Bienvenue dans l'antre, lecteurs assoiffés de mots. Allongez-vous au sol de la crypte, les promesses viendront peut-être vous frôler. Les prières, leurs réponses, tout se mélangera...

Espérez sans espoir, ainsi personne ne sera déçu.


Chapitre II

When she embraces
Your heart turns to stone
She comes at night when you are all alone
And when she whispers
Your blood shall run cold
You better hide before she finds you

- Ice Queen, Within Temptation

There's no secret to living (There's no secret to living)

Just keep on walking

There's no secret to dying (There's no secret to dying)

Just keep on flying.

I'm gonna die in a place they don't know my name

I'm gonna die in a space they don't hold my fame.

God knows you're lonely souls

God knows you're lonely souls.

- Lonely Soul, Unkle

«Rentre ! C'est le moment où la lune réveille le vampire blafard sur sa couche vermeille.»

- Théophile Gautier


Elle était là. Face à la fenêtre de sa chambre. La lune haute prolongeait sa lumière sur le lac. Il y avait beaucoup de nuages épars.

Drago Malefoy était mort. Drago Malefoy était un vampire.

Cette vérité implacable semblait lui traverser le cerveau sans pouvoir s'y ancrer, comme une brise glaciale lui écorchant la colonne vertébrale.

Il avait bien essayé de l'empêcher de le découvrir mais les faits étaient là. Elle savait. Des tas de réalités concrètes vinrent heurter ses méninges : la directrice était au courant, cela n'était pas possible autrement. Et elle l'avait fait préfet pour qu'il ne soit pas dans les dortoirs des autres. Elle avait voulu les préserver d'un danger éventuel. Mais elle, pourquoi était-elle dans la même chambre que lui ?

Elle était là pour le surveiller. Sans le savoir. MacGonagall savait qu'elle lui ferait toujours respecter le règlement. Qu'elle le ramènerait à la réalité de l'école, sans cesse. Sans le savoir. Car Hermione Granger était une personne logique, tolérante et rationnelle. Hermione Granger était une personne mature et digne de confiance. Pourtant…

Pourtant, on lui avait confié cette mission sans qu'elle ne le sache. On avait refusé de la mettre au courant. Sans doute par peur de l'effrayer, par peur du refus. Contradictoire.

Mais lui, il savait forcément quel était son rôle. Il savait pourquoi elle avait été choisie : il savait qu'elle était là pour le surveiller.

Voilà donc pourquoi il essayait sans cesse de s'extraire à sa présence… Il n'avait probablement pas envie qu'elle devine. Car cela ne la concernait pas. Voilà donc pourquoi il l'évitait sans cesse.

On avait attendu d'elle une réaction rationnelle face à cette nouvelle, malheureusement, elle ne pouvait tout simplement pas l'offrir. Avoir mis le mot sur ce qui clochait, c'était en quelque sorte asseoir ses peurs sur des lettres indélébiles. Il ne pourrait jamais s'échapper de cet état et elle ne pouvait rien y faire. Ni soulager sa peine, ni égayer sa vie car cette dernière n'en était plus vraiment une.

Quittant son état de léthargie, elle se mit à réfléchir avec ferveur à toutes les informations qu'elle connaissait à propos des créatures de la nuit. Dans cette urgence, elle mélangeait tout, loups-garous, vampires, polymorphes…

S'affligeant en comprenant que tout cela ne menait à rien, elle finit par se résoudre à aller à la bibliothèque. C'était le beau milieu de la nuit mais il n'y avait pas d'heure pour s'instruire. Plus vrai encore, il n'y avait pas d'heure pour rester en vie. Après tout, elle était préfète-en-chef, elle ne craignait pas grand-chose à sortir de sa chambre en pleine nuit…

Mais à vrai dire, tout le problème résidait en la difficulté de sortir de sa chambre. Où était-il ? S'était-il calmé ?

Comment aurait-il pu se calmer ? Il ne pouvait toucher à aucun élève ! Il n'avait aucun sang à sa disposition ! Un jour prochain, il craquerait peut-être. Un frisson la parcourut toute entière.

Quelle horreur.

Comment garantir qu'il ne boive pas tout le sang de quelqu'un ? Il devait être assoiffé…

Guidée par l'adrénaline qui se répandait dans ses membres, elle fit un mouvement de baguette.

- Hominum Revelio.

Stupide ! Tu ne sais même pas si cela fonctionne sur lui… Il n'est pas vraiment humain… Et si cela ne fonctionne pas sur les elfes de maison… Pourquoi cela fonctionnerait-il avec lui ?

Quoi qu'il en fût, il n'y avait aucun signe de vie dans leurs appartements.

Signe de vie… Hahahaha… Il est mort, crétine ! Bien sûr que cela ne fonctionne pas sur lui.

Pétrifiée pendant un long moment, elle se décida enfin à se mouvoir jusqu'à la porte tout en scrutant les alentours à s'en faire mal aux yeux. Personne. Aussi vite qu'elle le put, elle traversa la salle commune et sortit de leurs appartements. Alors, comme conduite par une démence inaltérable, elle se mit à courir de plus en plus vite en direction de la bibliothèque. Ses chaussettes la faisait glisser, parfois, sur les pierres glacées et trop lisses du château.

Enfin arrivée à destination, elle dérapa devant la porte et se glissa à l'intérieur de la salle dans un silence religieux. Une fois la porte fermée, elle avança avec rapidité parmi les rayonnages. Elle les avait tous tellement parcourus qu'elle savait exactement où chercher. De plus, Harry lui avait parlé de cet homme… Impossible de se souvenir du nom de l'auteur mais elle se souvenait que le brun avait fait allusion à un certain Sanguini…

- Lumos

Toujours essoufflée par sa course, elle bifurqua dans un des petits couloirs entre les grandes bibliothèques et ralentit sa marche en analysant chaque titre.

C'est ça !

Sa main fine extrait un ouvrage du rayonnage.

Frères de sang : ma vie chez les vampires d'Eldred Worpel.

Avec sa précaution usuelle, elle souleva la couverture et les premières pages, vides, du livre. Elle arriva enfin à ce qui l'intéressait. Son doigt s'arrêta sur la feuille parcheminée et glissa en son long, suivant sa lecture…

Sommaire.

Cet ouvrage concentrera en divers chapitres une présentation générale des vampires, une introduction à leur mode de vie et enfin un historique des vampires à travers les âges.

I. Vampir, Vampyre, Vampire.

~ Les Vampires de L'Est.

~ Les Vampires d'Europe.

~ Vampires du monde

~ Vampires sorciers, vampires simples.

II. Le sang, la vie.

III. Pouvoirs

VI. Les légendes et mythes décryptés.

V. Monstres ou humains ? La Grande controverse de 1840.

C'est avec précipitation qu'elle tourna les pages jusqu'au chapitre II. De nombreuses pages évoquaient les légendes initiales mais enfin, elle arriva au paragraphe traitant le sujet qui la tourmentait.

Le Sang Humain : inévitable ?

Beaucoup de sorciers ont, au fil des âges, cherché à créer un substitut au sang humain pour les vampires. Si leurs découvertes furent vaines, la connaissance du gout des vampires s'est approfondie à mesure des siècles.

- L'Enfant & La Vierge : l'hydromel (Voir p257: Les Vampires et la religion)

- Le Vampire.

- Exclusion des différences sorciers/moldus.

Hermione parcourait les lignes avec célérité.

[…] un sang pur, délesté de tout vice, porteur de l'innocence et de la vertu. Les enfants et les vierges sont donc les «cibles» de choix pour les vampires. Après une longue entrevue avec Mauran, le chef du clan des Ambornéens du Nord, il m'a été prouvé que le barbarisme concernant les enfants et les femmes était formellement proscrit en temps de paix. Le vampire s'assure alors toujours de ne jamais être surpris en pleine succion, et use donc de douceur pour que la morsure soit indolore : voilà d'ailleurs la raison pour laquelle ils se nourrissent plutôt de nuit, lorsque les vivants sont profondément endormis. […]

[…] s'agit donc de la retranscription des propos tenus par Gleem Alister, vampire âgé de 186 ans.
«Le sang d'un mortel de sexe opposé est toujours enivrant pour un vampire. Mais le sang d'un enfant ou d'un vivant vierge est plus puissant et savoureux qu'aucun autre. Il est pratiquement impossible pour nous vampires de nous empêcher de le convoiter. Cependant, la loi 451-3 du code magique international (cf: p16), se référant aux créatures nocturnes dotées de conscience stipule très clairement qu'il est interdit de brutaliser quelque humain. Les enfants sont peut-être encore davantage concernés. Même si notre condition peut nous rattacher à l'animal, nous nous souvenons de ce que signifie être humains. La plupart d'entre nous l'ont été. Nous comprenons donc ce qu'est la protection du petit à travers une tribu, un clan, une famille et par extension dans la société.[…] Le mortel doit être consentant lors de la morsure, sinon il s'agit d'une infraction à notre propre code. L'insertion des vampires dans la société a toujours posé problème de manière générale, même si elle a été bien plus simple dans la population magique.
Encore aujourd'hui, les vampires sont plutôt mal vus et accueillis : les mortels ont peur, ce qui peut évidemment se comprendre puisque nous sommes des prédateurs à leurs yeux. Ils nous sentent, nous pressentent comme tels. Pourtant, les membres de clan tendent à toujours faire respecter avec vigueur les codes de conduites et les inculquent aux jeunes davantage en tant que valeurs qu'en tant que lois imposées et irrécusables.»

[…] Lorsqu'un vampire ne peut se nourrir de mortels ou de sang animal, il est contraint de s'automutiler. Il perd alors de la vigueur à mesure des années –ce qui reste imperceptible à l'œil mortel, à moins qu'il ne reprenne un régime de sang d'êtres vivants. Le gout du sang d'un vampire dépend : d'après les informations rassemblées, s'il s'agit de son propre sang, le sang est savoureux mais conduit presque immédiatement à une anesthésie globale (voir p29: anémie du saigneur). S'il s'agit du sang d'un autre vampire, le gout peut être de très banal jusqu'à délicieux et addictif selon l'âge du vampire (voir p321: Guerre d'Ornocle, vampires se dévorant entre eux après la législation de 1843).

[…] Ce sont les vampires qui les premiers affirmèrent que le sang n'était pas porteur de magie. Qu'il n'y avait donc, par là, aucune différence entre moldu ou sorcier.

Les vampires reconnaissent pourtant volontiers que le code de législation magique internationale ne protège que très mal les moldus des vampires et que par conséquent, il est plus prudent du point de vue légal pour un vampire de mordre un mortel simple qu'un mortel sorcier (voir : Controverse de Lancaster).

Hermione ne pouvait plus s'arrêter de lire. Comme si toutes les connaissances amassées allaient pouvoir l'aider à vivre la situation qui la tourmentait à présent. Pourtant, il lui semblait évident que le livre n'était pas si précis : Drago devait se cacher pour s'instruire, alors qu'il n'était pas lui-même responsable de son état. Des failles évidentes dans la législation créaient une béance dans l'ouvrage. Les parents auraient crié au scandale s'ils avaient su qu'un vampire était à Poudlard. Pire, si ce dernier était en plus le fils d'un ancien mangemort, l'école aurait eu de grands soucis à se faire.

Les vampires n'avaient donc pas concrètement de droits dans la société… Mais Drago réussissait pourtant à user de magie sorcière… Ce qui prouvait en plus une nouvelle fois que la magie n'avait rien à faire avec le sang : il n'avait bel et bien plus le même puisqu'il était mort.

Il devait probablement avoir acquis d'autres pouvoirs que ceux qu'il possédait déjà auparavant.

Elle se rendit donc au chapitre III.

[…] Vitesse, force, acuité des sens, attraction et répulsion, vieillesse en sursis […]

Évidemment.

Tout allait de mal en pis… Elle se rassura en se disant que cela pu être pire : elle aurait pu être une simple mortelle, sans aucun pouvoir magique. Sa baguette était une arme sûre pour se défendre contre lui. Pourtant, que pouvait-elle faire contre un vampire savant user de la magie, lui-aussi. Par ailleurs, il n'avait jamais été mauvais…

La réalité vint bientôt s'abattre sur elle comme une enclume sur une souris : il était dangereux. Très dangereux, puisque se trouvant dans une école... Pire, s'il ne se nourrissait que de lui-même… Et au mieux de quelques animaux de la forêt interdite… Il devait mourir de faim.

Les conditions n'avaient jamais été aussi peu favorables…

Elle tourna encore les pages pendant des heures, apprenant que les vampires pouvaient dormir mais qu'une heure leur suffisait grandement. Qu'ils n'avaient pas besoin de respirer sous l'eau tant qu'ils s'étaient suffisamment nourris car l'oxygène contenu dans le sang de leurs victimes leur assurait une nage longue. Que le soleil n'était pas fatal pour eux mais qu'il les fatiguait beaucoup… Et elle lut également des choses dont elle avait déjà connaissance : toutes les légendes inventées par les humains notamment avec l'ail, le miroir, les crucifix, l'argent, le bois et les pieux. Seul le pieu était vrai, pour la bonne et simple raison que si le cœur d'un vampire ne battait plus, il restait le centre névralgique de la distribution du sang dans le corps… Et donc de la survie de ces morts-vivants.

- Tu t'amuses bien ?

Elle poussa un cri strident et lâcha le livre.

Il était là, dans la pénombre, la scrutant de son regard froid.

- Avec un peu de chance, tu pourras écrire une dissertation sur mon espèce avec tout ce que tu as appris…

Hermione ne sut pas quoi répondre. Sa présence dans la bibliothèque à cette heure de la nuit semblait effectivement être une manœuvre sans aucune sensibilité, mais malgré tout, elle ne voulait en aucun cas qu'il voit les choses sous cet angle.

- Malefoy… Je veux juste m'assurer que tu sois bien.

Ces mots sonnèrent si mal et si faux qu'il ricana aussitôt.

- Ne me fais pas rire, Granger. Tu me prends pour un monstre ou au mieux pour un animal de foire. Tu crois que tu apprécierais si j'allais lire un bouquin sur les coincées-du-derrière-première-de-la-classe, juste pour me renseigner sur toi ? Arrête de te prendre au sérieux.

Il était vraiment en colère.

- Si tu avais des questions à me poser, il suffisait d'attendre le lendemain et je t'aurais répondu… Je suis la personne concernée, non ?

- Oh, est-ce que tu t'entends parler ?, s'insurgea-t-elle au beau milieu de sa panique, agacée de se faire insulter. Tu crois franchement que tu m'aurais répondu clairement et aimablement ? Tu m'aurais envoyé paître en me crachant encore à la figure que cela ne me regarde en rien !

- Et j'aurais eu tort, peut-être ?, cria-t-il à son tour.

- Je veux t'aider ! Et je vis avec toi ! J'ai le droit de savoir, bon sang ! Personne ne m'a dit… Personne ne m'a prévenue que…

- Que quoi, Granger ? Que QUOI ? Que tu es devenue mon plat favori ?

Drago l'avait plaquée contre le rayonnage, la dardant de son regard glacial.

- Assure-toi de bien te conduire en ma présence. Essaie de ne pas rougir, ne t'emballe pas, ne cours pas devant moi… Ne touche plus tes cheveux. Laisse-toi tranquille et tout ira bien pour toi. Pigé ?

Elle le fixa pendant un long moment, le cœur battant.

- Et il faut que j'arrête de respirer aussi ? Pour seoir à sa majesté ?, risqua-t-elle, regrettant presque aussitôt.

- Ne parle pas de miracles.

Ils restèrent silencieux tout en s'analysant.

- Excuse-moi pour ce soir… Mais je pense toujours que j'aurais dû être mise au courant… Et vouloir me le cacher à tout prix ne t'a visiblement pas aidé !

Drago ne lui répondit pas tout de suite mais il s'écarta d'elle à une distance raisonnable.

- MacGonagall estimait qu'il fallait te le dire, effectivement… Mais je n'étais pas d'accord. Et elle a accepté de se taire en me disant que de toute façon, tu le devinerais tôt ou tard… J'aurais préféré que ce soit plus tard… Mais toi et ton esprit de parano-maniaque…

- Si tu savais ce qu'il te dit, mon esprit de… parano-maniaque…, répliqua-t-elle, la gorge sèche.

Ils échangèrent un nouveau regard impassible et le silence s'installa à nouveau.

- Donc… Tu te mords… ?, finit-elle par dire en ramassant le livre, le replaçant ensuite sur l'étagère sans la regarder, bien trop craintive quitter Malefoy des yeux.

- Oui. Il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans la forêt interdite. Parfois, Firenze me ramène des biches de l'autre côté de la forêt mais ça reste très rare…

- Tu connais Firenze ?, s'enquit-elle, surprise.

- … Euh… TU connais Firenze ?

- Je te rappelle qu'il était professeur de divination en sixième année…

Drago resta sans voix.

- Ma parole… Pourquoi ne-suis-je pas étonnée… ?, marmonna-t-elle.

- Tu peux parler, je te rappelle que c'est toi qui a un souci avec la divination, mademoiselle bouquins-racornis.

- Il est accepté à nouveau dans son clan ?, le coupa-t-elle, irritée.

- Non, il en a créé un nouveau. Les autres sont partis après la défaite de Voldemort en disant que… Je sais pas quoi, les ondes étaient mauvaises… Enfin, j'ai pas trop écouté ce qu'il racontait à ce sujet.

Elle leva les yeux au ciel.

- Tiens donc.

- Quoi encore ?

- Ce serait un miracle que tu écoutes parler quelqu'un d'autre que toi-même.

Il arbora une mine dégoutée.

- Ça y est, c'est reparti. Je suis le grand-méchant, vil et cruel et toi tu es la douce princesse innocente et pure.

- C'est bien pour ça que tu veux me…

Elle s'interrompit brutalement, l'air interdit. Drago, quant à lui, esquissa un sourire sournois.

- Que je veux te… ?, susurra-t-il d'une voix madrée.

Hermione préféra ne rien ajouter.

- D'ailleurs… Granger… Si tu sais tout ça, maintenant… Tu dois donc avoir compris que je suis au courant…

- Au courant de quoi ?, feignit-elle en regardant ses chaussettes.

Il s'approcha d'elle lentement et pencha sa bouche vers son oreille, les yeux fixés sur le rayonnage derrière elle.

- Tu connais mon état : tu te doutes alors que je connais le tien… C'est ce qui s'appelle un mal pour un bien, répondit-il simplement de sa voix trainante.

Un frisson lui parcourut l'échine.

- En tout cas, il y a un avantage. Tu sens beaucoup moins mauvais maintenant que par le passé.

La jeune fille n'eut même pas le temps d'arborer un air outré : il avait déjà tourné les talons.


Hermione se réveilla, mortifiée de se dire qu'elle ne pourrait rattraper son retard de sommeil durant la matinée. Bien qu'il s'agisse d'un samedi et que les vacances de la Toussaint (1) commençassent, elle avait prévu tout un programme de révision pour les ASPICS. On-ne-commençait-jamais-assez-tôt-à-réviser, disait-elle toujours.

L'important était de tout suivre à la lettre pour ne pas se mettre en retard.

L'affaire Malefoy était très préoccupante et l'idée de le laisser seul durant des jours ne lui plaisait pas. Elle avait donc décidé de rester au château et pour cela, elle devait descendre dans la Grande-Salle et signaler à Harry, Ron et Ginny qu'elle ne repartirait pas avec eux pour ces congés. Elle avait aussi envie d'en apprendre plus et d'essayer de l'aider. Peut-être pourrait-elle trouver quelque chose à faire pour soulager sa nouvelle condition.

C'est en y réfléchissant qu'elle arriva dans la Grande-Salle. Ses trois acolytes avaient déjà descendu leurs malles.

- Mon dieu… On t'a jeté un sort ?, s'inquiéta Ron.

Hermione se toucha le visage, comme pour vérifier qu'elle n'était pas boursouflée.

- Non, qu'est-ce qui te fait dire ça, s'enquit-elle, surprise.

- Ben, ta malle, tu l'as oubliée… !

La jeune fille roula des yeux.

- En fait, j'étais descendue vous voir pour vous signaler que finalement je reste pour la semaine. Je dois travailler… Ce n'est pas comme si c'était important, ce n'est qu'Halloween.

Ses trois amis firent la moue.

- Hermione, franchement, se plaint Harry. Tu prends toujours les choses trop au sérieux : tu auras encore des Optimal dans toutes les matières, que tu t'y mettes maintenant ou en mai.

- En plus, je comptais sur toi pour me tenir compagnie, insista Ginny.

Hermione esquissa un sourire.

- Je ne suis pas sûre que tu aies besoin de compagnie ces vacances-ci, Gin'…

Elle montra Harry du menton et Ron se rembrunit. Les deux autres se regardèrent avant de rire. Ils finirent par tous quitter la Grande-Salle et Hermione les accompagna jusqu'aux Sombrals –qu'ils voyaient malheureusement tous, à présent-.

- Tu es sûre que tu ne veux pas venir ?, demanda Ron en faisant léviter sa malle à l'intérieur de la diligence.

- Pour la mille et unième fois, oui, je suis sûre, Ronald Weasley !

Les sombres chevaux se mirent en marche et Hermione leur fit au revoir jusqu'à ce qu'ils disparaissent en prenant la direction de Pré-Au-Lard.

Elle remonta les escaliers, un peu triste à l'idée de les laisser repartir sans elle, mais elle se ragaillardit très vite en pensant à la dissertation sur les vertus des métaux précieux pour élever les Hiwiwi –de capricieuses mais adorables petites créatures vivant dans les champs, dévorant les insectes nuisibles-.

- Qu'est-ce qui te rend si heureuse, Granger ?

Blaise Zabini descendait les escaliers en la regardant, un sourire malicieux apposé sur le visage.

- Les révisions, dit-elle fièrement.

Le jeune homme rit de bon cœur en continuant sa descente. Alors qu'il entrait dans la Grande-Salle, elle crut l'entendre dire, "Ah, ces Gryffondors…!"…

Elle finit par arriver dans ses appartements : vides. Pendant un instant elle eut un doute, et alla frapper à la porte de Malefoy.

- Euh… Tu es là ?

Personne ne répondit. Au bout d'un certain temps, elle finit par ouvrir la porte : la chambre était vide, elle-aussi.

Elle referma doucement la porte, songeuse, avant d'aller se mettre au travail.


Il n'était pas rentré et il était déjà vingt-trois heures. Hermione n'avait pas quitté sa chambre de la journée, à part pour descendre chercher à manger dans la Grande-Salle. A la fin de la journée, elle avait pris une avance appréciable sur son programme de révision… A vrai dire : la botanique, les runes, l'arithmancie et les potions étaient finies pour les vacances…

Lorsqu'elle ajouta le point final à son compte-rendu sur les griffes de salamandre dans la curation des grandes brûlures, il était précisément vingt-trois heures treize. Malgré la fatigue accumulée la veille, elle n'avait pas envie de dormir : il n'était pas revenu. Elle décida donc de passer le temps et d'aller prendre une douche.

Même si elle essaya de prendre le maximum de temps, elle sortit de la salle de bain à vint-trois heures quarante-deux. Elle s'habilla, rangea sa chambre et tria tous ses livres par ordre alphabétique, dans chaque domaine. Minuit six, toujours personne.

- Nom d'un Botruc ! Qu'est-ce qu'il peut bien fabriquer !, l'incendia-t-elle pour elle-même face à la fenêtre, les mains sur les hanches.

- Tu parles toute seule, maintenant ?

Elle sursauta en diable en se retournant : il était dans l'embrasure de la porte de sa chambre.

- Bon sang ! Tu pourrais frapper avant d'entrer ! Tu m'as fait une peur bleue.

La main sur le cœur, Hermione le dévisagea en essayant de voir d'où il venait d'après son apparence. Malheureusement, son regard resta fixé sur le rictus qu'il arborait.

- Tu m'attendais ?

- P-Pas du tout !, se défendit-elle avec énergie, mais sans le moindre argument.

Peu convaincu, Drago acheva d'ouvrir la porte et entra dans la chambre d'Hermione.

- Hop hop hop, tu crois aller jusqu'où, comme ça ?, l'invectiva-t-elle, plus inquiète qu'autre chose.

- Relax, Granger… Je ne vais pas te bouffer.

Il éclata d'un grand rire à sa propre blague, qui curieusement ne fit pas vraiment rire Hermione. Elle croisa les bras sur sa poitrine et c'est à ce moment là qu'il remarqua son pantalon et son haut aux rayures écossaises.

- C'est quoi cette tenue ?

- Ça s'appelle un pyjama de fille, crétin profond.

- Je ne suis pas sûr qu'on puisse appeler ça un pyjama du tout, railla-t-il.

Hermione leva les yeux au ciel en secouant nerveusement la tête.

- Personne ne t'a demandé ton avis.

- Personne ne te demande jamais le tien non plus…Tu n'arrêtes pourtant pas de le rabâcher à longueur de journée…, cingla-t-il paresseusement.

- Je peux te demander ce que tu fiches ici ? Tu n'as qu'à aller dans ta chambre !, finit-elle par dire, se trouvant bien bête de s'être inquiétée pour cet imbécile.

Il cessa de se moquer d'elle pour ne conserver qu'un sourire malin.

- Merlin, ce que tu peux être susceptible, Granger… Enfin bref… Je te conseillerais vivement de cesser de m'attendre pour les autres soirs. Je compte bien profiter des vacances pour faire des descentes dans quelques villages.

- Je te demande pardon ?, s'enquit-elle, estomaquée.

- Faut bien que je bouffe, tu sais.

- Nous ne sommes pas de la bouffe, nous sommes des êtres humains. Et je te rappelle qu'il n'y a pas un an, tu en étais un aussi.

- Sans blague ?

A présent, il ne souriait plus du tout.

- Il faut bien que je me nourrisse. Et je me nourris de quoi ? Enjolive si ça te fait plaisir, mais trahir la vérité parce qu'elle te fait peur est ridicule. Ce n'était pas toi qui prônais que la peur d'un nom accentuait la peur de la chose elle-même ? Gryffondor, tu parles.

Il claqua la porte derrière lui.

- Et c'est moi qui suis susceptible…, soupira-t-elle.


Le dimanche matin, Hermione avait décidé de s'accorder une pause bien méritée et de paresser dans son lit : elle se leva donc juste avant le brunch, à 11h. Elle estima qu'elle n'avait pas à travailler pour la journée et qu'elle ferait bien de sortir pour prendre un peu l'air : la veille, elle était après tout restée enfermée toute la journée.

En sortant de son lit, elle s'examina dans le miroir à bascule près de son armoire. Certes, ce n'était pas une tenue très esthétique mais qui avait besoin de se pomponner pour se mettre au lit, franchement. Peut-être était-ce la sévérité des rayures qui l'avaient fait rire, comme si étrangement elle avait besoin de rigueur jusque dans les motifs de ses vêtements de nuit.

Elle déboutonna un bouton de sa chemise : cela faisait juste plus décontracté. Un autre, alors. Mais cette fois-ci, cela faisait vraiment débraillé. De plus, elle avait la désagréable impression qu'un interlocuteur hypothétique aurait eu tout le loisir d'observer sa poitrine.

Pas question.

Elle finit par déboutonner le reste des boutons et défaire le nœud de son bas de pyjama. Elle était presque nue lorsque quelqu'un frappa à la porte. Avec précipitation, elle saisit un plaid en laine reposant sur un fauteuil et se couvrit le haut du corps.

- N'entre pas !

Il y eut un silence assez long.

- … Moi qui venais m'excuser, railla une voix sarcastique au possible.

- Non, ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas en tenue…!, eut-elle bien du mal à dire, rougissant comme une tomate bien mûre.

Un bruit sourd se fit entendre, comme si Drago s'était adossé à la porte.

- Finis de t'habiller, je voudrais te parler…

Elle s'exécuta donc, avec une très curieuse sensation au creux du ventre. Avait-il besoin de rester contre sa porte ? C'était presque comme s'il était à l'intérieur, à la regarder faire. Une fois qu'elle eut enfilé une jupe couleur acajou et une chemise blanche, elle aplatît ses cheveux sur sa tête et s'approcha de la porte.

- Je vais sortir.

La planche de bois se fit soudainement comme plus légère et elle s'ouvrit avant qu'Hermione ne put esquisser le moindre mouvement vers la poignée.

Ils se regardèrent fixement pendant quelques instants jusqu'à ce que la jeune fille prenne la parole.

- Pour hier, je ne voulais pas te faire de peine quand je t'ai dit… Enfin tu sais.

Drago la darda de son regard glacial.

- Me faire de la peine ?, répéta-t-il.

- Apparemment c'est ce qui s'est passé puisque tu t'es vexé.

- Vexé ? Mais ma parole, Granger, t'as mangé un farfadet avant de te coucher ou quoi ?

- Bon, ce n'est pas grave, passons, abdiqua-t-elle, exaspérée. Tu voulais me dire quelque chose…?

Le jeune homme examina un tantinet la tenue d'Hermione avant de répondre.

- Tu restes pendant ces vacances ?

- Oui.

- Pourquoi ?

Hermione frotta ses lèvres l'une contre l'autre, y réfléchissant sincèrement.

- Je pense que je voulais en apprendre davantage sur toi, dit-elle simplement, en toute franchise.

Il la détailla de bas en haut avant de soupirer.

- Tu te rends compte que tu me prives d'une période où je n'aurais pas été harcelé par ton odeur ?

- Je n'avais pas vraiment songé à ça…, avoua-t-elle.

- Ça, c'est une première.

- Mais, peut-être que tu peux t'y habituer, non ? A mon odeur…

- Je ne crois pas que ce soit possible, Granger. Tu sembles de plus en plus délicieuse, de jours en jours, finit-il par murmurer en souriant à pleines dents.

La jeune fille sentit son sang se glacer dans ses veines. Que ne fallait-il pas entendre !

C'est en regardant son sourire qu'elle vit que ses canines étaient tout à fait bien proportionnées. Il s'en rendit compte puisque son sourire se rétrécit en un rictus moqueur.

- Je t'ai déjà dit de me demander directement, quand tu avais une question…, lui rappela-t-il la voix un peu lasse.

- Tes canines.

Il se rapprocha d'elle subitement, à une vitesse bien au-dessus de la normale. Ses bras vinrent l'encercler, comme pour lui empêcher la moindre tentative d'évasion. Il pencha alors son visage vers le sien, inspirant l'odeur que dégageaient ses cheveux. Lorsqu'il sourit à nouveau, ses canines s'étaient allongées et semblaient aussi tranchantes qu'une lame de rasoir.

- Il faut que je sois... stimulé… pour qu'elles sortent, dit-il simplement avant de s'éloigner à nouveau d'elle.

- Ce n'est pas… Dangereux… ? Je veux dire, de t'approcher comme ça de moi ?

- Ça va. Je viens de manger. Ça pourrait le devenir si j'étais affamé et si tu m'allumais comme tu le fais, parfois…

Hermione arbora une mine outrée.

- De quoi tu parles ?

- Nous avons déjà parlé de tout ça : tu rougis, tu secoues tes cheveux… Bref, tu ne t'en rends peut-être pas compte mais je t'assure que ça me donne envie de te becter.

- Super.

- D'ailleurs, Granger… Je te fais peur ?

- Pas plus que par le passé, mon pauvre…, asséna-t-elle en marchant vers la sortie de la salle commune : elle aussi mourrait de faim.

- Pourtant je trouve que ton cœur bat bien vite quand tu es avec moi. Ça ne m'aide pas vraiment à me concentrer, si tu vois ce que je veux dire.

Elle leva les yeux au ciel et quitta la pièce sans répondre.


Il n'y avait pas à dire, seuls les elfes de maisons de Poudlard étaient capables de préparer des repas comme ceux que l'on leur servait durant les périodes de vacances. Pendant l'année, les petits-déjeuners étaient très savoureux mais plus conventionnels… Mais durant les congés, il semblait que les elfes souhaitaient bichonner les élèves…

Les tables croulaient sous les toasts grillés, les pichets de jus frais de toutes sortes, de lait mais aussi de chocolats ou de thé. Il y avait des pots de marmelades et de confiture, de beurre de cacahuète, de mélasse d'Honeydukes (la pâte à tartiner préférée des petits sorciers!), des beignets aux fruits ou au chocolat, des œufs cuits à toutes les manières, accompagnés de tranches de bacon fines et parfaitement rissolées. Il y avait aussi la possibilité de manger du hareng frais ou encore des salades de fruits à peine cueillis…

Bref, l'odeur qui émanait de la salle aurait ravi n'importe quel être-vivant.

Hermione s'installa à la table des Gryffondors : il restait bien la moitié des élèves dans l'enceinte de l'école, la salle était donc loin d'être vide. Elle entama alors une discussion avec Amy Hopergreen, une Gryffondor de troisième année.

- Vous êtes des héros. Quand je pense que vous devez rester une année de plus ici après tous les prodiges que vous avez accomplis ! Comme si vous aviez besoin de passer les ASPICS !

- Je suis bien contente d'être revenue à Poudlard faire ma septième année… Avoir étudié dans cette école est une période de ma vie que je chérirais sans doute plus qu'aucune autre… Et il est sot de penser que parce qu'on a réussi une fois, on ne peut plus échouer… Et puis, j'aime apprendre…

- Je ne vois pas ce qu'on peut apprendre de plus, une fois qu'on est suffisamment fort et intelligent pour avoir battu Voldemort.

Plus personne n'avait peur de prononcer son nom, à présent. C'était une fierté pour chacun de pouvoir le déclamer sans craindre de se faire tuer… Hermione avait tendance à trouver cette nouvelle mode quelque peu stupide mais elle savait qu'elle s'ancrerait dans les manières des sorciers pour les décennies à venir et s'y habituer paraissait être l'attitude la plus pertinente. Après tout, c'était elle-même qui, comme le lui avait rappelé Malefoy, avait répété sans cesse qu'il ne fallait pas craindre de prononcer le nom du mage noir. Pourtant, elle gardait le souvenir amer du jour où elle l'avait sottement laissé échapper, faisant rappliquer les mangemorts dans la minute… Plongée dans ses souvenirs, elle fit peu attention à la litanie que récitait son interlocutrice.

- … condamnée à vivre avec un mangemort. Comme si tu ne t'étais pas suffisamment battue, il faut en plus qu'on t'impose sa présence… Tout le monde sait pourtant qu'il croyait dur comme fer à toutes ces âneries sur le sang…

Le mot sang la ramena à la réalité. Hermione fronça les sourcils aussitôt.

- Ne sois pas comme ça, Amy… Ne sois pas haineuse, conseilla Hermione d'une voix calme. Les deux camps ont perdu des proches… Et puis, ce n'est plus un mangemort… et je sais qu'il a changé d'avis à propos des… sang-de-bourbes…, ajouta-t-elle en essayant de réfréner un sourire ironique.

Amy ne lui répondit que par un sourire sceptique mais poli.

- Il a changé. Ce n'est plus le même qu'avant, assura-t-elle en voyant que sa cadette n'en croyait pas un mot. Tu ne peux pas juger quelqu'un éternellement pour les erreurs qu'il a commises dans le passé… Il regrette…

Regrettait-il ? Elle ne lui avait pas posé la question mais quoi qu'il en soit, bien qu'ils n'aient pas discuté de cette période très sérieusement, elle préférait faire taire les médisances à son sujet. Et elle était l'une des mieux placées pour le faire puisqu'elle avait été sa victime directe pendant des années… non ?

- Tu es peut-être trop indulgente à son sujet, insista Amy.

- Je préfère penser que je n'aurais pas été de ceux à lui fermer la porte au nez. Il fait sa septième année comme nous, comme moi. Il a le droit à une seconde chance et je suis prête à faire partie des personnes qui désirent l'aider.

Voyant qu'Amy ne se laissait pas persuader, elle décida d'abandonner le sujet. Après tout, tout ce qui aurait éventuellement pu convaincre quelqu'un, elle l'avait dit, et si les gens n'accordaient pas de crédit à ses propos, c'est probablement parce qu'ils étaient trop obtus. Défaut qu'elle avait toujours détesté.

Sentant elle-aussi la gêne occasionnée par la discussion, la jeune Gryffondor s'éclipsa avec un groupe de jeunes de son âge.

Tout ceci laissait Hermione encore plus songeuse qu'à l'accoutumée. Elle mâchonnait ses œufs brouillés sans trop vraiment y penser, un peu déçue du monde. Quoi que l'on pouvait en penser, les gens ne cesseraient jamais d'être intolérants à leur manière. Cette façon de concevoir l'avenir la plongea dans une mélancolie désagréable. Elle détestait par-dessus tout se montrer fataliste, mais la réalité rattrapait souvent ses ambitions altruistes et idéalistes.

Mais en dehors des hautes sphères de la pensée humaine, un grand SPLASH se fit entendre. Elle fut soudainement recouverte d'une matière gluante, poisseuse et… orange ?

- Mais enfin, Albert ! Faites donc attention, bon-sang !, cria une voix familière. Vous avez oublié comment faire léviter une citrouille ? Je vous rappelle que l'on apprend la lévitation aux premières années !

Le professeur Flitwick admonestait sévèrement un élève apparemment chargé de l'aider à suspendre les citrouilles dans les airs… Une d'entre elles s'était éclatée sur la table où petit-déjeunait Hermione.

La plupart des adolescents explosèrent de rire en voyant à quoi ressemblait la sorcière. Elle enleva le plus gros avec sa baguette avant de sortir de la salle, un peu démoralisée. Hermione le fut encore davantage lorsqu'elle remarqua Blaise Zabini et Drago Malefoy complètement morts de rire à l'entrée de la Grande-Salle.

- Il n'y a pas de quoi rire, dit-elle platement.

Ils ne purent même pas répondre tant ils s'esclaffaient et elle monta les escaliers en vitesse, désespérée par leur comportement. Un sourire lui traversa tout de même le visage lorsqu'elle imagina d'un point de vue extérieur ce qui venait de lui arriver.

Je sens que cette journée va être faste…


Le soleil se couchait, au loin, laissant filtrer ses derniers rayons à travers les feuilles des arbres. Quelques particules scintillantes peignaient l'air de couleurs arc-en-ciel et les oiseaux se taisaient un à un. C'était sans doute à ses yeux le moment idéal de la journée pour faire une promenade.

Il contourna la grande-porte du château et commença à en faire le tour pour se diriger vers l'orée de la forêt. Sa marche était lente, loin d'être pressée de toute façon, et le vent balayait agréablement ses cheveux sur son visage. Il dépassa le saule cogneur et marcha le long de la rive du lac, donnant de légers coups de pieds dans les galets les plus petits, comme dans l'idée stupide de changer le décor à son goût. L'eau venait mourir en d'imperceptibles vaguelettes sur les pierres grises, créant une petite écume d'eau douce, perlée de bulles de toutes les tailles.

La pente se repiquait alors en montée, surplombant d'une petite hauteur le lac en divers talus plus ou moins abrupts. L'herbe haute se mêlait aux roseaux, à la mousse épaisse et aux élodées qui grimpaient jusqu'au dessus de la surface de l'eau. Quelques potamots perfoliés et nénuphars traversaient aussi la surface, aux endroits les moins profonds.

Il jaugeait l'eau tout en marchant, cherchant à y repérer quelque créature aquatique. Le soleil vint enfin se tremper dans le lac, comme un gros biscuit bien doré viendrait se plonger dans un thé trouble. Rapidement, il finit par s'y noyer alors que Drago s'était arrêté pour le contempler, se sentant pourtant de plus en plus mal à chaque minute.

La lumière éblouissait ses yeux comme ses membres. Cela ne le brûlait pas mais un engourdissement désagréable s'emparait de son corps par ondées envahissantes et inconfortables. Cela ne le blessait pas, ni ne l'affaiblissait vraiment –c'était le coucher du soleil, après tout-, mais il savait que faire ceci n'était pas preuve d'une grande sagesse. Il aurait davantage faim par la suite, et plus tôt. Il lui faudrait également dormir, activité qu'il ne pratiquait que très peu…

Admirer le soleil n'était décidément pas une activité propice pour un vampire… Et cela était vraiment dommage car c'était un spectacle qu'il aimait beaucoup, qui l'apaisait.

Une odeur vint réveiller ses sens. Ambrée, chaude, rieuse, elle s'approchait de lui à vitesse humaine.

Blaise.

- Mec ! Qu'est-ce que tu fous ? Je t'attends devant la Grande-Salle depuis dix minutes… !

- T'as pas bientôt fini de brailler, l'Afro ?

- Et toi, avec tes activités de vieil anglais romantique, l'Albinos ? Tu te prends pour William Cowper (2) ?

Drago haussa un sourcil, amusé.

- Fais gaffe, Az', j'ai pas encore bouffé.

Son ami pouffa, lui donnant une accolade qui lui aurait certainement déboité l'épaule s'il avait été encore humain.

- J'ai pas vraiment envie d'aller voir mes poulets s'engraisser, si tu vois ce que je veux dire… Et j'ai la dalle.

- Allez, ramène-toi. Imagine qu'on rate Granger se faire asperger une deuxième fois. Je ne sais pas si je pourrais te le pardonner…, railla Blaise.

Réjoui par ce souvenir, le blond laissa son sourire s'élargir et lui emboita le pas.

Ils remontèrent vers le château en discutant des escobarderies de leurs cadets Serpentards. Blaise lui fit remarquer qu'en tant que préfet en chef, il était pourtant censé faire régner l'ordre. C'est à cette occasion qu'ils rirent à nouveau de Granger puisque Drago ne l'aidait aucunement dans leur tâche et que la voir courir derrière des deuxième ou des troisième-année était un spectacle des plus divertissants.

Comme d'habitude, lorsqu'ils s'assirent à la table des Serpentards, ils furent suivis par pas mal de regards. Et comme toujours, ils ne s'en soucièrent pas et continuèrent leur discussion comme s'ils étaient seuls dans la salle. Généralement, ils s'installaient à l'écart pour que leur conversation ne soit ni dérangée, ni entendue.

Quand Blaise commença à manger, Drago posa son menton sur sa paume, l'observant comme à l'accoutumée. Son ami, même s'il avait été gêné les premiers temps, ne faisait plus de remarque sur ce comportement. Il savait que ce genre de discussions lui déplaisait.

- Alors… ? Ce soir, tu fais une descente ?, s'enquit finalement le sorcier pour sortir Drago de sa torpeur.

Effectivement, le blond sembla comme reprendre ses esprits. Son regard vagabonda un petit temps sur les autres élèves en plein repas avant de venir se plonger dans celui de Blaise.

- Je ne sais pas encore.

Zabini resta silencieux quelques instants, profitant de l'occasion pour finir le contenu de son verre. Il reposa ensuite son gobelet sur la table en un bruit mat qui se perdit dans le vacarme de la Grande-Salle.

- Tu m'as dit que tu avais faim, rappela le bel Africain comme si, d'une certaine manière, il s'agissait d'un détail que Drago pouvait oublier.

Drago acquiesça d'un bref hochement de tête, reportant son regard sur les élèves autour.

- Hier, tu avais l'air sûr de toi.

Le blond se frotta négligemment l'arcade sourcilière, les yeux toujours fixés derrière Blaise. Ce dernier finit par se retourner, curieux de savoir ce qui pouvait distraire Drago à ce point.

- Qu'est-ce tu regardes ?

Deux tables plus loin, et vers le milieu de la salle, Hermione Granger semblait contrariée par sa lecture d'un gros volume. Elle ne détachait pas même les yeux de son livre pour conduire sa fourchette à sa bouche : fatale erreur car de nombreux petit-pois lui tombaient sur les genoux. Drago porta sa paume à ses lèvres, comme pour empêcher à quiconque d'y voir s'y dessiner un sourire nerveux.

Toute trace de citrouille avait disparu de son corps et de ses cheveux, comme si aucun cucurbitacée n'était venu exploser juste devant son visage. Son rictus s'élargit dans un sourire narquois. Sa main pouvait certes cacher sa bouche mais Zabini le connaissait bien et l'éclat rieur dans ses yeux finit par le trahir.

- Tu mates Granger ?, brigua Blaise.

- Je repense à cet après-midi, objecta le blond.

- Elle est toujours aussi pénible ?, rebondit-il comme s'il décelait un mystère à percer dans le comportement de Drago.

Malefoy cessa de la regarder et reporta ses yeux sur son ami.

- Ça va, éluda-t-il.

- Elle t'a pris la tête, à ce sujet, depuis qu'elle sait ?, insista Blaise.

- Qu'est-ce que tu veux me faire dire ?, finit-il par demander, la voix agacée.

- Je ne sais pas, hier tu te targuais de pouvoir enfin manger de la vraie nourriture, et aujourd'hui tu ne sais plus si tu vas vraiment y aller ou non… Et tu mates Granger.

- Je repensais à cet après-midi, je t'ai dit, répéta Malefoy, visiblement très peu enclin à avoir cette discussion. Il n'y a aucune cohérence dans tes propos, mon pauvre Az'.

- Dans tes actes non plus. Je te parle d'un sujet qui n'a rien à voir avec elle et tu la regardes comme pour lui demander son avis sur la question… J'en déduis donc que vous en avez parlé, et que ça t'y a fait réfléchir.

On ne pouvait jamais prendre Blaise Zabini pour un imbécile né de la dernière pluie. Il était intelligent et subtil et il fallait plus qu'un ton exaspéré pour le berner ou le faire taire. Drago l'avait toujours su mais il aurait préféré que son ami ne soit pas aussi perspicace : après avoir fréquenté des crétins asservis pendant des années, le contraste de son unique compagnie enrayait ses habitudes.

Irrité et las, il décida de lui dire ce qu'il tenait apparemment tant à savoir.

- Elle m'a dit que les humains n'étaient pas de la bouffe. Que je devrais m'en souvenir puisque moi-même je n'étais vampire que depuis peu et donc qu'en gros, je suis un monstre insensible, et blablabla…, finit-il par réciter sur un ton monocorde.

Blaise sourit avant de pouffer de rire.

- Et alors, tu lui as dit quoi ?

- Qu'est-ce qu'on peut s'en foutre, ma parole…, cingla Drago, encore plus agacé par les rires de son ami.

- Tu fais exprès de la chercher, non ?

Le blond resta muet quelques secondes avant de laisser un sourire traverser ses lèvres.

- … un peu.

Blaise sourit.

- Immature, mon pote !

- Ouais, ouais… Manquerait plus que toi-aussi tu me fasses des leçons… Sortons : toutes les odeurs de gamins et de puceaux me donneraient presque envie de faire un bain de sang


Malefoy et Zabini quittaient la salle : du moins c'est ce que put observer Hermione après que l'un de ses voisins l'ait annoncé à ses camarades. Pourquoi avaient-ils besoin de l'épier ? Ils ne s'étaient toujours pas lassés apparemment. Cela pouvait représenter une menace pour le secret de Malefoy, d'autant plus que les fois où elle l'avait elle-même observé dans la Grande-Salle, il ne mangeait rien ou presque.

Elle se replongea dans son ouvrage, essayant de ne plus y réfléchir pour le moment : elle n'avait fait que penser à lui et à sa condition toute la journée et résultat sa lecture n'avait avancé que d'un seul chapitre.

Certes, ce n'était pas une lecture capitale puisqu'elle ne la lisait que pour se distraire, mais il était frustrant de se dire que cela et même la ballade à Pré-au-Lard n'avaient suffi à lui changer les idées.

- Hermione…, l'interpella Cori Ferall. Hermione, tu renverses des petits-pois partout sur toi.

La jeune fille leva la tête vers lui, ahurie, avant d'enregistrer ce qu'il venait de dire. Effectivement, des grains verts roulaient de ses genoux jusqu'aux dalles qui formaient le sol de la salle.

D'un coup de baguette, elle fit disparaitre les dégâts et remercia Cori avant de se plonger à nouveau entre les pages. Cori secoua la tête de droite à gauche avec ses camarades : il pointa un index vers sa tempe et l'y fit visser.

Hermione était la dernière dans la Grande-Salle quand on vint lui conseiller d'aller dans son dortoir. Elle n'avait vraiment pas vu le temps passer. Elle quitta son banc en soupirant, ses membres endoloris par la posture courbée qu'elle avait conservée toute la soirée en lisant son livre. Ses mains empoignèrent d'ailleurs celui-ci et il vint à la rencontre de sa poitrine alors qu'elle se mettait à marcher en direction de ses appartements.

Heureusement qu'elle n'avait pas à faire de rondes pendant les vacances : elle n'avait qu'une envie, se mettre au lit.

Elle entra dans la salle commune pour rejoindre sa chambre : Malefoy et Zabini discutaient face à la cheminée. Blaise la salua.

- Salut Granger… Il te reste encore un pépin sur la joue…, railla-t-il.

Hermione leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de sourire.

- Et des neurones plein la tête, répliqua-t-elle tout en déposant son livre sur la table en noyer.

Les deux jeunes hommes échangèrent un regard amusé.

- Tu rentres tard, tu faisais quoi ?, s'enquit Malefoy, comme s'il s'en souciait réellement. Je crois pouvoir affirmer avec certitude que tu ne faisais pas de… bêtises, ajouta-t-il après avoir longuement inspiré l'air, l'expression malicieuse.

- Et toi, tu n'es pas sorti, à ce que je vois… tu n'en as donc pas fait non plus… ?, cingla-t-elle en rosissant imperceptiblement.

Blaise sourit de plus belle devant un tel courage. Il pensa à s'éclipser mais il avait vraiment envie de voir la suite du spectacle. Drago, narquois, ne se laissa pas démonter pour un sou.

- Nous n'avons qu'à faire nos bêtises ensemble, Granger…

Une chaleur lui grimpa aux joues en moins de deux et son cœur s'emballa. Elle regarda ailleurs pour ne pas voir le sourire de Malefoy s'agrandir.

C'est le moment que choisit Blaise pour quitter les appartements, les saluant rapidement, se retenant probablement de ricaner.

Drago quitta le fauteuil, plongeant ses mains dans ses poches. Il tourna la tête vers la cheminée, toujours très amusé par la situation d'embarras dans laquelle il l'avait mise.

- Ne dis pas ce genre de choses, dit-elle en reprenant petit à petit une contenance. On pourrait croire des trucs.

- Sans blague… ?

- … Et après tu viendras me reprocher que mon comportement engendre des problèmes !

Ce n'était pas faux. Mais après tout, elle donnait l'impression d'être si intraitable et inflexible que la taquiner était un vrai plaisir. Elle réagissait toujours vivement et ne mâchait pas ses mots, enfin, d'habitude…

- Alors… Tu as changé d'avis ?, finit-elle par s'enquérir.

Il ne répondit pas, la traversant de toutes parts de son regard glacé.

- Je veux dire, à propos de la façon dont tu vas te nourrir, précisa-t-elle comme si le silence de Drago ne pouvait s'expliquer que par sa demande lacunaire.

Le Serpentard préserva le silence, la dardant toujours de son regard insensible.

- Malefoy… ?

- Pourquoi j'aurais changé d'avis ?, la coupa-t-il.

- Je pensais que comme tu n'y étais pas allé, cela signifiait..., reprit-elle, exaspéré par son comportement puéril.

- Arrête d'essayer de me calculer, Granger, asséna-t-il froidement. Qu'est-ce que j'y gagne, à réfléchir comme toi ?

- De l'humanité, dit-elle simplement.

Il haussa les sourcils, se donnant un air un peu fou.

- Tu commences vraiment à m'énerver, à toujours me faire la leçon. C'est ma vie, pas la tienne, alors cesse de vouloir la contrôler à ta façon.

- Je veux juste t'aider ! Tu ne comprends rien !, s'exclama-t-elle, en colère.

- Je comprends que tu veux avoir une emprise sur moi, que tu cherches à me manipuler en utilisant les derniers scrupules humains qu'il pourrait me rester et enfin, que tu refuses le fait que je sois ce que je suis devenu !

Hermione resta interdite. Bien sûr, il n'avait pas entièrement tort, mais le formuler de manière aussi cruelle et le lui balancer au visage sans craindre d'une quelconque façon qu'elle puisse en être blessée...

- Tu ne me crois pas... ?, finit-elle par murmurer. Tu ne crois pas au fait que je veuille t'aider ?

- Je crois que tu as peur et que tu fais tout pour ne pas l'assumer. Que si tu veux trouver une solution, ce n'est pas par compassion ou empathie pour moi mais bien pour que tu n'aies plus à rien à craindre de ce que je suis.

Alors qu'il lui récitait toute sa haine, non seulement envers elle mais aussi vers le reste du genre humain, elle se sentait de plus en plus en contradiction avec ses affirmations.

- Très bien, alors mords-moi, brava-t-elle, les yeux flamboyants. Puisque tu ne me crois pas, puisque je suis une personne si méprisable qui tient visiblement tant à son petit bonheur, à son petit confort, à sa sécurité étouffante ! Puisque tu me connais par cœur, que tu sais tout de moi et que tu chemines avec moi dans mes pensées. Puisque tu penses que je m'en moque, que je ne suis qu'une sale égoïste immature et que tout ce que j'attends de toi, c'est la paix et au mieux de la reconnaissance pour des actes dont je ne serais même pas l'auteur glorieux mais plutôt la faible manipulatrice... Et bien oublie les scrupules que je te force apparemment à conserver. Oublie-les et mords-moi. Je suis détestable, vas y ! Ne te gêne pas !

Interloqué, Malefoy resta pétrifié pendant de longues secondes.

- Dépêche-toi, je n'ai pas que ça à faire.

Avant qu'elle ne puisse le provoquer une fois de plus, elle sentit son corps se détacher du sol et se plaquer contre une surface dure : le mur.

- Vraiment ?

La tête maintenue de force sur le côté par une main qui repoussait sa joue droite contre le mur, Hermione ne put regarder son assaillant dans les yeux. Tout courage semblait avoir abandonné son corps alors qu'elle sentait ses dents contre son cou.

Ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Tout ira bien. Tout sera fini dans quelques instants.

- Va au diable, Granger..., murmura-t-il avec haine avant de plonger ses dents dans sa gorge, sans aucune retenue.

La douleur fut bien plus forte que ce à quoi elle s'était attendue, probablement parce qu'il tenait à lui faire mal... Et probablement à lui faire peur également, histoire de la faire revenir sur ses belles paroles.

Il lui sembla alors qu'un tourbillon se formait dans son cou : comme si sa force se faisait aspirer par cet endroit qu'elle avait si peu l'habitude de sentir, normalement.

Sa peau se nivela alors que ses membres refroidissaient à vitesse grand V. Elle frissonna. Le bout de ses doigts, de ses orteils semblaient de plus en plus gelés et il n'y avait rien à faire pour y remédier. Elle ne pouvait même pas esquisser un mouvement. Bouger était impossible pour elle... C'était la première fois qu'elle expérimentait avec tant d'intensité le phénomène d'impuissance : ses membres n'obéissaient plus, refusaient catégoriquement de se mobiliser. Pire, elle commençait à ne plus les sentir.

C'est là qu'apparut autre chose. Au creux de son ventre, une chaleur vint anesthésier la douleur qui lui transperçait la jugulaire. Cette sensation curieuse se diffusait dans son bas-ventre comme une sorte de rythme accéléré. Lorsqu'elle se rendit compte qu'il s'agissait de son cœur, elle crut qu'elle allait s'évanouir. Elle ne sentait en fait plus que le sang présent dans son aine ! Et il chauffait, brûlait.

De manière incontrôlable, ses jambes se mirent à flageoler et ses cuisses se serrèrent l'une contre l'autre, comme pour supporter le poids du corps mort qu'elles portaient. Elles se frottaient l'une contre l'autre, essayant par tous les moyens de faire disparaître cette chaleur incendiaire et gênante, pas désagréable, mais curieusement honteuse, qui se répandait et s'intensifiait de secondes en secondes.

- Attention..., ne put-elle qu'articuler, incohérente.

Le corps chaud qui la maintenait debout disparut et elle entendit un bruit de déchirure. Il se mordait, probablement pour se calmer.

Des cris étouffés se faisaient entendre : la personne souffrait. Hermione voulut lui venir en aide mais elle ne pouvait toujours pas bouger. Elle essaya de parler mais lorsqu'elle crut ouvrir la bouche, elle remarqua que les cris provenaient de la sienne. Elle gémissait : apparemment, la douleur outrepassait les barrières de sa conscience. Elle devait souffrir terriblement, quelque part... Mais la seule chose qu'elle pouvait sentir, c'était le bas de son corps. Ses cuisses se plièrent, la laissant s'effondrer sur le sol, tremblante et incapable du moindre mouvement. Pourtant, elle continuait à crier, de plus en plus fort et de plus en plus vite...

La chaleur intenable entre ses jambes sembla prendre l'ascendant sur elle : elle ne sentit plus que ça et tout à coup, cette sensation explosa en elle, dispersant dans ses membres une impression de plénitude extrême mêlée à une douleur vive : elle sentait à nouveau tout son corps. Il bouillait et elle haletait pour lui rapporter toujours davantage d'oxygène. Ses gémissements semblaient faibles, à présent. Elle était plus calme, toujours tremblante, mais plus calme.

Et puis ce fut le trou noir.


(1) Je crois savoir qu'il n'y a pas de congé pour la Toussaint au Royaume-Uni mais j'ai choisi de faire comme si.

(2) William Cowper (1731 – 1800) est un poète britannique, précurseur du romantisme.


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