CHAPITRE 3 : Echec-et-mat
(Merci à Pandora995 et Elyone pour leurs commentaires, ça me fait très plaisir, et j'espère que ce chapitre vous plaira !)
Ce début de matinée semble bien calme, et pourtant, nous sommes en guerre. On dirait simplement que les Spectres se contentent d'obéir, sans manifester le moindre sentiment. Leur cœur et leur âme semblent aussi sombre que les Ténèbres. Ce qui est curieux, c'est que les Chevaliers d'Athéna semblaient plus… Humains. Déjà, leur environnement est plus beau et Athéna ne semble pas méprisante. C'est vrai qu'après tout, ce ne sont que des leurres. Je suis sûre qu'ils se cachent tous derrière un masque, sinon, je ne vois pas l'intérêt d'attaquer un village innocent lorsqu'on prétend l'être soi-même.
Je sors de ma chambre, toujours vêtue de la robe que Pandora m'a offerte. Alors que je me rends dans la salle principale, je croise le chemin du Spectre dont j'admirais hier la beauté du Surplis.
Ce garçon, qui doit bien avoir dix-huit ans, semble inaccessible et intouchable. J'en profite pour le saluer, malgré ma timidité, mais le Spectre ne répond rien. Je me demande quel est son nom.
J'entre dans la grande salle qui est toujours vide. Je peux y faire toutes les bêtises que je veux ! En commençant par… Saccager le trône du Seigneur Hadès.
Je m'approche du trône et m'assois dessus, avec la même délicatesse que celle du Dieu. Je contemple la vaste salle en souriant, mais la trouvant bien sombre et triste. Alors, je m'amuse à donner des ordres invisibles. J'imagine que les Spectres sont tous agenouillés devant moi, ce qui me donne aussi une forte impression de fierté. Cela m'intimide également, mais qu'importe ? En ce court moment, c'est moi le Dieu.
Alors, je donne des ordres. Des corvées, les plus pénibles, aux trois Juges. Je donne pour ordre au Spectre aux grandes ailes d'offrir un bouquet de roses à Pandora. Je demande à Cheshire de se transformer en chat et d'affronter Cerbère. J'ordonne à Zélos de na pas ressembler à ce qu'il est, et au Juge Eaque de faire une déclaration à l'autre femme. J'ordonne à Pandora de ne plus porter de décolletés aussi plongeants. Tout ceci, à voix haute, bien sûr.
Enfin, j'ordonne à un Thanatos invisible de faire tout ce que je lui demanderai, jusqu'à la fin de mes jours et même au-delà. Je lui ordonne de se déguiser en poule pour faire du charme à Hadès. Je demande à Hypnos de me raconter des histoires avant de m'endormir. J'en ris tellement que cela me fait verser des larmes. J'en ai des douleurs au ventre lorsque j'ordonne à Hadès de me vénérer. Je me rends compte à quel point je suis partie loin, mais cela m'amuse, de me prendre pour Hadès, bien que je salisse son image.
Après avoir bien pleuré de rire, je tourne frénétiquement ma tête à gauche… Pour admirer un Hadès qui semble vouloir ma mort. Le garçon a les bras croisés autour de son torse et me regarde sévèrement. Maintenant, je rigole moins.
« Oh, Seigneur Hadès, quelle surprise ! Vous êtes là depuis longtemps ?
- Je pense avoir entendu le pire. Dit-il, aussi froidement qu'un hiver entier.
- Ce n'est pas bien d'écouter aux portes.
- Et tu oses me sermonner ?!
- Avouez que c'était amusant.
- C'était surtout puérile.
- Moi au moins, j'ai de l'humour. Marmonnais-je. Au fait, comment s'appel le Spectre aux grandes ailes ?
- Pardon ?
- Celui qui a les cheveux noirs. »
Le Dieu réfléchit un moment.
« Pourquoi désires-tu connaître son nom ?
- Il me semble que tout le monde se connaisse ici…
- Kagaho. » Soupire t-il, pour me donner le nom du Spectre. « Bon, j'aimerais… Non, je t'ordonne de rendre ce trône qui est le mien.
- Tant pis pour vous, il fallait être là plus tôt. »
Le Dieu me dévisage avec colère. J'espérais l'amuser, mais il n'en est rien.
« Ne m'oblige pas à utiliser la violence. Je ne te le redemanderai pas rends-moi mon trône.
- D'accord. » Dis-je, en me levant. « Si sa seigneurie veut bien poser son divin fessier… » Dis-je simplement, en lui désignant son trône.
Le Dieu me dévisage avec surprise. Sa peau extrêmement blanche commence à virer au rouge. Quelle maladresse…
« Je… Je ne voulais pas dire cela ! C'était… C'était sans sous-entendu ! » M'exclamais-je, gênée.
Le Dieu ne m'adresse aucun regard et passe devant moi pour s'asseoir.
Son petit chiot entre dans la pièce et saute sur s0es genoux. Hadès le caresse doucement.
Je reste là, sans rien dire, à regarder le chiot, puis le Seigneur Hadès. Celui-ci tourne son visage vers moi, sans comprendre. Pour ne pas paraître stupide, je caresse à mon tour le petit chiot.
« C'est Cerbère, n'est-ce pas ? Demandais-je.
- En effet. Répond-il, toujours aussi froidement.
- Mais… Vient-il directement des Enfers ?
- Pas vraiment…
- C'est-à-dire ?
- C'est… Mon hôte qui l'a sauvé. »
Malgré son ton glacial, j'entends sa voix se briser. Son visage s'assombrit.
« Votre… Hôte ? Demandais-je.
- Oui. Moi, Hadès, à chaque réincarnation je choisis de posséder le corps du garçon le plus pur au monde.
-Pourquoi ? Pardonnez-moi, mais… C'est absurde. Pourquoi un Dieu deviendrait-il un humain ?
- Pour ne pas blesser mon corps d'origine. Je suppose. » Ajoute t-il à voix très basse. Comme-si lui-même ne savait pas. « Oui, c'est cela. Mon véritable corps n'est pas blessé. De plus, mon hôte est le grand frère humain d'Athéna.
- Quel sadisme.
- C'est elle qui a choisit de devenir la sœur de son futur ennemi.
- Est-elle masochiste ? »
Le Dieu se met à rire doucement.
« Je pense qu'elle est stupide. Sa vie humaine est vouée à une éternité de souffrances…
- Comment cela ?
- Elle est devenue humaine. Athéna souffre autant que les humains et est sans cesse tourmentée par ses souvenirs perdus avec son frère.
- Je vois. Même si elle est aussi mon ennemie, je trouve cela triste. »
Et je le pense sincèrement. Contrairement à Hadès, Athéna a eu le courage de garder son véritable corps et de vivre parmi les humains. Elle qui aurait pu vivre dans l'opulence, a préféré vouer sa vie à la misère et à la laideur des hommes.
Le jeune Dieu me dévisage avec surprise. Il semble étonné par la compassion que j'ai envers mon ennemie. Envers son ennemie. Celle qui est à la fois sa nièce et sa sœur.
« Je vais vous laisser. Dis-je, plus timidement.
- Bien. »
Vais-je le faire ou non ? Cela serait absurde, et ce garçon est un Dieu. Non, je n'ai aucun intérêt à faire cela. Il va me punir. Il va me tuer. Oh, allez, je me lance, cela ne va pas lui faire de mal.
Alors qu'Hadès se fait lécher la main par son chiot, j'en profite pour lui donner un baiser sur la joue. Une joue aussi froide que l'un des fleuves des Enfers le Cocyte.
Le jeune Dieu est pétrifié. Pour ne pas recevoir de châtiment pour avoir osé souiller un Dieu, Hadès qui plus-est, je sors de la pièce le plus rapidement possible et referme la porte derrière moi. Je pousse un petit soupir de soulagement et glisse le long de la porte pour me retrouver au sol.
« En voilà une tenue pour une jeune fille.
- Pardonnez-moi, Dame Pandora, c'est juste… Le stresse qui descend.
- Le… Stresse ? Dit-elle en levant son sourcil gauche.
- Oui, ce n'est pas tous les jours que l'on peut parler avec le Seigneur Hadès. Bon, vous me pardonnerez, mais j'ai un dessin à terminer. » Ajoutais-je, en m'enfuyant.
Alors que je me dirige vers ma chambre, je croise de nouveau le chemin du fameux Spectre.
« Salut Kagaho ! J'adore ton Surplis ! » M'exclamais-je, alors qu'il ne me regarde pas.
Je passe rapidement à côté de lui, sans savoir s'il se retourne ou non.
En soirée, alors que je m'apprêtais à aller me coucher, quelqu'un frappe à ma porte, d'une manière timide, légère et glaciale.
« Heu… Oui ?
- J'ai une mission à te confier. Dit Hadès, sans entrer.
- Je vous écoute.
- J'aimerais que tu élimines deux Chevaliers demain. Il s'agit de Yuzuriha de la Grue et Yato de la Licorne.
- D'accord, mais… Comment vais-je les reconnaître ?
- La fille a de longs cheveux blonds relevés en queue-de-cheval et porte une armure d'argent. Le garçon a la peau mâte et les cheveux bruns. Son armure est en bronze, et ils ont tout deux les yeux bleus.
- Je vois… Pourquoi souhaitez-vous les éliminer ?
- Parce que nous sommes en guerre.
- Mais encore ? »
Hadès soupire et met un moment avant de répondre :
« Ils gênent le chevalier Pégase… Demain, Zélos te téléportera en Grèce.
- Je vois… J'exaucerai votre vœu.
- Bien. » Dit-il, en partant.
Il est spécial ce Hadès. Il faut que j'en sache plus sur ce chevalier Pégase.
Le lendemain, je pars rejoindre Zélos. Lorsque je passe à côté de la chambre de Pandora, je l'entends se plaindre. Je décide d'entrer, doucement.
« Dame Pandora… ? Oh ! »
Sa chambre, peinte de noir et de bleu nuit, est…En bazar. Ses vêtements sont éparpillés dans toute la pièce.
« Je ne vais pas non plus continuer à mettre cette horreur ! Se plaint-elle, en jetant un châle bordeaux à l'autre bout de la chambre.
- Un problème ? Tentais-je de demander.
- Oh, c'est toi. Et bien, je me débarrasse de nombreux vêtements qui ne me plaisent plus ou qui ne me vont plus.
- Je vois. » Souriais-je.
La jeune femme me dévisage un instant puis se met à sourire narquoisement, mais sans méchanceté.
« Toi. Commence-t-elle. Tu semble attachée à la robe que je t'ai donné… Je peux te donner ces vêtements, si tu veux. C'est ça ou de toute façon ils seront jetés.
- Oh, heu… Dis-je en regardant le tas. A condition qu'ils soient à ma taille. C'est très gentil, merci dame Pandora. Dis-je, en m'inclinant.
- Tâche d'en faire bon usage. »
Je regarde une cape rouge foncé, se fermant par une chaînette.
« Puis-je la prendre pour la journée ?
- Fais ce que tu veux ! » Soupire-t-elle.
Ce que j'aime, c'est que la plupart de ses vêtements ont un style qui me plaît bien, malgré ses grands décolletés.
Alors que je sors de sa chambre, une question me vient à l'esprit. Une question simple mais gênante.
« Dîtes-moi… Est-ce que… Le Seigneur Hadès aimera t-il ces vêtements ?
- Pardon ?
- Heu, je veux dire… Ne vais-je pas le contrarier si je porte les vieux vêtements de sa sœur ? Dis-je, déviant le sujet.
- Si tu crois qu'il en a quelque-chose à faire. De toute façon, ne t'attends pas au moindre compliment ou à la moindre remarque venant du Seigneur Hadès à ce niveau-là.
- Je vois. Merci. » Dis-je, en fermant la porte.
Je pars rejoindre Zélos qui m'attend sur le balcon.
« J'te téléporte, mais pour rentrer, c'est ton problème. Postillonne-t-il.
- Charmant… » Répliquais-je.
En un clin d'œil, me voilà en Grèce. Seule. Bon, comment vais-je trouver ces deux chevaliers ?
Je me promène dans une petite forêt, à leur recherche. C'est mon jour de chance !
Au loin, je reconnais El Cid du Capricorne. Un autre chevalier d'or l'accompagne. Beaucoup plus petit que lui, ses cheveux mi-longs sont bruns et ses yeux assortis. Il est assez musclé, et je me rends compte qu'il est Chinois. Je crois d'ailleurs que l'autre est Espagnol.
Derrière eux, je reconnais le fameux Tenma de Pégase, suivi par une jeune fille et un garçon. Se sont eux, que je dois tuer. Comment faire ? Heureusement que j'ai pensé à prendre un épais couteau de cuisine, et à cacher mon Surplis sous la cape de Pandora…
Alors que les chevaliers d'or sont à bonne distance de mes cibles, je me dirige vers eux :
« Excusez-moi, bonjour… Je cherche le village se trouvant près du Sanctuaire. Savez-vous où il se trouve ?
- Oui, tu le trouveras un peu plus loin, à la sortie de cette forêt. Répond le fameux Tenma, non sans hostilité.
- Ah, c'est que… Je viens d'Italie, j'ai peur de me perdre.
- Tu ne peux pas te perdre. Répond sèchement la jeune fille.
- L'un de vous pourrait-il m'accompagner ? S'il-vous-plait…
- Nous sommes pressés. » Répond le dernier garçon.
Mince, ils se méfient. Je les vois se dévisager un instant.
« Bon allez-y tous les deux. Je vais rejoindre Dohko et El Cid et leur dire où vous allez.
- Tu es sûr Tenma ? Demande celui qui doit être Yato.
- Oui, oui. Allez-y.
- On te rejoint vite. » Dit la jeune fille, Yuzuriha.
Le chevalier Pégase se met à courir, me laissant avec mes deux proies.
« Merci à vous. Dis-je, en chemin. Mais dîtes-moi, pourquoi portez-vous des armures ?
- Parce que nous sommes des Chevaliers de la Déesse Athéna ! Répond fièrement Yato.
- C'est vrai ?! Oh, quelle chance ! Vous n'êtes pas en guerre, j'espère.
- Malheureusement si. Contre Hadès. Répond Yuzuriha.
- Pourquoi ?
- Il veut prolonger ses Enfers sur Terre, cet enfoiré. » Marmonne Yato.
Lui, au moins, est juste contrairement à votre Athéna !
Faillis-je crier. Sauf que cela détruirait ma couverture.
« A cause de lui, la Terre est en danger. Continue t-il.
- Il fait peur ce Hadès…
- Ne t'inquiète pas ! Dit Yato. Nous, les Chevaliers, vous protégerons ! »
Le chevalier de la Licorne semble avoir baissé sa garde, pourtant, celle qui représente la constellation de la Grue semble toujours si hostile.
« Et votre ami, continuais-je. A l'air très fort lui aussi !
- Oui. Répond toujours Yato. Mais il n'a vraiment pas de chance. L'hôte humain d'Hadès est son meilleur ami, et le grand frère d'Athéna. Tenma s'entête à vouloir le sauver. »
C'est donc cela ! Pourquoi Hadès tenait-il à mettre Tenma à l'écart, c'est parce qu'il est l'ami de son hôte ! Pourtant, Hadès est Hadès et non son hôte…
Il faut que j'arrive à faire parler la fille !
« J'ignorais qu'il y avait des femmes dans la chevalerie.
- Eh, on te parle ! Dit le garçon à la jeune fille, lui donnant un coup de coude.
- Oui, il y a des femmes. Mais nous devons renoncer à notre féminité et porter un masque sur le visage. Répond-elle, froidement.
- Tu ne le portes toujours pas d'ailleurs ! » La sermonne Yato.
Alors que les deux chevaliers se disputent, j'en profite pour agir et dire le fond de ma pensée.
« Athéna… Elle est bien entourée. Elle joue les gentilles derrière son air de fillette, mais malgré tout elle détruit des villages. Je ne la félicite pas. La Déesse de la Sagesse. Dis-je, sur un ton sombre et dédaigneux que je ne me connaissais pas.
- Quoi ? S'étonne Yato.
- Tu as tout compris chevalier. Athéna n'est rien, contrairement à l'immensité du Seigneur Hadès ! »
M'exclamais-je, dévoilant mon Surplis. Cette scène pourrait presque être digne des meilleures tragédies.
« Tu es… Un Spectre ?! Se fâche Yato.
- Je me présente Yûki, Spectre du Sphinx ! J'ai pour mission de vous assassiner ! Wah ! » M'exclamais-je soudainement.
Yuzuriha s'est servie de l'étole rouge qu'elle portait autour de son cou pour m'emprisonner. Grâce à de la psychokinésie, je suppose. Elle ressert son étreinte. Alors, je ferme les yeux et me rappelle des paroles du Dieu Hypnos, sur la cosmo-énergie. Je me concentre et sens quelque-chose au fond de moi.
Quelque-chose qui brûle de sortir. Cette chose, je parviens à la faire exploser. Une immense boule d'énergie s'échappe hors de mon corps. D'une couleur transparente, elle explose d'un seul coup et me libère de l'étreinte de l'étole.
Je reste quelques secondes immobile, sous le choc de ce que j'ai enfin réussi à faire. Les deux autres sont surpris par mon comportement soudain, et ne bougent pas non plus.
« Yato, Yuzuriha ! Crie Tenma, arrivant avec les deux chevaliers d'or. J'ai senti la cosmo-énergie d'un Spectre ! Oh… ! » Fit-il, en me voyant.
Génial, maintenant, ils sont cinq contre moi.
« Quel coup-bas ! Marmonne El Cid.
- Ca alors, elle s'est bien jouée de nous. Dit ensuite celui qui doit être Dohko.
- Vous êtes tombés dans mon piège ! Je vais vous tuer, un par un ! Comme vous l'avez fait avec les habitants de mon village.
- Quoi ?! » S'exclame Yato, avec surprise.
Je fais apparaître mon instrument de musique maléfique, avec l'envie de jouer la mélodie la plus morbide.
« Ne faîtes donc pas les innocents. Vous avez assassiné ma famille, et je vais vous le faire payer ! »
Je commence à tirer sur les cordes. J'étais fière. Oui, très fière. Comme je ne l'ai jamais été jusqu'à présent. Je jugeais mon plan diabolique, mon entrée en scène sublime, mes paroles écrasantes. Mon attaque… Pathétique !
La musique est laide, sonne faux, et n'arrache pas leur cœur de leur poitrine, comme elle est sensée le faire.
Le chevalier du Capricorne me regarde avec mépris.
« Pitoyable. Dit-il, aussi froidement que la roche.
- Heu, vous êtes sûrs que c'est bien un Spectre au moins ? Demande Yato.
- Il n'y a pas de doute. Sa cosmo-énergie le prouve bien. Dit Dohko. Mais… C'est étrange, on dirait qu'elle ne sait pas ce qu'elle fait.
- Oh, tu veux bien la fermer toi là-haut ! Me fâchais-je après le Chinois.
- Bon, il y en a marre ! » Crie Tenma, se jetant sur moi.
Je parviens à sortir le couteau, pour me défendre. Si je dois vraiment me battre, je préfère le corps à corps plutôt que les petites étincelles de magie.
Je lui fais un « croche-pied » et le blesse à la gorge avec mon instrument tranchant.
Le jeune garçon se recule avec une expression reflétant la douleur, portant sa main gauche à son cou.
« Tenma ! Crie Yato.
- Je… Je vais bien. Articule Pégase.
- Tu vas nous le payer ! » Se fâche Yato, se jetant sur moi à son tour.
Je me baisse et parviens à l'esquiver, lui faisant un coup de coude au passage.
« C'est pas vrai ! Crie t-il.
- Dans une guerre, tout est permis, même les pires coups, chevaliers ! » Dis-je.
Je bondis vers le ciel, à une hauteur que je ne pensais jamais atteindre, et donne un coup de pied dans les côtes de la jeune fille, en redescendant. Celle-ci se défend et m'encercle avec son étole. La pression est plus forte que tout à l'heure.
Je suis à bout de forces. La Grue me relâche, je tombe au sol.
« C'est Hadès qui t'envoie ? Pourquoi es-tu seule ? Demande Dohko.
- La… Ferme ! Articulais-je.
- Réponds à ma question si tu veux avoir la vie sauve !
- …Jamais… Répondis-je, après hésitation.
- Tu ne me laisses pas le choix. »
Alors qu'il s'apprêtait à m'attaquer, un rayon de lumière apparaît entre nous.
« Zélos ! M'écriais-je.
- Vous n'êtes rien d'autre que des lâches ! » Crie El Cid.
Le jeune Pégase s'effondre au sol. Le sang coule abondement de son cou. J'ai seulement le temps de voir les autres l'aider, alors que nous nous téléportons.
« Zélos ! Pourquoi… ? Criais-je, devant le château.
- le Seigneur Hadès est extrêmement en colère ! Me coupe t-il. Tu vas te faire descendre !
- Ha… C'est donc pour me faire tuer par lui que tu me sauves des griffes de la mort ?!
- Tais-toi et suis-moi. »
Je n'ai jamais été aussi enragée, à tel point que je me moque de me faire tuer par Hadès. Mon échec me fait rougir de honte.
J'entre dans une salle privée cette fois-ci. Un grand atelier remplit de matériel de peinture. Le jeune Dieu est debout face à une toile sombre. Bien que passionnée par l'art, je n'ai pas le temps de contempler son œuvre.
« Te voilà enfin. » Commence t-il.
Hadès pose son pinceau avec délicatesse et marche dans ma direction. Il me gifle avec une telle violence que cela m'arrache quelques larmes.
« Pourquoi… ? Demandais-je, d'une toute petite voix.
- Non seulement tu n'as pas fait ce que je t'ai demandé, mais en plus, tu as osé blesser Pégase !
- Et… Et alors… ? Nous sommes en guerre.
- Pégase et Athéna ne doivent être blessés et défaits que par ma main !
- Si vous me l'aviez dit plus tôt… » Je m'effondre sur les genoux pour implorer son pardon.
Sous cet angle, je constate à quel point je ne suis rien, par rapport à lui.
« Seigneur Hadès, que dois-je faire pour… Pour me racheter ?
- Il n'y a rien à faire. Répond-il, avec mépris. A moins bien sûr de retourner les assassiner, mais il est trop tard.
- Je… Comprends.
- J'ai horreur des faibles. Néanmoins, je suis… Touché, par la dévotion que tu me portes. Je sais ce que tu leur as dit à propos de mon « immensité par rapport à Athéna ». Considère alors que… Tu es à moitié pardonnée. Tes belles paroles te sauvent, dirait-on. Mais la prochaine fois, cela ne sera pas suffisant. »
Je reste un instant sans rien dire. Perturbée par ce qu'il vient d'être dit.
« Et bien, qu'attends-tu pour te retirer ?
- Je… Oui, mon Seigneur. »
Hadès me dévisage de ses yeux d'un bleu pur et profond. Malgré sa sévérité, il semble si doux.
Je me dirige vers le balcon, pour respirer un peu.
Hypnos est assis sur sa chaise habituelle, buvant une tasse de thé.
« Tu as encore échoué, parait-il.
- Oui, Seigneur Hypnos. Dites, j'aimerai avoir quelques renseignements sur le chevalier Pégase.
- Et bien, Pégase est un chevalier de bronze. Malgré son rang inférieur, on dit qu'il est très dévoué à sa Déesse et souvent en sa compagnie. Pégase est aussi, le seul homme à avoir blessé le Seigneur Hadès à l'époque Mythologique.
- Vraiment ?! M'étonnais-je.
- Cela paraît fou, mais c'est vrai. Pégase, en tant que chevalier, a déjà blessé le véritable corps de Sa Majesté.
- Comment a-t-il… ? »
Le Dieu hausse les épaules. Ca alors, il doit être enragé à cette idée, le Hadès !
« Mais alors, pourquoi ne veut-il pas que nous le tuons ?
- Je pense qu'il souhaite lui-même se venger et puis, Pégase comme les autres ne sont que des insectes qui finiront par mourir. Si ce n'est pas au combat, alors ce sera de vieillesse ou de maladie… Mais, il devient gênant.
- Je vois. C'est vrai, nous ne sommes que des humains, après tout. »
Le Dieu du Sommeil me regarde avec surprise. Je lui réponds par un sourire sincère. Hypnos regarde sa tasse vide et me demande :
« Pourrais-tu me préparer du thé ?
- Oh, heu, oui, bien sûr ! »
Je prends délicatement sa tasse en porcelaine entre mes mains et tente de cacher mon visage rougis.
En rentrant, je percute son jumeau.
« Ouille ! Fis-je. Pardon.
- Ce n'est pas vrai ! Tu ne peux pas te tenir tranquille ?!
- Je pourrais dire la même chose en ce qui vous concerne. Faites attention où vous marchez. »
Le Dieu regarde son frère, sur la terrasse, puis me dit avec sévérité :
« Toi, tu ne perds rien pour attendre, insolente. »
Lorsqu'il part rejoindre son frère, je lui tire la langue.
Arrivée dans la cuisine aménagée, je pousse un long soupire. C'est vrai que je ne sais pas du tout comment préparer du thé. Je ne suis vraiment pas crédible j'ai des origines Egyptiennes et je ne sais pas jouer du benet, j'ai des origines Japonaises et je ne sais pas préparer du thé… Quelle tragédie.
Je reste quelques instants à fixer la tasse, qui est toujours vide. Aussi vide que mon cerveau à cet instant. Je commence à paniquer. Alors, pour ne pas impatienter la divinité, je sors quelques ingrédients d'une boîte et les mélange. Je fais aussi réchauffer de l'eau. Cette chose que je viens de créer a une couleur tellement étrange, que je préfère que ce soit Hypnos qui la teste, plutôt que moi.
Je retourne sur le balcon pour servir Hypnos. Tout ces aller-retour commencent à ma fatiguer. Les Dieux Jumeaux sont pris dans une partie d'échec lorsque j'arrive. Je sers Hypnos, qui n'y prête même pas attention. Je dévisage Thanatos avec un sourire en coin.
« Vous savez jouer aux échecs ?
- d'après toi…
- Je ne sais pas jouer. » Dis-je, avec honnêteté.
Ca, c'était la phrase, non, l'idiotie de trop. Le Dieu de la Mort explose de rire. Un rire aussi sinistre que les Enfers.
« Tu n'avais pas besoin de le préciser, je me doute bien ! Tu ne sais pas faire grand-chose de toute façon.
- Je sais… Dessiner ! » Dis-je, après avoir cherché.
Le Dieu de la Mort se met de nouveau à rire.
« Ah bon ? Je ne pense pas que tu sois aussi douée que Sa Majesté Hadès. Enfin, laisse-nous, veux-tu ?
- Non. Je veux savoir qui sera le vainqueur, le combat semble si acharné. Dis-je, avec ironie car ils me semblent bien mous tous les deux.
- Pff. Fit Thanatos. Si tu n'as que cela à faire… »
« Je dirais que, vous, Thanatos, semblez foncer la tête la première, mais vous ne vous posez pas beaucoup de questions. Hypnos, vous êtes beaucoup plus malin et vous préférez prendre vos précautions. Dis-je, après les avoir observé jouer.
- C'est exactement cela. Conclut Hypnos.
- Je préfère largement votre technique.
- Tu veux essayer peut-être ? S'énerve Thanatos. Tu ne fais pas le poids contre moi.
- Mais c'est avec plaisir que je veux vous affronter !
- Je ne disais pas cela avec beaucoup de sérieux, en fait. Je n'ai pas très envie de perdre mon temps avec une humaine.
- Oh, vous ne voulez donc pas m'humilier ?
- Si tu penses ne pas avoir été suffisamment rabaissée, je n'ai pas besoin d'une partie d'échec pour cela, rassures-toi.
- De toute façon, j'espère pour vous que vous n'êtes pas aussi nul en combat qu'en échec…
- Qu'est-ce que… Me coupe Hypnos. Mais… Qu'as-tu mis dans ce thé ? »
Le Dieu fait une telle grimace que je me retiens de rire.
« C'est du…Heu…Du thé Egyptien ! C'est juste la manière de le préparer qui est très spéciale.
- Si tu le dis. Ajoute t-il, peu emballé.
- Son goût doit te rappeler les poissons vivant dans le Nil. Ironise son frère.
- Très amusant… Dis-je. Seigneur Hypnos, pouvez-vous m'apprendre à jouer s'il-vous-plaît ?
- Non. » Dit-il.
Sa réponse est si froide que j'en frissonne.
« Mais pourquoi ?
- Ne vois-tu pas que nous sommes occupés ! Se fâche t-il.
- Je… Bien. Pardonnez-moi. » Dis-je, en partant.
Pendant un court instant, je me suis presque sentie proche d'eux. Comme… Une amie. Oui, j'ai vraiment besoin d'affection, de toute l'affection que j'ai rejetée lorsque j'étais avec ma seule amie dans notre village. J'ai essayé avec Pandora, avec Hadès, puis avec eux. Je suis une humaine, et eux des Dieux, il me semble donc logique que cela ne fonctionne pas.
Le Dieu Hypnos se lève et vient me voir, avant que je ne sois rentrée dans le château.
« Je t'apprendrai une autre fois. » Dit-il, simplement.
Je me retourne sur lui avec surprise et lui adresse un sourire.
« Merci. »
Les jours passèrent plus où moins rapidement. Le Dieu Hadès ne me demande plus aucun service et m'ignore lorsque nous nous croisons, tout comme les Dieux Jumeaux et les autres Spectres. Alors me vint une idée. J'ai peur de la réaction d'Hadès et il me fallut plusieurs jours pour me décider et prendre mon courage à deux mains. Je me dirige vers la grande salle où l'Empereur des Ténèbres a l'habitude de se poser sur son trône. J'entre doucement, la peur au ventre. Le Dieu est là.
« Seigneur Hadès. Dis-je, posant un genou à terre. J'aurais… Un service à vous demander.
- De quoi s'agit-il ? Demande t-il, non sans sévérité.
« Et bien en fait… » Alors que je m'apprêtais à parler, la porte derrière moi s'ouvre et se referme.
Je me retourne pour savoir qui cela peut bien être. Je reconnais aussitôt Minos, l'un des trois Juges des Enfers. Sa chevelure de neige flotte délicatement. Lui aussi a de bien belles ailes sur son armure. Le noble Spectre du Griffon ne cache pas un sourire sadique et satisfait. Ses yeux pétillent. Il traîne un autre garçon son bras gauche est par-dessus les épaules de Minos. Il a de longs cheveux bleus clair, des yeux bleus nuit avec un grain de beauté sous l'œil gauche, et une peau très blanche. Il est recouvert de sang et sa cape blanche est en lambeaux. Son bras droit semble désarticulé et son armure est en or. Un Chevalier d'Athéna. Les deux hommes sont aussi beaux l'un que l'autre. J'ai l'impression d'avoir deux mannequins face à moi.
« Seigneur Hadès. Commence Minos. Laissez-moi vous présenter mon prisonnier. Albafica, Chevalier d'or des Poissons ! Je me suis amusé avec lui, mais il n'a pas voulu me dire où se trouve ce qu'Athéna vous a dérobé. Je tiens donc à le garder et à en faire ma marionnette, jusqu'à ce qu'il parle enfin.
- Je vois. Dit Hadès. Bien, fais-en ce que tu veux. Sa vie m'importe peu.
- Aussi, quelques chevaliers viendront peut-être lui porter secours. Je me ferai un plaisir de les massacrer.
- Fais ce qu'il te chante, Minos.
- Bien. Votre majesté. » Conclut-il en inclinant la tête.
Minos repart en traînant le chevalier comme un vieux jouet.
Athéna aurait donc dérobé quelque-chose à Hadès ? Qu'est-ce donc ?
« Alors ? Demande Hadès.
- Pardon ?
- Que voulais-tu ? » Soupire t-il.
J'ai complètement oublié ! Minos m'a perturbé et coupée dans mon élan. Je ne sais plus comment lui demander.
« En fait… J'ai constaté que vous aimez beaucoup la peinture. Si toutefois vous avez le temps, pouvez-vous… M'apprendre à peindre, s'il-vous-plaît ? »
Je me sens rougir. Demander cela à un Dieu…
Hadès semble perturbé. Par peur de ne pas avoir compris, il m'en demande la raison. J'en profite pour sortir mon carnet de dessin d'un sac noir que Pandora m'a donné, et le lui présente.
« J'aime beaucoup dessiner, et je souhaite apprendre à peindre. »
Hadès prend délicatement le carnet entre ses mains et le feuillette. Il y a surtout des animaux. J'aimerais beaucoup le dessiner, lui, mais je n'ose pas.
« Hmm… Fit-il. Améliore un peu plus ton style, et peut-être te consacrerais-je une infime partie de mon temps.
- Vraiment ? Merci ! »
Je ne pensais pas qu'Hadès accepterait si facilement. Enfin, tout dépend de ce qu'il entend par « approfondir mon style ».
Alors que je retourne dans ma chambre, une idée me vient.
Je descends le long d'un escalier menant aux prisons du château. Minos ne semble pas être là, et le fameux Albafica est assis derrière les barreaux. Je m'approche de lui.
« C'est triste de voir qu'un valeureux chevalier d'Athéna se retrouve dans un tel état ! Dis-je, avec ironie. Que t'es t-il donc arrivé ?
- Pourquoi m'abaisserais-je à te répondre ?
- Tu n'es pas en état de me parler ainsi !
- Et ? Les Spectres… Vous êtes tous les mêmes. Arrogants.
- Quant à vous, chevaliers d'Athéna, cela vous plait de détruire des villages et massacrer des innocents ?!
- P-Pardon ? Articule-t-il.
- Les chevaliers de ta Déesse, ils ont détruit mon village, cela devrait te rappeler quelque-chose, non ? Le Seigneur Hadès a eu la bonté de m'offrir une nouvelle vie. Ton Athéna, l'aurait elle fait ? Non ! C'est vous qui êtes arrogants et démoniaques ! »
Le chevalier reste silencieux un moment avant d'écarquiller les yeux et de dire :
« Athéna… Jamais… Jamais Athéna ne nous aurait ordonné de faire une chose aussi basse et digne de l'armée d'Hadès.
- Je sais que tu mens ! » Hurlais-je.
Alors pourquoi semble t-il si sincère ?
« Nous ne voulons que protéger l'amour et amener la justice sur Terre. C'est tout. Je te le jure sur ma vie, Spectre ! Jamais Athéna ne donnerait pareil ordre.
- Ah, cesse donc de mentir, Poisson. » Intervient Minos que je n'ai pas entendu arriver. « Sphinx. Me dit-il. Tu devrais savoir que les chevaliers sont fourbes et rusés. Regarde comme ils sont faibles. Ah ! Le Seigneur Hadès est bon contrairement à cette sotte qui lui sert de nièce. Maintenant, je t'ordonne de ne plus voir ce chevalier. Ton esprit ne doit pas être souillé.
- Bien. Seigneur Minos. »
Je préfère ne pas insister. J'ai entendu dire que Minos est complètement fou et cruel, malgré ses airs de noblesse.
« Au fait, qu'est-ce donc ce qu'Athéna a volé à Sa Majesté ? Demandais-je.
« Cela ne te regarde pas. » Conclut Minos.
