Bonjour

Voici le chapitre 3 et Dean se rebelle. Bien sûr, il va finir par accepter d'être avec Castiel mais il doit s'imposer aussi !

Bonne lecture et à jeudi (dernière publication avant mon départ en vacances ... désolée ...)

Merci de m'écrire et de me lire

Sydney8201

Musique du chapitre :

The Pretender de Foo Fighter

Chapitre 3 : Prisonnier

« La fuite est futile, nous sommes tous prisonniers au milieu d'un cercle, quelle que soit la façon dont nous vivons notre vie, l'anéantissement nous attend, la mort n'oublie personne. »

Andrei Stoiciu

Ils n'avaient pas roulé plus d'une heure en silence quand Castiel s'arrêta sur le parking d'un fast Food sans donner la moindre explication. Dean hésita à lui demander ce qui se passait mais y renonça quand il le vit sortir de la voiture avec son téléphone à la main. De toute évidence, il avait besoin de nouvelles instructions quant à l'endroit où ils devaient se rendre. Il n'avait toujours pas donné à Dean la moindre information sur la suite des évènements. Et le jeune homme n'avait pas posé de questions. A vrai dire, il avait peur des réponses. Il ne voulait surtout pas apprendre qu'ils allaient quitter le pays dès aujourd'hui et ne reviendraient peut-être jamais.

Castiel lui avait promis qu'il pourrait reparler à son frère et le revoir d'ici quelques temps. Il lui avait également certifié qu'il serait libre de le quitter si toutefois les choses ne fonctionnaient pas entre eux. Il avait envie de le croire. Il voulait vraiment avoir confiance en lui. Mais il ne pouvait s'empêcher d'avoir des doutes. Quelque chose lui disait que ce ne serait jamais aussi simple. Castiel n'allait pas le laisser lui échapper après avoir pris autant de risques pour venir le chercher. Il ne lui avait d'ailleurs même pas réellement laissé le choix de le suivre. Dean avait accepté parce qu'il savait qu'il n'y avait aucune issue. Pas parce qu'il en avait réellement envie.

Il aimait Castiel. Il n'en doutait plus. Il voulait d'une histoire sérieuse avec lui. Il voulait vieillir à ses côtés et apprendre à le connaitre un peu mieux. Mais il ne voulait pas tout abandonner pour lui. Il ne voulait pas sacrifier ses proches pour Castiel. Il avait essayé de lui faire comprendre en vain. Il ne pouvait pas saisir l'importance que sa famille avait pour lui. Parce qu'il était incapable d'aimer qui que ce soit d'autre que lui-même. Et Dean apparemment.

Le jeune homme sortit son propre téléphone de sa poche. Il était allumé mais le jeune homme n'avait pas encore reçu le moindre message. C'était le milieu de la nuit et il savait que Sam ne se rendrait compte de son départ que le lendemain. Il avait toutefois envie de lui envoyer un message pour le prévenir. Il n'était pas du tout sûr que son mensonge tiendrait la route. Il espérait que Sam ne ferait rien de stupide. Il ne devait surtout pas s'en mêler. Castiel n'apprécierait pas.

Dean était conscient qu'en ayant été privé de sa liberté de dire « non », il n'était rien de plus qu'un prisonnier dans cette histoire. Peu importait les intentions de Castiel et peu importait ses sentiments, il ne lui avait pas laissé le choix. Il l'avait privé de sa liberté. Et Dean se sentait pris au piège. Il était partagé entre l'excitation d'être à nouveau avec l'homme qu'il aimait et la peur de ne jamais être autre chose qu'une possession de plus pour lui. Car c'était exactement comme ça que Castiel s'était comporté une heure plus tôt. Il ne l'avait pas traité comme l'homme qu'il aimait mais comme l'homme qu'il possédait. Comme une chose qu'on emporte avec soit parce qu'elle est à nous et qu'on ne veut surtout pas que quelqu'un d'autre ne mette la main dessus. Ce n'était pas sain et ce n'était clairement pas un bon début pour leur relation. Passer outre ce qu'il venait de faire ne serait pas simple pour Dean. Il allait toutefois devoir faire un effort.

Castiel parlait au téléphone à quelques mètres de lui. Dean était curieux de savoir qui il pouvait bien être en train d'appeler. Peut être était il en train de demander la permission d'emmener le jeune homme avec lui. Dean redoutait ce qui se passerait s'il était confronté à un refus.

Il avait encore du mal à imaginer ce qu'il allait bien pouvoir faire de sa vie maintenant. Il ne se faisait aucune illusion. Il savait que Castiel n'abandonnerait pas son « travail ». Dean allait devenir complice d'un criminel et il s'exposerait alors à une peine de prison si toutefois il était attrapé. Il pourrait tenter de dire qu'il avait été contraint de venir – ce qui n'était pas entièrement faux – mais il doutait que cela suffise. De toute façon, s'il échappait à la prison, il perdrait son travail et probablement une bonne partie de ses amis. Il ne voyait pas comment tout ceci pourrait bien finir. Il n'était pas vraiment optimiste.

Il ne voulait pas passer ses jours à attendre que Castiel soit là, enfermé dans un appartement dans un pays étranger sans personne à qui parler. Il ne voulait pas non plus reprendre des études et changer d'orientation professionnelle. Il avait toujours voulu être agent du FBI et il ne s'imaginait pas faire quoi que ce soit d'autre.

Avait-il suffisamment protesté ? Avait-il réellement tenté d'échapper à Castiel ? Ou s'était il laissé convaincre trop facilement ? Il n'était pas sûr et cela le rendait fou de rage. Il avait espéré revoir Castiel depuis son départ de la prison. Il avait rêvé de lui presque toutes les nuits. Il lui manquait cruellement et il avait terriblement besoin de le sentir proche de lui à nouveau. Mais il n'avait pas imaginé que cela pourrait arriver aussi vite. Il avait même cru que cela n'arriverait jamais. Et si avoir une telle chance était inespéré, les circonstances dans lesquelles elle s'était présentée à lui ne lui plaisaient pas. Il avait peur de ne jamais réussir à se satisfaire de la vie que Castiel voulait lui offrir. Il avait peur de finir par le détester pour l'avoir emmené loin de tous ceux qu'il aimait. Il avait peur que cela mette un terme à leur histoire et complique un peu plus encore sa situation.

Les gens qui disaient que l'amour libérait de tout se trompaient. Ou n'avaient jamais connu quelqu'un comme Castiel. Car l'aimer était devenir prisonnier. Ce n'était ni libérateur ni réellement joyeux. Du moins, pas pour le moment. Cela commençait à ressembler à une malédiction et Dean regrettait chaque seconde un peu plus d'être tombé dans ce piège.

Il reporta son attention sur son téléphone. Il mourrait d'envie d'appeler Sam. Il le réveillerait sans doute. Mais il pourrait au moins tenter de lui faire gober son mensonge. Il saurait quoi dire pour essayer de le convaincre de ne pas partir à sa recherche. Il pourrait aussi s'excuser d'être parti sans avoir pris le temps de lui parler. Il détestait l'idée de faire de la peine à son frère. Et il était sûr que Sam souffrirait en trouvant son mot sur son frigo. Il aurait l'impression d'avoir manqué à sa promesse et de ne pas avoir suffi à l'aider à surmonter son chagrin. Il se sentirait coupable alors qu'il n'avait aucune raison. Le seul responsable était Dean. Et Castiel aussi bien sûr. Le jeune homme serra les poings. Tout était de la faute de Castiel à bien y réfléchir. Il l'avait quasiment kidnappé. Et s'il aurait probablement dû essayer de prendre la fuite, il estimait ne pas être entièrement responsable de la situation.

Castiel ne semblait pas avoir peur qu'il s'échappe puisqu'il ne faisait pas du tout attention à lui. Il était absorbé par sa conversation et avait le dos tourné. Cela rendait Dean plus furieux encore. Il le prenait pour acquis. Il semblait convaincu qu'il avait gagné. Ce n'était pas entièrement faux mais Dean aurait aimé pouvoir lui prouver le contraire.

Il posa la main sur la poignée de la portière et hésita une seconde à tenter sa chance. Il prit quand même le temps de réfléchir avant d'agir. Ils étaient au milieu de nulle part et aucun véhicule ne circulait dans le secteur à cette heure-ci. Il ne pouvait pas prendre la fuite à pied. Castiel finirait par le rattraper. Il refusait également de lui laisser sa voiture. Il ne l'abandonnerait pas. Elle avait bien trop d'importance pour lui. Et il se fichait que beaucoup puisse trouver cela ridicule. L'Impala était un membre de sa famille au même titre que Sam. Il refusait catégoriquement qu'elle finisse entre les mains d'un homme qui ne la traiterait pas comme elle le méritait. Qui n'aurait pas conscience que pendant des années elle avait été tout ce que le jeune homme possédait. Qu'elle avait été sa maison et son refuge quand il avait l'impression que rien n'allait dans sa vie.

Bien sûr, il ne pouvait s'empêcher de se demander si tout ceci n'était finalement pas une excuse de plus pour ne pas tenter de prendre la fuite. Il n'était pas réellement sûr d'avoir envie de quitter Castiel. Il l'aimait comme un fou et s'il était en colère contre lui et furieux de la façon dont les choses s'étaient déroulées, il n'avait pas pour autant moins besoin de lui à ses côtés. C'était peut-être ça en fin de compte le problème du jeune homme. Il n'était pas uniquement prisonnier de Castiel. Il était prisonnier des sentiments qu'il avait pour lui. Et personne n'était responsable de ce qu'il ressentait. Ce qui rendait toute tentative vaine. Il ne pourrait pas être réellement heureux sans lui. Il avait également l'impression de ne pas pouvoir l'être pleinement avec lui. C'était une voie sans issue et Dean ne savait pas quoi faire.

Il finit par retirer sa main de la portière. Il ne prendrait pas la fuite. C'était stupide.

Il jeta un coup d'œil à Castiel. Il en avait visiblement fini avec sa conversation. Dean le regarda remonter en voiture et se réinstaller derrière le volant. Il semblait songeur.

- Est-ce que tu as besoin d'aller aux toilettes ? On ne s'arrêtera pas avant quelques heures. Si tu veux te dégourdir les jambes ou vider ta vessie, c'est le moment où jamais.

Dean fronça les sourcils. Il n'aimait pas la façon dont Castiel lui parlait. Il s'adressait à lui comme à un enfant qu'on prépare pour un long voyage en voiture. Il était adulte et parfaitement capable de prendre ce genre de décisions par lui-même.

- Où est-ce qu'on va ? demanda t-il alors.

Il estimait que la question de Castiel ne méritait pas de réponses. Il voulait en revanche savoir enfin ce qui était au programme.

- Tu n'as pas besoin de le savoir pour le moment. Je t'en dirais plus en temps voulu.

- Et tu penses que cela va me suffire ? Tu me demandes d'attendre patiemment qu'on arrive à destination sans m'en dire plus ? Désolé Castiel mais ce n'est pas acceptable. J'estime avoir le droit de savoir ce qui m'attend. Avec qui étais-tu au téléphone d'ailleurs ? Est-ce que ça avait quelque chose à voir avec moi ?

Castiel le dévisagea une seconde, visiblement surpris qu'il puisse lui poser une telle question. Dean n'avait pas l'intention de rester dans cette voiture et de se taire. Il était peut-être une victime mais il refusait d'être une victime consentante. Si Castiel pensait qu'il allait se laisser faire, il allait vite déchanter. Il devait comprendre comment les choses fonctionneraient entre eux. Il avait tort de penser qu'il pouvait donner des ordres à Dean et attendre qu'il les suive sans discuter. Ce n'était pas le genre de relation que le jeune homme voulait. Ils allaient être égaux ou ils ne pourraient pas être ensemble. Point final.

- J'étais au téléphone avec quelqu'un d'important et oui, ça avait quelque chose à voir avec toi. C'est tout ce que tu as besoin de savoir pour le moment. On peut y aller ?

- Non, on ne peut pas y aller Castiel. Tu n'as pas répondu à ma question et je ne vais pas te laisser t'en tirer à si bon compte. J'estime avoir le droit de savoir ce qui va se passer maintenant. Je ne suis pas un objet ou un employé. Je suis ton … ton petit ami je suppose et ça signifie que je n'ai pas à recevoir d'ordres de ta part.

Castiel ricana une seconde avant de remettre le contact. Il ne semblait pas avoir changé d'avis et Dean était plus furieux encore. Ce rire était à la fois un manque de respect envers lui mais aussi la preuve que Castiel ne le prenait pas au sérieux. Ce n'était pas rassurant quant à la suite de leur relation. Et ce n'était pas comme ça que Dean voulait que les choses fonctionnent. Il ne laisserait pas Castiel se moquer ouvertement de lui sans réagir. Il attrapa les clefs sur le contact, coupa le moteur puis sortit de la voiture rapidement. Castiel sembla trop surpris par son attitude pour réagir et l'en empêcher. Dean s'éloigna de la voiture sans regarder et fit un effort pour ne pas paniquer quand il entendit Castiel sortir à son tour et claquer la portière derrière lui avec violence.

- Dean, reviens immédiatement, ordonna t-il.

- Je n'ai pas d'ordres à recevoir de toi. Je ferais ce que bon me semble et je me fiche que tu puisses approuver ou non.

- Dean, tu es ridicule.

- Peut être mais c'est mon choix. Tu peux l'accepter et te montrer un peu plus conciliant ou tu peux sortir ton arme et me menacer à nouveau. A toi de voir comment tu veux que les choses se passent entre nous.

- On n'a pas de temps à perdre avec ton caprice stupide. Remonte en voiture immédiatement. On discutera plus tard. Pour le moment, on doit partir.

- Pour aller où ? demanda Dean en se tournant pour lui faire face.

Il y avait la voiture entre eux mais la posture de Castiel était menaçante. Il était évident qu'il n'appréciait pas du tout l'attitude de Dean. Tant mieux. C'était exactement ce que le jeune homme voulait. Il avait besoin d'établir des limites et de bousculer un peu les règles préétablies pour se faire sa place dans cette relation.

- Pour aller là où on doit se rendre. Pourquoi est-ce que tu as tant besoin de cette information exactement ?

- Parce que je veux savoir ce qui m'attend. Parce que j'estime avoir le droit de savoir où je vais vivre. A ton avis pourquoi est-ce que j'insiste ?

Castiel ne répondit pas mais le dévisagea et Dean comprit alors ce qui le poussait à se comporter de la sorte. Il ne voulait pas donner d'informations au jeune homme parce qu'il avait peur qu'il s'empresse de les donner à Sam ensuite. Ou peut être au FBI. Il n'avait pas confiance en lui. Et c'était pire encore que de penser que Dean n'avait pas besoin de connaître les détails. C'était pire que de se ficher de son avis sur la suite des événements.

- Tu penses vraiment que je pourrais donner l'information à quelqu'un ? Tu as peur que je sois venu pour te dénoncer à la police ?

Castiel soupira avant de s'accouder contre le toit de la voiture. Il semblait résigné plus qu'agacé à présent. Un peu comme si l'attitude de Dean le fatiguait.

- Tu as ton téléphone, se contenta t-il finalement de faire remarquer.

Dean baissa les yeux sur son portable. Il le tenait effectivement toujours dans sa main. Il l'avait oublié. Il n'avait pas l'intention de s'en servir. Mais sans doute que Castiel craignait que sa présence ne soit la preuve qu'il comptait envoyer des informations à quelqu'un. Ce qui était ridicule. Si c'était effectivement ce que Dean avait en tête, il se serait montré plus discret.

- Et ensuite ? Je l'ai parce que je veux pouvoir envoyer des messages à mon frère de temps en temps et parce que je veux qu'il puisse me joindre si toutefois il lui arrive quelque chose. Je ne vais pas l'utiliser pour prévenir la police. Tu n'as donc aucune confiance en moi ?

- Je ne sais pas quoi penser Dean. Tu as été silencieux depuis notre départ et tu ne sembles pas vraiment ravi d'être là.

Ce n'était pas entièrement faux. Mais si Castiel avait eu le moindre soupçon, il aurait dû lui poser la question. Il n'aurait jamais dû garder tout cela pour lui.

- Tu m'as emmené de force avec toi. Bien sûr que je ne suis pas emballé par la méthode. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas heureux d'être avec toi.

- Ce n'est pas l'impression que tu donnes.

- Tu n'avais pas l'air de t'en soucier jusque-là.

Dean ne comprenait pas comment Castiel pouvait penser que leur relation serait viable s'ils ne se parlaient pas. La communication était la base d'une histoire saine. Et si le jeune homme n'était pas toujours à l'aise avec les mots, il savait que se taire et tout garder pour soi n'était pas une bonne solution. Il aurait voulu que Castiel le sache aussi. Il n'avait pas la force de tout lui apprendre. Il doutait d'ailleurs d'être un bon professeur en la matière puisqu'il était au moins aussi inexpérimenté que lui.

- Tu m'as suivi Dean. Je ne t'ai peut-être pas réellement laissé le choix mais je ne t'ai pas forcé non plus.

- Tu m'as menacé avec ton arme !

- Tu savais que je ne tirerais pas.

- Peut être mais ça ne change rien au fait que tu as sorti ton arme et que tu l'as pointée sur moi … alors même que tu dis m'aimer et être incapable de me faire du mal. Tu dis vouloir faire ta vie avec moi et me rendre heureux mais tu ne me dis même pas où nous allons. Ça ne peut pas fonctionner comme ça Cas. J'ai besoin que tu me parles. J'ai besoin que tu sois honnête avec moi.

Ce n'était ni le bon moment ni le bon endroit pour avoir une telle conversation. Dean avait conscience que son timing laissait clairement à désirer. Mais maintenant qu'il était lancé, il n'envisageait pas de renoncer. Il avait des choses importantes à dire et Castiel allait devoir l'écouter. Que cela lui plaise ou non.

- Tu parles de notre relation avec enthousiasme et visiblement une volonté sincère d'en faire quelque chose de sérieux et de vrai mais tes actes ne vont clairement pas dans le même sens. Tu ne te conduis pas comme mon petit ami mais comme mon supérieur. Ce n'est pas ce dont j'ai besoin. Je sais que tout ceci est nouveau pour toi et ça l'est aussi pour moi. Mais je suis visiblement plus lucide que toi sur la façon dont cela doit fonctionner. Etre en couple c'est être sur un pied d'égalité. Tu dois comprendre que je ne suis pas ton subordonné dans cette histoire. Je ne suis pas ta chose ou ta possession. Je suis un être humain et je suis ton égal. Si tu ne peux pas l'admettre alors sans doute que je devrais partir.

Castiel se tendit aussitôt en entendant Dean prononcer ce dernier mot. Si le jeune homme n'avait pas réellement envie de mettre sa menace à exécution, il le ferait sans hésiter. Castiel allait devoir lui donner une preuve qu'il avait raison de rester.

- Désolé Dean mais je ne suis pas vraiment sûr de comprendre ce que tu attends de moi, confia finalement Castiel après quelques secondes.

Bien sûr qu'il ne pouvait pas le comprendre. Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'une relation saine nécessitait pour fonctionner. Il ne savait pas qu'il ne pouvait pas y avoir de dominant et de dominé. Qu'il y avait un échange de pouvoir constant et que personne ne pouvait forcer l'autre à faire quelque chose. Il ne le pouvait pas parce qu'il n'avait jamais rien vécu de tel. Il avait toujours été celui qui donnait des ordres. Il avait des employés et des subordonnés. Il avait également un patron dont il acceptait la domination et le pouvoir. Il n'avait jamais eu personne sur un pied d'égalité avec lui. Même Gabriel, qui était pourtant celui qui était le plus proche de lui, obéissait à ses ordres. Il était incapable de comprendre ce que Dean demandait et le jeune homme pouvait soit choisir de le lui expliquer et de l'aider à apprendre soit choisir de partir maintenant. Castiel était peut-être un cas désespéré. Il serait peut-être impossible de lui faire entendre raison. Dean n'était pas sûr d'avoir la force de lui prouver que sa vision des choses n'était pas la bonne.

- Tu n'es pas mon supérieur. Tu n'es pas mon patron. Tu n'as aucun pouvoir sur moi. C'est la seule chose que tu dois comprendre.

- Je n'ai jamais cherché à me comporter de la sorte.

- Sauf que tu le fais constamment. Tu le fais depuis que tu es arrivé chez moi il y plusieurs heures. Tu ne t'en rends peut-être pas compte mais tu te comportes comme si j'étais ton employé et que je devais t'obéir.

- Ce n'est pas vrai, protesta Castiel.

- Je commence à me demander si tu pourras un jour changer tu sais. Je me demande si tu pourras un jour me voir autrement … si tu pourras vraiment me laisser une place dans ta vie. Tu veux que je te dise ce que j'ai l'impression d'être à cet instant précis ?

- Je t'écoute.

- Ton prisonnier. J'ai l'impression d'être ton prisonnier. Et ce n'est pas normal Cas. Ça ne devrait pas se passer comme ça.

Castiel prit alors une seconde pour réfléchir à ce que Dean venait de lui dire. Le jeune homme était épuisé et perdu. Il avait la sensation de ne plus rien maitriser. Il avait envie de demander de l'aide. Mais il n'avait personne vers qui se tourner. Personne à qui se confier. Il n'avait que Cas et c'était lui le problème. Il n'avait aucune idée de ce qu'il devait faire maintenant.

- Tu n'es pas mon prisonnier Dean, assura alors Castiel

Ce n'était pas ce que Dean avait besoin d'entendre. Une nouvelle fois, Castiel n'avait rien compris. Il avait besoin d'excuses et d'une promesse que tout finirait par s'arranger. Il avait besoin que Castiel comprenne qu'il avait commis une erreur. Qu'il l'assume et accepte d'aller de l'avant. De changer de comportement. Le fait qu'il nie tout en bloc était la preuve qu'il n'en avait pas l'intention. Qu'il était incapable de changer pour le moment. Et Dean avait vraiment la sensation que ce n'était pas que temporaire. Il doutait que Castiel soit capable de changer tout court.

- Si tu n'es pas capable de voir la vérité en face alors je doute que cela puisse fonctionner. Si tu t'étais excusé, je t'aurais pardonné dans l'instant. J'aurais tout oublié et on aurait pu passer à autre chose. Mais tu te comportes comme si c'était moi qui était dans l'erreur. Ce qui n'est pas le cas.

- D'accord … je suis désolé. Voilà … tu es content ?

Dean grimaça. Les excuses de Castiel n'étaient pas sincères et cela ne faisait qu'aggraver les choses. Car il était évident qu'il n'avait dit ça que pour calmer le jeune homme. Comme on le fait avec un enfant pour éviter qu'il ne fasse un plus gros caprice encore. Castiel continuait à l'infantiliser et Dean détestait ça.

- Maintenant, remonte en voiture. On a suffisamment perdu de temps, ajouta Castiel en se redressant.

- Non, répliqua Dean en reculant d'un pas.

Son instinct lui criait de partir maintenant. De ne pas perdre une seconde de plus à parler inutilement avec Castiel. Mais son cœur, lui, continuait à l'inciter à rester. Il lui assurait qu'il obtiendrait peut-être une réaction de la part de son petit ami. Qu'il devait lui laisser une dernière chance.

- Non ? répéta Castiel, visiblement surpris que ses excuses minables n'aient pas suffi.

- Non, répéta Dean.

Castiel leva alors les yeux au ciel en soupirant.

- C'est le milieu de la nuit. Je suis épuisé et on a encore de la route à faire. Cette conversation est ridicule. On ne pourrait pas la reprendre demain à tête reposée ?

- Non, on ne peut pas la reprendre demain. Parce que je sais qu'on ne le fera pas. Si je laisse tout ceci couler, tu penseras que tu as gagné et on continuera ainsi jusqu'à ce que je finisse par partir. Cas … je t'aime mais je ne peux pas continuer comme ça.

- Et pourquoi est-ce que ça te prend maintenant quand tu as eu une heure pour aborder ce sujet avec moi ? Pourquoi maintenant alors que tu as été silencieux jusque-là ?

- Parce que tu refuses de me dire où on va et que tu refuses de m'écouter. Je sais qu'on va finir par quitter le pays et si j'attends encore, il sera probablement trop tard. On sera trop loin et je ne pourrais pas faire demi-tour aussi facilement que maintenant !

- Tu veux partir ?

Dean n'était plus vraiment sûr de ce dont il avait envie. A cet instant précis, il était plus perdu encore qu'une heure plus tôt. Il savait que cette conversation compliquait tout. Mais elle était également nécessaire pour repartir sur de bonnes bases. S'il renonçait, la situation perdurerait et il ne pourrait plus rien faire pour changer les choses. C'était maintenant ou jamais s'il voulait avoir une chance.

- Honnêtement je n'en sais rien. Je ne suis même pas sûr que tu me laisserais faire si je te répondais « oui ». Je ne sais pas si je peux croire en tes promesses et je … la seule chose dont je suis sûr c'est que je t'aime mais que je ne peux pas continuer à me taire. Ça me concerne aussi. Ce n'est pas uniquement ta vie et ton avenir qui sont en jeu. J'ai mon mot à dire il me semble.

- Mais qu'est-ce que tu veux ?

- Que tu me parles.

- Ce n'est pas ce que je suis en train de faire en ce moment ?

- Tu parles pour ne rien dire mais tu ne réponds à aucune de mes questions.

Castiel leva les yeux au ciel et pendant une seconde, Dean eut la sensation qu'il priait. Il savait que Castiel ne croyait pas en Dieu mais il semblait à court d'idées et sans doute prêt à tout pour obtenir de l'aide. Le jeune homme le laissa faire avant de reprendre la parole quand il fut évident qu'il ne parlerait pas.

- Qui avais tu au téléphone et de quoi avez-vous parlé ?

- J'étais au téléphone avec un de mes associés … tu ne le connais pas et nous avons parlé de toi.

Une nouvelle fois, Castiel ne lui donnait pas vraiment de réponse claire. Il ne donnait aucune information importante. Rien qui ne puisse se retourner contre lui. Il ne le faisait peut-être pas consciemment mais cela ne changeait pas grand-chose. Dean ne pouvait pas accepter cette réponse.

- Tu sais quoi ? Tu devrais partir … tu devrais aller là où on t'as demandé d'aller et tu devrais me laisser ici. Je vais appeler mon frère et lui demander de venir me chercher. Tu pourras ensuite me dire où tu as laissé ma voiture pour que j'aille la récupérer plus tard.

Ses mots avaient à peine franchi le seuil de ses lèvres que Castiel le regardait à nouveau, visiblement furieux. Il savait qu'en signifiant ainsi clairement son départ, il le mettrait en colère. Il l'espérait d'ailleurs un peu. Il avait besoin d'une réaction franche de la part de son petit ami pour savoir quoi faire ensuite. Il avait besoin d'une preuve que Castiel tenait réellement à lui et qu'il n'était pas uniquement venu le chercher parce qu'il ne voulait pas le laisser à quelqu'un d'autre. Il ne reconnaissait pas le Castiel dont il était tombé amoureux et cela le rendait complètement fou.

- Tu ne vas pas partir. Pourquoi est-ce tu partirais d'ailleurs ? Tu devais me laisser une chance. Une heure ce n'est pas suffisant pour te prouver que je suis à même de te rendre heureux.

- Tu n'es même pas capable de me donner de vraies réponses à mes questions … tu n'es pas capable de t'excuser quand tu as eu pourtant tort … et tu n'es pas à même de te comporter comme mon petit ami et pas comme mon supérieur … alors désolé mais je n'ai pas l'intention de te laisser une chance dans ces circonstances. Ce serait du temps perdu pour toi comme pour moi.

Castiel en avait visiblement assez entendu. Il contourna la voiture et s'approcha rapidement de Dean. Le jeune homme recula d'un pas avant de tendre sa main tenant son téléphone entre eux comme s'il s'agissait d'une arme.

- Tente quoi que ce soit et je peux te jurer que j'appelle le 911, assura t-il.

Castiel s'immobilisa mais ne semblait pas réellement inquiet. Il devait savoir que Dean n'aurait pas le temps de composer le moindre numéro de téléphone avant qu'il ne lui arrache le téléphone des mains. Ce n'était pas tant la menace en soit qui comptait mais le fait qu'il la prononce. C'était la preuve qu'il avait décidé de s'opposer ouvertement à Castiel. Qu'il était prêt à se battre et qu'il n'avait pas l'intention de reculer et de baisser les bras.

- Tu veux tant que ça te débarrasser de moi ? Si tu ne supportes pas l'idée de ma présence, alors pourquoi m'avoir suivi. Pourquoi ne pas avoir choisi de te battre quand on était encore chez toi ? Pourquoi avoir attendu une heure pour t'opposer ainsi à moi ?

Dean devait reconnaître que c'était une question valable. Son comportement n'avait probablement aucun sens et aucune logique. Mais c'était plus fort que lui. Il avait été sous le choc de ce que Castiel avait dit et fait pendant l'heure passée dans la voiture. Il avait eu besoin d'analyser tout ça. Et ce qui en était ressorti n'était pas bon. Cumulé avec le silence de Castiel sur son coup de fil et son attitude autoritaire, il en avait plus qu'assez. Peu importait que le timing ne soit pas bon. Ce n'était clairement pas ce qui comptait.

- Tu as raison sur un point Castiel. J'ai envie de croire que ça pourrait fonctionner entre nous. J'ai envie de te donner une chance. Et sans doute que ce désir profond l'a emporté sur tout le reste il y a une heure parce que j'étais sous le choc de ton retour et de tout ce que tu as dit et fait ensuite. Mais j'ai eu le temps de réfléchir et je ne peux pas fermer les yeux sur tout ça plus longtemps. J'ai besoin de certitudes. J'ai besoin de sentir que tu me fais confiance. Que tu veux de moi parce que tu m'aimes et pas uniquement parce que tu aimes l'idée que je sois à toi. Sans doute que j'aurais dû te dire toutes ces choses avant qu'on ne quitte l'appartement mais tu dois reconnaître que tu ne m'as pas vraiment laissé le temps de reprendre mes esprits. Et tu dois aussi admettre que tu ne m'as guère laissé le choix.

Castiel fit un nouveau pas dans sa direction et Dean activa son téléphone aussitôt. Il pressa sur le bouton d'appel mais ne composa pas de numéros. Il ne voulait pas vraiment appeler la police. Il ne voulait pas que Castiel soit arrêté. Mais il pouvait appeler Sam. Il était convaincu que son frère saurait quoi faire ensuite.

- Dean, éteins ce téléphone. Je n'aurais même pas du te laisser l'emporter avec toi. On pourrait nous localiser avec.

- Une nouvelle fois Cas, ce n'est pas ce que je veux entendre.

- Si je n'ai pas à te donner d'ordres, alors je suppose que tu n'as pas à m'en donner non plus.

Dean ricana alors. Comment Castiel pouvait tenir de tels propos et rester sérieux ? Comment pouvait-il dire que le jeune homme lui donnait des ordres quand il ne faisait que réclamer ce à quoi il avait le droit ? C'était ridicule et grave. C'était une preuve de plus que quelque chose clochait.

- Même si je décide de venir avec toi, et je dis bien si, je ne me débarrasserais pas de mon téléphone. C'est mon seul lien avec Sam.

- Je t'en achèterais un autre. Tu pourras l'appeler avec.

- Mais lui ne pourra pas me joindre s'il a un souci. Cas … non.

Castiel approcha à nouveau et Dean sentit la peur le gagner. Son petit ami semblait dangereux à cet instant précis. Plus qu'il ne l'avait semblé jusque-là. Il paraissait prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait et Dean n'était plus aussi sûr qu'il ne lui ferait aucun mal.

- Voilà ce que je te propose … tu éteins ton téléphone pour éviter qu'on puisse nous localiser et tu remontes en voiture. Quand on s'arrêtera d'ci quelques heures, on pourra discuter calmement. On prendra le temps de tout mettre au clair entre nous. Mais on ne le fera pas ici et pas maintenant. Ça, ce n'est pas négociable.

- Le problème Cas, c'est que tu es le seul à pouvoir dire ce qui est négociable ou non. Ça ne marche pas comme ça. Il y a aussi des choses sur lesquelles je ne veux pas négocier. Des choses auxquelles je refuse de renoncer. Mais tu ne prends même pas le temps de me le demander. Je suis le seul à faire des sacrifices dans cette histoire. Et qu'est-ce que j'ai en retour ? D'autres ordres et des reproches. Pas même un « merci » ou un « je suis désolé ».

- Merci et je suis désolé.

Cette fois-ci, ça en était trop. Dean refusait de laisser Castiel se moquer de lui plus longtemps. Il semblait le seul à vouloir être sérieux. Il était évident qu'il était également le seul prêt à faire des efforts pour que leur histoire fonctionne. Il ne pouvait pas l'accepter plus longtemps. Il laissa retomber son bras le long de son corps et foudroya Castiel du regard.

- Va t'en, jeta t-il alors.

Castiel ne répondit rien mais ne bougea pas. De toute évidence, il ne le prenait toujours pas au sérieux. Il ne semblait pas le croire mais le jeune homme était déterminé. Laisser tomber Castiel serait douloureux et il lu faudrait probablement des mois entiers pour s'en remettre. Mais ce serait plus simple maintenant qu'il savait que rien n'était possible entre eux. Maintenant qu'il voyait plus clairement comment les choses fonctionneraient entre eux si toutefois il restait là. Il ne renonçait pas à une belle histoire d'amour. Il renonçait à une relation dans laquelle il n'aurait pas son mot à dire et où il serait attendu de lui qu'il se soumette en permanence. Il était presque soulagé en fin de compte. Dans ces circonstances, l'absence de Castiel serait un peu plus facile à supporter.

- Je suis sérieux Cas. Va t'en.

- Ce n'est pas ce que tu veux, répliqua Castiel.

- Oh si c'est que je veux. Tu peux continuer à te mentir à toi-même si ça te chante mais je refuse de participer à cette mascarade. Tu ne veux pas partir ? Parfait. C'est moi qui m'en irait alors.

Il ne laissa pas à Castiel le temps de réagir. Il tourna les talons et partit en direction de la route qu'ils avaient quitté quelques minutes plus tôt. Elle était déserte mais Dean s'en contrefichait. Il était prêt à marcher pendant des heures pour rentrer si c'était nécessaire. Il était épuisé mais il était sûr de lui. Et il n'avait pas l'intention de reculer maintenant.

- Dean ! l'appela Castiel dans son dos.

Il était difficile de résister à l'envie de lui jeter un coup d'œil par-dessus son épaule. Dean voulait voir l'effet que son départ avait sur Castiel. Il voulait voir s'il était triste ou juste en colère. S'il ressentait quoi que ce soit en le voyant ainsi s'éloigner. Il se força toutefois à regarder devant lui. Il n'était pas sûr qu'il ne ferait pas demi-tour s'il voyait que son départ attristait Castiel. Il devait rester fort.

Il continua donc à marcher. Il n'eut pas le temps de rejoindre la route. Il n'avait pas fait plus de cent mètres qu'il entendit Castiel accourir dans sa direction puis sentit une main se poser sur son épaule. Son premier réflexe fut de tenter de la déloger en faisant volteface mais Castiel passa un bras autour de sa taille pour le garder dans la même position. Il vint ensuite coller sa bouche contre l'oreille du jeune homme.

- Tu ne me laisses pas d'autre choix. Tu es trop têtu pour que je fasse autrement, souffla t-il.

Dean fronça les sourcils. Il ne comprenait pas bien ce que Castiel sous entendait par là. Il allait peut-être le menacer avec son arme à nouveau. Il était toutefois convaincu que cela ne changerait rien. Il était évident qu'il ne le tuerait pas. Il ouvrit la bouche pour lui demander ce qu'il allait faire mais Castiel posa sa main contre ses lèvres pour le faire taire. Il sentit ensuite une piqure dans son cou. La douleur fut brève mais Dean sut aussitôt ce dont il s'agissait.

- Cas, lâcha t-il, choqué par ce qu'il venait de faire.

Il pouvait déjà sentir ses jambes faiblir et son cœur s'accélérer. Il allait probablement perdre connaissance rapidement. Et Castiel pourrait ensuite l'emmener où bon lui semblait. Il pourrait l'enfermer quelque part et ne plus jamais le laisser voir la lumière du jour. Il ne l'en aurait pas cru capable jusque-là. Mais il ne l'aurait pas cru non plus capable de le droguer pour le trainer de force dans la voiture.

- C'est un sédatif. Ce n'est pas dangereux et mis à part une légère migraine, tu n'auras aucune séquelle. Tu vas juste t'endormir et on discutera à ton réveil.

Dean n'avait pas l'intention de discuter. Pas après que Castiel l'ait drogué. Pas après qu'il ait ainsi trahi sa confiance et choisi de passer outre son opinion et son choix. Il ne pourrait pas lui pardonner. Il avait besoin de le lui dire avant de perdre connaissance.

- Va te faire foutre. Je m'enfuirais dès que j'aurais repris connaissance. Je ne te pardonnerais jamais.

- Tu me pardonneras Dean parce que tu finiras par comprendre que je n'avais pas le choix. Je suis vraiment désolé, crois moi. J'aurais voulu faire les choses autrement.

- Fils de pute, jura Dean entre ses dents.

Ses jambes cédèrent alors sous son poids et Castiel passa son deuxième bras autour de sa taille pour le soutenir. Il commença ensuite à le tirer gentiment en direction de la voiture. Dean aurait aimé pouvoir lutter mais il n'avait plus aucun contrôle sur son corps.

- Je sais que je t'ai promis de ne jamais te faire de mal et je peux te promettre que je m'y tiendrais mais … cette fois, tu ne m'as pas laissé d'autre choix. Je ne pouvais pas te laisser partir sur un coup de tête. On a besoin de temps et d'une longue discussion avant que tu ne prennes une décision aussi importante.

- Pas un coup de tête, murmura Dean difficilement.

- Tu es en colère mais c'est normal. Tout sera différent quand tu seras reposé.

Dean était convaincu du contraire mais il n'était plus capable de parler. Il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il ne savait même pas pourquoi il luttait. C'était un combat perdu d'avance. Il finirait par perdre connaissance qu'il le veuille ou non et il ne réussirait pas à convaincre Castiel de le laisser sur ce parking et de partir sans lui. Il ressentait toutefois le besoin de rester éveillé pour ne pas donner la satisfaction à Castiel d'une victoire trop facilement acquise.

- Ça ne sert à rien de résister bébé. Laisse toi aller. Je vais veiller sur toi.

Dean avait envie de lui crier qu'il ne voulait pas de tout ça. Qu'il ne voulait pas non plus l'entendre l'appeler « bébé » comme si de rien n'était. Comme s'il ne venait pas de le droguer pour l'emmener de force avec lui quand il avait été clair sur le fait qu'il ne le souhaitait pas. Jamais avant il n'avait eu la sensation que Castiel représentait une réelle menace pour lui. Il le savait dangereux mais avec lui, il avait toujours été tendre et attentionné. Jamais violent. Jusqu'à aujourd'hui. Dean aurait du se méfier. Il aurait dû appeler la police à la minute où il avait vu Castiel dans son appartement. Bien sûr, il était trop tard pour revenir en arrière et se faire ainsi des reproches était totalement contre-productif. Il était pris au piège.

Castiel finit par l'installer sur le siège passager. Il prit le temps d'attacher sa ceinture avant de déposer un baiser rapide sur sa joue et de refermer la portière. Il s'installa ensuite derrière le volant et remis le moteur en route.

- Repose toi Dean. Il est idiot de lutter contre quelque chose d'inévitable. Tu ne fais que perdre de l'énergie pour rien.

Dean aurait voulu pouvoir le foudroyer du regard mais il ne parvenait plus à bouger la tête. Il ne pouvait que regarder droit devant lui. Il finit par laisser ses paupières se fermer. Castiel avait au moins raison sur un point. Il ne servait à rien de lutter contre l'inévitable. Il allait perdre connaissance et quelques minutes de plus ne changeaient finalement rien. Peut être parviendrait il à reprendre des forces durant ce lapse de temps. Et peut-être cela lui permettrait il d'avoir enfin le dessus sur Castiel. Car peu importait ce qu'il tenterait ensuite. Dean n'allait certainement pas baisser les bras et s'avouer vaincu. Pas après ce qu'il venait de lui faire. Il pouvait pardonner beaucoup de choses mais il ne pouvait pas excuser cela. Castiel allait le payer chèrement Il n'avait pas idée de ce qui l'attendait une fois que le jeune homme reprendrait connaissance.

- Je t'aime, lança Castiel finalement.

Ce fut la dernière chose que Dean entendit avant de sombrer pour de bon dans l'inconscience. Il aurait voulu que ses mots ne lui apportent pas de réconfort. Il aurait voulu qu'ils le mettent plus en colère encore. Mais comme à chaque fois qu'il les entendait, ils lui réchauffaient le cœur. Et il les laissa l'accompagner dans le néant dans lequel il plongea tête la première sans pouvoir lutter.