs, énonça-t-il d'une seule traite, ce qui provoqua chez M. Bingley un regard étonné et un grand sourire. Connaissez-vous l'endroit dont je parle Mlle Elizabeth ?, lui demanda-t-il, prenant son courage à deux mains et saisissant l'opportunité qu'elle lui offrait sans le savoir, car cette dernière s'était tournée vers lui quand il avait commencé à parler du relief du Hertfordshire qu'elle aimait tant, et il espérait secrètement pouvoir engager la jeune fille à parler et à montrer l'intelligence qu'elle possédait et qu'il avait remarqué dans ses yeux.
- En effet M. Darcy, lui répondit-elle avec un sourire. Vous parlez d'Oakham Mount. C'est un très beau point de vue et on peut en effet y observer Meryton, ainsi que Netherfield et Longbourn. Je m'y promène assez souvent lors de mes balades matinales. Il y a également beaucoup de sentiers, à travers les bosquets entre Netherfield, Longbourn et Meryton si vous aimez vous baladez ou même pour exercer vos chevaux. D'ailleurs, si vous le souhaitez, vous pourrez venir à Longbourn consulter les cartes de mon père, je vous montrerez tous les sentiers que je connais et les points d'intérêts du comté, finit-elle avec un petit sourire et les joues rosies, consciente de l'audace dont elle venait de faire preuve en invitant à la place de sa mère de nouvelles connaissances chez elle.
- Et croyez-moi M. Darcy, intervînt Charlotte, Elizabeth connaît tous les sentiers et points d'intérêts du comté. Et pour cause, chaque matin, elle part pendant des heures parfois à travers les bois et les collines, au grand désespoir de sa mère !, finit-elle dans un petit rire.
- Charlotte ! Cela ne se fait pas de dévoiler les faiblesses d'autrui devant de nouvelles connaissances ! Que va penser M. Darcy de moi maintenant ?, fit Elizabeth, mi-sérieuse mi-joueuse, en portant son regard de Charlotte -qui avait une lueur malicieuse dans les yeux- à M. Darcy, qui lui faisait un grand sourire.
- Ne vous inquiétez pas Mlle Elizabeth. Tout le mal que je pense de vous est que vous me paraissez être une grande amoureuse de la nature. Et si cela est un défaut, alors sachez que nous le partageons, lui répondit M. Darcy, tout heureux de se trouver un point commun avec la captivante jeune femme.
- Dîtes-moi M. Darcy, on m'a toujours dit que la bibliothèque de Netherfield regorge de trésors. Est-ce vrai ?, lui demanda Elizabeth, désireuse de porter la conversation sur un autre sujet qu'elle-même et de connaître les opinions littéraires du jeune homme.
- Eh bien, je dois dire que je n'ai pas encore eu le temps d'explorer la bibliothèque de Netherfield, mais Bingley m'avait demandé de porter quelques ouvrages de la bibliothèque de Pemberley en attendant qu'il acquière quelques ouvrages lui-même. Elizabeth acquiesça. Lisez-vous Mlle Elizabeth ?, lui demanda M. Darcy, comprenant où la jeune femme voulait en venir.
- En effet M. Darcy. Et je crains de n'avoir lu la quasi totalité de la bibliothèque de mon père, ajouta-t-elle en riant. Mais dîtes-moi, quels sont vos auteurs favoris M. Darcy ?, le questionna-t-elle. »
Charlotte, qui ne voyait pas l'intérêt de continuer à écouter une conversation sur la littérature -bien qu'observer l'attitude des protagonistes vis-à-vis l'un de l'autre la distrayait énormément- se tourna vers Jane et M. Bingley. Ces derniers étaient eux aussi en grande conversation, de grands sourires flottant sur leurs visages. Elle pouvait les entendre discuter de sujets simples mais variés, comme leurs occupations respectives dans une journée, les pièces de théâtre qu'ils avaient tous les deux vus à Londres, etc.
En tournant la tête pour voir si son père discutait toujours avec Mme Bennet et les sœurs de M. Bingley, Charlotte aperçu les regards furibonds que lança Mlle Bingley sur son frère et Jane, puis sur Elizabeth et M. Darcy. Son sourire laissa place à un froncement de sourcils, révélateur pour quiconque l'observait de la réflexion intérieure de la jeune femme.
Cependant, Charlotte n'eut pas le loisir de se pencher sur la raison pour laquelle Mlle Bingley serait dérangée par le fait que son frère et M. Darcy s'intéressent aux deux jeunes femmes, puisque son père annonça qu'il était temps de danser.
Tout naturellement, on vit se présenter pour la première danse M. Bingley accompagné de Jane, et M. Darcy accompagné d'Elizabeth. Charlotte ne put cacher son sourire face au succès de ses deux amies, malgré qu'elle-même dû rester assise faute de cavalier.
Pourtant, si Charlotte Lucas avait été conduite sur la piste de danse à ce moment-là, elle n'aurait pu entendre la discussion entre Mlle Bingley et Mme Hurst qui se tenaient non loin d'elle.
« Ces Bennet me sortent par les yeux ! D'abord la mère qui se permet de nous conseiller, NOUS, sur la meilleure façon de diriger Netherfield et sur la façon de traiter nos servants ! Mais pour qui se prend-elle ?
- Caroline, je vous en prie, calmez-vous, lui fis sa sœur d'un ton doux. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée de se mettre à dos cette famille. Ils ont l'air d'être influents et respectés dans cette partie du comté. Et je dois avouer que les deux aînées pourraient très bien faire partie de la grande société de Londres, si leur famille était un peu plus fortunée. Mais mieux vaut les tolérer pour le moment. Et puis, nous ne resterons pas définitivement à Netherfield !
- Vous ne comprenez pas Louisa ! Que Charles s'entiche de cette Jane Bennet passe encore, il s'est entiché de bien d'autres jeunes idiotes, et regardez, il n'est toujours pas marié, grâce à nous soit dit en passant ; mais sa sœur, cette sale petite peste d'Eliza, qui ose me voler MON Darcy sous mes yeux, je ne pourrais le supporter ! Pas après tous les efforts que j'ai fais pour devenir la future Mme Darcy !
- Caroline, êtes-vous sûre que M. Darcy va vous faire une demande en mariage ? La questionna Louisa, hésitante. Depuis que Charles leur avait présenté M. Darcy, elle n'avait vu aucun signe manifestant l'intérêt que Darcy pourrait avoir pour Caroline.
- Bien sûr qu'il le fera, après tout, je suis une de ses plus proches relations, la sœur de son meilleur ami, et une alliance entre nos deux familles ne ferait que renforcer l'amitié de Charles et M. Darcy. Et puis, je vous rappelle que j'ai une dot de vingt mille livres !, dit-elle en levant le menton bien haut. Toutes les jeunes filles de Londres ne peuvent s'en vanter. Mais je vous jure Louisa, je vous en fais la promesse, d'une manière ou d'une autre, Pemberley sera à moi ! »
Pendant qu'elle écoutait attentivement la discussion entre les sœurs Bingley, Charlotte observa les comportements de ses amies et des deux hommes en question. Chacun paraissait être sous le charme de son ou sa partenaire, les sourires ne disparaissaient pas de leurs visages, et on pouvait même entendre quelques rires leur échappant si on tendait bien l'oreille. Les deux couples étaient bien assortis, ce qui confirmait les craintes de Mlle Bingley, mais qui rendait heureuse Mlle Lucas.
Mlle Charlotte Lucas venait de fêter ses vingt-sept ans et n'avait reçu aucune demande en mariage, ni n'avait été courtisé. Elle s'était donc résignée à devenir une dame de compagnie pour les jeunes filles issues de grandes familles. Elle n'était pas une jeune femme romantique, mais elle savait que ses chères amies Jane et Elizabeth l'étaient, et elle voulait à tout prix que les deux soient heureuses. Et elle allait tout faire pour que ce soit le cas.
En observant ses deux amies avec les deux jeunes hommes, elle sût qu'ils étaient destinés les uns aux autres, et que d'ici quelques mois ils seraient mariés.
Profitant de la pause habituelle entre les deux premières danses de la soirée, Charlotte se dirigea vers son amie Elizabeth afin de lui faire part de la conversation qu'elle venait d'entendre. Cette dernière se trouvait toujours avec M. Darcy, sa sœur Jane et M. Bingley.
« Elizabeth, commença-t-elle, voulez-vous bien venir m'aider à réparer l'accroc que j'ai fais à ma robe ?, prétexta-t-elle afin de pouvoir s'éloigner avec son amie.
- Bien sûr Charlotte. Veuillez m'excuser, envoya-t-elle en direction des autres membres du petit groupe avec un petit sourire d'excuse.
- Alors, où est cet accroc ?, demanda Elizabeth à son amie aussitôt qu'elles eurent atteint une salle vide à proximité de la salle de bal, tout en regardant la robe de Charlotte.
- Il n'y en a pas. J'ai inventé cette excuse pour pouvoir vous parler en privé, s'expliqua rapidement Charlotte avant de continuer, devant l'air incompréhensif de son amie d'enfance. Pendant que vous dansiez avec M. Darcy, j'ai surpris une conversation entre Mlle Bingley et sa sœur. Elles parlaient de votre famille et de M. Darcy aussi. Elle ne vous porte pas dans son cœur, votre mère et vous. Et je crois qu'elle aimerait bien garder M. Darcy pour elle toute seule si vous voyez ce que je veux dire... Elle a même juré à sa sœur que Pemberley sera à elle ! Rendez-vous compte !, termina Mlle Lucas en levant les yeux au ciel.
- La pauvre femme prend ses désirs pour des réalités, dit Elizabeth en riant doucement. Devant le regard dubitatif de son amie, elle s'expliqua. J'ai surpris sur nous le regard de Mlle Bingley pendant que M. Darcy et moi dansions, et je lui en ai fais part. Vous auriez bien rit en voyant la tête qu'il a fait quand je lui ai dit ! Il a fait une magnifique grimace d'exaspération avant de murmurer tout bas « Pitié ! », puis voyant que je l'avais entendu, il m'a expliqué que depuis qu'ils avaient été présenté par son frère, Mlle Bingley s'était mis en tête qu'elle serait la future Mme Darcy, et donc la maîtresse de Pemberley. Et pour cela, elle s'arrangeait à être présente aux mêmes soirées que lui, elle accompagnait son frère le plus souvent possible quand celui-ci venait lui rendre visite et elle utilisait bien d'autres stratagèmes encore. Comme notre danse allait se terminer et que je sentais qu'il voulait clore le sujet, il m'a assuré, bien que je ne lui ai rien demandé, que lui vivant, Mlle Bingley ne sera en aucune façon Mme Darcy, termina Elizabeth, qui essayant de paraître indifférente au dernier aveu de M. Darcy en le racontant à son amie, était tout de même soulagée de savoir que le beau jeune homme était sans attache.
- Eh bien, reprit Charlotte, je crois que je vais surveiller de près les actes de Mlle Bingley envers M. Darcy, je sens que cela va être très distrayant ! Surtout que M. Darcy semble avoir trouvé son intérêt ailleurs... conclu-t-elle en lançant à son amie qui s'empourprait un regard entendu. »
Quand les deux jeunes femmes rejoignirent la salle de la bal et s'approchèrent du petit groupe qu'elles avaient quitté peu de temps auparavant, elles furent étonnées -Elizabeth en particulier- de voir Jane présenter leurs trois jeunes sœurs -qu'elle n'avait pas vu depuis qu'elles étaient entrées dans la salle de bal- à MM. Bingley et Darcy. Elle fut agréablement surprise de constater que malgré leur exubérance habituelle, les deux benjamines faisaient preuve de retenue devant les deux jeunes hommes.
Quand enfin Elizabeth et Charlotte reprirent leurs places dans le groupe, Lydia et Kitty se tournèrent d'un commun accord vers leurs sœurs aînées en leur affichant leurs plus beaux sourires avant de s'éloigner d'un pas rapide en direction de leur amie Maria Lucas qui se tenait à l'autre bout de la pièce. Mary, qui était restée silencieuse depuis son introduction aux locataires de Netherfield, emboîta le pas de ses sœurs en rejoignant sa mère, après avoir exécuté une parfaite révérence.
Les deux aînées des Bennet n'eurent pas le temps de s'interroger sur le comportement étrange de leurs cadettes car Sir William annonçait déjà la reprise des danses.
M. Bingley réserva la prochaine danse auprès de Mlle Lucas alors qu'il emmenait sur la piste de danse Elizabeth ; tandis que M. Darcy réclama la main de Charlotte pour la guider vers les autres danseurs, après avoir préalablement demandé à Jane sa prochaine danse, qui avait elle-même accordé sa danse à un jeune homme de Meryton.
Le reste de la soirée se passa agréablement et sans aucun incident pour ces jeunes gens, hormis les quelques regards haineux lancés sur eux par Caroline Bingley, qui se tenait à côté de sa sœur et de son beau-frère -évidemment à proximité des boissons, verte de jalousie de n'avoir pu danser avec son M. Darcy.
Lorsque la dernière danse se termina, les convives commencèrent à se rapprocher de la sortie en attendant que leurs voitures soient amenées et qu'ils puissent rejoindre leurs domiciles respectifs. La fatigue apparaissait sur le visage de bon nombre de personnes ; y compris sur celui de la matriarche Bennet, qui -bien qu'elle soit encore jeune- avait perdu le rythme de ces festivités.
Se tenant devant ses filles, Mme Bennet, qui attendait avec impatience l'arrivée de son cabriolet qui la reconduirait dans le confort de Longbourn, entreprit d'écourter son attente en engageant la conversation avec la partie de Netherfield, qui se trouvait à côté d'elles et qui attendait elle aussi sa voiture pour rentrer. Une invitation à venir prendre le thé le lendemain après-midi à Longbourn fut lancée et acceptée -avec joie par les messieurs et avec réticence pour les dames- dans la foulée. Enfin, les voitures arrivèrent et chacun pu rentrer chez soi après avoir pris congés les uns des autres.
Sur le chemin qui les ramenait à Longbourn, bien abritées du froid de la nuit dans le cabriolet familial, deux demoiselles songeaient à l'excellente soirée qu'elles avaient passées en compagnie des deux jeunes célibataires de Netherfield et au plaisir qu'elles auraient à les revoir le lendemain.
Non loin de là, dans la voiture qui les ramenait à Netherfield, deux jeunes hommes avaient sensiblement les mêmes pensées, à l'égard des deux belles demoiselles Bennet qu'ils avaient eu le grand plaisir de connaître ce soir, et qu'ils espéraient pouvoir connaître davantage.
Comment avez-vous trouvé cette rencontre entre les Bennet et les habitants de Netherfield ?
J'attends vos impressions et vos attentes concernant la suite de l'histoire avec impatience, elles me seront utiles pour l'écrire !
À bientôt
Libra10
