Cerf, cerf, ouvre-moi!

Merci pour vos commentaires, et merci de me lire.

Ce qu'ont trafiqué James et Snape ces derniers chapitres: James a laissé entrer Snape pour ne pas que les Mangemorts le découvrent. Méfiant, il ne trouve pas d'autre solution pour prévenir Dumbledore -sans arrêter de surveiller Snape avec sa baguette - que de lui demander d'écrire une lettre au directeur, qu'il vérifiera.

Disclaimer: James et Severus appartiennent à JKR, comme les autres Mangemorts cités, Harry, Lily, Dumbledore, Voldemort, la guerre menée entre les deux camps, Sirius, Remus, Peter, et plein de choses encore dont je ne parle pas dans ma fic!

Traduction: J'avais oublié, mais Slytherin signifie Serpentard. Snape a été traduit par Rogue, mais j'aime pas, alors je garde Snape. Je pense que vous aviez compris ça... (to snap : parler hargneusement. Snape snaps. Yeah. )

oOo

Dumbledore,

« Pas de « professeur » ? »

Ton ironique.

-Je ne suis plus au collège, Potter. »

Vos plans foireux, c'est fini.

« Et je peux savoir pourquoi ?

-Non. »

Regard noir. Abandon.

« Je ne suis pas suicidaire. »

La baguette s'agite.

« Ah ! Bon ? »

La mission a été un parfait désastre. Pour Malfoy, bien entendu. Finalement, pour moi aussi.

« Comment ça ? Tu n'aimes pas ma conversation ?

-Apparemment, le charme n'opère qu'avec ta femme, Potter.

-Pauvre Snape. »

Pas sûr de ce que ça voulait dire.

Vous feriez mieux de débarquer vite fait bien fait chez Potter –oui, Potter. Sa baguette a l'air impatiente.

« Raye-ça.

-Hein ?

-Trop naïf, Snape.

-Que tu crois. »

Ah, le pouvoir des sous-entendus… Sourire sadique.

Donc, Vous feriez mieux de débarquer vite fait bien fait chez Potter –oui, Potter. Je n'ai pas vraiment eu le choix sur ce coup là. Ne vous en prenez qu'à vous-même. Bref. Il a besoin de votre confirmation en ce qui concerne mon innocence. La cheminée est préparée.

« La cheminée est préparée ?

-Quand tu l'auras préparée, oui, elle sera préparée. D'ici qu'il pointe le bout de son long nez aquilin.

-Et c'est toi qui fais la remarque.»

Coup d'œil vexé. Vraiment puéril.

Et vous feriez bien de vous grouiller…

« Il est très bien, mon nez ! »

Ce serait vraiment con de me déclarer non coupable post-mortem !

« Ouais. Comme tes cheveux, c'est ça ? »

Severus, votre seul agent double, qui va bientôt prendre des vacances.

PS : Oui, je me rappelle. Et, oui, encore. Toujours.

oOo

Un nom sur l'enveloppe.

Quelques torsades avec ses longs doigts dans la ficelle, autour de la patte de l'oiseau.

Regard suspicieux, dernières vérifications.

Le bruit d'une poignée qui pivote, d'une fenêtre qui s'ouvre. Envol.

Et la nuit se referme sur le rapace, la maison, le doute et l'interrogation.

oOo

« Je suppose que si je te demande ce que signifient tes derniers mots, tu ne me répondras pas ?

-Je suis à ta merci, Potter. Fais comme tu le sens, » lâcha Snape, paraissant blasé, et épuisé. Comme s'il avait prit dix ans d'un coup.

James hésita un quart de seconde.

« Bon. Que signifient tes derniers mots ? Tu es à ma merci, alors réponds. »

Il se sentait l'air d'un profond idiot.

Le Slytherin leva les yeux au ciel, avant de les rabaisser et de les plonger dans les siens.

Ouch.

« Je rassure simplement Dumbledore.

-Hein ?

-Je suis certain qu'il ne manquerait pas une occasion de me rappeler les raisons de ma « trahison » de Voldemort.

Hein !?

-Qui sont ? »

Snape lui jeta un regard profond, et James faillit frissonner. Depuis quand Snivellus récurait les âmes avec les deux charbons ancrés dans ses orbites ?

« Un amour de jeunesse. Cliché, non ? »

Cette fois-ci, le jeune brun trembla de tout son corps, un long courant d'air glacial remontant sa colonne vertébrale.

Pourquoi, par Merlin, lui racontait-il ça ?

Peut-être parce que tu le menaces de ta baguette, abruti !

Lily, Lily, ma Lily Jolie! Je n'arrive pas à croire qu'il pense encore à toi après tout ce temps.

Les Slytherin pouvaient être de vraies sangsues.

« Pas la peine de faire cette tête, Potter. Je ne vais plus te la piquer, ta rouquine. »

Amertume ? Regrets ? Assurément.

Il eut un haut le cœur, et fut submergé d'un sentiment de rage presque incontrôlable.

Rien que pour se venger de cette jalousie qui lui mordait le cœur, du sentiment de dégoût qui le prenait, il aurait souhaité accuser Snape de tous les maux de la terre. Lui rappeler que c'était lui, le seul coupable, avec ses mots blessants et ses relations douteuses.

Cependant, une vague de fraîcheur, une douche froide lui tomba sur la tête.

Il fut incapable d'ouvrir la bouche, d'ajouter encore plus de douleur à ce corps déjà courbé par la souffrance.

Pitié ? Oui. Il avait pitié. Pour la première fois de sa vie, il avait pitié de Snape. Parce qu'aujourd'hui, c'était bien lui que Lily aimait, et que le graisseux avait bien failli y passer, au nom d'un amour sans espoir, d'une femme qu'il ne pourrait jamais atteindre. Il n'y avait vraiment rien qu'il pouvait envier à Severus Snape.

oOo

« Je ne veux pas te ta pitié. »

Il avait craché ces mots, comme s'il les pensait.

Malgré ce foutu orgueil, ce putain d'amour propre, bien sûr que j'en veux, de sa pitié ! Je n'ai aucune envie qu'il me fasse sauter la tête sur une impulsion, comme le bon Gryffindor qu'il est, parce qu'il est jaloux que je sois amoureux de sa femme !

Il se retint de cracher par terre. Dumbledore allait le payer, pour sûr.

Les yeux noisette de Potter scrutant son visage, se plongeant dans les siens lui donnaient mal au cœur. Sa tête lui tournait, tandis que celle du binoclard restait penchée sur le côté, comme attendant quelque chose.

Cette situation était ridicule. Absurde! Potter le menaçait de mort, Potter le haïssait, il condamnait Potter en rapportant la Prophétie à Voldemort, il lui sauvait la vie en se vendant à Dumbledore, Potter voulait le tuer, Potter lui sauvait la peau, et maintenant, Potter compatissait ! Alors qu'il venait de lui avouer qu'il aimait sa femme ! Et qu'il ne savait même pas s'il était, en réalité, bon ou mauvais ! Saleté de Gryffindor…

Il se mordit l'intérieur des joues, cherchant désespérément –qu'est-ce qui ne l'était pas, désespéré, ces derniers temps ?- quelque chose à dire, une tirade cynique à lancer, pour briser ce silence, ce chaos. Vainement.

Chère répartie, où es-tu passée, par Merlin ?

Potter continuait de le reluquer étrangement, ne réagissant pas à ses mots précédents, à son pic aiguisé. Il aurait presque souhaité le prendre par les épaules et le secouer de toutes ses forces, le forcer à entendre raison.

Ses deux volontés se menaient une guerre rangée dans son esprit, l'une n'aspirant qu'à être crue et libérée, comprise et prise en pitié, tandis que l'autre défendait bec et ongles le peu de sens qui restait dans ce monde, priant pour que Potter, pour une fois, agisse en mari jaloux, et non en fou qu'il était.

Et maintenant, c'est moi qui perds la boule !

Certainement, il n'était pas le dernier des cinglés.

Si ça continue comme ça, Dumbledore va être rattrapé.

oOo

James scruta le visage cerné et tiré de Snape, enfonça son regard dans les pupilles sombres du jeune homme, fouillant et retournant tout sur son passage dans une quête vaine, à la recherche de l'adolescent qu'il aurait dû être. Vingt ans ! N'était-ce pas la jeunesse, le bonheur, les plus belles années d'une vie ? L'insouciance et la folie. Le cœur de James vibra dans sa poitrine avec une force surprenante. Leur génération avait grandi trop vite.

Peter, le douillet Peter, avait vu son monde adouci partir en fumée, les couvertures derrière lesquelles il se cachait arrachées, sa bouée percée. A présent, il coulait.

Sirius, lui, au fond, était le même jeune homme que celui qui avait emménagé quatre ans plus tôt chez James. Sans famille, déjà usé par les coups bas de la vie, plein de rêves et de désillusions. Encore un gamin, pourtant déjà un homme. Un peu trop mûr, un peu trop grave, un peu trop triste. Mais toujours bien dissimulé par ses rires canins, ses blagues stupides et ses sourires charmeurs.

Et Remus… Remus, c'était une autre histoire. Pas un de ces contes qu'on raconte aux enfants le soir. Non, une de ces putains d'histoires qui ne font qu'empirer, dont le dénouement sera toujours encore pire que ce qu'on craignait. Leur Moony, sans cesse dans la lune, un grand enfant, malgré les apparences. Bourré d'espoirs à la con. Comme tous les gosses. La guerre et la faim les lui avaient pris.

Vingt ans, putain !

Et lui alors ? Et Lily ?

On ne se marrie pas à vingt ans, par Merlin!

Mais cela rendait-il leur amour moins vrai, moins réel ? Leur fils était-il différent car il avait des parents bien trop jeunes ?

James se souvenait avoir demandé à Lily d'attendre. Elle lui avait souri tristement. Comme à son habitude quand il se trompait, mais que la bonne réponse n'était pas celle qu'elle aurait voulue. Et elle avait assuré qu'il était inutile de vouloir ignorer ce qui frappait à toutes les portes. C'était à cause de la guerre ? Soit. S'ils mouraient demain, cela compterait-il ?

Il avait enfin compris. Il finissait toujours par la comprendre.

Ils n'étaient plus des adolescents.

Ils avaient vingt ans, et se préparaient déjà à mourir.

oOo

Snape n'avait pas suivi les cheminements de l'esprit torturé de Potter. Chacun son tour, hein ! Ses tendances schizophrènes s'étaient apaisées (merlin merci !), et il se contentait de rester sans voix, sans réplique acerbe, sans morgue. Un ballon percé qui se dégonflait petit à petit. Un gosse apeuré à qui on a piqué son jouet. Un stupide crétin vraiment con. Sombre idiot. Les cheveux graisseux, l'âme graisseuse, le cœur graisseux…

Ce qu'il me faudrait, là, maintenant, tout de suite, c'est une bonne douche.

Et puis, ce n'était pas non plus comme s'il était tout frais. Il venait de piquer un sprint pour sauver sa vie, de transpirer à grosses gouttes tandis que Potter décidait s'il allait le décapiter ou attendre pour le balancer aux Détraqueurs.

La parole lui revint, cadeau inestimable d'un dieu lointain, denrée très rare ces derniers temps.

« Potter ! »

Le temps que l'autre guignol à lunettes se réveille…

« Ca te gênerait si j'utilisais ta salle de bains ? »