29 octobre 1942
La précipitation a fait échouer ma tentative sur Andrew Brown. J'étais tellement excité à l'idée de libérer le Basilic que je n'ai pris assez de temps pour réfléchir sur la manière de m'y prendre. Ça fait mal de l'avouer, mais je ne suis encore qu'un novice. Je vais prendre plus de temps pour mettre un nouveau plan en place. La patience sera ma nouvelle alliée.
Il me faut me ressaisir pour être à la hauteur de la tâche que je dois accomplir. En tant qu'Héritier de Serpentard, je me dois de me distinguer des autres sorciers. Je serai celui qui achèvera sa noble tâche. J'éliminerai tous les sorciers Nés Moldus, cette honte à notre race.
Je serai l'un des sorciers les plus puissants de cette époque, et non pas un lèche botte du Ministère, comme le pensent tous les autres. Je ferai honneur à mon ancêtre. Je me dois de travailler encore et encore, jusqu'à atteindre la perfection relative au sang des Serpentard. Jusqu'à les surpasser tous.
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2 décembre 1942
Je progresse dans mes recherches, la liste s'allonge.
Jacob Parks ( Poufsouffle, 4ème année)
Lise Nelson (Serdaigle, 2ème année)
Elisabeth Foster (Gryffondor, 6ème année)
Luke Sullivan (Gryffondor, 3ème année)
Isaac Tyler (Poufsouffle, 2ème année)
Oliver Bart (Serdaigle, 4ème année)
Amy Pierce (Serdaigle, 1ère année)
Belinda Crawford (Gryffondor, 5ème année)
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31 décembre 1942
Heureusement, Crabbe est le seul de mon année à être resté à Poudlard pour Noël - cette fête dégoulinant d'amour et de guimauve. Ça m'a permis de ne pas être réveillé par une stupide chanson de joyeux anniversaire. Je n'ai pas eu à faire semblant d'aimer les cadeaux - tout aussi stupides - que les autres m'avaient dégoté à Pré-au-Lard et envoyé par la poste. Je n'ai jamais fait d'effort particulier pour me lier d'amitié avec eux. Je me demande s'ils ne m'ont pas envoyé ces cadeaux un peu par crainte. Ou peut être pour se faire bien voir. J'aime bien cette idée.
Parmi les chocolats, chaussettes, cravates et écharpes, j'ai trouvé un serpent en caoutchouc qui répondait au Fourchelang - ou, du moins, à tout ce qui y ressemblait un tant soit peu. Il suffisait d'insister sur les s de chaque mot, et la bestiole se mettait à gigoter en émettant des sons qui approchait à peine la langue de mon ancêtre.
Quoi qu'il en soit, aussi inutile et agaçant que soit ce cadeau, il m'a fait réaliser quelque chose : je n'ai pas la moindre idée de qui étaient mes ancêtres, si ce n'est Salazar Serpentard. Je sais que mon père était sorcier - ma mère était bien trop faible, mon père a dû l'abandonner lorsqu'il a su qu'elle n'était qu'une Moldue de bas étage.
J'ai donc décidé de faire quelques recherches sur le sujet. Il y a une liste des anciens préfets dans les archives, ce ne devrait pas être si difficile que ça à trouver.
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2 mars 1943
Les professeurs sont très à cran avec les BUSEs, ils nous donnent tellement de travail que je vois à peine au-dessus de la pile de parchemin. Je n'ai même plus le temps pour écrire, entre ça et la Chambre…
Je me suis finalement lancé, il y a quelques semaines. Lise Nelson. Encore raté. Je commence à penser que ce n'est pas de la patience qu'il faut, mais de la pratique. Je réessaierai dans les jours à venir.
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5 avril 1943
Encore deux tentatives infructueuses : Alfred Thomas et Léon Abbott. Pour Léon, j'y étais presque - cet abruti a tourné la tête au dernier moment et, au lieu de se prendre le regard du Basilic de plein fouet, il l'a vu dans le reflet de sa montre. Je vais attendre un peu avant de réessayer.
J'ai peu de temps pour écumer les archives, entre la Chambre et les cours. Dumbledore s'acharne sur nous, il prétend que seule la pratique peut nous amener à réussir nos BUSEs de Métamorphose. McGonagall boit ses paroles, s'en est écoeurant. Il n'a de cesse de distribuer des points à Gryffondor sans compter, il suffit qu'elle batte des paupières et le nombre de rubis augmente.
Quoiqu'il en soit, il n'y a eu aucun Jedusor préfet dans les quarante dernières années à Serpentard. Il me paraît peu probable qu'un descendant du grand Salazar aille dans une autre maison, mais, après tout, c'est possible - la Répartition se base sur le caractère, non pas sur le sang. Je vais regarder dans les autres Maisons, mais ça va me prendre du temps. Je commencerais par Serdaigle, ça me ferait trop mal au coeur que mon père soit allé chez ces guignols de Gryffondor ou ces fainéants de Poufsouffle.
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15 mai 1943
Les BUSEs approchent à grand pas, et j'essuie de plus en plus d'échecs. Elisabeth Foster n'a même pas été pétrifiée ! J'ai agi dans la précipitation encore une fois, et c'était un tort - elle a tourné à l'angle du couloir avant que je n'ai eu le temps de l'atteindre. Là-bas, elle était hors de portée : plusieurs élèves parcouraient ce corridor, impossible de les pétrifier tous sans que l'on ne me voie.
Cela commence à devenir dangereux, toutes ces attaques. Personne ne me soupçonne, mais ils parlent de fermer l'école si cela ne cesse pas… Dumbledore est le seul à paraître méfiant à mon égard, mais il n'en parle à personne, ou du moins c'est ce que je pense - il ne doit pas avoir assez de preuves. Il faut que je me calme à l'avenir si je ne veux pas être découvert. J'en fini même par croire que des gens me suivent par moment. Je vais devoir faire une grande pause, même si c'est à contre coeur.
Au sujet de mon père, il est introuvable dans les archives. Peut-être n'a-t-il jamais été préfet… Je vais jeter un coup d'oeil dans la Salle des Trophées. Au pire, il doit bien y avoir une liste de toutes les familles de Sang Purs.
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1er juin 1943
Je me demande si mon père est vivant… Si il l'est, pourquoi m'a-t-il déposé dans un orphelinat ? Peut-être ne supportait-il pas l'idée que son sang, le sang du noble Salazar, soit souillé par une vulgaire Moldue qui s'est entichée de lui... Pourquoi a-t-il fallu que ma mère fasse partie de cette sous espèce ? Sans ça, je serais déjà l'un des sorcier les plus importants de ce monde. Au lieu de ça, je m'épuise à trouver un moyen d'essuyer cette bavure dans mon historique familial...
Les BUSEs sont demain, mais je n'ai pas besoin de réviser. Je ne peux m'empêcher de rire quand je vois Avery et Goyle relire toutes leurs notes au dernier moment. Comme si cela leur permettrait d'atténuer leur médiocrité.
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11 juin 1943
Je ne pensais pas, après tant de difficultés, que je réussirai à tuer sans même essayer. Cette idiote de Serdaigle s'est jetée dans la gueule du loup. J'ai vu la vie s'éteindre dans ses yeux rougis, et son cri résonnait encore bien après que son corps ne heurte le sol.
L'espace d'un instant, j'ai été déstabilisé. Ce n'était pas prévu. Ce n'était pas prévu ! Ma cible était Angela McCartey, de Gryffondor. Mimi ne nécessitait pas mon attention avant la fin de l'année.
Je me suis rapidement repris. J'ai refermé la Chambre, lancé un Hominum Revelio dans le couloir, avant de retourner vers les cachots.
Ce fut Olivie Horny qui alerta les professeurs quelques minutes plus tard, lorsque le fantôme de la défunte surgit derrière elle en lui traversant brutalement l'abdomen. Le château fut fouillé. Trois heures après, Olive trouvait le corps glacé de Warren dans les toilettes.
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13 juin 1943
Une Sang de Bourbe est morte. Une hybride quitte le château.
Salazar serait fier de moi.
Plus tôt dans la soirée, le professeur Slughorn est venu me chercher dans la Salle Commune. « Le directeur veut vous voir. » Visage indéchiffrable. Ton neutre. À vrai dire, il paraissait plus vide que je ne l'avais jamais vu. Était-ce possible que… ? Non, aucun lien n'avait pu être établi entre moi et la mort de Mimi. J'avais été discret.
Sur le chemin, il fut silencieux. C'était très inhabituel, venant de lui. Lui, si jovial, si bavard, si souriant, s'était refermé comme un huître. Pendant une longue partie du trajet, il resta muet. Puis, il commença à parler. Me raconta quelques anecdotes sur « la petite Warren ».
C'était fascinant. La manière qu'avait les gens de parler après un choc, comme si les mots pouvaient les délivrer. Cette impulsion, qui les poussait à se confier au premier venu. Cet abattement, la force qui semblait les quitter, comme si ils étaient incapables de se taire, comme si ils n'en avaient plus la volonté.
Lorsque j'ai franchis la porte du bureau de Dippet, j'ai tout de suite su qu'il ne m'avait pas convoqué au sujet de la Chambre. De Mimi. Ses traits étaient fatigués, mais pas sévères, et sa voix était plus basse qu'à l'accoutumée. Toute forme de résistance avait disparu, au profit d'un abattement écrasant. Il m'annonça que je devrais retourner dans cet orphelinat pendant l'été. Cet endroit, qui n'était plus digne de moi désormais.
J'avais accompli mon destin, j'avais fait honneur à mon ancêtre, et on m'interdisait de rester dans son château, celui qu'il avait construit de ses propres mains ?
Dippet m'a demandé ensuite si je savais quoi que ce soit sur l'Héritier. En quelques secondes, des centaines d'images se sont pressées dans mon cerveau. Le lavabo qui coulissait, à trop de reprises pour que je puisse les compter. Le Basilic qui ondulait sous mes demandes. Andrew Brown qui se raidissait en croisant le reflet des yeux jaunes. Puis Léon Abbott. Lola Fenwick. Et tant d'autres, tant d'essais manqués, de défaites. Et enfin, Mimi. Mimi dont le corps de poupée se brisait sur le carrelage. Mimi dont le cri épousait les murs, s'imprimait dans la pierre. Mimi, dont la curiosité mena à sa perte. Mimi, dont les yeux vides me fixaient comme pour m'accuser, me reprocher d'observer son cadavre de fillette.
« Non, monsieur. »
Il ne m'a fallu que quelques instants pour décider de la chose à faire. Je me suis souvenu de cet idiot de Troisième Année, Rubeus Hagrid, qui gardait un Acromentule dans un placard. Le faire accuser était la chose la plus facile de cette histoire. Toutes ces années à jouer le bon élève, à me faire bien voir par les professeurs allaient finalement payer. On me jugeait digne de confiance. Personne ne m'aurai soupçonné d'être l'auteur de tout ça, j'étais le bon élève, le pauvre petit orphelin qui n'aurait pas fait de mal à une mouche.
Ensuite, tout s'est enchaîné très vite : l'araignée s'est enfuie, les professeurs sont arrivés, Dippet, Dumbledore, Têtenjoy, Slughorn… Ils ont décrété qu'Hagrid passerait une dernière nuit dans le château, dans une pièce à part, puis quitterait Poudlard demain. On casserait sa baguette, et il sera banni de la communauté. Quant à moi, le Ministère de la Magie viendra me parler demain, lors de l'expulsion d'Hagrid.
Au final, je suis obligé d'arrêter les attaques - de m'interrompre en si bon chemin vers la réussite. Mais je continuerai. Je ne sais ni quand, ni comment, mais je ferai disparaître tous les Nés-Moldus de Poudlard, puis du monde sorcier. Sans aucune exception.
A propos de la mort de Mimi:
Sa date de mort n'est jamais datée précisément dans les livres. On sait seulement que Jédusor est aller dénoncer Hagrid le 13 juin, et donc on en déduit la mort de Mimi le même jour. Nous avons volontairement changer la date parce que dans La Chambre des Secret (apparemment, moi je m'en souvient plus mais Zaz le dit, donc bon) Jédusor est convoqué le 13 dans le bureau de Dippet, qui lui dit qu'il devra retourner à l'orphelinat pendant les vacances. A mon avis, le jour du meurtre d'une élève, il à quand même autre chose à faire que de convoquer un élève pour lui parler de ses vacances.
Du coup voila.
