Bonsoir,

Je vous soumets l'avant dernier chapitre de cette fiction. Merci à vous qui prenez le temps de me lire !


- Vous autres, aidez moi donc à le porter à l'intérieur, ordonnais-je, alors que Lestrade se précipitait déjà vers nous.

À nous tous, nous réussîmes à l'emmener au sein de la propriété, pour l'installer sur un large fauteuil de cuir. Il nous avait fait une belle frayeur, mais, déjà, il reprenait des couleurs et ses yeux s'agitaient sous ses paupières closes.

- Mycroft, amenez-nous donc un verre d'eau et un de cognac, au lieu de resté planté là ! fulminais-je.

J'aperçus de loin l'aîné Holmes lever les yeux au ciel avant de s'exécuter. Si je n'avais pas été aussi concerné par l'état de santé de mon ami, j'aurais houspillé son frère pour un tel manque de considération.

Alors que je prenais son pouls, régulier, Sherlock ouvrit enfin les yeux et se redressa avec précaution.

- Comment-te sens-tu ? M'enquis-je, tout en examinant rapidement ses yeux à l'aide de la lampe à fente qui ne quittait jamais la poche de ma veste.

Il ronchonna pour la forme, avant de s'adresser aux propriétaires des lieux :

- Veuillez m'excuser pour tout ceci, mon ami pourrait-vous expliquer la réaction de mon organisme suite à deux mois d'enquête fort chargés. Ma constitution, aussi incroyable soit-elle, n'a pas supporté un rythme de quinze heures de travail par jour… Une petite crise de nerf, rien de bien dramatique.

Mycroft revenait, et nous nous assîmes tous, soulagés, pour partager un soupçon de Cognac.

- J'aimerais profiter du fait d'être chez vous pour étudier quelques points de l'enquête, reprit Sherlock, qui humait avec circonspection le breuvage logé entre ses mains.

J'allai bien évidemment protester, au vu de sa faiblesse actuelle, mais il se pencha de manière à ce que moi seul puisse entendre :

- Donne-moi une heure, et le meurtrier devra répondre de ses actes devant la justice.

Sa main se serra fermement sur mon poignet.

- Ce ne sera pas long, fais moi confiance.

Une fois de plus, je constatais, à moitié amusé, qu'il me manipulait. Pour lui, la justice n'avait aucune sorte d'intérêt, seul le puzzle, l'énigme le captivait réellement ! Mais il savait que ce n'était pas mon cas, et que j'aimais voir les criminels obtenir une peine méritée.

Le vieux Cunnigham accéda à sa requête. Il se disait disposé à faire tout son possible pour retrouver l'assassin de son employé.

- J'aimerai visiter vos chambres, pour me rendre compte de votre champ de vision sur la scène de crime. Mais tout d'abord, voici un document que j'ai rapidement rédigé avec l'inspecteur Lestrade. Il s'agit d'un formulaire de témoignage. Je l'ai rempli d'après votre déclaration, il ne nous manquera que votre signature.

Une légère surprise dut apparaître sur mes traits, car j'avais rarement vu Sherlock se passionner pour les détails administratifs. Néanmoins, il tendit le papier au vieil homme, qui le parcourut rapidement.

- Mr Holmes, je ne peux pas signer un tel document, il contient une erreur ! Regardez, vous avez inscrit « … Vers une heure moins le quart mardi matin… » Or le crime a eu lieu aux alentours de minuit.

Sherlock fronça les sourcils, contrarié. Une telle marque d'inattention de sa part était inhabituelle, et raviva mon inquiétude quant à son état de santé.

- Je l'ai rempli un peu vite, reconnut-il, tendant un stylo à son interlocuteur.

Celui-ci entreprit de corriger le document, avant de le signer et de le remettre à l'inspecteur Lestrade. Enfin, pour accéder à la requête du détective, nous nous dirigeâmes vers l'étage et les chambres des propriétaires.

J'avais parfaitement deviné, depuis les jardins, l'allure intérieure de cette demeure. Nous traversâmes les longs couloirs aux murs couverts de marbrerie, d'une sobriété qui mettait en valeur chaque pièce principale. Sherlock avançait vite, avec ces petits gestes fébriles qui m'indiquent lorsqu'il suit une piste brûlante.

Notre petit groupe entra dans la chambre d'Alec magnifique pièce travaillée dans le plus pur style néo-gothique. La pièce, parfaitement rangée étincelait d'une sobriété incroyable. On aurait pu croire que personne ne vivait ici à quelques détails près une bouteille de bon vin à moitié vide sur le bureau, une écharpe et une cravate juchées sur un fauteuil où même un jeu de carte étalé en travers d'un buffet.

Sherlock s'approcha de la fenêtre et observa quelques secondes la vue imprenable que l'on avait ici sur les jardins.

- Bien, très bien. Mr Cunnigham, si vous le permettez, je souhaiterai à présent simplement me rendre dans votre chambre.

L'interpellé acquiesça à regret :

- Si cela est absolument nécessaire, faites-donc, je vous prie.

La chambre, qui trônait au bout du couloir, était vaste et meublée avec goût. Le lit à baldaquin occupait tout un pan de mur. Non loin, une petite table en verre supportait un service à thé et une boîte de biscuits.

Sans prévenir, Sherlock renversa intentionnellement l'ensemble, me jetant un regard noir au passage.

- Mon cher John, ta maladresse ne possède donc pas de limites !

Je m'apprêtais à répondre vivement, mais mon instinct m'en empêcha au dernier moment. Il semblait évident que, pour une raison quelconque, je devais être le fautif. Je me confondis en excuses et me penchais pour ramasser les débris de porcelaine. Les autres m'imitèrent, Mycroft en moins, visiblement trop occupé à nous observer avec morgue. Nous finissions de réparer les dégâts lorsqu'Alec s'écria :

- Où a-t-il encore disparu ?

L'absence soudaine du consultant ne plût pas aux résidents.

- Cet homme n'a clairement pas toute sa tête, et voilà qu'il déambule dans ma maison ! grogna le vieux Cunnigham avant de quitter la chambre en trombe, son fils sur les talons.

Lestrade m'interrogea des yeux, mais j'étais moi-même perplexe. J'essayais de remettre les choses en perspective : Sherlock se conduisait-il bizarrement ? J'entends par là, de manière plus extravagante encore qu'à l'accoutumée ? Pas vraiment, si l'on considère que son état « normal » consiste à cribler les murs de balles et stocker des têtes humaines dans notre réfrigérateur. Cela dit, aux yeux d'inconnus, son comportement s'avérait totalement absurde.

Un cri déchira le silence ainsi que le fil de mes pensées, suivit immédiatement d'un appel au secours.

Mon estomac se comprima lorsque je reconnus la voix de mon ami. Lestrade, le colonel et moi-même nous précipitâmes hors de la pièce, guidés par un nouveau cri. Le bruit étouffé distinctif des combats à mains nues nous mena jusqu'à la chambre d'Alec.

Je ne pris pas une seconde pour m'étonner du spectacle qui se jouait devant nos yeux : Sherlock cloué au sol par Cunnigham le jeune, dont les mains s'étaient refermées autour de la gorge gracile et Cunnigham le vieux, assis sur la poitrine du détective pour parfaire son immobilisation.

Nous séparâmes les trois hommes avec quelques difficultés, tant la hargne d'Alec était difficilement contrôlable.

- Gregory, vous pouvez procéder à l'arrestation de ces deux hommes, crachota Sherlock, qui massait sa gorge endolorie.

Il tentait de reprendre contenance, à moitié chancelant, les yeux brillants et ses vêtements portant les stigmates de l'affrontement.

- Mais pour quel motif ?

- Le meurtre de leur chauffeur, William Kirwan, répondit-il, de ce ton théâtral qu'il affectionne tout particulièrement.

Le silence cueillit ses propos, alors que chacun mesurait les enjeux de cette affirmation. Si j'avais un seul moment douté des talents du consultant, l'absence de réaction de la part des membres de la famille Cunnigham était, elle, éloquente.

Cependant, moins coutumiers de ses méthodes, le reste du groupe commençait à remettre en question la santé mentale du détéctive.

- Allons, Holmes, reprenez-vous ! l'enjoignit le colonel, peu désireux de se mettre à dos ses voisins.

Sherlock soupira.

- Pour une fois, Gregory, ouvrez-donc les yeux ! Voici la preuve qu'il vous faut, et la raison pour laquelle ces messieurs essayaient à l'instant de me réduire au silence.

Victorieux, il tendit à bout de bras un morceau de papier déchiré, que nous reconnûmes tout de suite.

- Nom de Dieu, mais il s'agit de l'autre partie du message trouvé sur la victime ! s'exclama le colonel, ébahi. Mais où diable l'avez-vous trouvé ?

- Là où je le soupçonnais d'être depuis le début. Mais si vous le voulez bien, je vais aller chercher une personne qui mérite tout autant que vous d'écouter mes explications et l'enchaînement de faits qui nous ont mené à cette situation. Attendez-moi dans le salon, je reviendrai rapidement.

Conformément à ses habitudes, il disparut sans attendre la moindre confirmation de notre part. Lestrade entreprit alors de menotter le père et le fils, qui n'avaient toujours pas démenti les accusations.

Un coup d'œil à la fenêtre m'apprit que Sherlock traversait la rue à grandes enjambées, et je contins difficilement un sourire.

Il ne cesserait jamais de me surprendre.


Ce sera tout pour ce chapitre, déduction et conclusion seront dans le prochain !

Merci de votre patience, chers cobayes, et à très bientôt.

Laukaz-The Lab