Je regarde du coin de l'œil l'attroupement de nains qui dévore avec enthousiasme tout ce qui leur passe sous la main, au grand dam de mon oncle qui assiste, impuissant, au pillage de son garde-manger. Bilbon m'a autorisé à rester à condition que je reste à l'écart des nains, alors me voici, livre à la main bien que mon regard soit fixé sur la même page depuis plus de dix minutes. Comment peut-il me demander de me tenir à carreau quand la maison toute entière est embaumée de ce délicieux parfum d'aventure et de mystère auquel j'aspire depuis tant d'années ? Hors de question de laisser passer cette chance incroyable de vivre enfin quelque chose de palpitant !
Je baisse les yeux sur mon livre et me rends compte que j'ignore jusqu'à son titre. J'observe alors la couverture :
« Races et Cultures de la Terre du Milieu. »
Exactement ce qu'il me faut ! Je rouvre le livre avec empressement jusqu'à tomber sur la catégorie qui m'intéresse.
« Les nains ont une longévité supérieure à deux siècles. »
J'écarquille les yeux sous le coup de la surprise. Deux-cents ans ! J'ignorais que les nains étaient dotés d'une telle vie. Les Hobbits ne vivent qu'environ cent ans après tout.
« Le plus grand royaume de Nains s'étendait autrefois sous la Montagne Solitaire. Erebor était gouverné par la lignée de Durin, dont les derniers représentants furent le Roi Thror son fils Thrain et son petit fils Thorin. »
Voilà donc pourquoi ce nom m'était familier. Mais qu'est ce qu'une lignée royale d'un royaume disparu peut bien faire dans la Comté ? La suite du livre ne parle que de futilités qui ne m'intéressent pas, aussi je ferme le livre et le remet à sa place. C'est alors qu'une assiette passe brusquement au dessus de ma tête. Depuis quand nos placards sont-ils remplis d'assiettes volantes ?
'Tordez les fourchettes puis les couteaux'
Dites moi que je rêve, ces nains ne sont pas vraiment en train de chanter et de lancer la vaisselle à travers la maison, n'est ce pas ?
'Brisez les bouteilles en mille morceaux'
Très bien, on dirait que je ne suis pas en train de rêver. Oncle Bilbon doit être hors de lui ! Pas question de rater ça ! Sans attendre, je me précipite dans la cuisine. J'en passe le pas quand une main ferme agrippe mon épaule et me tire en arrière. Juste à temps apparemment, puisqu'à ce moment un couteau vole dans les airs jusqu'au bout du couloir où il est rattrapé par un nain que j'identifie comme étant Bifur. Je me retourne vers mon sauveur et m'étonne de voir l'enquiquineur de cet après midi.
-« Je préfère que l'on m'appelle Gandalf, jeune demoiselle. »
-« Qu-vous pouvez lire dans mes pensées ?! »
Le dénommé Gandalf se contente de me faire un sourire énigmatique que je déteste déjà avec une lueur amusée dans les yeux.
-« Je suppose que vous êtes la nièce de ce cher Bilbon. Lenya, c'est exact ? »
-« Mon oncle vous a parlé de moi ? »
-« Plus ou moins. »
-« Et vous savez pourquoi ces nains sont là ? »
-« En effet. »
-« Mais vous n'allez rien me dire, n'est-ce pas ? »
-« Tout à fait. »
Ce jeu de ni oui ni non a l'air de le ravir, mais il a plutôt tendance à m'agacer personnellement. Au diable Gandalf, je crois que je vais continuer de l'appeler l'enquiquineur.
'Qu'ils roulent dans l'entrée et se fendent!'
Les chants s'arrêtent brusquement pour laisser place à des éclats de rire. Les livres décrivent toujours les nains comme des êtres avides et solitaires. Pourtant leur bonne humeur fait plaisir à voir. Je croise le regard de Kili et souris malgré moi. Il me sourit en retour avant que son frère ne lui donne un coup de coude que je qualifierai d'assez violent mais qui ne le fit cependant pas vaciller.
Tout à coup, le silence s'abat sur la salle. L'atmosphère jusqu'alors légère se transforme en quelque chose de plus solennel. Les visages se font graves, sérieux. Quelque chose est en train de se passer.
-« C'est lui. »
Il semblerait que quelqu'un ait frappé à la porte mais que j'étais trop occupé à fixer un certain brun pour l'entendre. La totalité des nains se déplace vers l'entrée, je les suis avec mon oncle qui regarde toujours sa vaisselle d'un air incrédule. Je m'arrête à côté de Fili quand la porte s'ouvre pour la énième fois de la soirée. Avec un commentaire sur l'emplacement de la maison qui me laisse penser que les nains n'ont pas un très bon sens de l'orientation, celui qui semble être le chef de cette assemblée rentre et commence à interroger mon oncle. Le fait qu'il s'intéresse à ses compétences au combat m'inquiète légèrement. Bilbon est quelqu'un de doux, il n'use jamais de la violence.
-« Il a plutôt l'air d'un épicier que d'un cambrioleur. »
La remarque fait rire à côté de moi mais je ne me sens pas d'humeur à rire.
-« Qui êtes-vous pour traiter mon oncle de la sorte ?! Nous vous avons accueilli et nourri alors que vous êtes pour nous de parfaits étrangers, et c'est là votre manière de nous remercier ?! »
J'aurai peut-être mieux fait de me taire, car tout le monde dans la pièce me regarde comme si il m'était poussé une seconde tête. A l'exception de Gandalf qui me semble prêt à éclater de rire.
-« Savez-vous à qui vous vous adressez, chère Lenya ? »
-« A un hôte très malpoli. »
J'entends derrière moi Kili et Fili se tordre de rire, mais je ne comprends pas ce que la situation a de comique.
« -Permettez moi de vous présenter Thorin Ecu-de-chêne, Roi sous la Montagne. Thorin, voici Lenya, la jeune nièce de Bilbon Sacquet. »
Je veux disparaître dans un trou de souris. Littéralement. Je viens d'interpeller un roi de la manière la plus effrontée qui soit. Ma raison me dit de fondre en excuse sur le champ mais ma fierté me l'interdit. De toute façon, on ne m'en laisse pas le temps. Thorin hoche la tête dans ma direction et se dirige vers la salle à manger sans un regard supplémentaire. Je sens que je ne vais apprécier ce nain. Toute la compagnie le suit comme un troupeau, Gandalf se penche vers moi et dit à voix basse.
-« Voyez si vous pouvez trouver quelque chose à manger pour Thorin. Un nain est toujours de meilleur humeur une fois le ventre plein. »
Vous m'en direz tant. Je file dans la cuisine pour faire réchauffer les restes de notre dîner. Tout en fixant du regard la marmite qui bout lentement, je me dis que cette nuit risque d'être encore très longue.
Okayyyyyy, ce chapitre ne servait pas à grand-chose, mais j'ai quand même adoré l'écrire ^_^
