Cette fois, je fais une note d'auteur bien polie et sans bavures ! Je remercie tout premièrement les 6 revieweurs et revieweuses du premier chapitre pour leurs encouragements ! Ensuite, je m'excuse pour le délai de parution qui, pour cette fiction, sera assez lent. En effet, ce projet me tient vraiment à coeur et je ne veux pas bâcler un chapitre pour dire que j'en ai fais un. De plus, ma première fiction "Pirate recalée..." me prend la plupart de mon temps sur l'ordinateur et mes bacs blancs vont arriver, donc la tête dans les révisions je serais. En vous souhaitant une agréable lecture et une bonne journée, à plus tard !
Chapitre 2 : Réveil difficile
Lentement, le soleil perça le fin tissu crème des rideaux, allant déposer une large tâche lumineuse au sol, débordant allègrement sur les vitres des vivariums et collant peu à peu aux boursouflures du clic clac défoncé. La journée s'entamait comme toutes les autres, les voitures en mauvais état passant en contrebas dans des pétarades inévitables, faisant aboyer quelques chiens téméraires. Un réveil ayant traversé les âges frissonna brusquement dans une sonnerie à la justesse douteuse, menaçant de tomber d'un vivarium vide posé contre le mur. Son cri perdurait depuis presque une minute, tentant d'extraire la masse vivante du dessous d'une mince couette sur le clic clac. Ladite couette se souleva avec paresse, laissant sortir une main tâtonnant sur le vitrage de la cellule en verre à la recherche du perturbateur.
Finalement, la paume tomba maladroitement sur le dessus du monstre frémissant et avec peine, réussit à le faire glisser au bord du vitrage, d'où il chuta inexorablement au sol dans un bris de verre. Le bras retomba mollement en dehors du couchage, les doigts se pliant sur la moquette, avant que l'esprit qui appartenait à ce corps ne s'éveille des brumes léthargiques de son amant Morphée. Avec une lenteur extrême, une jambe passa à son tour la barrière du cocon tiède de la couverture pour poser cinq orteils engourdis sur la moquette découpée de soleil. Enfin, toute la masse jusque là dissimulée se souleva pour se maintenir en position assise sur le bord du clic clac dont les renforts grincèrent de protestation.
Récupéré de son ancien squat, Helena ne pouvait pas s'en séparer, les dettes trouant continuellement ses poches de jean. La poitrine peu vantarde se souleva en une inspiration mesurée, la mâchoire s'ouvrant dans un bâillement, vainement dissimulé par la main faucheuse de réveil.
_ Pfiouu…fichue sonnerie, marmonna la jeune femme dont les cheveux s'éparpillaient de manière peu gravitationnelle autour de son visage.
Sa peau pâlotte se délecta de la caresse du jour, sans pour autant s'y attarder. Les muscles lourds de sommeil furent étirés peu rigoureusement, juste de quoi permettre à la silhouette en culotte de s'avancer péniblement jusqu'au bar de la cuisine, sans même prendre garde aux organes du cadavre mécanique dont la peau transparente s'était éparpillée en éclats tout autour. Helena n'aimait pas les réveils. Ils lui rappelaient trop cette période de l'adolescence où la loi la traînait encore dans les salles de cours minables du quartier de son enfance, où les professeurs faisaient cours en ignorant totalement l'élève moyenne qu'elle était. Peu populaire, elle s'était habituée à ce qu'on la sollicite uniquement pour copier les devoirs ou prêter de l'argent qu'on ne lui rendait de toute façon jamais. Les seules lignes se dotant d'un duo de chiffres étant l'anglais et les Sciences, ne suffirent plus arrivée au collège. Au fur et à mesure que les mois passaient, les rendez vous avec les professeurs s'enchaînaient pour tenter de comprendre pourquoi cette jeune fille toute à fait normale, dont les capacités n'étaient pourtant pas atrophiées, ne pouvait pas obtenir de meilleurs résultats. Et puis, ils avaient abandonné, bien trop occupés par leurs réunions pseudo-éducatives.
Helena réussit à mettre en fonctionnement la machine à café qui démarra dans un ronronnement inégal, les premières gouttelettes de café brûlant s'éclaboussant contre les parois de la carafe transparente. Avec un nouveau bâillement, elle s'assit sur l'une des chaises en bois, se disant à nouveau qu'elle détestait les réveils. Ses yeux balayèrent distraitement autour d'elle, ennuyée. Une chaise vide, une tâche sur le mur d'en face, le comptoir : des crayons ramenés d'un peu tous les magasins, les compagnies d'assurances, les réparateurs, tous ces numéros marqués sur des post-it qu'elle ne penserait jamais à rappeler, le flacon déposé par Lawrence la veille…
Son esprit sortant lentement de la léthargie lui envoya un petit signal nerveux mais qui suffit à lui faire saisir d'un geste étonnamment vif son téléphone portable, posé sur le bar derrière elle. D'un coup, tout son cerveau se remit à fonctionner et ses membres furent parcourus par un frémissement d'adrénaline. Sa voix. Il fallait qu'elle entende sa voix. La tonalité d'attente se fit entendre et la cafetière cracha à nouveau le café qu'elle avait déjà oublié. De l'autre côté des ondes, on décrocha et une voix éraillée marmonna un « Allô » désagréable.
_ Max ! C'est moi !
Le sourire pointait déjà sûrement la bouche de l'interlocuteur qui avait reconnu le timbre cassé de la jeune femme.
_ Alors ma poupée, ça va ?
Il l'appelait ainsi comme un enfant appelait son chat « minou », un surnom affectif qui lui donnait l'impression de posséder cette nomination, de posséder quelque chose, au milieu de ces soucis d'argent leur pompant énergie et bonne humeur.
_ Max, tu n'es pas venu hier soir, déclara la jeune femme, dont la déception se ressentait.
Pourtant, Helena s'était habituée à ce que son petit ami ne se montre pas comme promis le soir. Elle se sentait juste comme poussée à le faire remarquer à chaque fois le lendemain, tel un minuscule espoir qu'un jour il réagisse. Le téléphone toussa quelques brouillement d'ondes et la voix d'homme émergea à nouveau de l'oreillette.
_ Je sais ma poupée, je suis désolé. Tu sais bien qu'en ce moment, je suis sur un coup et faut pas que je le rate. Tu sais, Capone doit pouvoir compter sur moi dans ces cas-là...je peux y arriver…et puis c'est de la super cam' cette fois, tu sais...
_ Comme la dernière ou ton acheteur avait jeté ses deux sachets par terre parce que tu t'étais fais avoir, hein ? rappela Helena, quelque peu amère, tout son enthousiasme s'étant envolé.
L'homme poussa sûrement un petit soupir à l'écoute de la bourrasque crépitant sur la ligne, avant que le calme ne revienne.
_Je te promets que ce soir je viendrais, et on parlera de ce qu'on fera avec cet argent, hein ?
_ Oui, c'est bien, approuva Helena sans y croire, se demandant seulement combien de temps il mettrait avant de raccrocher cette fois.
_ A ce soir alors ? Je t'aime ma poupée tu sais ?
_ Je sa-…commença Helena Avant que la ligne ne coupe.
Il ne manquait plus que ça, le forfait venait de claquer entre ses doigts. D'un bruyant soupir, elle laissa retomber le portable retomber sur la planche du bar sans plus de soins. De toute façon, ce serait vraiment étonnant que cette journée se passe bien, au vu de la manière dont elle avait commencé. « Je t'aime ma poupée tu sais ? »
_ …Non, je ne sais plus Max, tu es tellement lassant…
Max, de son nom entier Maximilien, ne cessait de lui répéter l'aimer, mais cette phrase était devenue comme le symbole d'un attachement plutôt que d'amour au fil des mois, comme le « salut » des fin de conversations que l'on utilise pour montrer qu'on a plus rien a dire… Helena se tourna vers la cafetière qui était à peine remplie pour deux tasses, mais qui lui suffisaient amplement. Elle avait rencontré Maximilien il y a de cela bientôt huit mois.
Elle travaillait comme tous les jours dans la petite boutique de fleurs du centre-ville, quand il était arrivé. D'une taille moyenne, habillé en sportwear tâché et le visage mal rasé, il ne venait pas pour acheter des fleurs mais pour savoir s'il y avait des toilettes dans le magasin. Helena n'avait pas eu ce qu'on appelait le coup de cœur pour ce type à l'allure négligée et au parler des rues, mais il l'avait gratifié d'un petit sourire qui avait suffit à la distraire des bouquets de fleurs minables du comptoir.
La boutique ne faisait pas de recettes énormes au vu de la taille ridicule du local et des fleurs, mais ça lui faisait toujours un peu d'argent dans la poche, bien vite avalé par le loyer de son appartement. La patronne se montrait indulgente face à son niveau d'études ne lui offrant pas la possibilité d'obtenir travail plus valorisant. Helena n'aimait pas ce travail trop rose, trop mignon, trop parfumé, trop ennuyeux… Elle n'aimait pas vraiment les fleurs et les fleurs le lui rendaient bien en s'évertuant à planter leurs épines dans les paumes fines et blanches de la jeune fleuriste. C'est pourquoi quand Maximilien était entré comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, déteignant totalement avec le décor coloré, Helena avait été attiré par ce qui lui ressemblait plus : la spontanéité un petit sourire de temps en temps, non pas ces mimiques affreuses que la patronne lui conseillait de faire pour tenter le vieux patron bouffi à revenir acheter une rose pas trop chère pour sa maîtresse.
La porte du frigo s'ouvrit en un petit couinement de caoutchouc et se referma bien vite. Il était temps d'aller faire des courses. La plaquette de beurre agonisait et le jus d'orange se battait avec le pack de 16 déchiré au fond de la porte. Maximilien ne prenait jamais la dernière canette, histoire d'être sûr d'avoir quelque chose à boire en cas de pénurie. L'alcool et la drogue, voilà ce qui le faisait tenir debout, pensa Helena en avalant d'un trait son café trop serré pour être bon. Helena passa dans la pièce d'à côté, une salle de bain qui contenait difficilement une douche et des toilettes, le lavabo et sa glace fissurée, ainsi qu'un meuble en osier hideux où le peu d'affaires qu'elle avait était entassé. Une boîte en fer était elle aussi fixée sur le mur, marquant la limite entre le plâtre creusé et la mosaïque irrégulière de carrelage mural.
Jetant sa culotte par terre dans le bac à linge sale, elle se glissa sous le jet d'eau presque chaude et en ressorti dix minutes plus tard, les muscles toujours aussi lents à réagir et les cheveux lui dégoulinant sur les omoplates. Il faudra qu'elle se les coiffe un jour, ça lui servirait peut-être à ranimer l'attention de Max, se dit-elle en ouvrant le tiroir d'un meuble en osier et en sortant un pantalon en toile et un pull trop grand.
Les vêtements ne lui allaient pas et elle s'en fichait, ses envies se limitant à une paire de bras autour de ses épaules le soir et un café buvable le matin. Ce qui la faisait bouger le plus souvent, c'était la nourriture qu'il fallait donner à ses pensionnaires. Ce qui lui était vraiment rentable, c'était son trafic de serpents. Encore un plan de Max qui pourtant, avait porté quelques fruits, certes un peu atrophiés mais au goût rafraîchissant pour les fins de mois. Elle secoua doucement la tête pour faire s'évaporer les souvenirs qui remontaient, elle ne voulait pas s'y replonger maintenant.
Séchant ses cheveux, le pull noué autour de la taille, Helena s'observait encore, tâchant de trouver un peu de réconfort dans le double de verre qui se tordait devant ses yeux. Une peau plutôt pâle qui se gonflait par nécessité sur son torse, deux oranges de chair nit trop grosses ni trop petites, juste assez pour tenir dans la main de Maximilian, ce qu'il ne faisait plus ces temps-ci, vu la fréquence de ses retours à la maison. Ses formes étaient loin d'être minces mais elle n'était pas déçue de ça. Pouvoir sentir que les os ne risquaient pas de vous transpercer la peau était plus rassurant que de rentrer dans du 38. Ses yeux bleus éteints étaient bordés par un ruban sombre de cernes et ses lèvres étaient abîmées en leur bordure intérieure par sa sale manie de les mordre dès qu'elle réfléchissait ou qu'elle s'inquiétait. Ses hanches creusées en une courbe agréable lui remontèrent légèrement le moral. Elle passa ses paumes sur son visage pour en tirer les derniers signes de sommeil et se détourna de sa jumelle de verre.
L'une de ses anciennes et unique « amie » lui avait une fois conseillé de venir faire un tour dans les magasins avec elle, pour qu'elle lui trouve une nouvelle garde-robe et qu'elle lui rende « une apparence de fille » avait-elle dit de sa voix nasillarde et haute perchée en faisant secouer ses extensions ratées. Une fille qui depuis s'était effacée sous les sweat, les sorties en bagnole déglinguée et des doses de coke injectée. La jeune femme se demandait encore ce qu'avait bien pu trouver cette bimbo sans cervelle en sa compagnie…sûrement une unique compagnie, les autres groupuscules estudiantines féminines se refusant à côtoyer une telle preuve de vulgarité, remoulée à la silicone du porte monnaie de « papa maman », et perchée sur des talons aussi haut et fins que les guiboles moulées comme le reste du corps dans des tenues vulgaires et flashy, qui donnaient l'impression qu'elle était sous vide tant elles étaient moulantes.
Helena poussa un profond soupir en se rappelant également que cette « amie » l'avait laissée tomber lorsqu'elle lui avait dit à que son copain n'était qu'un mec friqué et au carnet d'adresse rempli de plans cul soi-disant « contacts au travail ». La fausse blonde platine était alors partie voir ailleurs, trouver quelqu'un à qui elle pourrait de nouveau raconter ses sorties aux dépenses faramineuses et ses derniers achats à la « pointe de la nouvelle mode » américaine.
Une fois ses cheveux secs et attachés, Helena passa ses mains sur ses bras pour en éviter la chair de poule suite à la chaleur de la douche. Elle remarqua comme d'habitude les minuscules boursouflures au creux de ses bras. Seule une personne côtoyant le milieu des drogues pouvait savoir que c'était parfois le risque de se retrouver avec ces boules sous la peau quand on ratait la veine… Les marques de ses débuts, Helena aurait voulu les oublier. Cet enfer si doux dans lequel elle s'envoyait régulièrement, après chaque rentrée d'argent. Elle se brossa les dents et retourna dans le salon pour enfiler un débardeur avant de détacher le pull de ses hanches et de le passer. Max l'avait entraînée dans cette spirale infernale et par naïveté et besoin d'échappatoire, elle l'avait suivit.
_ Ma seconde erreur avec toi, murmura-t-elle en passant la tête dans le trou du haut. La première étant de t'avoir suivit.
Helena ne savait plus ce qu'elle ressentait. Maximilien l'avait peu à peu approchée en venant parfois à la boutique, puis il l'avait invité à sortir et lui avait fait le coup de la panne en plein milieu du chemin. Elle avait deviné ce qui allait arriver et s'en fichait, la seule chose qui l'intéressait à ce moment était qu'on s'occupe d'elle, même si cela revenait à se faire prendre dans une voiture pourrie sur une route paumée en pleine soirée. Après ça, elle avait accepté qu'il passe à la maison et qu'ils s' « installent » ensemble.
Les guillemets avaient étés prononcés par sa petite voix intérieure car le soit disant dealer important qu'il se croyait être, ne l'aidait quand même pas à se loger, et dormait chez un ami, un gars « de son réseau » comme il aimait à le dire. Pourtant, malgré ce côté paumé et sans avenir, Maximilien avait fait l'effort de s'intéresser à elle, de lui parler comme elle voulait qu'on lui parle… Il lui avait dit des mots doux, l'avait serré dans ses bras si elle le lui demandait. Une fois, il avait même essayé de l'emmener au restaurant, sortie finalement plombée lorsqu'il s'était rendu compte qu'il n'avait pas assez pour payer et qu'elle avait du utiliser son argent du mois pour faire l'appoint. Un homme fauché et drogué avec un sourire valait mieux que sa pauvre solitude à ses yeux.
La paire de basket chaussée et la veste enfilée, Helena prit son portable qu'elle fourra dans sa poche, son porte-monnaie et ses clefs qu'elle glissa dans la serrure usée et descendit les marches quatre à quatre, hâtive de passer ces cages d'escaliers froides de courants d'air et puant les produits d'entretien bon marché.
_ Il faudra que je songe à changer les fleurs, marmonna-t-elle en passant devant le bouquet à l'entrée fané depuis quelques jours.
Elle ouvrit la porte et un bain de soleil l'accueillit sur les marches craquelées. Un sourire naquit sur ses lèvres quand elle sentit l'air vicié de ses poumons se renouveler, l'odeur du bitume défoncé la rassurant étrangement. Elle laissa la porte claquer et elle descendit le perron, les mains dans les poches, laissant son cerveau se réveiller au bruit des voitures passant dans la rue peu fréquentée. L'été ici, il étincelait sur les vitres des immeubles, faisait dorer les épidermes comme du pain au four, donnait un espoir aux vieux du quartier de vivre un peu plus longtemps et faisait pulser la musique dans les enceintes des voitures et dans les écouteurs de la ville. Mais on sentait toujours cette odeur de poubelles abandonnées au fond des ruelles, et les pots d'échappements pétaradant. Helena s'en fichait.
D'un pas régulier, elle avançait le long du trottoir et se dirigeait vers le centre ville, le seul endroit où se trouvaient les quelques enseignes alimentaire, aux enseignes néons agressant les yeux et aux volets grinçant quand ils descendaient le soir. Une chanson monta de sa mémoire à ses pensées, et elle se mit à la fredonner du bout des lèvres.
_ Bon, j'achète ce que je peux et puis je passerais voir Lawrence, histoire de lui prouver que je suis toujours de ce monde, se dit-elle à elle-même, un moyen pour elle de se motiver.
Elle tourna son regard vers le ciel qui se refléta dans les pupilles de même couleur, comme un petit coucou à un ami. Helena respira encore une fois cette journée allait être comme les autres.
Voilà ! Un début de fic' qui sera dans une description plutôt lente, histoire de planter un peu mon style de rédaction et me laisser le temps de tracer le fil conducteur ! Je vous remercie encore de votre lecture. Un petit avis de votre part, des remarques ou questions ? Je suis toute ouïe ! Aucun message laissé de côté !
P.S : merci à Larmes-Noire pour sa relecture et son petit avis sur le chapitre ;)
