La boite de cookies
Le lendemain, Nohoarii vint lui porter de bon matin un colis qui venait des Etats-Unis. Après avoir déballé le carton, elle trouva un second carton qui contenait une lettre ainsi qu'une petite boite métallique.
Ma très chère Chloé, J'espère que ce paquet est arrivé en bon état et que tu te régaleras. Tu tiens dans tes mains le fruit de mes cours de cuisine ! De délicieux cookies ! Comme Perry m'a interdit de le faire partager aux autres journalistes et que Clark n'en a pris que la moitié, je me suis dit que ça te ferait plaisir. J'espère que tu vas bien et que tu profites un minimum de ces vacances au soleil aux frais de la princesse Perry. Régale-toi bien et envoie-moi vite de tes nouvelles ! Ta cousine adorée, Lois Ps : ton article sur la femme cachée d'Elvis était génial !
Chloé était partagée entre rire et consternation. Au moins, sa cousine semblait d'excellente humeur. Elle ouvrit la boite de cookies et fut agréablement surprise en constatant leur apparence était très convenable et qu'ils sentaient divinement bon.
Par mesure de sécurité, elle envoya un mail à Clark pour lui demander son avis. Pouvait-elle les gouter en toute sécurité ?
***
Sa boite de cookie et son ordinateur entre le pot de confiture locale et de délicieux petits croissants, Chloé déjeunait au soleil. Sa peau claire commençait à attraper de jolies nuances de bronzage mais elle veillait scrupuleusement à ne pas trop s'exposer. Le vieillissement de la peau à cause du soleil ne passerait pas par elle ! Elle se servit une grande tasse de café en attendant de pouvoir étrenner son nouveau bol-vase Ming qu'elle devait décorer le lendemain.
Elle vérifia une dernière fois son dictaphone avant l'arrivée de Lex Luthor et de Léa. Elle allait consigner toutes les informations possibles de manière à avoir un dossier béton sur le nouveau couple. Elle le glissa dans son sac lorsque Léa s'installa en face d'elle. Chloé sursauta devant son arrivée – avait-elle vu le dictaphone ? – mais elle n'eut pas le temps de prononcer un mot que la jeune femme se lançait dans un long monologue qui oscillait entre menace et avertissement.
- Voilà le dessin. » Elle tendait à Chloé une grande enveloppe. « Mais en échange, vous me promettez que vous ne publierez pas d'articles nous concernant dans votre rubrique des vacances. J'ai interdit à Lex de vous faire signer un contrat en bonne et due forme alors je compte sur vous. Donnez-moi une image professionnelle du journalisme.
Chloé se retint de lever les yeux au ciel. Bon, elle avait un dictaphone avec elle ce qui ne laissait pas trop de doute sur ses intentions mais elle pouvait ne pas enregistrer. Que Léa doute des sa bonne foi était assez insultant. Néanmoins, elle acquiesça d'un signe de tête. Elle la remercia pour le dessin et partit en direction de l'accueil de l'hôtel pour l'envoyer au plus vite.
Elle glissa par la même occasion un mot pour la remercier de ses cookies qu'elle trouvait délicieux – enfin, elle ne les avait pas encore goutés et pour tout avouer, elle craignait un peu de le faire.
Elle vérifia en vitesse ses mails mais il n'y avait pas de réponse de Clark. Priant un instant que sa cousine ne l'ait pas empoisonné, elle continua son mot. Elle ajouta encore quelques lignes pour lui demander de filmer sa prochaine leçon de cuisine pour en faire profiter toute la famille et elle clôtura sa lettre en taquinant Lois sur sa mission de séduction. Chloé essayait de la caser avec Clark depuis plus d'un an et elle ne désespérait pas, ils finiraient ensemble, foi de Sullivan.
En plus, si l'on considérait que Lois s'améliorait de jour en jour – enfin… dans un monde idéal - en cuisine, il n'aurait plus d'excuses pour refuser des propositions indécentes – enfin… dans un mon idéal.
Lorsqu'elle retourna du coté de la plage, elle aperçut le couple qui semblait un peu en froid.
- Où voulez-vous aller, chers… touristes ! »
Elle souriait béatement à la manière d'un guide particulièrement enthousiaste mais cela n'eut pas vraiment l'effet escompté. Léa regardait avec une attention particulière un oiseau sur un cocotier pendant que l'autre tenait dans sa main des papiers.
- Vous préférez rester ici en silence ? » Personne ne lui répondit.
Un peu désemparée, elle leur proposa un cookie. Lex déclina mais Léa en prit deux. Alors qu'elle allait lui dire d'y aller prudemment, Léa marmonna.
- Pardon ?
- Ridicule. » Chloé sembla déconcertée d'entendre Léa la traiter de ridicule. Pourquoi la jeune femme semblait soudain si distante ? « Tu es ridicule !
- Je… » Chloé n'en revenait pas. Comment pouvait-on passer de personne sympathique à sombre garce ? « Je…
- Mais je ne parle pas de toi ! Je parle de cet égoïste !
- Oh… » Une dispute conjugale. Chloé décida que la meilleure solution était de ne pas s'en mêler. En aucun cas.
- Léa. » Menaça le milliardaire. « J'ai autre chose à faire que de t'entendre encore geindre contre le soleil, contre les autres touristes ou que sais-je encore !
- Tu feras cette visite seul ! » Hurla la jeune femme en retournant à l'intérieur.
Interdite devant un tel spectacle, Chloé se tourna vers Lex Luthor qui semblait serein.
- Si vous préférez, on peut remettre ça à demain.
- Il n'en est pas question, il fait un temps superbe alors je compte bien en profiter. Où allez-vous m'emmener, Sullivan ? » Sa réponse était agrémentée d'un grand sourire.
Surprise, elle ne put s'empêcher de le dévisager, avec, elle aussi, un sourire aux lèvres. Elle n'aurait jamais imaginé une telle sérénité de la part d'un homme d'affaire. D'ailleurs, en se souvenant de la soirée de bienvenue, Chloé se rendit compte du changement radical qui s'était opéré en lui. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas remarqué qu'elle le fixait.
- Quoi ? J'ai quelque chose entre les dents ? » Sa question était sur le ton de la plaisanterie.
- Non. Vous êtes un homme plein de surprise, Luthor.
- On me le dit souvent. Et encore, vous n'avez pas encore tout vu.
La décontraction du milliardaire fut instantanément communicative et Chloé se sentit assez à l'aise que pour faire de l'humour.
- Charmante proposition, je retiens. Et pour ce qui est de Léa, vous comptez réellement la laisser ici ?
- Léa… Léa est Léa. C'est… Ne vous en faites pas, elle s'en remettra. On y va ?
- Euh… oui. Alors ici, nous sommes sur la longue langue de sable qui constitue le plus grand motu de Funafuti. Son nom est Fongafale. En allant vers le sud, on va tomber sur les quatre villes qui se sont formées ici et nous irons voir l'aéroport. Il est en réparation actuellement parce que les infiltrations d'eau de mer font bouger le tarmac cinq mois par an.
- Et bien, si je ne connaissais pas votre réputation, je croirais presque avoir affaire avec une guide touristique. Comment connaissez-vous autant de choses ?
- Deux semaines. Mais je m'ennuyais ferme à l'hôtel et puis, les Tuvaluans sont vraiment très accueillants.
- Impressionnant.
Ils firent le tour du motus sur la journée en discutant avec les habitants, en aidant un marchant ambulant, en transportant des détritus loin des zones habitées et en comparant leurs connaissances de l'ile. Plus elle passait du temps avec lui, plus elle se rendait compte que son image d'homme froid et sans scrupule était sans fondement. Une petite voix lui soufflait pourtant qu'il lui avait attrapé très durement le bras.
Alors que le soir commençait à décliner et ils choisirent de ne pas rentrer à l'hôtel tout de suite. Un coucher de soleil sur le lagon valait tous les repas du monde. Confortablement installés au pied d'un cocotier et dans le silence, ils admirèrent le paysage.
- Luthor ?
- Mhhh. » Répondit-il les yeux clos.
- On devrait rentrer. A moins que vous comptez dormir ici ?
- Pourquoi pas. C'est agréable ce petit vent et au moins, il n'y a pas de femmes qui me courent après !
- Parce que ça vous pose un problème ? Vous êtes un coureur de jupons, ne niez pas.
- Ah, voilà le retour de la journaliste…
- Luthor, ne commencez pas. Je n'ai rien fait jusqu'à maintenant, je ne vais pas commencer. »
Ce n'était que la stricte vérité. Avoir enfin de la compagnie était agréable et elle ne comptait pas se mettre le couple à dos.
- Bien. Je prends note mais ne me le faite pas regretter. » Les mots étaient différent mais Léa lui avait fait comprendre la même chose. « Si vous voulez tout savoir, Léa est jalouse d'une allemande un peu folle qui me court après, c'est grotesque.
- Une allemande ? Rosalinda ?
- Oui. La seule, l'unique.
- Son nom est bien Kiening ?
- Bien sûr. Vous ne la connaissez pas ?
- Non. Je devrais ?
- Oui. Enfin, probablement pas. » Il affichait une mine septique. Quand il reprit, sa voix était teintée d'ironie. « Elle a été célèbre en son temps.
- Pourquoi ?
- Tenez-vous bien à ce cocotier, Sullivan. Rosalinda Kiening a été une star. Elle a été une Sands Copa Girls un show dénudé de Las Vegas. Bon, à l'époque, ce n'était que topless mais quand même.
- Nan ?
- Si… incroyable, n'est ce pas ?
- Stupéfiant. C'était en quelle année ?
- Dans les années cinquante ou soixante, je pense.
- Vous êtes un génie !
Elle riait. Les larmes aux yeux, elle arrivait à peine à reprendre son calme. Elle progressait grâce à lui et sur un coup de tête, elle lui donna un énorme bisou sur la joue.
- Vous enquêtez sur elle ?
- Oui. Elle prétend être la première épouse cachée du King.
- De qui ?
- D'Elvis Presley ! Le King quoi !
- Ah... Oui, ce n'est pas impossible, elle s'est mariée tellement souvent…
Soudain, Chloé eut une révélation.
- Vous la connaissez bien ?
- Couci-couça. Pas des masses, juste ce qu'on dit le plus souvent sur elle. Mais elle est extrêmement bavarde avec moi. Je pense qu'elle veut me rajouter à sa liste d'époux.
Un sourire conquit sur les lèvres, elle lui fit la proposition la plus indécente.
- Ça vous dirait de m'aider dans mon enquête ?
Il éclata de rire. Chloé en fut renversée. De mémoire de journaliste, personne n'avait jamais entendu Lex Luthor rire. Ils restèrent là encore un moment à admirer le lagon illuminé par la lune puis retournèrent tranquillement à l'hôtel.
La soirée sur la plage touchait à sa fin. Quelques clients finissaient leur cocktail et une des barmaids fit signe à Lex.
Lorsqu'il revint vers elle, il arborait sur son visage les traits habituels d'un grand patron d'entreprise. Le regard dur, il se contenta de lui dire que Léa était malade et que le médecin était à son chevet.
- C'est si grave que ça ?
- Il semble que ce soit une indigestion mais le médecin trouve que c'est plus violent encore.
Chloé ne savait que dire. Puis, se souvenant de la boite de cookies de Lois, elle se sentit coupable.
- Si je peux faire quelque chose pour vous aider…
- Laissez- moi tranquille, Sullivan.
Elle acquiesça puis s'éloigna. Le ventre vide, elle rentra dans sa chambre, prit une douche puis s'installa sur son lit. D'un geste machinal, elle brancha son dictaphone. Sa surprise en constatant qu'il n'y avait pas le moindre enregistrement fut une maigre compensation. Au moins, elle n'avait pas à se reprocher une chose de plus.
La musique d'accueil de son ordinateur vint rompre le silence et elle parcourut du regard ses mails. Elle ouvrit en priorité celui de Clark.
Chlo, J'étais présent lors de la confection et je peux t'assurer qu'ils sont à se damner ces cookies. Je pense lui offrir quelque chose pour fêter un tel miracle. Une rumeur court comme quoi Lex Luthor serait lui aussi sur une île de Micronésie. Sa secrétaire voulait se rendre intéressante et a lâché l'info. Maintenant, connaissant Luthor, il a dû lui mentir pour préserver sa tranquillité. Mais bon, ouvre l'œil quand même, on ne sait jamais ! Clark Ps : Je t'assure qu'ils sont délicieux alors goûte les !
Elle avait faim... alors elle en croqua un.
