Et voici la partie 3 de cette chose étrange... Pas de warnings si ce n'est l'habituel rating M à ne pas oublier. Have a good read! N'hésitez pas à me faire part de ce que vous pensez de cette fic.


3. Ils ne devraient pas essayer de changer ça

La pluie était tombée d'un seul coup, sans prévenir. Takasugi s'était alors mis à courir, à la recherche d'un endroit où s'abriter, quelque part où il serait protégé du ciel et de sa colère. La forêt sentait l'orage, et ses pas pressés éclaboussaient les bords du chemin tandis qu'il courait, ses mains au dessus de sa tête dans un espoir vain de se protéger de l'eau qui tombait en fracas.

Mais quand il trouva l'avancée de roche qu'il était parti chercher, et qu'il savait l'aurait gardé au sec, il s'immobilisa. Car il y avait déjà quelqu'un en dessous.

Ses poings se fermèrent, son échine se raidit. Il frissonna, et ses bras tombèrent près de ses côtes. Il garda son regard droit devant lui, sa bouche légèrement entrouverte, mais ne sut quoi faire. La peur le parcourut un instant. Il voulut faire demi-tour. Mais il en était incapable.

Ses pieds le menèrent immédiatement vers l'avancée de pierre, et il sentit, malgré lui, ses yeux s'humidifier sous la terreur. Il aurait pu croire que le sang qu'il voyait n'était pas celui du garçon. Il aurait pu croire que le monstre avait enfin attaqué, et venait de finir son repas. Mais ce n'était pas le cas. La sordide vérité était sous ses yeux.

L'enfant aux cheveux argentés était blessé à l'épaule, et cela ressemblait beaucoup à un coup de katana. Ses épaules tremblèrent, et quand il fit un pas en avant, les pupilles rouges se posèrent sur lui.

Il devait avoir l'air pitoyable, sous la pluie, à le regarder d'un air de celui qui ne va pas tarder à éclater en sanglot. Il avança à nouveau.

« C-Ca va? »

La question était stupide dans ces circonstances, car bien sûr que ça n'allait pas. Son kimono était recouvert de sang, la pierre contre laquelle il était appuyé aussi. Cependant, il répondit juste :

« J'ai connu pire. »

Shinsuke déglutit, tandis que le regard ne flottait pas, qu'il restait planté en sa direction et gardait le même air désabusé que d'habitude. Sa mâchoire se ferma, et il se planta enfin sous l'abri.

« Arrête tes conneries! C'est quoi ça? Comment c'est arrivé?

– Y a beaucoup de gens qui m'aiment pas.

– M-Mais... »

Il ne savait quoi dire, car il était mal placé pour avancer que l'autre ''n'avait rien fait''. Lui-même n'avait cessé de le regarder comme un pestiféré, de l'éviter, de cracher dans son dos. Mais maintenant qu'il le voyait pour de bon prit pour cible, qu'il n'avait l'air de rien d'autre qu'un enfant abandonné, son ventre se serrait. L'air était lourd, il avait du mal à respirer.

« Pourquoi tu t'es pas protégé! T'as un sabre! »

L'enfant resserra le fourreau contre son cœur, et frotta son pied contre la terre. Il détourna enfin le regard.

« J'ai promis.

– Hein?

– J'ai promis que je l'utiliserai que pour protéger mon âme. »

Et Takasugi ne sut plus que dire, et l'orage couvrit le silence. Il jeta un regard sur le côté, rougissant car il avait honte, car il était en colère, car il avait eu tort. Il finit par serrer les poings, et arracha une manche de son kimono, pour ensuite s'approcher du garçon qui le fixa de nouveau.

« Qu'est-ce que tu fais?

– La ferme. Faut arrêter l'hémorragie. C'est Shouyo-sensei qui nous a appris à fabriquer des bandages avec ce qu'on a sous la main.

– Ah.

– Y a pas de ''ah'' qui tienne! Pourquoi tu viens en cours si t'écoute pas? »

Il ne répondit pas, et Shinsuke ne s'attendait pas à ce qu'il le fasse. Il le laissa le soigner, sans un mot, le regardant faire. Les yeux vissés sur lui mirent le brun mal à l'aise, mais il continua. La pluie formait un rideau autour d'eux, le son et la nature les coupant du monde. Il souffla sous ses dents.

« C'est quoi ton nom? »

Un silence s'écoula, et Takasugi se rendit compte que la chaleur sous ses mains, le sang sous ses doigts, étaient bel et bien ceux d'un humain.

« Gintoki. »

.

Takasugi attendit qu'il pleuve pour sortir. Il débarqua, et marcha dans les rues de Edo, sentant son sang bouillir à chaque fois qu'il croisait un Amanto. Son visage caché par son parapluie, il marcha, sans savoir où il allait.

Il avait simplement envie de sang. Quand il trouverait sa victime, il le saurait.

Mais il arriva dans Kabukichô. Il passa près des pachinko. Et à un moment, il leva la tête, et aperçut une maison aux tons rouges. Il vit une vieille femme qui rangeait des cartons d'alcool, et un robot qui nettoyait les vitres. Il entendit un cri de petite fille, complétés par ceux crissants d'un adolescent, et d'un aboiement. Ils furent suivis d'un soupir familier.

Sa main crispée sur son sabre lui fit mal, mais son œil resta figé vers le bout de la rue. Il vit le groupe de trois arriver en courant pour se précipiter vers les escaliers. Il entendit la rousse rire. L'énorme chien sauter dans les flaques. Le binoclard se plaindre d'être le seul à porter les courses. L'homme aux yeux pas aussi rouges que dans ses souvenirs passa à côté de lui.

Il se mit à respirer fort, et sentit le goût du sang dans sa bouche. Mais il ne bougea pas. Il les regarda grimper jusqu'à leur appartement, trempés comme des soupes. Gintoki fermait la marche, sa main dans son kimono. Il jeta un léger coup d'œil à la rue, et leurs yeux se croisèrent. A demi-caché derrière son parapluie, Takasugi cessa de respirer.

Il se dit que Kamui disait des conneries, comme d'habitude. Qu'il n'avait jamais autant voulu tuer le permanenté. Qu'ils n'étaient plus des camarades. Que le Shiroyasha n'était qu'un traître.

Il imagina tirer sa tête en arrière et lui mordre le cou. Il imagina lui arracher l'oreille, et la cracher en direction des gosses avec qui il était venu. Il imagina prendre ces lèvres si silencieuses lorsqu'il était jeune, et qui parlaient désormais trop. Il imagina les mains ensanglantées de Gintoki recouvrir son visage, puis venir entourer sa gorge.

Takasugi inspira brusquement. Puis repartit, les yeux injectés de sang, pensant sans y croire qu'en allant à Yoshiwara et en dépeçant une prostituée, tout irait mieux.