Aux alentours de dix-huit heures, dans la rue.

Nagisa ne cessait de ressasser les paroles de Rei tandis qu'il se dirigeait vers le café où il avait rendez-vous avec Kou. Les paroles du bleuté l'avait tracassé toute la nuit, et il avait eu du mal à s'endormir, ce que témoignait les légères cernes sous ses yeux. Il avait essayé de se souvenir des attitudes du nageur, et se rendait compte qu'il avait vraiment été plus qu'un ami avec lui. Oh, bien sûr, ce n'était que des sous-entendus, rien de bien explicite, mais qui, une fois repérés, devenaient limpides. Nagisa se souvenait bien entendu de son acceptation dans le club, ou encore lors de leur camp, où il souhaitait dormir avec lui, et encore beaucoup d'autres petites choses et attentions.

Mais à la réflexion, Nagisa se rendait compte qu'il avait quand même tout fait pour le faire espérer, et ce, sans vraiment le vouloir. Et ça, ce n'était vraiment pas quelque chose de bien. Le blond avait toujours été très tactile, mais personne ne lui avait jamais reproché jusque là. Et là, il se rendait compte que cette proximité avait été mal interprétée par Rei. Nagisa se mordit doucement le bout du pouce en fronçant les sourcils.

Bien sûr, cela ne le dérangeait pas que Rei l'aime lui, un homme. Mais il se rendait bien compte qu'il aurait du lui dire explicitement sa relation avec Kou ; il en avait souvent parlé avec le bleuté, mais c'était surtout pour valoriser la jeune femme. Il n'aurait jamais osé lui demander des conseils, parce qu'il avait bien sentit que parler d'elle l'agaçait, mais encore une fois, il ne s'était pas douté de la vrai nature. Nagisa avait envie de se gifler, tellement il était passé à coté de son ami et des sentiments qu'il pouvait éprouver. Il se promit d'aller lui parler, afin de s'excuser de son attitude envers sa déclaration et avec lui en général.

Il fut interrompu dans ses réflexions par la vue de Kou plus loin dans la rue. Celle-ci se dirigeait vers lui mais ne semblait pas l'avoir vue. Oubliant un instant ses réflexions, il décida de se cacher dans une petite rue pour lui faire peur. Espionnant du coin de l'œil la jeune femme, il vit qu'elle n'était pas seule. Bon, tant pis pour la blague. Mais quelque chose au fond de lui l'obligea à rester caché. Observant plus attentivement les deux individus, il identifia bientôt l'autre personne, qui n'était autre que Seijuurou Mikoshiba, le capitaine de l'équipe de natation de Samezuka et accessoirement l'ami de Rin.

Et ce que vit Nagisa ne lui plut pas, mais alors pas du tout. La jeune femme riait avec le vermillon, qui semblait lui raconter une histoire, aux vues de son expression changeante et de ses mains qui bougeaient. Enfin, plutôt sa main droite, la gauche étant bien calée dans la main gauche de Kou, la serrant fortement. Nagisa se retint de lui sauter dessus. Après tout, il ne ferait pas le poids dans un combat, même s'il était musclé. Alors, ravalant sa douleur et ses larmes, il regarda bien sagement le couple passer devant lui sans le voir, que Seijuurou passe un bras sur les épaules de sa "soit-disante" amie et qu'il l'embrasse doucement.

Le blond baissa la tête, le cœur battant furieusement et le corps tremblant. Et une seule question tournait en boucle dans sa tête : « Pourquoi ? » Il ne se souvenait pas avoir fait quelque chose de mal envers la rouge. Il ne l'avait jamais insulté, jamais frappé, jamais renié. Il avait toujours cherché à être attentif à elle et la faire rire. Parce que son rire était magnifique. Et maintenant, c'était un autre qui l'écoutait. Nagisa serra les poings et sortit violement de la rue, retournant chez lui. Il retint comme il put ses larmes sur le chemin, mais une fois la porte refermée, il se laissa glisser sur le sol et se mit à pleurer à chaudes larmes, la tête entre les bras et les genoux repliés vers son torse.

Il l'avait aimé dès la première seconde où il l'avait vue. Il avait adoré la taquiner sur son prénom et lui désobéir, juste pour la voir s'énerver contre lui. Parce qu'elle était magnifique. Et aujourd'hui, tout partait en fumée. Nagisa songea un instant à appeler Rei, parce qu'il avait besoin de réconfort ; parce qu'il souffrait bien trop et que son cœur lui faisait atrocement mal. Puis il se souvint que Rei l'évitait, et les larmes redoublèrent. Parce qu'il comprenait à présent la douleur de se faire rejeter, de se séparer de la personne que l'on chérissait. Alors il songea à Makoto. Lui ne le rejetterait pas. Parce qu'il a toujours été là pour les autres, et qu'il saurait sûrement quoi faire. Il attrapa son téléphone et composa le numéro. Après quelques sonneries, il entendit la voix de son ami. En pleurs, il lui raconta tout ce qui venait de se passer. Il lui parla aussi de Rei, et du fait qu'il ne savait pas quoi faire avec lui. Ni comment réagir face à Kou. Makoto le laissa parler, songeant pendant quelques millièmes de secondes que ce qui lui arrivait était en quelque sorte bien fait, car il souffrait autant qu'il avait fait souffrir Rei. Mais il effaça bien vite cette idée pour réconforter son ami et le conseiller. Pour Rei, il suffirait de lui parler et s'excuser. Pour Kou, une discussion s'imposait. Mais il ne fallait pas y aller directement, plutôt en douceur.

Après avoir remercié chaleureusement son ami, Nagisa raccrocha et alla se doucher. Il envoya un simple message à Kou.

"Je passerais te voir ce soir. Désolé de ne pas être venu au rendez-vous."

C'était sûrement un peu sec, mais Nagisa savait qu'elle ne serait pas venue, puisqu'elle était trop occupée ailleurs. Mais bon, il fallait bien sauver les apparences… Pour l'instant.

Il se retrouva quelques heures plus tard devant sa maison. Il hésita longtemps avant de sonner, effrayé par ce qu'il pourrait trouver. Elle n'avait trouvé aucune objection à ce qu'il vienne, mais l'autre pouvait toujours être là… Il souffla doucement de soulagement lorsqu'elle le fit entrer et qu'il n'aperçu aucune tête rouge/orangée. S'asseyant sur le canapé, il la fixa droit dans les yeux et attendit. Quoi exactement, il n'en savait rien, mais il ne savait surtout pas comment se lancer. Comment commencer ce genre de discussion en douceur, hein ? C'était bien plus sur qu'il n'y paraissait.

Ce fut la jeune femme, embarrassée par le silence pesant et le regard perçant, presque accusatif, de Nagisa, qui lança la conversation, les yeux rivés sur ses genoux.

"Je… Je ne suis pas allée au café, donc ce n'était pas grave si tu n'y étais pas aussi. J'ai eu un petit contretemps, et j'ai oubliée de te prévenir. Pardon."

Un petit contretemps, hein. Disons plutôt un autre rendez-vous plus intéressant, oui !

"Et ce petit contretemps ne s'appellerais pas Mikoshiba ?"

Pour la douceur, il repasserait. Mais il était bien trop en colère pour y faire attention. Kou releva vivement la tête et rougit légèrement. A l'intonation accusatrice de la voix du blond, elle savait qu'elle n'avait pas le droit de mentir. Mais il continua sur sa lancée avant qu'elle ait pu réellement confirmer.

"Je vous ai vu tout à l'heure, dans la rue. Tu avais l'air de bien t'amuser… Depuis quand êtes-vous ensemble ? Depuis quand tu me mens ?

- Et bien… Un mois, c'est tout."

Elle n'osait pas le regarder dans les yeux, et continua ses explications.

"Sur six mois, c'est bien peu, tu sais… Et puis, c'était une rencontre involontaire ! Rin voulait juste arranger un coup à son capitaine, mais il ne savait pas que j'étais avec toi… Alors on s'est fréquenté un peu, et puis il a voulu qu'on soit ensemble… Je n'ai pas pu le rejeter. Parce que je l'aime, tu vois ? Autant que toi… Je sais que je ne devrais pas te le dire comme ça, mais il faut être sincère dans un couple, non ?

- Tu te foutrais pas de moi là ? Je ne vois plus de couple depuis que je t'ai vue. Si tu m'aimais, tu ne m'aurais pas trompée avec ce stupide capitaine. Alors donne-moi la vraie raison. Il est plus musclé, c'est ça ? Plus drôle ? Non en fait, je crois que je m'en fiche. Tu me fais pitié, Kou. Je te croyais bien plus intelligente que ça. Alors reste avec lui, si c'est ce que tu souhaites. Mais ne me parles plus. S'il te plait."

Et sur ces paroles blessantes, il quitta la pièce et retourna chez lui, laissant la jeune femme désemparée. Celle-ci n'avait pas osé lui dire qu'elle ressentait beaucoup moins d'amour depuis quelques temps envers le blond ; ou plutôt, elle n'en avait pas eu le temps. Mais d'un autre côté, ses paroles l'avaient blessée, parce qu'elle savait que c'était vrai, qu'elle n'aurait pas du se jeter dans les bras de Seijuurou. Mais il était tellement craquant avec son sourire, son air franc et son physique magnifique… La rouge soupira et se passa la main dans les cheveux, avant de se rendre compte que quelques larmes coulaient sur ses joues. Alors elle se laissa aller et pleura.

Une fois calmée, elle décida d'appeler Seijuurou. Elle avait besoin de réconfort, et lui seul pouvait lui en procurer. Une fois qu'elle eut l'autorisation de dormir chez lui, elle prit quelques affaires et se rendit à sa maison.


Cette fiction est un recueil de bâtardise et de déprime, en fait x). Je fais un peu passer Kou pour une "femme méprisable" (c'est la vrai définition de salope, j'suis contente d'étaler mon savoir, voilà).

Sinon, ce chapitre est deux fois plus long que les autres. Parce qu'il faut beaucoup de temps à Nagisa pour réfléchir, donc bon...

Passons au Hors-Sujet (enfin presque) : normalement, il devrait y avoir une saison deux de Free! ce qui veux dire, encore plus de muscles, de beaux gosses et de couples à imaginer *o*. Et puis, les OP et ED de Free me donnent envie de revoir entièrement la saison. Voilà.

A la semaine prochaine !