I – « Quand les signes apparaissent… »


Sur le petit balcon de sa chambre, les mains posées sur la rampe joliment rosée, elle avait le regard vide et fixé sur l'horizon. Le ciel bleu sans presque aucun nuage, le soleil qui rayonnait, la douce brise de vent rafraîchissante… La journée s'annonçait belle. Joie et enthousiasme devaient être au rendez-vous. Seulement, perdue dans ses pensées, la jeune fille aux longs cheveux couleur flamme et aux yeux bleu clair, ne l'entendait pas ainsi et soupirait de temps à autres. Elle ne cessait de se demander s'il s'agissait d'une vision ou d'un très mauvais rêve. Tant était-elle ensevelie sous le poids de cette question qu'elle n'entendit pas sa mère approcher. Cette dernière, inquiétée par les pensées et les préoccupations soudaines de sa fille – qui la faisaient dernièrement prisonnière – tenta de lui dire à nouveau que ce n'était qu'un cauchemar, rien de plus. Mais la jeune rouquine ne l'entendait pas ainsi. Elle avait un mauvais pressentiment. Elle défigea son regard de l'horizon pour le porter sur sa chambre qu'elle regagna avant d'en sortir et de quitter le palais. Sans doute avait-elle besoin de prendre l'air et de marcher, seule.

XXX

Sur une certaine planète de la Dimension, dans un sombre atelier en un lieu assez reculé de la foule, une femme, âgée peut-être d'une trentaine d'années, écrivait. Un en-tête, une adresse particulière… L'écriture d'une lettre, vraisemblablement. Revêtue d'une longue robe simple et assombrie par l'obscurité de la pièce – dont seule une bougie servait d'éclairage – cette jeune magicienne avait de longs cheveux lisses d'un châtain terne et relevés en un haut chignon. Ses mots sur le papier… Elle peinait à les écrire tant rendaient-ils officiel l'événement si craint dont elle avait espéré qu'il n'arrivât jamais. Ainsi, une si grande flamme dans un si petit corps allait tout consumer.

XXX

Magix. Gestes et paroles effarées partaient en tous sens. Face à l'immensité de la fissure, foule il y avait. Pour sûr, les conséquences qu'elle engendra furent importantes : un bâtiment à demi écroulé, des blessés, des morts. Panique et affolement étaient là. Que diable s'était-il passé ? Catastrophe naturelle ? Surnaturelle ? Qui pouvait le dire, pour l'heure…

Parmi tout ce monde agité, quatre jeunes filles tentaient de se frayer un chemin. Quatre jeunes amies qui, il n'y avait pas si longtemps, étaient encore étudiantes à l'école des fées. Cheveux blonds, châtains, bleu nuit et brun, on reconnaissait évidemment Stella, Flora, Musa et Layla du club des Winx. Que de difficultés étaient-ce de passer et circuler avec l'immensité de la foule. Mais après maintes esquives, nos jeunes héroïnes parvinrent enfin à sortir et à s'éloigner de ce rassemblement soudain.

« Quel monde ! Souffla la princesse de Solaria.

-Quelle catastrophe, tu veux dire ! Corrigea la fée des fleurs.

-J'allais le dire aussi… Il me fallait reprendre mon souffle après tous ces efforts pour s'éclipser de là…

-À votre avis, qu'est-ce qu'il s'est passé ? Rétorqua la chanteuse et musicienne.

-C'était un vieux bâtiment… Proposa Stella.

-Ce n'était pas un phénomène naturel, poursuivit la grande sportive. Quelque chose l'a provoqué.

-Oui, l'ancienneté du bâtiment.

-Stella a peut-être raison. »

La discussion s'arrêta. Les filles aperçurent Tecna et lui firent, dès lors, signe de venir les rejoindre. Évidemment, elle avait au loin remarqué la foule toujours aussi agitée et avait entendu la nouvelle. Quelle terrible catastrophe !

La discussion dériva peu après sur leur jeune amie qu'elles n'avaient pas vue depuis un moment : Bloom. Que devenait-elle ? Il fut vrai que cette dernière année, chacune des filles était retournée à sa propre vie. Layla et Stella étaient retournées sur leurs planètes respectives Musa, Tecna et Flora enseignaient à Alfea quant à Roxy, elle venait d'y vivre sa première année. Cela était donc agréable pour elles de se revoir de temps à autres, histoire de s'échanger les nouvelles expériences de leurs vies bien qu'aujourd'hui, ce n'était pas par un heureux évènement. Mais toujours était-il qu'aucune n'avait parlé à la belle rousse récemment. Aussi fallait-il profiter des grandes vacances qui commençaient pour lui rendre visite.

XXX

Domino. Au sein du vaste bois du royaume, Bloom, fidèle à cette même réflexion quant à son dernier rêve, marchait les yeux rivés et perdus sur l'immensité de la nature recouvrant l'endroit. Ce fut alors qu'elle sentit une présence. Très vite, elle crut apercevoir une ombre passer devant elle et disparaître aussi subitement qu'elle apparut. Bloom pressa le pas jusqu'à courir comme pour la suivre. Elle s'arrêta à l'approche d'une falaise et distingua, dès lors, une personne. Une jeune femme. Sa longue robe se voyait claire maintenant, blanche et teintée d'un bleu pâle sur les bords. Elle contemplait la vue que le haut de la falaise lui offrait. Elle se tourna, doucement, vers celle qui l'observait.

« Excusez-moi, que faites-vous ici ? Demanda la fée du feu du Dragon. »

L'interpelée ne dit rien. Elle regardait Bloom. Sans aucun mot prononcé toujours, elle lui adressa un sourire peiné. À peine Bloom commença-t-elle à avancer vers elle, qu'elle fut prise d'un mal de tête brutal, tant, qu'elle en vint à s'agenouiller. Des flashs lui apparurent des visions floues, puis des visions plus nettes. Elle voyait Magix et ses habitants, ressentait leur panique et leur douleur. Elle voyait le bâtiment, la fissure, les blessés, les morts. Elle voyait tous ces éléments se brouiller en elle. La jeune femme se contenta de la regarder avant de disparaître dans une épaisse brume blanche. Là, Bloom sentit son mal s'évader mais perdit connaissance. Que lui était-il arrivé ? Cette jeune mage, était-elle responsable de son mal être imminent ?

Le crépuscule s'installait doucement et avec magnificence le soleil couchant donnait une large palette de couleurs pâles parfaitement assemblées. Quel spectacle très beau à voir. C'est par cette fin de journée annoncée et par ce début de soirée tombée, que la jeune princesse de Domino se réveilla.

« Bloom, est-ce que tu te sens mieux ? S'inquiéta à nouveau sa mère.

-Hm… Que m'est-il arrivé ?

-Je ne sais pas, à toi de me le dire. On t'a retrouvée inconsciente dans le bois.

-J'ai eu… une sorte de vision. J'ai vu ce bâtiment à demi effondré à Magix et… Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Il se passe quelque chose, c'est ça ? Tu sais que je n'aime pas qu'on me cache des choses !

-C'est que je ne veux pas t'inquiéter.

-M'inquiéter de quoi ?

-Ce que tu as vu : le bâtiment, Magix… Ça s'est vraiment passé.

-Comment ?

-Ce matin, d'après les informations.

-Sait-on ce qu'il s'est passé exactement ?

-Non, pas encore. Bloom, tu m'inquiètes sérieusement.

-Ce n'est pas la première fois que j'ai des visions qui s'avèrent réelles. J'en ai déjà eu par le passé.

-Certes, mais là ça semble devenir trop dangereux à mon goût. »

La reine Marion avait raison, jamais encore les visions de sa fille ne s'étaient révélées aussi fortes, au point de la blesser ou de lui faire perdre connaissance. Qu'en était-il de tous ces récents évènements ? Qui était cette jeune femme apparentée à une magicienne ?

XXX

Dans le ciel, au soleil levant, des vibrations se ressentaient et s'entendaient : un vaisseau survolait les diverses terres de la Dimension magique. Couvert en partie d'un rouge plutôt voyant, ne fut-ce pas là un vaisseau d'anciens élèves de Fontaine Rouge ? Les cinq amies de la jeune rouquine s'étaient décidées à lui rendre visite accompagnée naturellement des Spécialistes. D'ailleurs, que devenaient-ils ? Riven, Timmy et Hélia s'étaient chacun installés à Magix avec leurs bien-aimées. Quant à Brandon et Sky – ce dernier n'étant malheureusement pas du voyage – l'un vivait avec sa princesse sur Solaria, l'autre vivait encore sur Eraklion, multipliant les allées et venues de sa planète à celle de sa dulcinée – difficile de vivre ensemble pour deux héritiers de royaumes différents, non ?

Après quelques heures de voyage qui parurent longues, voire interminables pour quelques impatientes, le vaisseau pénétra l'atmosphère aujourd'hui chaleureuse de Domino et en vint à se poser non loin du palais. Ce fut le roi Oritel qui accueillit nos visiteurs.

« C'est bien que vous soyez venus voir Bloom, dit-il après des salutations distinguées.

-Elle a des problèmes ? S'inquiéta Stella qui eut pressenti un souci dans les dires du roi.

-Eh bien, disons qu'elle nous inquiète un peu ces derniers jours.

-Comment ça ?

-Le mieux est peut-être d'en parler avec elle, répondit-il seulement. »

Tous entrèrent dans le palais et l'admiraient tout autant que la dernière fois qu'il l'avaient vu. Ils passèrent le hall d'entrée, montèrent les longs escaliers, atteignirent l'étage de la chambre de leur amie, puis arrivèrent jusque devant celle-ci. Stella frappa et s'annonça, précisant qu'elle n'était pas venue seule. Une voix indifférente s'échappa et leur laissa comprendre qu'ils purent entrer. Bloom ne sembla pas avoir prêté attention à l'annonce de sa rayonnante amie, elle était à nouveau dans ses pensées et n'avait pas vraiment entendu qui ses visiteurs étaient. Mais à leur entrée, elle eut la surprise de voir ses amis en se détournant de sa fenêtre.

« Ah, c'est vous ! S'exclama-t-elle dans un élan de joie. Je suis désolée, j'étais dans mes pensées. C'est bon de vous revoir !

-C'est bon de te revoir aussi. On est venu aux nouvelles.

-Mais dis-nous, qu'est-ce qui peut te plonger ainsi dans tes pensées, au point de ne pas avoir reconnu la voix de Stella ? Demanda Flora.

-C'est vrai, ton père nous a dit que quelque chose te tracassait, ajouta Musa.

-Descendons et allons faire un tour, je vais vous expliquer. »

Ils sortirent du palais et marchèrent en direction du bois. La journée était un peu plus fraîche que les précédentes, le vent soufflait davantage par moment, mais l'air y était encore agréable et le soleil au beau fixe malgré la présence de quelques épais nuages. Bloom entraîna ses amis sur le Chemin des Lumières. Il était appelé ainsi en raison de la dispersion drôle des arbres, des buissons et des rochers qui dirigeaient en conséquence la lumière d'une étrange façon néanmoins magnifique la lumière se reflétait en de multiples lignes se croisant et convergeant jusqu'au dessous du haut de la Grande Falaise. Ce chemin était alors le plus éclairé du bois, il baignait dans la luminescence. Quelques paroles s'échangèrent, notamment sur les derniers potins manqués par Bloom. La conversation dériva ensuite sur l'incident en ville. Notre princesse de Domino eut un arrêt net.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

-Mon père vous a parlés de mon rêve et de ma vision ?

-Il n'a pas été si explicite, non.

-J'ai eu une vision, peu de temps après que ça ait eu lieu. La vision de ce qu'il s'est passé sur Magix. Et je pense que c'est lié à ce mauvais rêve aussi, j'ai l'impression que c'est en fait une sorte de prémonition, c'était bien plus réel que tout rêve ou cauchemar que j'ai pu faire jusqu'à maintenant et je sais que je suis sujette à des visions. Bloom s'arrêta de parler et se sentit vaciller à nouveau, prise d'un vertige. Son mal ne dura que quelques secondes.

-Bloom ? L'intéressée prit une inspiration et reprit.

-Ça va.

-Non, ça ne va pas. Clairement pas, insista Stella.

-C'est bizarre. J'ai ressenti la même douleur avant la catastrophe, une douleur moindre qu'après mon rêve mais quand même.

-Et ce rêve, c'était quoi ?

-Eh bien… Je me retrouvais seule, non loin d'Alféa. Tout était calme et en même temps perturbé. C'était très étrange, je ne ressentais aucune présence viable, c'était comme si tout avait disparu et je crois que c'était de ma faute. Elle s'arrêta une seconde fois, l'air monotone.

-Bloom, en quoi penses-tu être responsable ?

-Je n'en suis pas sûre. Tout m'est venu si vite, c'est assez flou pour ce qui est des circonstances qui ont fait que tout disparaisse. Mais je crois que la cause a un rapport avec mes pouvoirs. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant.

-Es-tu certaine que ce n'était rien d'autre qu'un cauchemar ?

-Tout le monde me le répète, mais j'en pense tout autre chose. Je préfère m'assurer que ce n'était pas un rêve prémonitoire.

-Tu as raison, la soutint Layla. Il vaut mieux s'en assurer. Au risque de peut-être chercher les ennuis là où il n'y en a pas. De plus, je reste persuadée que l'effondrement du bâtiment est de cause surnaturelle.

-Que voulez-vous faire ?

-Dans un premier temps, demander... Qu'est-ce que c'est ? »

La discussion fut interrompue par le tremblement soudain de la terre. Tous furent couchés à même le sol tant l'intensité s'accrut. Cinq longues minutes à s'être vu secoué de tous les côtés et la secousse cessa. Après s'être demandé tour à tour si tous allaient bien, ils ne firent ni une ni deux et se mirent en route pour l'école des fées.


Bonjour,

Je vous présente aujourd'hui le premier chapitre.

N'hésitez pas à me dire si vous l'avez apprécié et s'il y a des coquilles à corriger.

Je pense poster un chapitre toutes les deux semaines.

À bientôt. ;)