Chapitre III
Alors que dans la profondeur de leurs gémissements étouffés par leurs baisers, Loras et Renly se faisaient intensément l'amour, à l'extérieur, Brienne, elle, était toujours contrariée. Dans quelques heures les premières lueurs du jour paraitraient, et il serait temps de se remettre en marche vers Peyredragon. Tout aurait été beaucoup plus simple si ce parvenu de Loras Tyrell ne s'était pas imposé ici avec culot. Mais après tout, puisque Lord Renly ne l'avait pas destituée de ses fonctions, elle pouvait encore espérer mener son armée au combat.
Malgré avoir bu un peu de vin, la jeune femme ne parvenait pas à trouver le sommeil et le silence qui baignait le camp ne lui était d'aucun secours, bien au contraire, ce silence avait quelque chose d'inquiétant de par sa profondeur. Brienne savait aussi qu'elle ne parviendrait pas à s'apaiser tant qu'elle n'aurait pas le plan précis de la marche à suivre en tête, et ça, seul Renly pouvait le lui communiquer. Mais que faire ? Après tout il était en compagnie de Tyrell, et le déranger en pleine nuit, à des fins, aussi louables fussent-elles, n'était peut-être pas la meilleure des choses à faire. Mais ne tenant plus en place, la blonde au regard perçant se leva, et marcha un peu pour aller rejoindre la tente de son seigneur. N'entendant rien à priori, elle souleva doucement l'un des pans de la tente pour s'assurer du sommeil du seigneur d'Accalmie, mais lorsque son regard rencontra ce qu'elle cherchait, elle tomba sur une scène des plus...troublantes : Renly, faisant l'amour à Ser Loras, qui lui le chevauchait avec indécence, assis sur son bassin. Brienne se figea et retint une exclamation de surprise, puis, son regard rencontra celui du roi, ce qui la mit d'autant plus mal à l'aise.
Face à cette intrusion gênante, Renly lui aussi se figea et balbutia :
- B...Brienne...je...enfin, que faites-vous...ici ?
Les joues du brun s'empourprèrent, mais Loras, toujours assis sur lui, le corps empli par Renly, ne semblait pas être troublé outre mesure. Le chevalier posa un regard en biais sur la jeune femme, laissant même paraître un petit sourire en coin, empreint d'une certaine satisfaction non dissimulée. Son roi était tout à lui et elle allait vite le comprendre...
- Lady Brienne, vous venez profiter du spectacle peut-être ?
Lança Loras, d'un ton qui masquait à peine son ironie, sans quitter la femme chevalier du regard. Mais elle n'avait que-faire des persifflages de cet avorton qui se pavanait sans cesse tel un paon devant Lord Renly, car tôt ou tard, elle savait, ou du moins espérait, que son seigneur se lasserait de lui et qu'il le renverrait sans plus de cérémonie à HautJardin. Navrée cependant de mettre son roi dans l'embarras par sa présence, Brienne s'inclina et détourna son regard de la scène, avant de déclarer humblement :
- Monseigneur, veuillez me pardonner pour cette arrivée impromptue. Je voulais simplement m'assurer de votre sécurité et obtenir, si Votre Majesté le veut bien, les informations nécessaires à notre organisation militaire. Il ne nous reste que peu de temps...
Rappelé à la réalité de son devoir, Renly acquiesça et se redressa sur ses coudes, constatant cependant que son amant, lui, ne semblait pas enclin à quitter leur sensuelle position, affichant même un petit sourire taquin. Il ne faisait aucune doute que le blond semblait beaucoup se distraire à faire ainsi exposition de sa relation devant Brienne, mais ce petit jeu dangereux n'était pas du goût de Renly, qui se sentait plus mal à l'aise qu'autre chose.
- Loras...
Murmura simplement le brun, d'une voix qui laissait transparaître son manque d'assurance, adressant un regard équivoque à son compagnon, lui intimant implicitement de se lever afin que tous deux pussent se rhabiller au plus vite. Le bel éphèbe se redressa alors lentement sur ses jambes, non sans un petit soupire lorsqu'il senti le membre de Renly le quitter, puis, une fois debout, il adressa un regard mauvais à Brienne, car après tout c'était bien sa faute s'il était privé de poursuivre ses ébats avec son amant. La combattante croisa les prunelles cristallines du Chevalier des Fleurs, sentant toute son hostilité envers sa personne, ce qui d'ailleurs était réciproque, mais ne dit mot. Il aurait été inutile de faire la moindre remarque de toute façon. Les deux jeunes hommes se revêtirent en silence, jusqu'à ce que Renly prenne la parole, se raclant un peu la gorge pour se redonner de la contenance.
- Bien. Ser Loras, laissez-nous je vous prie, j'ai à traiter de certaines affaires importantes avec Lady Brienne.
Le brun revêtit son masque de roi, ce qui lui interdisait toute familiarité, même envers Loras, bien qu'il en fût presque comique de le vouvoyer après ce que Brienne avait vu. Le chevalier fronça les sourcils, mécontent de se voir demander de quitter les lieux pour laisser cette femme seule avec son compagnon. Et Loras avait d'autant plus horreur de la façon formelle dont Renly s'était adressé à lui. Celui-ci attaqua donc d'un ton mordant.
- Il me semble utile de rappeler à Votre Majesté qu'en ma qualité de Lord Commandant de la garde, je pense être en mesure de vous assister dans vos affaires.
Renly réprima un soupire de lassitude, espérant ne pas avoir à recommencer sur un tel sujet avec Loras, d'autant plus que cela se soldait toujours par une dispute. Brienne, toujours silencieuse devait, elle, faire preuve de sang-froid pour ne pas donner une bonne correction au blond pour son effronterie. Sentant les tensions monter, le souverain décida donc de couper court.
- Lady Brienne a pris la relève, comme je vous en ai déjà fait part. Maintenant veuillez nous laisser je vous prie. Vous pouvez aller vous reposer, nous partons dans quelques heures.
Si un regard eu pu tuer, sans doute Renly serait-il mort sur le coup, car celui de Loras lançait en cet instant de véritables éclairs. Le chevalier s'inclina en silence et écarta rageusement un pan de la tente, avant de la quitter, laissant ainsi Brienne seule avec le roi.
- Je suis navré pour...ce que vous avez vu tout à l'heure. Ce n'était pas...
Déclara Renly, mal à l'aise, ressentant le besoin de se justifier, comme s'il fut coupable d'un crime. Mais Brienne le coupa, le regardant avec douceur.
- Ce n'est rien Monseigneur. Vous êtes le roi et vous n'avez nullement besoin de vous expliquer devant moi. Je suis simplement venue m'enquérir de notre plan d'avancée.
Renly lui adressa un petit sourire. Il appréciait beaucoup Brienne, tant pour ses capacités de guerrière que pour sa simplicité. Avec elle, jamais il n'eut besoin de se justifier car elle lui faisait confiance en tout point et était d'un tempérament posé. Il songea l'espace d'un court instant que quelques-unes de ces qualités auraient été utiles à Loras. Mais au fond, le souverain d'Accalmie ne pouvait nier que le tempérament entêté et bien trempé de son amant avait le don de mettre du piment dans sa vie souvent bien ennuyeuse. Puis, s'efforçant de sortir le Chevalier des Fleurs de ses pensées, le brun reporta toute son attention sur Brienne et se dirigea vers une petite table en bois, laquelle faisait office de table de stratégie. La jeune femme le suivit et posa son regard sur la carte à demi déroulée qui y trônait. Renly y passa une main, la mettant bien à plat avant de positionner de petites figurines de bois dessus, à l'endroit exact où se situait le camp. Il effectua ensuite quelques déplacements tout en parlant.
Demain nous auront atteint notre point d'impact avant la fin de journée. Il nous faudra mettre l'essentiel de nos forces ici et là. Brienne suivait les mouvements des figurines de bois avec grande attention, en plus d'afficher un air soucieux. Elle déclara finalement.
- Lord Stannis s'attendra surement à être pris de front, il utilisera le relief à son avantage et vos forces risquent d'être rapidement dépassées. Je pourrais néanmoins amener une partie des hommes ici, afin de parer à une attaque transversale qui nous coûterait beaucoup de vies.
Renly observa la femme chevalier et soupira légèrement. Il n'avait décidément rien d'un stratège contrairement à Loras ou Brienne, pour qui organiser ce genre de choses semblait couler de source. Celle-ci sembla d'ailleurs capter la lassitude de son seigneur et se sentit d'autant plus désireuse de tout faire pour le contenter.
- Si Votre Majesté le permet, je pourrais organiser et mener l'attaque.
- Et quel genre de roi serais-je si je ne suis même pas capable d'organiser l'avancée de ma propre armée ?
Commenta Renly, non sans une certaine amertume. Mais après tout ce n'était qu'un constat de la stricte réalité dans laquelle il était plongé. Dans quelques heures il affronterait Stannis au cours d'une bataille qu'il ignorait encore comment mener. « Un homme ne devient véritablement un homme que lorsqu'il a fait la guerre » telles étaient les paroles de son frère, hors jamais encore Renly n'avait fait la guerre, ni même tenu à la faire. Un roi qui n'aimait ni la chasse, ni le sang, ni la guerre était-il réellement un roi ? Tant de questions qui commençaient à se bousculer dans la tête de Renly, lui donnant un air encore plus soucieux. Mais il était trop tard à présent pour revenir en arrière, et la seule fierté qu'il lui restait lui interdisait de plier le genou face aux effronteries répétées de Stannis. Ainsi, la guerre aurait bien lieu et plus rien ne pourrait l'empêcher...
Le soleil était levé depuis plusieurs heures déjà, mais de gros nuages le voilaient, ce qui, pour les plus superstitieux, présageait une issue incertaine. Les soldats et les chevaux avançaient en silence, menés par Renly, Brienne et Loras, qui chevauchaient en tête de file. Depuis que Loras avait quitté la tente de son amant, pas un mot n'avait été échangé entre eux, et Renly sentait bien l'amertume du blond à son égard. En plus d'une guerre, cela laissait à supposer qu'ils finiraient encore par se disputer tôt ou tard. Rompant le lourd silence, Brienne déclara :
- Mon roi, je vous suggère de commencer à former les rangs, nous approchons...
Renly aquiesca, lui donnant le loisir de prendre le commandement, et les rangs furent vite formés. De son côté, monté sur son beau cheval blanc, Loras fulminait intérieurement. Mais ils n'eurent pas le loisir de se concentrer plus longtemps sur les aléas de leurs vies. Un peu plus loin en face, dans un brouhaha causé par le martellement des sabots de chevaux et l'avancée des hommes en armures, se trouvait l'armée de Stannis, celui-ci chevauchant en tête, juché sur son cheval noir, la mine austère, comme à l'accoutumée. A sa vue, Renly se raidit un peu en selle et Brienne s'empressa d'encadrer son roi de près, dardant son regard perçant sur le meneur de la garde adverse. Loras, lui, se tenait prêt à l'attaque. Se redressant fièrement sur son cheval en faisant abstraction de la douleur, toujours présente dans ses côtes, le jeune homme empoigna la garde de son épée pour la tirer dès que les hostilités seraient lancées. A présent, les deux armées se faisaient face, dans un lourd silence qui ne fut brisé que lorsque Stannis prit la parole, faisant avancer son cheval jusqu'à celui de son frère.
- Renly, alors tu es finalement venu. Je suis heureux de constater que tu n'as pas pris la fuite. Heureux aussi parce que c'est aujourd'hui que mon règne commence. Et il commencera à l'instant même où tu seras tombé.
Un léger sourire en coin dérida le faciès glacial de Stannis et l'estomac de Renly se noua. Comment son frère, ce frère qu'il avait jadis aimé, avait pu devenir un être d'une telle cruauté ? Voilà une question que resterait probablement sans réponse. Renly le savait, il n'y avait désormais plus de place pour la pitié. Un roi était un roi, et un roi combattait ses ennemis quoi qu'il en coûte. A côté de Stannis, se tenait une femme, portant une cape de voyage d'un pourpre sombre, dont la capuche rabattue en partie sur sa tête, contribuait à faire ressortir la pâleur de son visage aux traits fins et mystérieux. Sans doute devait-il s'agir de Mélisandre d'Asshaï, la « sorcière » dont Renly avait entendu parler. A sa vue, Brienne fronça aussitôt les sourcils. De nombreuses histoires lui étaient parvenues au sujet de cette prêtresse adoratrice du dieu du feu, aussi, préférait-elle rester sur ses gardes, n'ayant nulle confiance en sa personne. La « dame rouge », comme elle était surnommée, dégageait quelque chose qui mettait le souverain d'Accalmie fort mal à l'aise. Sans nul doute faudrait-il se méfier de cette femme durant la bataille, peut-être même plus que des hommes de Stannis eux-mêmes.
L'ainé des Baratheon reprit la parole, brisant ainsi l'étrange atmosphère qui s'était installée, l'espace de quelques instants.
- Sache que je te laisse une dernière chance de renoncer et de sauver la vie de tes hommes, Renly. Il te suffit de me reconnaître comme seul souverain véritable des Terres de l'Orage et d'Accalmie et j'épargnerais alors tous ceux qui sont venus avec toi jusqu'ici.
Renly fronça les sourcils et plongea son regard droit dans celui de son frère avec une pointe de défiance. Il n'était plus l'homme ni le frère, il était le roi.
- Tous ceux qui sont venus avec moi jusqu'ici, comme tu dis, sont venus pour te prouver ma souveraineté. Je n'ai pas fait tout ce chemin pour bénéficier d'une quelconque clémence de ta part. Je suis venu pour t'écraser et c'est ce que je ferais.
Les paroles de Renly claquaient tel un fouet. Stannis, face à lui, conservait une apparence parfaitement impassible, seule souriait la prêtresse qui se tenait à ses côtés un sourire mauvais, mesquin. Loras, lui, toujours en selle, tentait de ne rien laisser paraître de sa surprise face au comportement de son compagnon. Jamais le Chevalier des Fleurs ne l'avait vu aussi fort ni aussi déterminé. Renly se transformait peu à peu en roi, se montrant chaque jour un peu plus ferme, plus décidé, et lorsqu'il ne transparaitrait de lui plus que le souverain ultime des Sept Couronnes, que resterait-il de place en son cœur pour Loras...? Mais cette question ne tarauda pas bien longtemps le blond, car un mouvement dans l'armée de Stannis le fit revenir à la réalité.
- Je n'en attendais pas moins de toi. Par égard pour la mère qui nous a enfanté, je ferais en sorte de ne pas te trancher la tête tout de suite pour te laisser une chance supplémentaire de réfléchir pendant que tu verras tes hommes souffrir et se faire massacrer.
Stannis, ayant lâché ses dernières paroles, talonna un peu sa monture et reprit sa place à la tête de son armée. Dans les airs s'élevait son nouvel étendard, flottant au vent : un cerf, le cerf des Baratheon, entouré d'un feu aussi rouge que pouvait l'être les cheveux de sa sorcière. Celle-ci, avant d'éperonner son cheval à son tour pour rejoindre Stannis, ajouta avec un sourire en coin :
- N'oubliez pas Lord Renly, la nuit est sombre et pleine de terreur...
Plus question de faire marche arrière désormais. C'était maintenant qu'allait se jouer leurs destin, ici, sur cette colline, avec le bruit du vent qui amenaient les vagues à se fracasser contre les rochers en contrebas, pour seule litanie. Ce serait ici que les dieux décideraient s'ils devaient vivre ou mourir...
Les chevaliers des deux gardes abaissèrent leurs heaumes et sortirent leurs épées, les lances furent brandies en avant, les étendards bien dressés par leurs porteurs, et lorsqu'enfin les chevaux commencèrent à marteler le sol, lancés dans leur galop par les ordres de Stannis, ce fut là que la bataille commença. Les lames s'entrechoquèrent avec violence, des cris retentirent et les hommes n'avaient désormais plus qu'une seule chose en tête : tuer pour gagner le droit de vivre.
La bataille faisait rage et au milieu de ce chaos terrifiant, Renly s'efforçait de combattre vaillamment. Du sang, il y en avait partout, de même que les cadavres mutilés des deux armées qui jonchaient le sol. Dans ce tourbillon de folie meurtrière, le souverain d'Accalmie avait l'impression de perdre pied. Tout n'était plus que feu, sang et désolation autour de lui, et impossible de retrouver Brienne et Loras. Le brun avança néanmoins au sein de la bataille, planta sa lame dans la chair de ses assaillants. Derrière lui, Brienne criait des ordres, organisant un barrage et luttant pour ne pas se laisser écraser par l'armée de Stannis. Les hommes tombaient à vue d'œil et les choses étaient plutôt mal engagées.
- Sur les côtés ! Reformez les rangs !
Hurlait la jeune femme, la lame et l'armure maculée de sang, le sang de la bataille. Plus loin, Loras, lui, tentait de freiner l'avancée de l'ennemi sur les hauteurs rocheuses, accompagnés de ses hommes. L'épée à la main, il faisait rendre gorge à tous ces chiens, qui pour Stannis, tentaient de souiller l'honneur de Renly. Au milieu des flammes déclenchées par Mélisandre d'Asshaï, beaucoup périrent, la confusion rendait les hommes encore plus féroces. Brienne, tentant de contenir tant bien que mal son affolement, s'empressa de rendre compte de la situation à son roi.
- Votre Majesté, il faut se replier immédiatement vers les hauteurs, il ne reste plus assez d'hommes pour vaincre une telle armée !
Mais Loras, les ayant rejoints, s'imposa d'une voix forte et décidée, plongeant son regard droit dans celui de Renly, pour lui transmettre la confiance qui lui manquait.
- Non ! On peut encore gagner. Nous vaincrons et nous irons ensembles à Port-Réal prendre la tête de Joffrey !
Cela sonnait comme une belle promesse, un but qu'ils pouvaient encore atteindre et en lequel il se remettait à croire grâce à Loras. Alors, le brun acquiesça et déclara :
- Soldats, avec moi !
Levant les lames ensembles, les hommes d'Accalmie se lancèrent dans un ultime assaut des plus violents, Loras chevauchant en tête, bien décidé à en finir ici-même, quelle que soit l'issue. Talonnant son cheval blanc, le Chevalier des Fleurs fendit le rempart humain qui se dressait face à lui avec une grâce guerrière presque surnaturelle. Dans un regain de confiance et de force, brandissant bien haut la bannière véritable des Baratheon avec la volonté de renverser Stannis, s'ensuivit une charge unie, faite du cœur de tous les hommes qui se battaient avec foi pour Renly, et qui resterait, sans nul doute, gravée dans l'histoire...
