Chapitre 3 : Le procès
Le jour du procès est arrivé. Comment vont se comporter Drago et Hermione ? Et surtout Harry, sur lequel les deux comptent pour dire la vérité ?
Hermione ajusta avec fébrilité sa robe de travail. Elle l'avait toujours portée avec fierté comme un symbole de réussite sociale mais aussi de justice. Quoi de plus normal ? pensa-t-elle avec ironie. Elle n'avait jamais ressenti un tel état de nervosité depuis son premier procès. Et pour cause ! Sa première affaire avait été le jugement post-mortem de Severus Rogue, une énorme tâche pour la débutante qu'elle était alors. Là, le motif était que ce serait la première fois qu'elle reverrait Malefoy depuis cette terrible soirée où Ron s'était sacrifié pour la sauver. Ron... Il ne se passait pas un jour sans qu'elle ne pense à lui. C'était également à cause de ça que sa vie sentimentale était aussi désastreuse. Bien sûr, elle était jolie, ce qui faisait que les hommes s'intéressaient à elle, mais la beauté ne fait pas tout, n'est-ce pas ? Car il manquait à Hermione un élément essentiel : la joie de vivre. Au début, elle avait cru la retrouver avec Viktor, mais un jour, elle était tombée sur une photo de Ron et elle à la Coupe du Monde de Quidditch. Elle ne se souvenait pas de qui l'avait prise, ni à quel moment, mais peu importe, le mal était fait, tous ses efforts n'avaient servi à rien. Plusieurs fois, elle avait songé à ce qui se serait passé si Malefoy n'était pas là, à ce moment précis où la baguette de Travers l'avait visée de nouveau. Elle aurait sans doute rejoint Ron, et avait donc un sentiment partagé : aurait-elle préféré qu'il la laisse mourir ou au contraire avait-il bien fait ? La jeune femme chassa ces pensées noires qui revenaient trop souvent à son goût. Ce sentiment de culpabilité d'être en vie alors que Ron était parti l'avait toujours habitée et la rongeait par dedans. Elle quitta son bureau, le dossier de Malefoy sous le bras. Il lui restait dix minutes avant le début du procès et elle avait l'intention d'aller en salle d'audience immédiatement afin de se préparer au mieux. Enfin, elle atteignit l'ascenseur et s'y engouffra. Mais elle s'attendait à voir n'importe quel collègue mais surtout pas lui...
Drago lissa les plis de sa robe bleu nuit. Il valait mieux faire bonne impression devant le jury, et pour cela, il avait décidé de ne pas utiliser de propos injurieux ou qui pourraient choquer. Âmes sensibles, va ! marmonna-t-il alors qu'il faisait enregistrer sa baguette dans l'atrium. Lorsqu'il la récupéra, il avait beau avoir un air sûr de lui, il avait l'impression d'avancer comme un condamné. Il n'arrivait pas à se défaire de cette idée. Il n'était pas à l'aise ici, au Ministère de la Magie où il n'y avait que des anciens membres de l'Ordre du Phénix ou encore leurs sympathisants. Encore s'il y avait des connaissances avec qui discuter… Mais il n'y avait personne et il le savait très bien. Qu'est-ce qu'il lui avait pris, alors, de venir ici aussi tôt ? Il n'aurait su le dire. En tout cas, arriver à l'heure ne pouvait que faire du bien à son image. Surtout si c'était Granger qui dirigeait le procès. Il se renfrogna. C'était là qu'il devait faire le plus d'efforts. Le seul aspect positif, c'est que Potter lui aurait sans doute tout raconté, et qu'ainsi, elle saurait qu'il disait la vérité. Il avait intérêt à être sincère, car elle profiterait certainement du moindre faux pas… Avec un soupir, il parcourut l'atrium du regard et décida de descendre tout de suite en salle d'audience. Il consulta sa montre en or fin et constata qu'il aurait dix minutes devant lui. Puis, il prit l'ascenseur et commença à
descendre. Il y avait quatre autres personnes avec lui, portant un tapis qui semblait gigoter et qu'ils avaient du mal à maîtriser. Mais ils sortirent rapidement au grand soulagement de Drago qui ne supportait pas les halètements excessifs des sorciers. Au niveau 3, toutes les personnes qui étaient montées entre deux quittèrent l'ascenseur. Il était seul à présent. Mais à l'étage du dessous, une jeune sorcière brune monta et se figea en l'apercevant. Il lui jeta un coup d'œil surpris et reconnut avec effroi Hermione Granger. Il serra les dents mais au moment où il allait attaquer, il se souvint de sa résolution et ne broncha pas. Visiblement mal à l'aise, elle se mit à sa droite et ils descendirent tous les deux. Il s'efforça de rester impassible. Pourtant il était surpris car un regard sur le côté lui apprit qu'il n'y avait aucune trace de haine dans le regard d'Hermione, plutôt de la gêne. Il se détendit quelque peu, mais ne dit rien. Enfin, après un moment qui lui sembla être une éternité, ils sortirent à leur tour de l'ascenseur. Il alla s'asseoir sans un mot sur une des chaises disposées devant la salle d'audience numéro douze. Hermione ne l'imita pas, puisqu'elle ouvrit la porte et se réfugia dans la salle, sans la fermer pour autant.
- Vous… vous pouvez rentrer si vous voulez, lui dit-elle.
Drago n'était pas sûr d'en avoir envie mais obéit malgré tout. Elle ferma la porte derrière lui.
- Hum… Je voulais te…, je veux dire vous, dire un seul mot… Pour… pour la nuit où Vous-Savez-Qui est tombé… Merci.
Il la contempla avec étonnement. Il ne voyait pas du tout ce dont elle voulait parler. Déjà, le fait qu'elle lui parle… Brusquement tout lui revint en mémoire. Weasley mort sur les genoux de Granger, sa tante qui brandissait sa baguette sur lui avec un regard mauvais. Il comprenait mieux sa réaction dans l'ascenseur. Elle n'avait pas oublié, elle. Mais, pourquoi avait-il fait ça au juste ? Ah oui, il avait une dette envers eux. Et alors ? Il aurait pu passer outre. Il n'eut pas le temps de répondre car Granger était déjà partie s'installer sur la tribune. Elle n'attendait aucune réponse et visiblement ça ne changerait rien à la condamnation. Le cœur lourd, il s'assit sur le banc réservé au public en attendant. N'ayant rien de mieux à faire, il l'observa distraitement tout en réfléchissant à la façon dont se déroulerait le procès. Elle n'avait pas tellement changé, juste un peu plus efféminée qu'avant. Puis, il se surprit à se demander à quoi ressemblait sa vie à présent, sans Ron. A ce moment, la porte s'ouvrit et Potter entra.
- Ah, Harry ! Te voilà.
Soulagée de ne plus être seule avec Malefoy, elle se précipita vers lui. Elle avait bien remarqué comment il l'avait regardée et cela l'avait mise mal à l'aise. Certainement pour la déstabiliser…
- Harry va te mettre là-bas sur le banc des témoins, le procès va bientôt commencer. M. Malefoy, si vous voulez bien vous installer…
Elle le suivit des yeux tandis qu'il s'installait en soupirant sur le siège du milieu. C'était Harry qui avait demandé qu'on enlève les chaînes du fauteuil, à cause du mauvais souvenir que
cela lui inspirait. Hermione ne pouvait être que d'accord. Cela appartenait au passé. Comme les Détraqueurs, d'ailleurs. Le Magenmagot rentra dans la salle. Le cortège de sorciers, aux robes couleur prune avec un M brodé sur le côté gauche, prit place derrière elle, sur les gradins. Beaucoup avaient regardé Harry d'un air surpris, se demandant ce qu'il faisait sur le banc des témoins. Quand tout fut prêt, Hermione commença, et fut satisfaite car sa voix ne tremblait pas.
- Miranda, vous êtes prête ?
- Oui, allez-y Miss Granger, lui répondit la voix posée de la greffière.
- Bien. Procès du 23 août 2002, en présence du prévenu M. Drago Lucius Malefoy qui sera interrogé par Hermione Jane Granger, directrice du Département de la Justice Magique sur la base du témoignage de M. Harry James Potter. Il sera débattu des charges suivantes : Tentative de meurtre et complicité dans la mort d'Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore. Vous êtes bien M. Drago Lucius Malefoy ?
Quelle question idiote, pensa-t-elle, mais c'était l'usage. Apparemment Malefoy pensait la même chose qu'elle, puisqu'il arborait un petit sourire narquois qui disparut aussitôt.
- Oui, c'est bien moi.
- Donc vous ne niez pas d'avoir tenté d'assassiner M. Albus Dumbledore.
- C'est compliqué… En effet, j'ai d'abord voulu l'assassiner, tel que me l'avait ordonné le Seigneur des Ténèbres. Mais quand je l'ai désarmé et qu'il… qu'il m'a parlé, j'ai su que j'en étais incapable. Je ne suis pas un tueur.
Malgré elle, l'image de Travers s'effondrant sur la pierre dure s'imposa dans son esprit. Mais il ne l'avait pas tué, il avait provoqué sa mort, et c'était différent. En même temps, ce n'était pas elle qui irait l'annoncer au Magenmagot maintenant…
- Mais vous êtes tout de même un complice de Severus Rogue…
Elle ne put finir sa phrase. Cela n'avait aucun sens. Rogue avait été innocenté et réhabilité. Hermione se prit la tête entre les mains et jeta un coup d'œil au dossier Malefoy. Elle aperçut une note qu'elle n'avait pas remarquée auparavant. Malefoy était ici car il voulait un poste au ministère. Cela s'expliquait. Ce n'était pas facile, mais elle devait finir ce procès coûte que coûte. Malefoy, qui avait pris son mutisme pour une invitation à parler continua :
- Oui, c'est vrai, c'est à cause de moi qu'il est mort. Mais vous ne pouvez pas nier qu'il avait tout planifié. Ce qui n'efface pas mon geste, bien sûr. C'est pourquoi j'ai demandé comme témoin, M. Potter.
Hermione lui adressa un sourire reconnaissant et s'en voulut de ce moment de faiblesse. Elle saisit la balle au bond.
- Très bien, veuillez vous avancer M. Potter, s'il vous plaît.
Harry s'exécuta. Il attendit les questions qui ne tardèrent pas.
- Confirmez-vous les dires de M. Malefoy comme quoi il n'a pas essayé de tuer le professeur Dumbledore comme prévu ?
- Oui.
- Par quelle action l'a-t-il prouvé ?
- Il a abaissé légèrement sa baguette, mais les autres Mangemorts sont arrivés. Il était trop tard. Trop tard.
- Combien de temps s'est écoulé entre le désarmement et l'arrivée des Mangemorts ?
- Environ deux minutes. Malefoy avait le temps de tuer plusieurs fois le professeur, celui-ci le lui a même fait remarquer, mais il ne l'a pas fait.
- Merci M. Potter. D'autres questions ? demanda Hermione aux autres personnes dans les gradins.
Un vieil homme se leva. Il regardait Malefoy avec une haine intense. Celui-ci parut se recroqueviller dans son siège comme s'il attendait le coup fatal.
- Pourquoi, M. Malefoy, pourquoi est-ce à vous que Vous-Savez-Qui a demandé d'accomplir cette tâche ? Et pourquoi y avez-vous renoncé, à la dernière minute ?
Malefoy se tassa mal à l'aise. Il allait passer pour un lâche qui préférait mettre des innocents en danger plutôt que sa petite personne. Mais il avait changé. C'est pourquoi il voulait entrer dans le bureau des Aurors, un métier prestigieux qui redorerait le blason des Malefoy, déjà passablement terni. Pour cela, il devait gagner le procès. Il avait préparé ce moment depuis longtemps. Le tout était de ne pas se tromper. Il prit sa voix la plus pathétique et commença son récit :
- C'était pendant la guerre. Mon père avait échoué au Ministère pendant qu'il devait récupérer la prophétie. Cela n'a pas du tout plu au Seigneur des Ténèbres qui l'a puni… en m'offrant en pâture, une sorte de sacrifice. Il y avait deux possibilités : soit je réussissais, et mon âme serait tachée à jamais, mais pour lui, ce n'était pas possible. Même lui n'en n'avait pas été capable ! La deuxième, la plus plausible selon lui est que je mourrais en essayant de tuer Dumbledore et qu'il demanderait ainsi à Rogue de me remplacer. C'est ce qui a décidé mes parents à ne plus faire confiance au Seigneur des Ténèbres, et ma mère à faire croire à la mort de Harry la nuit où il est tombé.
Il se tourna vers Harry. Il acquiesçait lentement les yeux dans le vague. Gagné. Mais ce n'était pas fini.
- Pourquoi ai-je changé d'avis à la dernière minute, me demandiez-vous ? Eh bien, c'est très simple. Dumbledore m'avait promis de me protéger moi et mes parents de telle sorte que les Mangemorts ne nous retrouveraient pas. Et c'était mon vœu le plus cher.
Là j'ai peut-être exagéré, pensa-t-il. Mais lorsqu'il regarda les jurés du Magenmagot, ils étaient silencieux, quelques-uns avaient les yeux embués. Il se tourna de sorte à se trouver face à Granger. Elle l'observait d'un œil inquisiteur. Il en avait effectivement trop fait, mais elle ne dit rien, à son grand soulagement.
- D'autres questions ? demanda-t-elle.
Personne ne se leva.
- Qui est pour l'abandon de toutes les charges envers M. Malefoy ?
Elle leva la main. Drago la regarda, surpris. Elle fut bientôt suivie de plusieurs mains, toutes les mains ! Enfin, presque. Seul le vieil homme qui avait espéré le coincer tout à l'heure gardait les bras obstinément croisées.
- Les charges sont abandonnées.
