Yep! Vraiment désolée pour le retard, blablabla, vlà votre dose (quasi) mensuelle de drogue!
Le monde de One Piece et ses personnages, n'appartiennent qu'à Oda seul. Le reste, c'est sortit tout droit de ma caboche!
Enjoyez votre lecturage avec un paquet de pop-corn, et un bon verre de diabolo banane!
Chap. 3 : Premiers flirts avec le démon
L'ambiance était plutôt agréable en ce début de soirée. Au sein du petit bar de quartier, ouvriers et autres prolétaires, fourbus par leur journée harassante, profitaient d'un court instant de répit. Certains bavardaient joyeusement autour d'une table, un verre de bière à portée de main, tout en jouant aux cartes. D'autres sirotaient silencieusement un cocktail maison au comptoir, perdus dans leurs pensées. Un groupe cependant dérogeait à la règle, et menaçait la quiétude de l'établissement. Une dizaine d'hommes se tenaient à une table à l'écart et échangeaient des propos pour le moins douteux à voix basses, cherchant à ne pas être entendu.
L'un d'eux leva la main et fit un vague signe à la serveuse. La jeune femme à la chevelure blonde s'approcha de la table, provoquant un brusque silence parmi le groupe d'hommes. Intimidée par ce mutisme, elle prit la commande et s'éloigna d'un pas rapide de la troupe de cachottiers. Les concernés la suivirent du regard un court instant, avant de reprendre là où ils en étaient. Un homme en particulier, semblait mener la discussion. Ses yeux étaient soulignés de larges cernes, il portait un bandeau noir sur le front et était vêtu d'un pantalon et d'une veste grisâtre. Ces hommes faisaient tous partie de la même catégorie de la population, ceux que les autres citoyens dénigraient. Ceux que le gouvernement cherchait absolument à contrôler pour éviter « tout débordement ». Ceux à qui tout le monde avait tourné le dos. Ils étaient chômeurs, sans-abris ou criminels recherchés, et souvent les trois à la fois. Craints comme la peste, peu de personnes cherchaient à les côtoyer, ce qui pouvait être compréhensible. Ces malfrats faisaient partie d'un des gangs les plus importants de la ville après tout..
Mais ce jour-là, leur attitude habituellement assurée avait été balayée par la peur. Ils étaient tendus et méfiants, agissant comme s'ils avaient toute une armée à leurs trousses
- Je vous dis c'que j'pense, chuchota avec insistance l'homme aux yeux fatigués, il s'est fait liquidé!
- T'es sûr de ça, Gin? Rétorqua avec méfiance un chauve aux habits élimés, qu'est-ce qu'il aurait fait pour se faire descendre ?
- C'est vrai, ça ! Surenchérit un type aux cheveux longs et gras, t'y vas un peu fort quand même !
Le concerné, agacé de voir sa parole remise en cause, frappa du poing sur la table, et regarda avec fureur son auditoire.
- Vous vouliez savoir ce qui est arrivé à Koh non? Et maintenant quoi, vous me soupçonnez?! S'exclama-t-il d'une voix furieuse, vous cherchez vraiment à mourir?! Dites tout de suite que j'suis un traître!
Intimidés par la réaction enflammée de l'homme, les autres marmonnèrent de vagues excuses, dans l'espoir d'apaiser ainsi sa colère.
- T'énerves pas, mec... Fit un autre, t'es le dernier à l'avoir vu ! Donc forcément on se pose des questions...
- Il m'a appelé ce matin, il voulait que je vienne le chercher le plus vite possible avec ma bécane ! Rétorqua Gin en lui lançant un regard effrayant. Et vu sa voix, il devait être dans une merde noire !
- En même temps, commenta un homme dont les bras étaient couverts de tatouages, Koh s'met toujours dans la merde. Il pose trop de questions, et il est trop curieux...
Le reste de la bande approuva immédiatement les dires du tatoué, chacun y ajoutant son petit commentaire.
- Il tient jamais en place...
- Il en fait trop parfois. Il paraît qu'un jour...
-...même qu'une fois il a OSÉ insulter un sans-visage...
-... il va finir par avoir des ennuis... Si ce n'est pas déjà fait ...
La conversation commençait à virer en un brouhaha diffus, quand la serveuse revint avec les consommations. Á nouveau, la discussion s'interrompit brutalement, et quelques uns regardèrent la blonde d'un airirrité. Les femmes avaient le don d'arriver toujours au mauvais moment... Ils ne dirent cependant rien le temps qu'elle posait les verres devant eux, et lorsqu'elle eut finit, ils attendirent qu'elle soit à une distance suffisante de la table avant de reprendre le débat.
- Bref, fit le tatoué, ce type l'a bien cherché !
- Et personne ne sait vraiment ce qu'il lui est arrivé ? Demanda le plus jeune d'entre eux.
- Fermez-la, tous autant que vous êtes ! S'impatienta Gin.
Après quelques grommellements mécontents de la part des concernés, les malfrats finirent par se taire, prétextant une occasion de boire leurs consommations pour le laisser continuer.
- Koh était dans la merde, révéla le meneur d'un ton sombre, du coup il m'a appelé chez moi pour que j'aille le chercher...
- Et il pouvait pas se démerder seul ? L'interrompit un gros bonhomme en tablier blanc maculé d'étranges tâches brunâtres.
- APPAREMMENT PAS. Répliqua le narrateur en foudroyant son voisin obèse du regard, dont les interruptions successives l'énervaient, DONC, il m'a donné ses coordonnées grâce à son Denden-muchi à connexion satellite -son DMS quoi- et je suis allé là-bas le plus rapidement possible. Sauf qu'arrivé sur place, je ne l'ai jamais trouvé. Il n'y avait rien mis à part une baraque récemment dévastée par un incendie. J'ai essayé de le joindre plusieurs fois sur son DMS, mais aucune réponse.
Il y eut un temps de silence durant lequel chacun des hommes se lancèrent des regards inquiets. Malgré le débat chaotique et l'histoire floue de Gin, tout le monde l'avait compris. Cela faisait un disparu de plus... Et un curieux de moins. L'un d'eux, un petit barbu à lunettes, semblait plus secoué que les autres :
- Mais qu'est-ce qu'y s'passe bordel ?! Ça va faire le cinquième en deux mois ! Qui ça sera le prochain, hein ? Si ça s'trouve, ça sera toi, ajouta-t-il en pointant le tatoué. Ou toi, continua-t-il en montrant un autre de ses camarades, ou même moi ! ON VA TOUS Y PASSER !
A ces mots, il se leva d'un bond de sa chaise et prit Gin par le col de sa chemise crasseuse.
- Si ça s'trouve, toi aussi t'es l'un des leurs. Hein, Gin ?! T'en as marre de jouer le bras droit, tu veux prendre la place du Don ?! Tu nous as tous trahis, et tu vas nous vendre à ta bande de tueurs !
La fureur s'empara du second du dénommé « Don », et il se dégagea brutalement de l'emprise son opposant.
- Comment OSES-TU sous-entendre que je veuille trahir le Don?! S'exclama-t-il en le fixant avec rage, amènes-toi, on verra bien qui de nous deux a raison !
Voyant que la situation tournait au vinaigre, le tatoué et quelques autres se levèrent eux aussi pour essayer de les séparer. Mais le binoclard semblait pris d'une rage folle, et personne n'arrivait à le contrôler. Pire, certains hommes de la bande commençaient à approuver ses dires. Plusieurs se levèrent pour aider le fou furieux à éradiquer le « collabo ». L'homme aux yeux cernés, qui venait d'envoyer son adversaire à terre grâce à un coup de poing bien placé, se retrouva vite submergé par de nouveaux ennemis. Alors qu'il évitait le crochet d'un gars ayant la carrure d'une armoire à glace, un autre lui donna un violent coup de pied dans le tibia. Gin, déséquilibré par l'attaque, et aveuglé par la douleur, ne put éviter le retour du poing de son premier adversaire, et fut brutalement projeté au sol. Immédiatement, deux autres hommes commencèrent à le rouer de coups de pieds.
Alors que la bagarre virait au massacre, une chaussure vola d'un coin de la pièce et atterrit directement sur le crâne d'un des voyous, qui s'effondra sur le sol, assommé sur le coup. Les autres hommes se détournèrent de la bataille pour regarder autour d'eux. Tous les clients du bar les regardaient avec crainte ou agacement, et d'autres avaient même quitté les lieux dans un mouvement de panique. De son côté, la serveuse serrait son plateau contre sa poitrine, tel un bouclier censé la protéger de potentiels projectiles. Mais celui qui attirait toute l'attention des bagarreurs se tenait fièrement devant eux. Son regard froid et déterminé aurait suffit à faire décamper n'importe quel malfrat. Il portait une paire d'ailes immaculées dans le dos, et n'avait plus qu'une seule chaussure aux pieds...
- Hé, les mecs... Commença-t-il en allumant une cigarette coincé entre ses lèvres, j'croyais avoir été assez clair au sujet des bagarres dans mon bar. Vous dérangez les ladies...
Pour appuyer ses dires, il s'avança de quelques pas et posa brusquement son pied déchaussé sur la table, le visage tordu d'un sourire terrifiant.
- Ou bien peut-être avez-vous besoin que je vous rafraîchisse la mémoire ? Ajouta-t-il en les regardant à tour de rôle.
Il y eut un instant de flottement durant lequel tous les lascars considéraient avec frayeur le patron du bar, cherchant à savoir s'il leur laisserait le temps de fuir avant de se prendre un coup de tatanes. Puis, comme obéissant à un signal qu'eux seuls pouvaient entendre, tous se précipitèrent vers la porte de sortie. Tous, sauf deux : le binoclard assommé, que l'on avait « oublié », et le prétendu traître, qui prenait appui sur une chaise pour se relever.
Tandis que le dernier bandit passait le pas de la porte, le reste des clients applaudirent leur héros. Sanji ignora totalement l'ovation, se contentant de réveiller l'idiot toujours dans les pommes pour le mettre « gentiment » à la porte à l'aide d'un coup de pompes dans le derrière. Sa chaussure de nouveau au pied, il se tourna vers Gin qui essuyait ses lèvres sanglantes d'un revers de la main. Le visage impassible, le barman s'approcha de lui pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille. Redressant la tête, l'air sceptique, Gin lui fit cependant signe qu'il avait comprit, et se dirigea vers la porte située au fond de la salle, juste sous l'escalier. Sanji prit le temps de prévenir la jeune serveuse qu'il s'absentait quelques minutes, avant de le rejoindre.
Après avoir verrouillé la porte derrière lui, le blond se tourna vers Gin, qui se tenait à quelques pas de lui. La salle dans laquelle ils se trouvaient se révélait être officiellement la réserve, mais Sanji s'en servait aussi pour d'autres activités moins officielles telle que la récolte d'informations auprès « d'habitués ». Gin en faisait partie.
- J'aurais pu me débrouiller tout seul... Grommela l'homme aux yeux fatigués.
- C'est ça... Rétorqua Sanji en soufflant une bouffée de fumée de cigarette, en ruinant mon bar et après avoir fait fuir la clientèle ? Non merci.
Haussant les épaules, l'homme au bandeau noir s'assit derrière l'unique table de la pièce et regarda le barman d'un air ennuyé.
- Bon, tu me veux quoi ?
- Quel enthousiasme. Fit remarquer Sanji en arquant son sourcil visible, toi qui d'habitude est si empressé de me parler seul à seul.
- J'ai bien compris que tu n'attends pas les mêmes choses que moi... Se contenta de répondre l'homme en détournant le regard avec aigreur.
Un silence tendu s'ensuivit, et Sanji dû se retenir de pousser un soupir exaspéré. Cela faisait un petit moment déjà que Gin lui courrait après, et que l'ange le repoussait plus ou moins gentiment selon les situations. Le bandit ne faisait pas de « déclarations » officielles, il préférait utiliser des moyens plus... Directs. La conversation n'allant pas dans le sens qu'il le voulait, l'ange se dirigea vers un coin de la pièce et sortit d'une étagère une bouteille d'un très bon alcool.
- Un rhum de 20 ans d'âge, très bonne cuvée, ça te dis ? Lui demanda-t-il en lui présentant la bouteille, affichant l'air le plus innocent du monde.
-... Pourquoi pas... Fini par répondre l'autre, tentant difficilement de réprimer un rictus amusé.
Sanji se détourna de lui pour se diriger vers un autre meuble, se félicitant d'avoir à nouveau réussi à éviter une discussion des plus gênantes. Il se demandait malgré tout combien de temps ce petit manège allait durer. Certes, il aurait pu renvoyer balader une bonne fois pour toute ce séducteur collant, mais Gin lui était utile pour récupérer de précieuses infos. Après tout, il faisait partie de la pègre, et ces gens-là savaient beaucoup de choses intéressantes. Surtout ce soir-là, apparemment.
Tandis qu'il récupérait deux verres, l'ange prit soin d'inspecter du coin de l'œil son hôte. Son visage était parsemé de coupures et d'hématomes, suite à l'altercation avec ses camarades, et son regard demeurait sombre. Mais Sanji se doutait que cette tête d'enterrement n'était en rien causé par la bagarre. Les pupilles brunes du bandit reflétaient le tourment qui l'habitait. Quelque chose de grave avait dû se produire. D'après ce que le blond avait réussi à entendre depuis son comptoir, Gin semblait persuadé que son ami était perdu. L'énonciation d'une « baraque récemment ravagée par un incendie » lui avait aussi mis la puce à l'oreille. Se pouvait-il que le bras-droit du Don se soit approché de l'ancienne planque de la tête d'algue ? Alors qu'il cogitait ces pensées, le blond prit une seconde bouteille. Il semblerait qu'il allait en avoir besoin.
Posant les breuvages et les verres sur la table, il s'assit face à son client et le servit aussitôt. Ce dernier le vida d'un trait, sans même attendre que Sanji l'y invite. Le barman versa de nouveau l'alcool dans le récipient vide, que Gin porta encore à ses lèvres et bu plus lentement cette fois-ci. Après avoir vidé son second verre, il le reposa brutalement sur la table en expirant bruyamment. Sanji retint un sourire satisfait en voyant le regard de son informateur se voiler légèrement. L'alcool avait la particularité avantageuse de calmer les nerfs et de délier les langues.
- Maintenant, dit-il d'un ton neutre, dis-moi tout. Pourquoi tes « camarades » sont aussi nerveux ?
- J'sais pas si j'peux « tout » te dire... Grommela Gin en gardant les yeux baissés sur le verre qu'il avait encore entre les mains, cette histoire m'a déjà attiré pas mal d'emmerdes...
Face à la réticence de l'homme, Sanji lui versa un troisième verre.
- Pour tous les ennuis que tu t'es déjà attiré, commenta-t-il en rebouchant la bouteille diminuée de moitié, un de plus ou de moins ne te changera pas la donne...
- Détrompe-toi. Rétorqua l'autre sans toucher à son verre.
Le ton accablé du voyou interpella immédiatement le blond. D'habitude, Gin refusait rarement de lui dévoiler des informations, même les plus confidentielles. Puis Sanji remarqua que les mains de son hôte tremblaient autour de son verre, et que ses yeux bruns fixaient le vide. A présent très intrigué, le barman tenta de lui faire reprendre ses esprits. Il lui prit fermement le bras et le força à le regarder dans les yeux.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? C'est quand tu as voulu aller chercher ce Koh, hein ? Qu'as-tu vu ? L'interrogea l'ange.
Mais Gin secoua frénétiquement la tête, et Sanji sentit la panique s'emparer progressivement de l'homme en face de lui.
- Je ne peux pas... Je n'ai pas le droit, Don Krieg m'a interdit d'en parler, pour ne pas effrayer les autres ! S'exclama-t-il en détournant la tête pour ne pas voir ces saphirs qui le faisaient frissonner, et puis, c'est à cause de ça que Koh est...
Sa voix se brisa, et il pinça les lèvres, comme s'il ne pouvait se résoudre à prononcer le sort funeste de son camarade. Face à l'attitude du brigand, qui était d'ordinaire imperturbable, l'ange comprit qu'il avait ferré un gros poisson. Peut-être même un peu trop gros pour eux. Il fallait absolument qu'il sache ce qui se tramait dans les rues de la ville. Sinon, ils risqueraient de se faire surprendre sans avoir l'occasion de réagir...
- Il était pourchassé, il avait besoin d'aide, continua le brun comme s'il cherchait à justifier son silence, il avait vu un truc qu'il fallait pas. C'est pour ça que si je parle, il va m'arriver la même chose, et-
- Gin, l'interrompit Sanji en accentuant légèrement la pression sur son bras, raconte-moi... s'il te plaît.
La supplique de l'ange, qui était d'ordinaire si fier, surprit le voyou. Il tourna la tête inconsciemment vers lui pour le regarder. Ses yeux noisettes croisèrent les pupilles bleutées de son interlocuteur, et Gin ne parvint plus à fuir ce regard. De son côté, le barman sentait la honte et un profond dégoût envers lui-même l'envahir. Il détestait utiliser ses atouts angéliques sur les humains, mais le bandit ne lui avait pas laissé le choix. Il fallait qu'il sache, c'était peut-être vital...
- J'ai vraiment besoin de savoir. Ajouta le blond d'un air un peu plus ferme en reprenant son comportement habituel.
Gin ferma étroitement les paupières et serra les mâchoires, en plein conflit interne. Le tremblement de ses mains se fit plus fort, faisant déborder légèrement la boisson du verre qu'il tenait toujours entre ses paumes. Sanji ne dit rien, attendant que l'homme se décide à cracher le morceau. Après quelques instants, le brun finit par ouvrir la bouche, mais garda les yeux clôt, comme s'il craignait de revoir la scène.
- Qu... Quand je suis venu chercher Koh. Chuchota-t-il, il n'était pas là... Mais... Mais à la place... C'était... Il y avait... « Eux »...
- Qui étaient-ils ? L'encouragea Sanji à voix basse.
Mais Gin rentra sa tête dans ses épaules et la secoua follement de gauche à droite. Ses mains étaient crispées à son verre, menaçant de le briser, et de la sueur coulait de son front.
- J'sais pas. Murmura-t-il d'une voix de plus en plus faible et tremblante, j'sais pas... j'sais plus...
La respiration saccadée, comme si le simple fait de se rappeler lui coûtait un effort intense, l'homme mit quelques secondes avant de poursuivre.
- C... C'était pas humain... Pas humain...
Au fur et à mesure que les images lui revenaient en tête, son débit de parole se faisait plus rapide tandis que les mots se bousculaient au seuil de ses lèvres. Il déglutit, avant de reprendre, toujours à voix basse.
- Jamais vu ça... Comme des bêtes... Mais sans poils, ni peau... C'était... Comme s'ils étaient fait de liquide... De l'eau noire... Qui gouttait tout autour d'eux... Et qui avait une forme... Avec des bras, et des jambes... Et une... Sorte de tête... Et ces yeux... Jaunes, brillants. De grands yeux de monstres...
Gin ouvrit les paupières et regarda Sanji d'un air angoissé, cherchant quelque chose de réel à quoi s'accrocher pour ne pas sombrer dans la folie.
- Ils étaient partout, tout autour de cette maison. Et soudain, un tir de laser venu du ciel a défoncé la porte, puis ils sont tous rentrés à l'intérieur, comme des bêtes affamés. Il y a eut des cris, des hurlements, des détonations, des couinements inhumains... Des sans-visages ont rejoint celui qui avait tiré sur la porte, et ont lévité autour de la bâtisse sans intervenir. Comme s'ils regardaient un spectacle. Et puis il y a eu une énorme explosion, et tout à commencé à cramer. Et... Encore des cris... Encore des glapissements bizarres... Et puis soudain plus rien. Juste le craquement du feu... Des bêtes sont ressorties... Il y en avait moins qu'au début, mais elles étaient encore nombreuses... Elles se sont toutes regroupées...
Des larmes de terreur commencèrent à couler de ses yeux, tandis que son regard semblait de nouveau perdu dans le vide. Il n'y avait presque plus rien dans son verre tant il tremblait, et Sanji sentait son propre bras s'engourdir, sa main toujours sur l'avant-bras du bandit.
- Et puis soudain, je sais pas, elles ont dû me voir, ou m'entendre. Elles ont toutes dirigé leurs... Têtes... Vers moi. Et... Je me suis enfui. J'ai couru aussi vite que j'ai pu. Je les entendais couiner et pousser des gémissements derrière moi. J'ai cru que j'allais me faire bouffer...
Il baissa la tête et il se mit à pleurer toutes les larmes de son corps, les épaules secouées par des tremblements de peur.
- J'suis un lâche... Parvint-il à articuler entre deux sanglots, Koh... jl'ai abandonné...
Comprenant qu'il ne tirerait plus rien de lui, Sanji poussa un soupir et relâcha le bras de l'homme pour s'allumer une cigarette. Après avoir soufflé une bouffée de fumée, il attendit patiemment que Gin se calme.
- Ne te blâme pas. Finit-il par dire d'une voix sombre, il était sûrement déjà trop tard pour lui. Plus important, ajouta-t-il, tu as parlé de sans-visage... Est-ce qu'ils « commandaient » ces bestioles?
L'homme fixa son interlocuteur avec stupeur. Sa réaction fut telle qu'il en oublia son effroi, et qu'il retrouva presque entièrement son comportement habituel. Celui du bras-droit de l'un des hommes les plus puissants de la ville. C'était comme si le fait d'avoir évoquer les sans-visage l'avait sortit de sa folie. Son visage se fit sinistre, et il fixa le barman avec méfiance.
- Je vois que t'es toujours au courant de tout. Marmonna-t-il d'un ton sombre, on peut vraiment rien te cacher...
- J'ai seulement de bons informateurs, répliqua Sanji. Mais j'ai besoin de savoir la vérité. Ces choses... Elles obéissaient vraiment aux types de la FNAR ?
Gin serra les dents avant de hocher silencieusement la tête, bouillonnant de colère. Face à cette réponse affirmative, l'ange se redressa lentement et se détourna de lui en faisant rouler nerveusement sa cigarette entre ses lèvres. Le marimo avait raison. La FNAR était bien derrière tout ça. Ce qui voulait dire que le gouvernement avait bien plus de pouvoir qu'il ne le laissait entrevoir...
C'est vraiment la merde... Il faut qu'on revoit notre plan, sinon on court au massacre...
Tandis que Sanji était perdu dans ses pensées, Gin reprit d'une voix menaçante.
- Le Don m'avait fait promettre d'en parler à personne, même pas à nos hommes ! J'ai dû leur mentir pour les protéger ! Si jamais ça s'ébruite, toute la bande risque d'être détruite !
- Motus et bouche cousue... Promis distraitement le blond sans lui accorder plus d'attention.
Je dois prévenir les autres! Ah, mais avec les deux abrutis là-haut, ça risque d'être plus compliqué. Il ne faut pas que la tête d'algue...
Il se figea brusquement, sentant une présence derrière lui. Il se retourna vivement et se retrouva nez-à-nez avec le brun. Ses yeux brillaient d'un violent appétit, décontenançant momentanément l'ange, avant qu'il ne remarque que la deuxième bouteille venait d'être entamée. Gin avait dû boire à la bouteille quand il avait eut le dos tourné. L'ange retint un juron, il avait peut-être un peu trop forcé sur la dose. L'alcool avait la fâcheuse tendance à rendre les gens un peu trop audacieux...
- Cette fois-ci, murmura Gin d'une voix suave, une simple parole d'honneur ne suffira pas...
Son haleine était particulièrement chargée, faisant froncer le nez du barman. Mais il ne se laissa pas déstabiliser pour autant, et l'avisa d'un regard froid.
- Quoi, tu veux du fric maintenant ? Désolé, j'crois que j'suis un peu rac' ce mois-ci...
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. L'homme saoul venait de l'empoigner par le col de sa chemise. Il se tourna à demi et fit passer le barman par-dessus son épaule pour le faire basculer sur la table. Surpris par la vivacité inhabituelle de l'homme, Sanji n'eut même pas le réflexe de parer l'assaut. Son dos percuta violemment le meuble, lui coupant le souffle. Profitant de la confusion, le malfrat grimpa sur l'ange et plaqua sa victime au niveau des épaules de telle sorte qu'aucune échappatoire ne soit possible. Malgré ses joues rosies par l'alcool, son regard était perçant. Il semblait on ne peut plus sérieux, pour un mec ivre mort...
- Te fous pas de ma gueule ! Gronda-t-il. Tu sais très bien de quoi j'veux parler...
Pour appuyer ses dires, il avança sa jambe droite entre les cuisses de l'ange blond. Ce dernier sentit sa patience arriver à terme, mais décida de laisser une dernière chance à son agresseur. Après tout, il était en partie responsable de cet accès de folie. C'était lui qui l'avait convoqué dans cette salle pour l'enivrer...
- T'es bourré, Gin. Répliqua-t-il en soufflant une bouffée de fumée au visage de l'homme, qui toussota légèrement, tu sais plus c'que tu dis. Tu ferais mieux de rentrer chez toi maintenant...
L'autre, qui était en train de s'essuyer les yeux irrités par la fumée de cigarette, s'arrêta dans son geste et regarda avec colère le blond.
-Tu vas voir si j'sais pas c'que j'fais !
Il écarta d'un revers de la main le bâtonnet de nicotine qui s'écrasa au sol, et agrippa le blond à la gorge. Tout en le forçant à garder la tête droite, il s'apprêtait à embrasser l'ange captif lorsqu'il reçu un formidable coup de pied dans l'entrejambe. La douleur le stoppa net dans son geste, et Sanji profita de cet instant pour replier ses jambes sur elles-mêmes avant de les utiliser pour projeter violemment son agresseur en arrière. Ce dernier traversa la pièce toute entière avant de rencontrer brutalement le mur d'en face, faisant s'écrouler dans un vacarme assourdissant toute une étagère de bouteilles d'eau-de-vie. Reprenant lentement ses esprits, affalé contre la paroi au beau milieu des débris de verre, le soûlard entendit des bruits de pas s'approcher de lui. Il releva la tête pour fixer le barman qui le toisait du regard.
- C'est bon, t'es calmé ?
Le bandit regarda avec stupeur l'ange, avant de rire doucement en fixant le sol d'un air gêné.
- O...Ouais... Lâcha t-il simplement.
Il entendit un bruissement de vêtement et redressa rapidement la tête, s'attendant à recevoir un nouveau coup. Mais tout ce qu'il vit fut une main tendue, et un sourire complice du blond. Déstabilisé, il accepta cependant son aide.
- Disons que comme ça on est quitte. Ajouta Sanji tandis qu'il relevait l'homme.
Ce dernier allait répondre, lorsque la porte s'ouvrit lentement derrière eux. Surpris, Sanji se retourna, et reconnu immédiatement sa jeune serveuse. Celle-ci se tenait craintivement dans l'embrasure de la porte, avec seulement la moitié supérieure de son corps à découvert, le reste étant dissimulé par la cloison du mur. On aurait dit une petite fille qui se serait levé en plein milieu de la nuit, sans oser pénétrer dans la chambre de ses parents, pour leur dire qu'elle venait de faire un cauchemar.
- S... Sanji-san ? Demanda-t-elle d'une voix fluette, tout... va bien ?
- Mais bien sûr, Conis-chan, s'exclama le concerné d'un ton joyeux. Tout va pour le mieux !
Pas tout à fait convaincue, la jeune femme avança un peu plus la tête pour regarder en direction de l'homme à terre. Réalisant alors que son client était toujours à moitié dans les choux, Sanji le releva précipitamment tout en adressant un sourire rassurant à sa collègue.
- Notre ami a juste un peu trop bu, s'expliqua t-il, veux-tu le raccompagner jusqu'à la sortie pendant que je nettoie ses bêtises ?
Un peu hésitante, Conis acquiesça tout de même et s'approcha du bandit. Timidement, comme si elle avait affaire à un animal sauvage, elle posa une main sur son épaule et le guida doucement jusqu''à la porte de la pièce. Trop sonné (ou trop éméché) pour réagir, il se laissa mener docilement. Cette attitude fut cependant de courte durée, car au moment où il passait la porte de la petite pièce, il s'immobilisa subitement. Conis s'arrêta elle aussi pour lui jeter un coup d'œil interrogateur. Sa patience ayant largement atteint ses limites, Sanji allait intervenir de manière plus radicale lorsqu'il réalisa que Gin venait de lever la tête vers le plafond, juste au-dessus de la salle secrète. Le regard du brun, d'abord vitreux, se changea rapidement en une expression agressive. Il avait l'air d'un chien tentant de maintenir à distance un individu indésirable hors de son territoire. Intrigué, Sanji sortit à son tour de la réserve et se tourna dans la direction que fixait l'homme. Le blond sentit son cœur rater un battement lorsqu'il réalisa, un peu tard, que juste au-dessus d'eux se trouvait l'escalier menant au balcon. A quelques mètres en hauteur, debout devant la rambarde, Zoro les regardait sans bouger. L'absence d'éclairage au niveau supérieur rendait la visibilité difficile, et Sanji était incapable de discerner ses traits à cette distance. Quand bien même, le blond craignait que le fugitif se fasse repérer par les clients.
Merde ! Je lui avais dit de se tenir tranquille !
A côté de lui, l'ange sentit son informateur se tendre légèrement, comme s'il se préparait à attaquer. Détournant son attention du shinigami, le barman empoigna le malfrat par la peau du cou pour le forcer à avancer et l'empêcher de faire une énorme connerie. Tandis qu'il progressait vers la sortie, il en profita pour lancer un coup d'œil par-dessus son épaule. En haut de l'escalier se tenait toujours Zoro, raide comme un piquet. Son expression demeurait indéchiffrable. L'ange lui adressa un regard assassin et fit un signe de tête frénétique pour lui ordonner de retourner dans la chambre. L'autre le fixa un court instant sans rien dire, avant de se détourner pour disparaître dans le couloir. Retenant un soupir de soulagement, Sanji se concentra sur son client qui commençait à se débattre, et finit par réussir à atteindre la porte d'entrée.
Une fois à l'extérieur, le barman relâcha enfin son indic', qui se retourna aussitôt, l'air visiblement en colère.
- Que fais-tu avec ce type ?! Demanda-t-il d'un ton méfiant.
- Relax, c'est qu'un client. Répondit le blond du tac-au-tac.
- Depuis quand Roronoa Zoro est un « client » ?! Ce mec fait partie de la bande des shinigamis ! Et un des pires en plus !
Sanji ne répondit pas, se rallumant simplement une nouvelle cigarette. Son vis-à-vis ne se laissa pas démonter pour autant.
- J'arrive pas à croire qu'il soit dans un endroit pareil. Dit-il d'un air songeur, avant de rajouter avec méfiance, ne me dis pas que... tu héberges ces racailles chez toi ?
Sanji ne s'attendait pas à ce que Gin en sache autant sur Zoro et ses « camarades ». Il ne laissa cependant rien paraître, bien qu'il sente le stress monter progressivement en lui.
- Tu dois sûrement te planter, rétorqua l'ange en tentant de garder son calme, c'est juste un pauvre mec que j'ai ramassé dans la rue...
- Ne te fiches pas de moi.
Gin n'était pas dupe. Il s'apprêtait à ajouter autre chose, lorsqu'une seule et unique note se mit à résonner dans toute la ville. C'était le signal du couvre-feu, qui était déclenché depuis la plus haute tour du quartier général du gouvernement. L'homme et l'ange remarquèrent seulement à ce moment-là que la nuit avait commencé à tomber. Ne souhaitant pas se faire arrêter par les autorités de la ville, qui se faisaient plus nombreuses à l'heure du crépuscule, le voyou décida d'écourter son interrogatoire à une seule question.
- Ce gars, demanda-t-il avec hâte, y a quelque chose entre vous deux?
Cette fois-ci, le blond ne réussit pas à garder une expression insondable, et manqua de s'étouffer avec sa cigarette.
- Que... T'es malade ?! Se défendit-il maladroitement.
Aussitôt, Sanji regretta sa réaction impulsive. Après tout, l'homme aurait pu parler d'une collaboration purement professionnelle. Ça ne sous-entendait pas forcément un tout autre genre de relations. Mais Gin ne parut pas prêter attention à cette maladresse, et fut visiblement soulagé. Le brun esquissa un léger sourire rassuré avant de se détourner de lui.
- Très bien, c'est tout ce que j'voulais savoir .
Il fit quelques pas, puis s'arrêta et se retourna à demi, l'air brusquement très sérieux.
- Fais attention à toi, Sanji-san. Dit-il d'une voix sombre. La ville n'est plus sûre depuis quelques temps. Et surtout...
Le visage du bandit se tendit imperceptiblement, mais Sanji perçut la haine dans ses yeux.
- Surtout prends garde à Roronoa. Poursuivit-t-il d'un air profondément sérieux, ce type est dangereux. Et pas humain...
- Je sais.
Le voyou lui lança un dernier regard hésitant, comme s'il voulait ajouter quelque chose, mais se ravisa. Il se détourna de lui, et disparu progressivement dans l'ombre des immeubles. Sanji resta quelques minutes dehors, appuyé contre le mur de son bar à regarder les clients quitter un à un l'établissement, plongé dans ses pensées. Chacun se dépêchait pour éviter de croiser une patrouille, car le couvre-feu n'était pas une chose à prendre à la légère. Mais le barman prenait le temps de finir sa cigarette, regardant le ciel sombre dénué d'étoiles. La question de Gin semblait résonner encore dans sa tête.
Quelque chose entre nous, hein ? Si tu savais...
Poussant un soupir accablé, l'ange écrasa son mégot au sol avant de rentrer. Il avait encore une adorable serveuse à qui prêter main forte pour le rangement, et une plante verte à s'occuper...
..oOoOo..
Après avoir donné une bonne quantité de son sang à son nakama, Zoro avait passé toute l'après-midi à le veiller. Celui-ci semblait plongé dans un profond sommeil. Tout en vérifiant régulièrement le torse de Johnny pour voir si les stigmates ne s'étendaient pas de nouveau, le démon ne cessait de jeter des coups d'œil à la pendule murale de la chambre. Le gamin lui avait assuré que la malédiction ne progresserait pas tant que l'antidote injecté continuerait à faire effet. Lorsque Zoro lui avait demandé des précisions, le jeune médecin n'avait pu lui donner de réponses précises. Il lui avait simplement promis qu'il ne s'absenterait que le temps d'aller analyser l'échantillon de sang de Johnny afin de créer un remède puissant. Il lui avait assuré que ça ne lui prendrait que quelques heures tout au plus. Depuis, il n'avait plus donné de signe de vie. La matinée avait succédé à l'après-midi, et maintenant la nuit n'allait plus tarder à tomber...
Poussant un soupir exaspéré, Zoro était en train de se demander si le sale gosse ne s'était pas payé sa tête, lorsqu'il entendit un coup sourd et lointain, suivit d'un bruit de verre brisé. Le choc avait été assez violent pour faire trembler les murs. Le shinigami se leva d'un bond de sa chaise et se précipita aussitôt hors de la pièce pour se rendre compte de la cause de ce vacarme. Étaient-ce les sans-visage qui avaient retrouvé sa trace ?
En atteignant le haut des marches de l'escalier, il ne vit aucun membre des forces spéciales dans la salle commune. Tout semblait relativement normal, hormis le fait que tous les clients avaient les yeux rivés vers un coin de la pièce, juste sous l'escalier. Curieux, Zoro s'approcha de la rambarde du balcon et se pencha légèrement en avant pour regarder en bas. Il remarqua un homme qui semblait se faire mettre à la porte par la serveuse.
Une aura malveillante enveloppa le démon aux cheveux teintés, et ses doigts serrèrent plus fermement encore la rambarde. Il connaissait cet homme, il l'avait déjà aperçu plusieurs fois la nuit, dans les rues de la ville. Il faisait partie de la bande de Don Krieg, un trafiquant d'armes en tout genre dont la réputation n'avait d'égal que son caractère de cochon. Zoro et ses nakamas s'étaient souvent bagarrés contre les sbires du Don. La plupart du temps, c'était dû à une simple dispute de territoires, rien de plus. Mais depuis quelques jours déjà le gang s'était fait discret, comme s'il préparait un mauvais coup...
L'homme de Krieg s'arrêta, comme s'il avait sentit les ondes du shinigami, et leva la tête. Son visage s'assombrit lorsqu'il le reconnu, et ils s'affrontèrent du regard. A ce moment-là, Zoro fut prit d'une étrange impression. Pourquoi Gin, le bras droit de l'abominable Krieg, se trouvait dans ce petit bar de quartier ? Mais tandis qu'il s'interrogeait, une seconde personne sortit de la pièce située sous l'escalier, et le shinigami oublia complètement son ennemi. Il avait reconnu la silhouette fine et élancée de l'ange. Devant l'expression de Gin, le blond leva à son tour la tête pour le regarder. Le temps sembla se suspendre un instant. Les yeux bleus de Sanji scintillèrent, comme si quelque chose s'animait à l'intérieur de ses pupilles couleur saphir. Au même instant, un violent mal de crâne assaillit le bretteur et il vacilla. La main toujours agrippée à la rambarde pour lui éviter de s'effondrer, il plaqua son autre main sur son front et poussa un grognement de douleur. La salle se mit à danser sous ses yeux, et l'ange blond disparu comme s'il s'était agit d'un mirage. A la place du bar, une scène totalement différente apparu devant lui.
Il ne voyait rien, malgré le fait qu'il avait les yeux ouverts. Cela lui prit quelques secondes avant qu'il ne se rende compte qu'il faisait face à un ciel dénué de nuages. Il était incapable de déterminer si c'était un ciel bleu clair ou noir d'encre. L'environnement était fait d'étranges couleurs ternes et délavées, déformant la réalité, altérant sa perception du temps. Il n'était sûr que d'une chose, c'était qu'il était allongé sur le sol, et bien incapable de bouger. Ses membres étaient de plomb, ou bien refusaient tout simplement de lui obéir. Un sifflement incessant résonnait à ses oreilles et une sensation de vertige le prenait par moments, lui donnant envie de vomir. Un visage apparu tout à coup devant lui. Il était flou, et ses traits étaient grossis, déformés. Il dût cligner plusieurs fois des paupières pour tenter d'en avoir une image plus nette. Il lui était familier. Puis les lèvres de la personne se mirent à bouger. Il ne put entendre les mots que difficilement à cause de l'acouphène, mais les comprit malgré tout.
« -Est-ce que ça va ? »
Il voulut répondre, mais il ne parvint qu'à émettre un grognement sourd. Le visage disparut de son champ de vision, et il sentit qu'on le redressait. Presque aussitôt, une violente douleur lui transperça les entrailles, et il baissa les yeux. La partie supérieure de son torse était barrée par une plaie profonde, formant une croix oblique. Un flot de sang s'écoulait de sa poitrine, et les vertiges reprirent de plus belles. Le monde se mit à clignoter devant ses yeux, avant qu'il ne soit engloutit par les ténèbres...
Inspirant bruyamment, Zoro revint à la réalité. Son cœur battait à tout rompre et ses poumons brûlaient, comme s'il était resté trop longtemps en apnée. Il baissa aussitôt les yeux sur sa poitrine et entrouvrit sa chemise. Il n'y avait aucune trace de sang. Seule sa cicatrice en forme de croix était visible, chose qu'il avait toujours eu, aussi loin que remontaient les quelques souvenirs qui lui restaient...
Il releva la tête et scruta les alentours. C'était comme s'il se réveillait tout juste d'un mauvais rêve. Il était toujours debout sur le balcon. Complètement perdu, il remarqua que l'emplumé et le sous-fifre du trafiquant d'armes avaient disparu. Il les chercha du regard, et finit par les repérer au niveau de l'entrée du bar. Le shinigami mit quelques temps à réaliser que le blond lui faisait des signes de tête. Zoro le fixa avec incompréhension, avant de finir par capter les regards insistants de certains clients. Il comprit le message, se détourna et prit la direction de la chambre, non sans lancer un coup d'œil assassin au blond. Il avait la désagréable impression d'être un gamin que l'on renvoyait au lit...
Pénétrant de nouveau dans la pièce plongée dans l'obscurité, le shinigami s'assit sur la chaise située au niveau de la tête de lit. Johnny semblait toujours plongé dans un coma profond. Sa respiration était lente et régulière, son visage inexpressif. Poussant un soupir désabusé, le bretteur se laissa aller contre le dossier de la chaise. Quand est-ce que ce foutu gamin en blouse blanche allait revenir ?
Peu à peu, ses pensées allèrent naturellement vers sa nouvelle vision. Celle-ci semblait plus nette que la première, et contenait plus d'informations. Cette fois, il savait qu'il était présent dans la scène, il en était même l'acteur principal. Il y avait aussi une autre personne, mais il n'arrivait pas à lui attribuer un visage. Il ne savait même pas si c'était un homme ou une femme. Ni même si c'était un enfant, ou un vieillard... Mais au fond peu importe. Pour le moment, ce qui l'intéressait le plus, c'était cette fameuse cicatrice.
Tout en se frottant machinalement la poitrine où se situait sa vielle blessure, Zoro se demanda pour la énième fois depuis son « réveil » d'où elle provenait. Il n'avait toujours aucune idée de ce qui avait pu lui arriver par le passé pour recevoir une telle blessure. Il avait seulement pu émettre des possibilités. Comme celle qu'elle avait certainement été faite par un objet tranchant. Un couteau peut-être, ou un objet plus long, une épée par exemple. Mais malgré ces suppositions, Zoro n'était sûr de rien. Après tout, ils n'étaient plus aux temps anciens des chevaliers. Plus personne ne se baladait avec une épée à la ceinture... à part lui.
Il avait également supposé en inspectant cette cicatrice, qu'elle n'avait pas été mortelle. Logique, puisqu'il était encore là. Cependant, grâce à cette vision, ou plutôt à ce délire digne d'un toxicomane, il devinait qu'il n'était pas passé loin du sommeil éternel...
Les coudes sur ses cuisses et les mains jointes sous son menton, Zoro se redressa sur sa chaise et poussa un nouveau soupir en secouant la tête.
Voilà maintenant que je prends de simples visions pour la réalité. N'importe quoi. Ce ne sont pas des souvenirs, juste des conneries d'hallucinations...
Quelque chose le taraudait malgré tout. Il n'avait jamais eu de telles crises auparavant. C'était depuis qu'il était entré la première fois dans ce bar qu'elles se manifestaient. Ce qui ne pouvait signifier que deux choses : soit cet enfoiré d'ange l'avait drogué quand il était encore inconscient, et la drogue était toujours présente dans son organisme, soit c'était quelque chose dans l'établissement qui provoquait ces visions. Dans les deux cas, cela signifiait qu'il valait mieux qu'il quitte les lieux s'il ne voulait pas se laisser envahir par la folie.
La porte s'ouvrit brusquement, et un peu de lumière provenant du couloir éclaira la pièce. Zoro releva la tête , les sourcils froncés. Devant lui se tenait l'emplumé en question, et celui-ci semblait plutôt mécontent. Pour ne pas dire qu'il était hors de lui.
- Toi... Prononça-t-il d'un ton acide en s'approchant de lui. Je croyais t'avoir dit de pas bouger d'ici !
- J'ai pas d'ordres à recevoir de toi. Répliqua sèchement le shinigami en se levant de sa chaise pour lui faire face.
Tandis qu'ils s'affrontaient du regard dans un combat silencieux, le shinigami perçu quelques effluves d'odeurs provenant du blond, qu'il ne put se retenir de humer discrètement. L'odeur la plus prononcée était celle d'une eau-de-vie sucrée, que le démon reconnut aussitôt comme étant celle d'un rhum ambré. Il ne put s'empêcher de saliver. C'était le genre d'alcool qu'il préférait. Tandis qu'il savourait la senteur étourdissante de la boisson, une toute autre odeur parvint à ses narines. Celle d'un homme.
L'odeur était franche, puissante. C'était comme si l'humain avait déposé ses phéromones sur la peau de l'ange pour en assurer sa propriété. Tel un chien qui « marquerait » son territoire pour en clamer son appartenance au reste du monde. Zoro eut une grimace de dégoût. Pour que la senteur soit aussi prononcée, il avait dû y avoir un contact physique assez... Proche.
-Humpf... Lâcha-t-il d'un ton dédaigneux. Je vois...
Ne comprenant pas où voulait en venir le démon, Sanji lui lança un regard méfiant.
- Tu vois quoi ? Demanda-t-il d'un ton sec.
- Je comprends mieux pourquoi cet abruti de Gin est venu se perdre ici. Répondit Zoro en croisant les bras sur sa poitrine, un sourire désabusé sur les lèvres. T'es bien un foutu connard d'ange. Vous ne pouvez pas vous empêcher de vendre vos corps pour arriver à vos fins...
Il ne savait pas pourquoi il se fatiguait à vouloir donner des leçons de morale à un emplumé dans son genre. Pas plus qu'il ne comprenait pourquoi il ressentait autant de déception. En temps normal, il n'aurait rien dit et ne s'en serait pas plus soucié que ça. Après tout, c'était un comportement habituel chez ces créatures « célestes », c'était dans leurs gènes. Mais peut-être avait-il espéré que ça ne soit pas son cas justement. Peut-être qu'il avait voulu croire que le blond était différent de ses semblables, qu'il n'était pas un lèche-cul. C'était sûrement cet espoir volé qui lui étreignait le cœur et lui serrait les tripes jusqu'à lui en donner la nausée.
Le barman eut d'abord l'air atterré, comme s'il n'en croyait pas ses oreilles, puis son visage se tordit de haine. Il franchit les derniers centimètres qui le séparait du shinigami et l'empoigna par le col de sa chemise sombre.
- Qu'est-ce que t'as dit ? Dit-il d'un ton qui trahissait sa colère.
- T'as très bien compris, rétorqua l'autre avec un sourire méprisant, à moins que tu ne veuilles que je sois plus clair en t'appelant putain ? Il ne te manquerait plus que les seins, et...
Il ne put finir sa phrase. Il eut tout juste le temps de s'accroupir pour éviter d'avoir le visage écrasé par une chaussure. Légèrement pris de court par la réaction impulsive de l'ange, il ne se laissa pas démonter pour autant. Sans même laisser le temps au blond de réagir, Zoro prit appui sur ses jambes et se jeta contre son adversaire pour l'agripper à la taille. Grâce à sa puissance conjuguée à son poids, il parvint à plaquer Sanji au sol à la manière d'un rugbyman. Laissant éclater sa rage, l'ange poussa un hurlement et commença à se débattre. Tous deux roulèrent sur la moquette, chacun cherchant à immobiliser l'autre. Leur roulé-boulé brutalement stoppé par le bord du lit, le hasard voulut que ce soit le blond qui se retrouve à califourchon sur son adversaire.
Surpris par ce retournement de situation, Zoro n'eut pas le réflexe immédiat de se dégager, et son opposant en profita pour lui bloquer le bras droit. L'ange arma son poing, ses ailes battant violemment l'air derrière lui, prêt à frapper. Le shinigami allait parer le coup, mais fut surpris de voir son adversaire s'immobiliser dans son geste. Celui-ci semblait hésiter, comme s'il n'avait pas réellement envie de frapper. Face à cette faiblesse d'esprit, Zoro eut un sourire démoniaque.
- Eh ben alors, ricana-t-il d'un air moqueur, qu'est-ce que t'attends? Aurais-tu peur de te faire bobo ?
Toute trace d'incertitude disparu du regard de Sanji, et Zoro vit son bras reculer légèrement comme pour prendre de l'élan. Le shinigami se préparait à bloquer le poing, lorsque le blond changea totalement de tactique, déstabilisant le bretteur. Il sentit la main qui bloquait son épaule l'agripper brusquement par le col, et il fut forcé à redresser la moitié supérieur de son corps. Avant qu'il n'ait le temps de comprendre ce qu'il se passait, le blond lui asséna un coup de boule monumental, lui faisant entrevoir momentanément des étoiles. Au même instant, il sentit une douleur sourde se manifester au milieu de sa figure, et un liquide tiède coula sur son menton. La fureur le gagna à son tour lorsqu'il comprit qu'il avait le nez cassé.
Le shinigami renversa la situation à son avantage d'un violent coup de rein, et se trouva à son tour assis sur le barman. Ce dernier commença à se démener comme un beau diable, ses ailes battant follement contre le sol. Zoro était sur le point de lui rendre la monnaie de sa pièce, lorsqu'il s'arrêta brutalement, le poing à demi levé. Son sang se glaça dans ses veines, et il sentit un terrible frisson lui parcourir l'échine. Il se tourna lentement vers le lit, et ce qu'il vit confirma ce qu'il avait pressentit. Le corps de Johnny était secoué de spasmes silencieux, et une sorte de vapeur sombre et maléfique s'en échappait, l'enveloppant comme un cocon. Ses plaies se mirent à dégouliner de sang noir, produisant une affreuse odeur de chair pourrie. Zoro étouffa un juron. Il était en train de se transformer pour de bon.
-Johnny ! S'exclama-t-il, s'apprêtant à se redresser.
Le concerné tourna brutalement la tête vers son frère d'arme, qui se figea dans son geste, paralysé par la vision qui s'offrait à lui. Les lunettes du blessé étaient tombées, découvrant des yeux flamboyant d'un jaune surnaturel. Dirigés sur lui tels des projecteurs, ils laissaient transparaître une furie incontrôlable. Toute trace d'humanité en lui semblait avoir disparu.
. Siffla-t-il en portant lentement une main à sa ceinture.
- Oi, grogna Sanji, qui était toujours bloqué entre les jambes de Zoro, dégage de là...
Le blond esquissa un geste pour forcer son vis-à-vis à se pousser afin de lui laisser la place de se relever. Captant le mouvement, Johnny (ou du moins la chose qui répondait jadis à ce nom) regarda l'ange et laissa échapper un son mêlant le couinement et le grognement. Le shinigami aux cheveux teintés s'empressa de plaquer sa main libre sur la poitrine de Sanji, l'intimant de rester allongé.
- Si tu tiens à la vie, souffla Zoro entre ses dents, ne bouge pas. Ne fais plus un seul mouvement.
Sur ces mots, il commença à sortir doucement un sabre de son fourreau à l'aide de son pouce. Au son de la voix du shinigami, la créature allongée sur le lit reporta de nouveau son regard sur lui et laissa échapper un autre couinement. Le son semblait plus assuré, plus fort aussi. La chose commençait à prendre conscience de ce qu'il se passait. Ses yeux entièrement jaunes étaient grand ouverts et les fixaient à tour de rôle avec intensité. Sa poitrine se soulevait désormais à un rythme rapide, son souffle devenu rauque et précipité. Pendant ce temps le liquide noir continuait de dégouliner de ses plaies à un débit de plus en plus fort, comme si la source était inépuisable. Le suintement avait déjà recouvert le corps tout entier de l'ancien shinigami, et quelques gouttes tombèrent sur la moquette de la pièce. Le nuage noir provoqué par les miasmes qui se dégageaient des blessures s'opacifiait au fil des secondes, formant un véritable manteau gazeux autour du corps de la bête. Les spasmes étaient quant à eux de plus en plus violent.
Le shinigami se doutait que Sanji n'avait pas du tout apprécié le ton qu'il avait utilisé. Il pouvait sentir la colère de l'ange courir sous ses doigts, qui étaient toujours plaqués sur son torse. Il espérait juste que cet emplumé l'écouterait, au moins le temps qu'il puisse porter un coup au démon qui prenait vie sous ses yeux. Ce dernier poussa à cet instant un cri abominable. Tournant la tête vers le plafond, les yeux écarquillés, il se cabra violemment en arrière, ses bras maculés de sang noir s'agitant follement devant lui. De toute évidence, la transformation était loin d'être agréable. Les miasmes l'enveloppèrent totalement, et une puissante énergie émana subitement de son corps. La vague de pouvoir démoniaque était telle que les deux témoins de la mutation pouvaient sentir l'air vibrer autour d'eux. Puis le corps de Johnny, auparavant partiellement discernable parmi les caillots de sang, fut totalement recouvert de cette substance gluante pour former son nouvel épiderme. L'être poussa un nouvel hurlement, le pire de tous. Mélange du cri d'un mourant et du rugissement d'une bête folle de rage. Le nakama aux lunettes noires avait cessé d'être.
Sanji avait recommencé à se débattre sous Zoro, le traitant de tous les noms et le sommant de « Bouger son gros tas de graisse végétale ». Mais le concerné l'ignora. Il n'y avait plus une seconde à perdre. Il dégaina lentement son arme, tentant d'être le plus discret possible pour ne pas attirer l'attention. Mais la créature l'avait perçu malgré tout. Elle tourna aussitôt sa tête monstrueuse vers lui, et le shinigami se figea dans son geste. Le nouveau Johnny se redressa lentement sur ses coudes et poussa un grondement sauvage, dévoilant une rangée de crocs pointus.
Zoro savait qu'il lui fallait agir maintenant, qu'il ne devait pas laisser une seule chance à son nouvel ennemi. Mais il était comme paralysé par la vision de la nouvelle physionomie de son frère d'arme. Celui-ci s'était mis sur ses pattes arrières et avait posé ses bras devant lui, comme un animal quadrupède. Il était d'apparence squelettique, comme si la transformation lui avait pompé toute son énergie vitale. Son visage était entièrement dissimulé par une texture mêlant l'aqueux et le gazeux, de telle sorte qu'il était impossible de distinguer la moindre trace d'émotion chez la créature. Seule sa bouche aux dents tranchantes et ses yeux brillants étaient visibles. Le sang avait cessé de couler à flot sur tout son corps, même si la texture de sa peau laissait voir qu'un suintement irrégulier continuait de s'échapper des pores de celle-ci. Personne, à la connaissance de Zoro, ne savait pourquoi les démons ne cessaient de saigner. Une fois, un des « aînés »de sa bande avait émis la possibilité que l'âme humaine du démon continuait à souffrir dans son nouveau corps, qu'elle pleurait incessamment la perte de sa liberté. Elle laissait ainsi s'échapper ses larmes par la moindre ouverture possible de cette enveloppe charnelle. Un autre nakama n'avait d'ailleurs pas pu s'empêcher de plaisanter sur les possibles autres « ouvertures » par lesquelles ces fameuses larmes pouvaient s'échapper... Il se souvint avoir bien rit à cette remarque, et l'aîné avait haussé les épaules avant de quitter la pièce, vexé. Ce jour-là, Yosaku et les autres étaient encore en vie.
Le shinigami secoua la tête pour se remettre les idées en place. Il ne devait pas laisser la nostalgie prendre le dessus. Ses nakamas étaient mort, et l'âme de Johnny était définitivement perdue. Il n'y avait pas de retour en arrière possible. Il devait redescendre sur terre... Zoro reporta son attention sur la bête. Il remarqua que cette dernière regardait intensément dans sa direction, et qu'elle s'était tassée sur elle-même. Avant même que le guerrier aux cheveux teintés n'ait le temps de le voir venir, la bête se jeta sur lui.
Le bretteur eut tout juste le temps de finir de sortir son arme de son fourreau pour parer l'attaque du démon. Les griffes acérées de la chose heurtèrent le métal froid, mais le combat ne s'en arrêta pas là. Les deux adversaires luttèrent pour surpasser l'autre, et Zoro sentait que la bête commençait à gagner du terrain. La puissance du néo-Johnny l'empêchait de se redresser, le forçant à rester à moitié assis sur le barman. Poussant un grognement agacé, le bretteur banda ses muscles et utilisa toute sa force pour repousser brutalement son ennemi. Le concerné laissa échapper un couinement de stupeur en reculant, et le shinigami en profita pour lui porter un coup horizontal sans prendre le temps de se relever. L'attaque avait pour seul but d'écarter la chose, qui était bien trop proche au goût du bretteur. La créature évita l'attaque en faisant un bond en arrière, atterrissant sur le lit.
Toujours en position accroupie, le guerrier allait sortir un autre sabre de sa ceinture lorsqu'il fut soudainement projeté en arrière par son « siège ». Effrayé par ce mouvement inattendu, la chose démoniaque sauta hors du matelas pour s'accrocher au lustre. Depuis le plafonnier, elle poussa un glapissement mécontent, faisant savoir qu'elle n'appréciait pas les surprises dans le genre. Les quatre fers en l'air, Zoro se redressa promptement, se retrouvant face à l'ange. Celui-ci s'allumait tranquillement une cigarette, tout en le fixant d'un air dédaigneux.
- Ne me prends pas pour un coussin, tronche de thé vert.
Le thé japonais ambulant se releva d'un bond, les yeux luisants de rage. Non seulement cet ange se payait sa tête, mais en plus il se foutait totalement de ses conseils. Et ça, c'était le genre d'attitude qu'il ne pouvait pas blairer.
Cet abruti comprend pas que j'essaie juste de l'aider ?!
-Imbécile ! S'exclama-t-il d'un ton rageur, il va te prendre aussi pour cible ! Tu-
Mais Zoro s'interrompit net lorsqu'il vit le regard que lui jeta Sanji. Son visage était dur et froid. Le shinigami pouvait sentir l'aura combative de l'ange titiller ses propres cellules.
- Tu crois franchement que je vais laisser cet enfoiré ruiner ma piaule? Lança le blond en soufflant une bouffée de fumée sans le quitter des yeux. Je pourrais plus ramener de jolies filles ici si ça continue ! Et puis... Il est hors de question que je laisse cette saleté s'accaparer mon adversaire.
Le démon aux cheveux verts soutint le regard assassin de Sanji, légèrement déstabilisé par la remarque. Zoro ressentait de la colère envers cet empaffé, qui osait sous-entendre qu'il n'était pas assez fort pour se battre seul contre un démon. Mais d'un autre côté, il comprenait l'ange et partageait son avis. Le guerrier n'aurait pas accepté non plus que cet idiot meurt prématurément. Après tout, ils n'avaient pas fini leur combat, et ils ne s'étaient toujours pas départagés. A cette pensée, Zoro ne pu s'empêcher de sourire.
Penser à un autre combat que celui qui se présente à lui. Je ne sais pas s'il faut appeler ça de l'obstination ou de l'inconscience. Cet emplumé est décidément bien étrange...
Inconscient des pensées du bretteur, Sanji parut prendre le parti d'enterrer temporairement la hache de guerre. Il contempla la créature qui se mouvait au-dessus de leur tête en émettant des grognements menaçants.
- Bon, on fait comment? Demanda l'ange. J'appelle les pompiers? A moins que tu n'aie le numéro d'un exorciste...
Le shinigami se garda bien de rire à cette plaisanterie, même si l'envie était presque tentante, et sortit ses deux autres sabres.
- On l'bute. Prononça-t-il d'une voix sombre.
Il y eut un temps de silence, avant que Sanji n'ajoute :
- Chopper est parti chercher un remède, tu sais ?
- C'est trop tard.
Nouveau silence, durant lequel la bête continuait de se déplacer le long du plafond. La tête en bas, défiant les lois de l'apesanteur, elle sillonnait à quatre pattes son nouveau territoire tel un fauve affamé. Ses grands yeux jaunes étaient constamment braqués sur eux, jaugeant la force des deux êtres en face d'elle. Des gouttes sombres tombaient régulièrement sur le sol, tâchant la belle moquette bleue.
- Rappelle-toi, murmura Zoro alors qu'il sentait le barman prêt à engager le combat. Évite de te faire immobiliser par ce démon, ou tu recevra ton dernier baiser...
Le barman rentra les mains dans ses poches et tapota le sol de ses talons.
- La ferme. Finit-il par dire en levant la tête vers l'étrangeté. Il n'est pas question de me faire vampiriser par ce truc.
Le néo-Johnny choisit ce moment pour attaquer. Sanji s'avéra être sa cible, celui-ci plongea pour esquiver le coup. Alors que le démon passait au-dessus de sa tête, il en profita pour placer un coup de pied retourné. Mais le nouveau Johnny exécuta une contorsion surprenante et tournoya sur lui même, évitant le coup de peu. Il s'accrocha sur le mur à l'aide de ses griffes, et tourna sa tête monstrueuse vers son ennemi en poussant un feulement de bête enragée. Zoro profita de l'occasion pour s'élancer vers lui. Mais lorsqu'il entama un coup d'estoc, le démon bondit au dernier moment et passa par-dessus le bretteur, qui termina sa course dans le mur. La violence de l'impact laissa un trou béant dans la cloison, qui donnait directement sur l'extérieur.
Malgré cette envie spontanée de refaire la décoration de sa chambre sans même lui demander la permission, Sanji ne prit pas le temps de remercier son architecte personnel. Le démon aux yeux jaunes s'élançait de nouveau sur lui à une vitesse surprenante, poussant des soufflements rauques à chaque mètre parcouru. Mû par le désir insatiable de le réduire en charpie, la bête bondit sur le blond en émettant son étrange cri. L'ange se décala de quelques centimètres sur le côté, aidé par sa vitesse légendaire, et fit un demi-tour sur lui-même pour frapper son adversaire dans le dos. Ce coup-ci, il réussit à toucher le démon, qui fut projeté contre une armoire, la réduisant en morceau. Ne laissant pas le temps à la créature de se remettre de ses émotions, Zoro s'élança sur elle et planta deux de ses katanas dans ce qui aurait pu être l'abdomen du néo-Johnny. La chose poussa un hurlement de douleur qui résonna dans toute la pièce, et du sang se mit à dégouliner de la plaie. Ignorant le liquide maudit qui coulait sur ses mains, le shinigami enfonça les lames dans la chair jusqu'à la garde. Le cri abominable s'intensifia, puis sembla changer de timbre. Dorénavant, le son qui s'échappait de la gorge de la bête semblait plus grave, plus rauque encore. Mais le shinigami savait que ce genre de blessures ne suffirait pas. Les démons étaient du genre particulièrement coriaces.
Comme pour confirmer ses pensées, la créature tenta de l'éventrer à l'aide de ses griffes acérées, et il battit aussitôt en retraite. Le démon voulut se jeter sur lui, ignorant totalement sa blessure, mais le bretteur le tint en respect en brandissant de nouveaux ses armes. Laissant échapper un grondement sourd, la bête s'arrêta à bonne distance des armes ensanglantées. Zoro réfléchissait sur la prochaine attaque qu'il allait porter, lorsque un élément imprévu vint chambouler son programme. Un élément pourvu d'ailes blanches et armé d'une simple cigarette.
Sanji avait profité de l'occasion pour prendre appui sur le crâne du shinigami pour faire une pirouette aérienne et tenter d'écraser le démon aux yeux jaunes. Le concerné, tout aussi surpris que Zoro, eut tout de même le réflexe d'esquiver l'attaque. L'intervention de l'ange eut pour seule conséquence que de faire un trou béant dans le sol. Et de lui attirer les foudres du bretteur par la même occasion.
- Qu'est-ce que tu fous, abruti ? Vociféra le shinigami aux cheveux teintés, j'vais te buter !
- T'es trop lent, c'est pas ma faute. Rétorqua le blond d'un air blasé, tu lui tournes autour sans rien faire, c'est chiant...
- Tu vas voir si tu vas t'emmerder longtemps !
Zoro arma ses sabres et s'élança sur l'ange. Ce dernier, pas le moins du monde effrayé par ce revirement de situation, évita son agresseur en s'élevant dans les airs.
- Descends si t'es un homme ! Lui ordonna Zoro
- Navré, répondit l'autre en riant, je n'en suis pas un !
Agacé par le sourire narquois qu'affichait l'étrange volatile, le shinigami s'apprêtait à s'occuper personnellement de cet imbécile, lorsqu'il sentit une présence derrière lui. Une forte odeur putride agressa ses narines et il eut tout juste le réflexe de pivoter sur lui-même avant de recevoir le démon de plein fouet. Il n'avait pas eu le temps de brandir correctement ses sabres pour contrer l'attaque, mais il avait eu au moins le réflexe de lever les bras pour se protéger. Les griffes du démon se plantèrent dans ses avants-bras et Zoro retint un grognement de douleur. Le visage monstrueux du néo-Johnny n'était qu'à quelques centimètres du sien, et il pouvait sentir la chaleur de son haleine sur son visage. La bête poussa un couinement mécontent et commença à tenter de faire basculer son ennemi en arrière. Un bruit de succion accompagnait ce mouvement, qui s'avéra provenir des plaies béantes de la chose. Cette blessure ne paraissait pas plus la soucier qu'un simple bouton de moustique.
Jurant intérieurement pour s'être laissé distraire aussi facilement par cet ange demeuré, le bretteur fit de son mieux pour tenter de repousser la créature par la seule force brute, ses sabres étant inutiles à cette distance. Sanji n'attendit pas plus longtemps pour rajouter son grain de sel, et plongea sur le démon aux yeux jaunes. Mais à ce moment précis, un changement inattendu se produisit chez le démon. Le blond ne se trouvait qu'à quelques centimètres au-dessus d'elle, quand la bête leva ses grands yeux jaunes sur lui et dévoila ses crocs dégoulinant de bave. Ce genre « d'expression » aurait presque pu être prise pour un sourire si les yeux n'avaient pas été aussi vides.
A la seconde qui suivit ce rictus démoniaque, l'ange fut littéralement soufflé par une attaque de provenance inconnue. Son corps percuta brutalement la porte de la chambre, qui se détacha du chambranle pour accompagner sa chute. Le blond finit sa cascade imprévue après plusieurs roulés-boulés dans le couloir, et ne s'en releva pas.
Abasourdit, Zoro fixa l'ouverture par laquelle Sanji avait été projeté. Ça s'était produit le temps d'un battement de cils, mais il avait eut tout de même le temps de voir l'attaque. Une sorte de « membre » s'était formé grâce au sang qui s'écoulait des plaies de la créature démoniaque, et s'était agrandi à une vitesse défiant l'imagination. Encore stupéfait par une telle mutation, le shinigami reporta son regard sur le démon, qui le fixait de ses yeux vides. Le « bras » était toujours présent, pendant devant lui comme s'il s'était agit des intestins d'une personne éventrée. L'étrange membre dégoulinait d'une substance brunâtre et son extrémité large comme un poing semblait renforcée d'une texture couleur platine, que Zoro ne parvenait pas à identifier. Malgré son expérience des démons, qu'il combattait depuis un moment maintenant, il ne savait plus à quel genre d'ennemi il faisait face. Au départ, le shinigami avait cru avoir affaire à un Glom ordinaire. Après tout, c'est ce qui arrivait à ceux qui se faisaient contaminer par les Trombarks. Ils devenaient des démons de rang mineur. Mais ça n'était visiblement pas le cas de Johnny, et Zoro devenait sceptique quant à la manière dont il allait se défaire de ce redoutable ennemi. De tous les démons qu'il avait combattu, aucun d'eux n'avaient eut cette capacité spéciale. Aucun de ceux que Zoro avait tué en tout cas.
Les griffes plantées dans sa chair s'enfoncèrent un peu plus, et du sang commença à couler le long de son bras. Le shinigami posa son regard de braise dans celui du monstre qui lui faisait face, et sentit les dernières traces d'hésitation en lui s'envoler. S'il ne se donnait pas à fond maintenant, le démon finirait par prendre le dessus. Et ça, il n'en était pas question.
Poussant un hurlement de rage, le bretteur repoussa violemment son adversaire. Les griffes du démon lui lacérèrent les bras au passage, mais il s'en contre-fichait. Emporté dans son élan combatif, il força le démon à reculer en faisant tournoyer ses sabres devant lui, et finit par l'acculer dans un coin de la pièce. Piégé, le démon se mit à gronder sauvagement, ses quatre pattes raclant par moment le sol. Son autre membre brunâtre qui était étendu en-dessous de lui, s'enroula autour de sa patte avant droite, comme pour la renforcer, et sa tête hideuse était rentrée dans ses épaules. Ramassée ainsi sur elle-même, la bête ne laissait aucune ouverture à son agresseur, et attendait le moment propice pour se jeter à sa gorge. Conscient de cela, Zoro s'approcha lentement d'elle, tel un fauve s'apprêtant à se jeter sur sa proie. Il se préparait à feinter le démon pour le forcer à briser sa garde, lorsqu'il remarqua un changement radical dans son comportement. Sa position défensive s'était brusquement relâchée. Il avait redressé la tête et ses grands yeux jaunes s'étaient considérablement agrandis. Si les démons n'étaient pas capable de ressentir des émotions, Zoro aurait cru voir un vif intérêt sur ce visage habituellement inexpressif.
La chose ouvrit sa gueule pourvue de crocs acérés et se mit à aspirer bruyamment l'air autour d'elle, produisant par la même occasion un râle étrange. Médusé, le bretteur la regarda faire sans bouger, cherchant à comprendre d'où provenait ce changement de comportement. Le démon était-il en train de suffoquer par manque d'air? Le shinigami en doutait. Il n'avait jamais vu de monstres souffrant de crise d'épilepsie... Soudain une étrange sensation l'envahit. Il sentit le rythme de son pouls s'accélérer. Ses mains devinrent moites, et sa gorge s'assécha. Il déglutit, et une forme d'excitation émergea en lui, bien qu'il n'ait aucune idée de sa cause. Finalement, ce fut lorsqu'une odeur suspect atteignit ses narines qu'il crut comprendre la raison de cette fébrilité. Cette senteur, discrète et ténue au départ, envahit rapidement son système olfactif. Une chose que des humains normaux ne distingueraient même pas. Pas aussi rapidement que lui en tout cas...
Du... Du sang ?!
Il voulut se retourner pour s'assurer de la provenance de cette odeur, mais la bête fut plus rapide que lui. Elle s'élança brutalement en avant en poussant un glapissement étrange. Surpris, Zoro abattit instinctivement ses sabres sur la bête qui se dirigeait sur lui. Il tenta de plonger ses lames meurtrières dans le cœur de la chose, mais le membre brunâtre s'étendit brutalement et frappa le shinigami à l'estomac. Le bretteur n'avait pas eut le temps d'anticiper cette attaque. C'était comme si le « bras » avait eut sa volonté propre.
Le souffle coupé par la violence du choc, il fut projeté contre le mur et retomba mollement à genoux. De son côté, le monstre continuait sa course comme si son intervention n'avait jamais eut lieu. L'esprit encore légèrement engourdit par sa cascade imprévue, le bretteur regarda enfin dans la direction vers laquelle le démon allait, et il sentit son sang se glacer dans ses veines. Devant eux se tenait Sanji.
Il était réapparu dans l'embrasure de la porte, se tenant d'une main au chambranle. Il se massait le crâne de son autre main, et semblait tituber légèrement lors des quelques pas maladroits qu'il fit pour s'approcher de nouveau de la pièce. Ses mèches blondes cachaient la majeur partie de son visage, mais un mince fluide rougeâtre s'écoulait de son front. L'odeur ferreuse provenait de lui. Et il ne semblait pas avoir encore remarqué que le démon se dirigeait droit sur lui.
L'abruti... mais qu'est-ce qu'il fout ?!
- Oi ! Hurla-t-il précipitamment, réveille-toi !
L'ange redressa la tête, dévoilant un visage encore légèrement hébété suite au précédent coup. Ses yeux s'agrandirent de stupéfaction lorsqu'il vit que la bête était presque sur lui.
- BOUGE ! Vociféra Zoro alors qu'il se remettait debout pour poursuivre le démon.
La créature se jeta férocement sur l'ange au moment où le shinigami se relevait. Sanji eut à peine le temps de reculer, avant qu'il ne bascule en arrière face au poids de la chose. Les deux adversaires roulèrent au sol dans une lutte désespérée, les vociférations du monstre se mêlant aux halètements précipités du blond. Ce dernier retenait la large mâchoire du démon entre ses mains, dans une vaine tentative d'éviter que ses crocs ne se referment sur sa gorge. Le guerrier ramassa ses sabres qui étaient tombés au sol et s'élança vers les deux adversaires. La distance était moindre, mais Zoro avait l'impression de courir au ralentit pendant qu'il assistait à une bataille dantesque.
La bagarre tourna brutalement en faveur du démon lorsque Sanji se retrouva plaqué au sol. Une langue à l'extrémité pointue sortit de la gueule baveuse de la créature qui se mit à lécher le sang qui coulait sur le visage du barman. L'ange fut parcouru d'un violent frisson, et Zoro tressaillit malgré lui en entendant le monstre déglutir bruyamment. Au moment où il se trouvait enfin à portée de lame des deux combattants, la chose utilisa son troisième bras pour dégager violemment sa mâchoire des mains de Sanji. Ses crocs se seraient plantés dans la gorge de l'ange si le bretteur n'était pas intervenu à temps.
Le coup de sabre qu'effectua Zoro à ce moment-là aurait du trancher la bête en deux, mais cette dernière s'était écarté rapidement. Malgré tout, le Sandai avait réussi à atteindre sa cible, provoquant de sérieux dégâts. Poussant un mugissement de douleur, le démon recula en titubant, portant une patte à sa plaie qui laissait s'écouler une grande quantité de sang. Il fixa le responsable du regard, comme s'il hésitait à se jeter sur lui. Mais lorsqu'il vit le shinigami se mettre en garde, ses sabres teintés de sang noirâtre, le démon poussa un râle mécontent et se jeta dans l'ouverture qui avait été faite dans le mur quelques minutes auparavant. Poussant un juron, le bretteur se précipita vers le trou pour poursuivre la chose, mais la ruelle était déserte et plongée dans l'obscurité. Le monstre s'était volatilisé dans les ténèbres.
- Putain de MERDE ! Hurla Zoro en abattant son poing dans la cloison abîmée.
Son cri résonna longuement dans la nuit, comme si elle se moquait de son impuissance. Il mit quelques secondes à se calmer, avant de ranger sèchement ses armes dans leur fourreau respectif. Puis il s'avança pour se jeter dans le vide à la suite du monstre.
- Attends !
Zoro s'immobilisa dans son geste et se retourna à demi. L'ange s'était relevé et s'avançait vers lui, l'air de rien, une cigarette entre les lèvres. Comme s'il n'avait jamais été menacé par un démon affamé.
- Je viens avec toi. Dit-il en allumant sa cigarette.
Il avait prononcé ces mots comme si cela coulait de source, et d'un ton qui n'acceptait aucun refus. Agacé, le démon aux cheveux verts poussa un grognement de mépris.
- Pas question.
- Oi, s'énerva le blond en lui lançant un regard noir, j't'ai pas demandé ton avis ! Cette cochonnerie vient de défoncer ma piaule, j'veux m'le faire.
-... Dit celui qu'a manqué d'se faire bouffer tout cru. Rétorqua le guerrier en se retournant pour lui faire face.
Les yeux de l'ange se firent glacials, mais il feignit ne pas être atteint. Il se contenta de mettre les mains dans ses poches et de le regarder de haut.
- Rappelle-moi qui a laissé filer un monstre blessé à mort ? Demanda-t-il d'un ton dédaigneux.
- Je l'ai blessé, MOI ! Gronda le shinigami en s'avançant vers lui d'un air menaçant.
- Ouais, eh ben ça suffit pas ! Il fallait le tuer !
- C'est toi que j'vais tuer !
Les deux êtres s'étaient empoignés par le col, front contre front, et s'échangeaient des regards meurtriers. Au moment où Zoro allait frapper l'ange le premier, des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Les rivaux tournèrent la tête d'un même mouvement, bien décidé à renvoyer balader celui qui avait osé les interrompre. Mais ils n'en firent rien lorsqu'ils reconnurent leur visiteur. Chopper venait d'apparaître au pas de la porte. Son visage portait de nombreuses boursouflures, et il avait un œil au beurre noir. Il semblait épuisé. L'ange relâcha immédiatement son rival et se précipita vers le jeune garçon.
-Chopper ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?!
Le petit docteur se laissa docilement guider vers le bord du lit, tout en tentant de rassurer son ami. Durant ce court laps de temps, Zoro remarqua que le gamin boitait. Le shinigami comprit avec fureur qu'au lieu d'aller chercher le remède pour Johnny, ce sale gosse était parti jouer. Il s'était sûrement battu avec d'autres mioches de son âge... Pour la deuxième fois, le bretteur se maudit d'avoir accordé sa confiance à un inconnu.
- Je n'ai rien, ne t'inquiète pas Sanji.
- Arrête tes conneries ! On dirait qu'un camion t'es passé dessus !
- Mais non, gloussa le concerné, je serais mort si ça avait été le cas !
- Alors dis-moi ce qui t'es arrivé !
Le gamin eut l'air subitement attristé, et il se tordit nerveusement les mains en baissant la tête.
- Je... Je me suis disputé avec Dr Kureha... A cause de l'antidote...
Le shinigami, qui s'apprêtait à filer à l'anglaise, se figea et tourna la tête pour fixer le gamin avec stupeur.
Un docteur ? Mais alors... Il était vraiment parti chercher l'antidote ?!
- Elle avait fait des recherches sur la malédiction du démon, tu te rappelles ? Continuait Chopper en regardant le sol, et j'ai lu une de ses thèses dans laquelle elle disait avoir réussi à créer un vaccin pouvant endiguer la maladie. Je suis allé la voir dans son laboratoire, et lui ai demandé le flacon renfermant le remède. Et là, elle est devenue comme folle de rage, et m'a interdit d'y toucher. Elle a aussi commencé à me poser des questions, pour savoir ce que je voulais en faire. Lorsque je lui ai répondu que c'était pour soigner un homme qui avait été contaminé, elle m'a hurlé qu'il était impossible d'inverser la procédure.
Malgré cette révélation fataliste, Zoro n'en fut pas particulièrement étonné. Après tout, c'était ce que ses aînés avaient toujours dit. Une fois que le poison était entré dans l'organisme, c'était terminé. Pourtant, malgré cette certitude, il avait voulu faire confiance à ce jeune médecin. Le shinigami se demanda à ce moment-là, pourquoi il était venu en cet endroit. C'était comme s'il avait suivi les instructions d'une voix à l'intérieur de sa tête. Réalisant l'énormité de la chose, il secoua la tête dans une tentative de chasser ces pensées idiotes. Ce bar avait vraiment une influence particulière sur lui...
- J'ai tenté de la raisonner, mais elle s'est mise à m'attaquer pour me faire taire. Quand je me suis réveillé, elle m'avait enfermé dans ma chambre, pour me punir. Mais j'ai réussi à m'enfuir...
Il y eut un temps de silence, durant lequel personne n'esquissa le moindre geste. Même Zoro continuait de fixer Chopper, alors qu'il aurait dû se lancer à la poursuite de son ancien nakama depuis longtemps. L'histoire du gamin l'avait plus touché qu'il ne le laissait transparaître. Le fait que ce petit humain ait fourni autant d'énergie pour aider quelqu'un qu'il ne connaissait pas, quelqu'un de recherché qui plus est, l'intriguait. Pourquoi faisait-il ça ? Pourquoi cet ange l'avait recueilli ? Pourquoi ce foutu emplumé et ce sale gosse cherchaient absolument à l'aider ?!
- Cette bonne femme est vraiment effrayante... Maugréa l'ange comme pour briser ce silence pesant, elle parle plus avec ses poings qu'avec sa langue.
Mais le jeune médecin secoua la tête et regarda le blond avec détermination.
- Dr Kureha a toujours eut ses raisons ! Je suis sûr qu'elle essaie de protéger quelque chose d'important.
- D'accord, d'accord, dit Sanji en essayant de le calmer. En attendant, on ferait mieux de soigner tes blessures. Tu vas avoir des bleus si tu...
- Non, répliqua Chopper en sautant de la chaise, ça va déjà mieux ! J'ai amené tout ce que je pouvais pour commencer à faire des premiers échantillons de vaccin !
Le jeune garçon avait ôté son sac à dos de ses épaules et fouillait à l'intérieur.
- Où est le blessé, d'ailleurs ? Ajouta le gamin en sortant quelques instruments.
Un nouveau silence pesant envahit brusquement la pièce. S'en était presque suffoquant. Sanji allait finalement répondre, lorsqu'une sonnerie retentit. Surpris, le blond sortit de sa poche de derrière un DendenMuchi à connexion Satellite. Il appuya sur la tête de l'objet, et l'escargot ouvrit la bouche en prenant une mine effrayée.
- Sanji ! Hurla une voix paniquée. On a un problème !
- Qu'y a-t-il, Usopp ?
L'ange était devenu sérieux si brusquement que le shinigami prêta instinctivement un vif intérêt à la conversation. Même Chopper fixait avec crainte le DMS. Mais Zoro ne se souciait guère de la cause de ce fameux problème. Ce qui l'intriguait, c'était cette vague impression de connaître ce fameux Usopp. Pourtant, il ne se souvenait pas avoir jamais entendu parler de cette personne. Que ce soit dans les nombreux gangs peuplant les quartiers mal-famés de la ville, ou bien dans la bande des mugiwaras qui lui avait été présenté, jamais il n'avait été mentionné. Qui cela pouvait bien être, pour qu'il attire toute l'attention de ces deux-là ?
- Des démons ! Se mit à hurler l'inconnu à travers le petit escargot satellitaire, il y en a partout ! Et ils se dirigent droit sur vous ! Si vous ne fuyez pas rapidement, vous allez vous faire encercler !
Voilà voilà, une bonne chose de faite! N'oubliez pas l'auteur, qui vous a gentiment apporté quelques minutes de plaisir (ou qui vous a fait perdre du temps précieux, chacun à le droit de penser ce qu'il veut).
Et maintenant regardez la petite loupiote verte qui clignote sur votre web-cam... Cliquez... Cliiiiiquez sur le bouton "Review", et isncrivez toutes les pensées qui vous sont venues en tête lors de votre lecture...
Un grand merci à ma bêta, sans qui vous auriez eu un mal fou à me relire... Merki hina-chwan~
Et pour finir... Je prédis un grand chambardement dans la Force... Ceci prévoit un retard incommensurable pour le prochain chapitre... Mais ne vous inquiétez pas, une petite surprise tombera dans votre cheminée si vous êtes bien sage, vers la fin de l'année 2012...
