Les personnages et l'univers appartiennent à Rick Riordian, sauf Abby bien sûr.
Abby essaya de se cacher encore un peu plus sous les couvertures. Si ses frères et sœurs l'avaient laissée tranquille pendant la nuit, la rousse qui se tenait devant son lit semblait déterminée à la faire se lever.
- Abby, dis quelque chose au moins ! Tu m'inquiètes ! Heureusement que Will m'a prévenue, mais si tu ne me racontes pas ce qu'il ne va pas, je ne peux pas t'aider ! Peut-être que Nico arrivera à savoir quelque chose, lui …
- Il est ici ?
Abby s'était redressée en entendant le prénom de son meilleur ami. S'il y avait bien quelqu'un qu'elle voulait voir, c'était lui. Rachel eut à peine le temps d'hocher la tête qu'Abby avait déjà sauté dans ses vêtements.
- Tu sais où il est ?
- Quand je l'ai vu, il était près du Poing de Zeus, mais … Abby, attend !
Elle ne se retourna pas pour attendre son amie. Elle traversa le camp à grandes enjambées, ignorant le regard surpris des autres pensionnaires.
Elle arriva enfin près du rocher et aperçut le fils d'Hadès. Il avait encore pris plusieurs centimètres depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu et ses cheveux avaient assez poussé pour cacher totalement ses yeux. Elle lui courut littéralement dans les bras, faisant tomber le brun à la renverse.
- Tu m'as manqué, dit-elle.
- J'avais remarqué, ria Nico. T'es trop câline.
- Pourquoi tu reviens pas plus souvent ?
- Tu sais que je dois aider mon père. Surtout avec les Portes qui ont été ouvertes, il n'a pas envie que ça recommence.
Abby hocha doucement la tête. Oui, elle savait. Et elle trouvait que Hadès exagérait à utiliser Nico comme ça alors qu'il n'était ni un dieu, ni un de ses sbires immortels. Il pouvait mourir à chaque mission que le seigneur des Enfers lui donnait. Et c'était ce qui la dérangeait le plus dans l'histoire.
Elle aurait pu rester des heures comme ça, entre ses bras, la tête nichée au creux de son cou. Mais elle sentit ses mains la faire bouger légèrement de sorte qu'il pouvait la regarder dans les yeux.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?, lui demanda-t-il.
- Comment t'as deviné ?
- Simple : d'habitude, quand tu me vois, tu brilles presque comme le soleil. Là, je ne t'ai jamais trouvée aussi pâle. Qu'est-ce que j'ai loupé qui a pu t'affecter à ce point ?
Elle sourit tristement. C'est vrai que pour quelqu'un qui devait passer le plus clair de son temps à être à l'ombre ou sous terre, quand quelque chose était lumineux, ça devait se voir.
Devant le regard inquiet de Nico, elle lui raconta tout la journée précédente, de la déclaration de Mitchell jusqu'à Ethan en passant par son malaise. Elle eut les larmes aux yeux en finissant son récit sur la soirée avec le fils de Némésis. Nico la cala contre lui.
- Je ne comprend pas pourquoi il a fait ça, dit il enfin. Depuis que tu l'as soigné et aidé, je l'ai toujours vu t'avoir en grande estime. Et puis, il y a quelque chose dans cette histoire. Quand je suis arrivé, je suis allé voir Will pour savoir où tu étais. Sauf qu'à la place, je suis tombé sur ton frère soignant Ethan qui venait de se réveiller. Apparemment, il a été trouvé évanoui pas loin du bungalow des Apollon. Et de ce que j'ai entendu, il n'a aucun souvenir sur ce qu'il s'est passé hier soir après le dîner.
Abby se sentit humiliée. Comment pouvait-il lui dire toutes ses choses pour après lui faire ça et faire celui qui est amnésique ? Il lui avait pris sa virginité quand même, et l'avait planté seule. Pour quelqu'un qui était un enfant de la déesse de la justice, elle le trouvait bien cruel, qu'est-ce qui était juste dans ce qu'il avait fait ? Surtout à elle, qui lui avait rendu son œil et qui s'en était occupé.
Nico avait dû sentir qu'elle s'agitait. Il la berça doucement et se mit à jouer avec ses cheveux. Ce geste la calma un peu.
- Tu sais ce qui te ferait du bien ?, lui dit il soudain. C'est de te changer les idées. T'as besoin de voir des gens et de faire des choses. Suis moi.
Abby se détacha du brun et se leva.
Ils traversèrent tout le camp et rejoignirent le mur d'escalade. Plusieurs pensionnaires étaient là. Elle aperçut Percy qui finissait de descendre du mur. Il atterrit au sol et les remarqua. Nico lui fit signe de venir.
- Salut Nico, Abby, les salua-t-il. Quoi de beau ?.
- Mec, j'aurais un service à te demander.
- Je t'écoute.
- Abby est pas trop bien. Tu pourrais pas lui changer un peu les idées ? Comme t'as toujours plein de trucs à faire, lui demanda Nico.
Abby aurait rougi de honte. Elle était quoi, une gamine qui fallait occuper ? Avec Percy comme baby-sitter ? Ça promettait.
- Oh, Abby fais pas cette tête ! Promis, je te ferais pas le coup de trier les dossiers de Chiron !, sourit Percy.
- Et puis, renchérit Nico. Je vais devoir repartir, mon père m'attend depuis un moment déjà. J'espère qu'il est pas trop de mauvaise humeur, la dernière fois, j'ai dû aller traverser les Champs du Châtiment. Si vous saviez les horreurs qu'il y a là-bas …
Nico frissonna. Abby se dit qu'elle n'avait pas, mais alors vraiment pas envie de savoir ce qu'il se passait dans ce Champs. Et elle espérait surtout qu'elle n'aurait jamais à y entrer.
Le fils d'Hadès l'embrassa rapidement sur la joue et partit, la laissant seule avec un fils de Poséidon à l'air aussi excité que Léo quand il a une nouvelle idée de fabrication.
- Allez viens, je suis sûr que tu n'as jamais vu ce qu'il y a au fond de la mer.
Elle aurait dû se douter que Percy allait vouloir la faire nager. Cependant, il lui avait promis qu'il n'y aurait rien comme effort physique, juste de la visite.
Elle était à présent dans l'eau, au sec dans la bulle d'air que Percy lui avait créée. Ça, déjà, c'était géant. Il la tenait par la main et la tirait à sa suite, lui montrant tout ce qui se passait sous la mer : poissons, coraux, paysages aquatiques. Et c'était encore plus impressionnant que la bulle d'air. Son père était peut-être le dieu de l'art, Poséidon aurait pu prétendre au trône vu la beauté de ce qu'il avait créé. Désolée papa, c'était plus fort que moi, pensa Abby. Heureusement qu'Apollon n'était pas connu pour avoir un tempérament violent …
Elle ne savait pas depuis combien de temps elle était sous l'eau, en tout cas son ventre commençait à crier famine. Elle n'avait pas voulu manger ce que Will lui avait apporté le matin ni ce que Rachel lui avait donné le midi. Son guide personnel devait avoir faim aussi parce qu'il la remonta doucement à la surface. Le soleil déclinait déjà. Ce qui voulait dire qu'ils étaient restés sous l'eau pendant au moins quatre heures.
Ils sortirent de l'eau et se dépêchèrent de rejoindre le réfectoire. Avant de rentrer, Percy lui promit de venir la chercher les prochains jours dès qu'il le pouvait.
Il avait tenu sa promesse. Percy était revenu la voir depuis que Nico lui avait demandé de s'occuper un peu d'Abby. Elle avait passé ses deux derniers jours comme dans une bulle. Il était tellement adorable avec elle …
Elle s'était levée ce matin en se demandant ce qu'il avait préparé comme projet et n'avait pas été déçue. Ils avaient fait du canoë, où Percy s'était amusé plusieurs fois à la faire chavirer, étaient retournés voir les profondeurs de la mer qui se trouvait à côté et enfin ils étaient montés en haut de la cascade de lave. Ils étaient maintenant assis en hauteur l'un à coté de l'autre, les jambes dans le vide.
- Ça t'a plu aujourd'hui ?, demanda Percy.
- Oh oui, merci, t'as pas idée !, répondit Abby en hochant la tête.
- Et ça va mieux ?
- Je crois que oui …
Percy lui sourit franchement. Hazel lui avait raconté que le jour où elle l'avait rencontré, elle avait cru qu'il était un dieu romain, tellement il était beau. Abby comprenait maintenant ce qu'elle voulait dire. Son sourire, ses yeux verts d'eau qui étincelaient avec la lumière du soleil, ses cheveux bruns en bataille … Il était à tomber. Elle se surprit à se mordre la lèvre.
- Arrête de faire ça.
- Arrêter de faire quoi ?, demanda-t-elle innocemment.
- De te mordre la lèvre comme ça, c'est bien plus sexy que tu peux le croire.
Par réflexe, elle se les mordit encore, les joues en feu. Cette action sembla faire réagir Percy qui prit vivement les mains d'Abby pour la plaquer contre le sol, les mains au dessus d'elle. Percy se pencha au dessus d'elle. Ses yeux étaient voilés, et avaient la même couleur que le fond de la mer.
Sans qu'elle s'y attende, il l'embrassa. Il avait lâché ses mains, ce qui lui permit de passer les bras autour de son cou. Elle rendit son baiser avec un peu plus de ferveur qu'elle n'aurait voulu.
Manquant d'air tous les deux, ils se séparèrent. Percy ne dit rien, se contentant de lui sourire en lui caressant la joue.
Plusieurs jours étaient passés comme ça : ils se retrouvaient, s'embrassaient furtivement à l'ombre d'un mur puis repartaient.
Abby se sentait fondre à chaque fois qu'elle le voyait et était comme sur un petit nuage. Elle était bien, enfin, mais elle avait promis à Percy qu'elle ne parlerait pas de ce qu'ils se passaient entre eux. Rachel avait beaucoup râlé par rapport à ça d'ailleurs.
Elle se rendait au réfectoire, le cœur léger, comme à son habitude. En entrant, elle tomba sur une scène qui lui fit le même effet que si quelqu'un venait de lui enfoncer un poignard dans le cœur.
Percy était au milieu du réfectoire, un genou à terre devant Annabeth et venait de la demander en mariage.
Abby eut enfin la certitude qu'elle faisait partie des filles les plus naïves et les plus stupides de la planète. Comment avait-elle fait pour oublier Annabeth ? Alors que cette dernière était quand même connue pour être la célèbre petite-amie du encore plus célèbre Percy Jackson ? Il n'empêchait que la célébrité en question avait joué avec elle, l'avait embrassé, lui avait fait avoir des sentiments pour lui. Et c'était d'ailleurs le pire dans cette histoire : plus les jours passaient et plus elle tombait amoureuse de Percy.
Dégoûtée de la scène bourrée de romantisme qui se déroulait devant ses yeux, elle se retourna et courut le plus loin possible du réfectoire. Ses pas l'avaient inconsciemment guidée vers la plage, où elle avait passé pas mal d'heures avec Percy.
Néanmoins, elle vit des silhouettes au loin. En se rapprochant, elle vit que les frères Alatir lui faisaient signe. Elle arriva à leur hauteur, attendant leur prochaine farce. Qui ne vint pas. Au contraire, ils semblaient inquiets.
- Abby, tout va bien ?, demanda Travis.
- Oui pourquoi ?
- S'il-te-plaît, ne nous ment pas, c'est pas cool, répondit Connor.
En réponse à sa question muette, il s'approcha d'Abby et essuya ses joues. Elle ne s'en était pas rendue compte, elle avait pleuré et à chaudes larmes.
- Les gars, je …
- T'as pas envie d'en parler, t'inquiètes, on avait deviné. Mais sérieux, Travis, t'es pas d'accord ? Abby est quand même vachement plus mignonne quand elle sourit.
- Un vrai rayon de soleil !, renchérit son frère.
Le ton enthousiaste que Travis avait pris fit doucement rire Abby.
- Voilà, c'est mieux comme ça ! Je sais pas qui t'as fait pleurer mais c'est vraiment un connard, dit Travis.
- Tu veux pas nous dire son nom qu'on le bute ? Laisse faire les Hermès, il va regretter de t'avoir mise dans cet état !
Abby repensa à Percy et à la scène qui avait eu lieu. Elle perdit complètement son sourire.
- Bah voilà, Connor, bravo ! Elle veut pas en parler donc on va lui foutre la paix là dessus, on va s'installer tranquille sur la plage, on va la faire rire et ça va aller mieux. N'est-ce pas Abby ?
Abby ne put qu'hocher la tête. Elle prit la main que Travis et Connor lui tendaient et les suivit jusque sur le sable. Ils s'assirent à même le sol. Elle était entre les deux garçons. Elle les vit se regarder mutuellement, se sourirent et se jeter sur elle. Ils la chatouillèrent de partout jusqu'au moment où elle les supplia d'arrêter, manquant cruellement de souffle.
- Bah alors, Abby ? T'es rouge, t'as trop chaud ? Un petit tour dans l'eau te rafraîchirait peut-être ?
- Non, les gars, ça va … Non, mais lâchez moi, NOON !, ria-t-elle.
Un des deux frères l'avait mise sur son épaule. Elle ne savait pas lequel entre Travis et Connor, sachant qu'elle n'arrivait à les reconnaître que par leur taille. Et du haut d'une épaule, ce n'était vraiment pas simple.
Dans un cri, elle fut lâchée dans l'eau gelée.
- Les gars, c'est vraiment pas cool, c'est froid !
Ils ne lui répondirent pas mais lui offrirent un sourire narquois. Puis paniquèrent en voyant la mine attristée et implorante d'Abby. Ils s'approchèrent en se traitant de plusieurs noms d'oiseaux et tendirent la main pour l'aider à remonter. Mains qu'Abby attrapa mais ne s'en servit pas pour se hisser. Elle tira un grand coup, faisant atterrir les garçons dans l'eau avec elle. La tête qu'ils firent en remontant à la surface valait largement le détour. Elle les préférait comme ça, l'amusant jouant avec elle, plutôt qu'en la draguant comme ils avaient fait la semaine précédente.
Après avoir barboter pendant un moment, Abby se rendit compte qu'elle avait froid. Les garçons avaient dû le remarquer : ils lui prirent chacun la main et la firent sortir de l'eau. Là, un des frères lui donna son pull qui était resté sur la plage pendant que l'autre s'asseyait au sol.
Elle était installée contre Connor, ses jambes tenues par Travis pour la réchauffer. Elle se sentait bien à se faire câliner par les deux fils d'Hermès, le pull qu'elle portait lui apportant un peu de confort supplémentaire.
Elle se laissa doucement bercer par les battements de cœur de Connor et s'endormit.
Quand elle se réveilla, elle se dit qu'elle avait vraiment très froid. Et que l'endroit où elle dormait était loin d'être confortable, contrairement au moment où elle s'était endormie. Elle ouvrit les yeux et sursauta en reconnaissant le réfectoire. Elle se redressa vivement et se rendit compte qu'elle était allongée sur une table. Et qu'elle était nue. Le pire, c'était que plusieurs inscriptions étaient marquées sur son corps « Pute », « Salope », « Traînée », et d'autres qu'elle ne réussit pas à lire à cause de sa dyslexie et des larmes qui lui brouillaient la vue mais elle devinait sans peine qu'ils devaient être tout aussi salés.
Elle entendit les premiers pensionnaires arriver. Elle essaya de cacher son corps tant bien que mal, attendant avec appréhension les commentaires qui allaient fuser dans peu de temps. Elle baissa la tête, histoire de cacher son visage avec ses cheveux.
Elle sut que la plupart des gens étaient arrivés au fur et à mesure qu'elle entendait des exclamations outrées de ceux qui la regardaient. En revanche, aucun d'entre eux ne semblait décidé à l'aider. Elle voulait disparaître, et en même temps se lever et courir loin des regards qu'elle sentait peser sur elle. Mais elle n'eut le courage de faire ni l'un ni l'autre, sachant que l'un était impossible et l'autre encore plus dégradant que ce qui était en train de se passer. Alors qu'elle perdait tout espoir, elle entendit quelqu'un s'approcher et l'appeler.
- Abbygail ?
