Merci à Véro pour sa review !
Je me suis trompée, ce sont les prénoms qui sont utilisés pour nommer les servantes et non les noms de famille. J'ai corrigé les autres chapitres.
Bonne lecture.
CEREMONIE
Katniss
Cette rencontre avec mon passé me perturbe. Je descends les escaliers du personnel pour atteindre le salon. Le Commandant et sa femme sont assis, bien droits, légèrement impatients. Je lisse ma robe, je me présente à eux, tête baissée. J'ai envie de retourner dans ma chambre lugubre pour oublier qui je suis. Le Commandant me demande d'approcher, ce que je fais avec réticence. Il me permet de m'asseoir en face d'eux. Je lui jette un bref coup d'œil, il est plutôt pas mal de sa personne malgré son âge mais quelque chose me déplait en lui. Il parle, se présente, débite son laïus et ça me soule jusqu'à ce qu'il aborde le sujet qui fâche.
La cérémonie.
Je sens sa femme se crisper. Je ne sais pas comment elle peut tolérer ça. Et je lui en veux à elle encore plus qu'à lui. Elle devrait comprendre que cela est intolérable. Elle le sait sûrement alors pourquoi m'inflige-t-elle cela ?
Selon mon cycle, c'est après-demain que je serai la plus fertile. Il le sait, tante Lydia lui a dit. Elle passe régulièrement voir les familles, donne des conseils, des consignes, des ordres parfois. Elle est intraitable même face à un Commandant.
-Nous nous verrons donc dans quarante-huit heures Deglenn, conclut-il en se levant.
Je me lève à mon tour, nauséeuse.
-Bienvenue chez vous.
OooooO
Je me réveille en sueur, hantée par mes cauchemars.
Je me hâte de me préparer, je dois aller faire les courses quotidiennes. Claire termine son thé, nous n'avons pas droit au café. Il est réservé au Commandant et exceptionnellement à sa femme. Je donnerai tout pour un café. Je déjeune rapidement, seule. Tout le monde est déjà au travail.
Claire me tend une liste, m'engueule presque parce que je l'ai mise en retard. J'attrape la feuille et j'enfile ma cape rouge. J'ai hâte de sortir de cette baraque. Je progresse lentement à travers les allées, Peeta est là, il nettoie le SUV. Je me raidis, inquiète qu'il ne m'aborde. C'est interdit de fraterniser mais il semble s'en foutre carrément. Je ne veux pas de problèmes, je ne veux pas finir sur le mur.
Le mur….
Un lieu infâme où sont exposés les corps des rebelles, des traitres au genre, des prêtres, des médecins avorteurs. Ils y pourrissent longuement et nous sommes obligées chaque jour de passer devant et de les regarder en priant le Seigneur de nous accorder sa miséricorde.
Je sens qu'il me regarde, je l'ignore. Devant la grille, j'aperçois ma binôme. Dewilliam. Une fille quelconque, à la peau diaphane. Elle est brune, bien en chair et sans grand intérêt. Elle suit les règles à la lettre. Je me méfie d'elle. Nous traversons différents quartiers sous l'œil de nos gardiens respectifs.
-Dieu nous a apporté du beau temps.
-Que j'accepte avec joie.
J'ai répondu machinalement, je connais ces réponses banales par cœur. Je suis un robot, à l'évidence. Et c'est mieux comme ça.
Pourtant…
Pas moyen de ne pas penser à Peeta.
En passant les points de contrôle, je perçois le regard du gamin qui me demande mes papiers. Il a à peine dix-huit ans. Le pauvre, condamné à juste pouvoir reluquer les femmes de loin, sans espoir d'en mettre une dans son lit. Les femmes supportent mieux l'abstinence. Le sexe ne me manque pas ou plus. La cérémonie a tué toute envie.
Devant le boucher, nous faisons la queue. C'est long, je distingue peu de choses avec mes ailes. Je suis isolée. Je refuse de plonger dans mes pensées alors je tourne un peu la tête de façon à voir les femmes qui m'entourent. Il y a beaucoup de servantes et des femmes en gris. Elles sont respectables, ces femmes-là. Aucune infraction aux lois, elles vivent avec leur conjoint et pour les plus chanceuses, leur enfant. Elles vivent leur vie réglementée, surveillées, elles aussi par des gardiens de ville. Au moindre écart…
Et puis c'est là que je l'aperçois.
Une servante qui a les yeux rivés sur moi. Des yeux aussi curieux que les miens, aussi révoltés. Ses yeux bleus sont brillants, plein de rancune. Nous nous détournons immédiatement l'une de l'autre. Mon cœur bat à cent à l'heure. Qu'ai-je fait ? Me suis-je trahie ? Va-t-elle me dénoncer ? J'ai les mains moites. J'avance d'un pas. Vivement que l'on s'en aille mais Claire veut de la viande blanche.
Elle m'emmerde. Ils m'emmerdent tous !
Je veux tout balancer.
Je me reprends face au boucher. J'énonce ma liste puis je repars avec mon paquet. Nous allons ensuite vers les fruits et légumes. A travers les étals, je croise à nouveau ce regard bleu.
Merde !
Je retourne vers Dewilliam.
-Tu as fini ?
-Presque.
Elle converse avec Derobert, comparant leurs oranges.
Pitoyable.
-Salut.
Je sursaute.
-Je suis Defred, je ne t'ai jamais vue ici.
Je ne réponds pas. J'ai peur de croiser son regard transparent comme l'eau.
-Je suis au service des Waterford et toi ? Persiste-elle.
-Des Foreman, énoncé-je du bout des lèvres.
-Il parait qu'il est pas très cool.
Je lui lance un regard genre outré mais en fait je veux me faire une idée de qui j'ai affaire et je la détaille sans vergogne. Une blonde, je devine malgré ses ailes car une mèche mal rangée s'échappe de son bonnet. Elle a une trentaine d'année, le visage carré, le menton volontaire. Elle aussi me détaille sans se cacher. Elle finit par me sourire. J'écarquille les yeux, elle se rembrunit. Un gardien vient dans notre direction. Elle se détourne et c'est fini.
Je rentre avec Dewilliam. Elle est silencieuse et ça me fait du bien. Après dix minutes et deux quartiers plus loin, je me sens moins oppressée. Deux servantes nous dépassent. Une me bouscule légèrement.
Defred.
Elle se penche discrètement vers l'autre. Elles discutent, se retournent toutes les deux vers moi discrètement. Dewilliam rêvasse tellement qu'elle ne se rend compte de rien. Je me crispe, angoissée.
J'ai l'impression d'avoir la tête en vrac.
Je ne sais plus comment faire pour ne pas me sentir constamment en danger, épiée, souillée, violentée.
Je me rappelle mon arrivée au centre…
Nous sommes trois. Trois jeunes femmes.
-Déshabillez-vous !
Il fait froid, la pièce est grise, peu chauffée. Je ne sais pas où je suis. Mon cœur tambourine, je veux ma sœur. Je n'ose plus demander où elle est, j'ai les traces encore cuisantes sur les bras qui me rappellent que je ne dois rien demander. On se déshabille devant des femmes qui ont l'air de bonnes sœurs mis à part leur visage peu avenant.
Je m'arrête aux sous-vêtements.
-Enlève tout ! Me crie l'une d'elle.
Elles sont deux, elles ont un certain âge. L'une d'elle commence même à se rider. J'hésite. Les deux autres filles sont déjà nues. Je ne peux m'y résoudre. Un coup de tazer à bétail me ramène à la raison. Elles nous tendent des sous-vêtements d'un autre siècle que nous enfilons rapidement. Elles nous trainent ensuite vers une petite salle où trône un fauteuil en faux cuir noir en plein milieu. Un gardien monte la garde. La fille à ma droite va s'asseoir sur le fauteuil et la bonne sœur lui perce le haut de l'oreille. Elle hurle, il y a du sang. Un cercle noir en métal lui couvre le haut de l'oreille à présent.
On nous marque comme du bétail !
Horrifiée, je recule. La bonne sœur derrière moi me fait avancer. C'est à mon tour. Je refuse, paniquée. Elle fait signe au gardien et il est si fort que je n'ai pas gain de cause…
En franchissant la grille de la maison des Foreman, je suis soulagée. Je ne le devrais pas mais c'est le cas. Pas de Peeta en vue, tant mieux.
OoooO
C'est l'heure.
La sonnerie retentit dans toute la maison. Tout le monde sait dans cette baraque que c'est l'heure de la cérémonie. J'ai pris un bain avant, aidée par Claire. Je suis propre, je peux recevoir la semence de ce bâtard. Mes jambes tremblent en descendant l'escalier de service. Je suis seule dans cette galère. Au final, je suis la plus mal lotie en tant que servante. J'agrippe la rambarde, nauséeuse à mort. Je ferme les yeux un instant. Mme Foreman me hèle de la chambre dédiée à la chose. Je pénètre dans la pièce sous son regard féroce. J'ai envie de lui renvoyer le même regard. Il y a un coussin face au lit, je m'y agenouille et je patiente. Elle s'assoit et tapote de ses doigts sur le dossier du fauteuil une place. Deux personnes entrent. Je leur jette un œil : Claire et Peeta. Ils sont témoins. Je le savais qu'ils seraient là mais je me sens quand même mortifiée. Ils se postent derrière moi telles des sentinelles, les mains derrière le dos. J'essaie d'oublier leur présence. J'ai envie de pleurer. Le Commandant se fait attendre, Mme Foreman, s'agace. Il arrive enfin, nous salue tous et va récupérer sa bible dans son tiroir. Un tiroir fermé à clef car sa femme n'y a pas accès. Elle n'a pas le droit de lire, d'écrire, d'apprendre comme toutes les femmes de Gilead. Il nous bassine avec les saintes écritures, s'attardant sur la partie de Jacob et sa femme qui lui demande un enfant en passant par sa servante Bila.
Un ramassis de conneries !
Il n'y a que des hommes pour écrire pareils inepties !
Il vire les témoins et je m'installe sur le lit, la tête entre les cuisses de son épouse. Elle attrape un peu trop fortement mes poignets. J'observe le plafond garni d'un lustre brillant de mille feux. J'entends le Commandant défaire sa ceinture, je commence à compter les marques sur le plafond, le nombre de pendants du lustre mais la douleur est là, fulgurante tandis qu'il s'introduit en moi sans aucun préliminaire. Je ne suis pas sèche, je suis en pleine ovulation, mais ça ne change rien, j'ai mal. Je ne veux pas de lui en moi. Je veux trouver un couteau et la lui sectionner nette. Cela semble interminable. Quand il se répand en moi dans un râle écœurant, elle me tord presque les poignets. Je la regarde malgré moi, furieuse, honteuse, malheureuse. Elle observe son mari avec rancune. Il s'en va, elle se lève avec vigueur et me laisse là. Je dois rester allongée quelques minutes.
J'ai tellement envie de me laver.
Je remonte enfin dans ma chambre, amorphe. Chaque pas me coûte. J'ai la sensation d'avoir été rouée de coups. Je m'immobilise subitement.
Peeta est devant ma porte.
Il ne devrait pas être là ! Il veut quoi ? Qu'on se retrouve sur le mur ?
Je passe devant lui, trop près, le couloir est étroit. Il tend le bras vers moi, je l'esquive de justesse. Je ne supporte pas l'idée que quelqu'un me touche, là, maintenant. J'ouvre ma porte et je la referme derrière moi. Je m'adosse contre la porte, je prie pour qu'il s'en aille. Quand j'entends enfin ses pas décroitre, je reprends mon souffle.
Je ne cherche pas à savoir ce qu'il faisait là, je veux juste oublier.
M'oublier.
Ne plus exister.
La suite quand je pourrai
