J'errais dans les rues d'une grande ville. Tout autour de moi était comme dans un brouillard. Tout à coup je vis se dresser devant moi une énorme battisse qui me fit paniquer. Je commençais à courir. Les maisons défilaient devant mes yeux, je ne reconnaissais rien et continuais de courir. La battisse était déjà loin mais je ne m'arrêtais pas. Je ne savais pas pourquoi elle m'avait fait peur, je sentais juste un danger. Le danger. Des larmes coulaient de mes yeux, cela non plus je ne savais pas pourquoi. Ma vue se brouillait et je trébuchai. Une femme m'aidait à me relever et m'emmenait avec elle. Je la regardai. C'était une vieille tzigane qui m'emmenait chez elle, dans sa caravane. Une fois arrivés, je m'assaillais et elle m'empoigna la main pour y lire les lignes de mon destin. Son regard s'assombrit.

- Je vois la mort… Des hommes te poursuivent… Il n'en réchappera pas…, dit-elle comme en transe.

Puis elle me repoussa et commença à crier :

- Va t'en ! Cache-toi ! Tu n'as rien à faire ici !

- De quoi parlez-vous ?, essayais-je de lui demander avant qu'elle ne me mette à la porte de sa caravane. Que dois-je faire ? Qui me poursuit ?

Mais elle ne me répondit pas.

Tout disparut autour de moi et puis je le vis, au loin. Un coup de feu partait et il s'écroulait.

Nnnnnnooooooooonnnnn !

- Non !

Je me réveillai parce que je venais de crier. Non… Non ! Je me rappelais désormais d'une scène de ma vie. Ils l'ont tué. Nikita, ils t'ont tué…

Erik entra en trombe dans ma chambre, sans même prévenir de son entrée.

- Roksana, vous allez bien ? Vous venez de hurler…

- Ce n'était qu'un rêve… Un cauchemar qui m'a rendu une partie de ma mémoire…

Erik me regardait bizarrement et je m'aperçus que ma couverture était sur le côté et que je n'étais donc qu'en petite chemise de nuit devant ses yeux. Je rougis fortement et ramenais rapidement la couverture sur moi. Erik sembla alors émerger d'un rêve.

- Euh… hum…, fit-il semblant de tousser pour cacher son gène. Peut-être voudriez vous partager ce rêve ou du moins les souvenirs qu'il vous a apporté ?

- Mes souvenirs… C'était il y a 4 ans… J'avais 17 ans à l'époque et avais pleine foie en l'humanité. J'étais jeune, rêveuse et naïve. Bien trop naïve pour accepter les réalités de la vie. J'habitais en Russie et il me semble que mon père occupait une fonction importante, mais je ne me souviens pas de laquelle. On s'aimait, moi et Nikita, on voulait se marier… Mais sa naissance ne convenait pas à mes parents, j'étais vouée à un autre homme … Je devais servir de marionnette politique… Nikita m'a proposé de nous enfuir et c'est ce qu'on fit. Mais l'homme que je devais épouser, Palatov, nous retrouva… Ils se sont battus en duel… Nikita l'a gravement blessé, à ce moment des hommes de Palatov sont venus, ils ont tiré…

Je ne pus continuer car je commençais à sangloter. J'en avais marre de pleurer tout le temps, mais je n'avais pas de force, j'étais dans un endroit qui ne m'était pas familier et je venais, en rêve, de revivre cette scène douloureuse…

Je sentais le regard observateur d'Erik. Il était là, debout, au fond de la pièce à me regarder pleurer sans dire un mot. Puis quelque chose a du se briser en lui car il s'approcha, s'assit timidement sur le bout du lit et essaya de me calmer en me caressant les cheveux du bout des doigts, comme si ce contact lui faisait peur.

Je me sentais tellement misérable, tellement malheureuse, j'avais tellement mal que ce semblant de gentillesse me fit redoubler de larmes. Ne tenant plus je me blottis dans ses bras et pleurais la tête dans son épaule. J'avais l'impression qu'il savais pas quoi faire de moi, mais ce n'étais pas grave, j'avais juste besoin d'une présence.

- Ils sont morts tous les deux, Palatov et Nikita…, murmurais-je entre deux sanglots ou soupirs.

Je restais dans ses bras pendant que j'essayais de retrouver mon calme et si je le gênais, au moins il ne le montrait pas.

- C'est tout ce dont je me souviens… Mais j'aurais préféré l'avoir oublié… S'il n'était pas mort, je l'aurais tué de mes propres mains ! m'exclamais-je alors que je venais de sécher ma dernière larme.

Je me libérais des mains d'Erik et le regardai.

- Même si ma mémoire ne m'est pas encore revenue, j'ai l'impression que mon père ne s'était pas arrêté à cet échec de mariage… à cet échec politique ! Si je suis en France c'est que j'ai du servir à d'autres causes ! Et si j'étais en train de m'enfuir avant que vous ne m'ayez retrouvée chez vous, c'est que ces causes ne me convenaient pas du tout !

Je devins méfiante et mon regard se durcit.

- Si en réalité vous êtes de ceux qui je voulais fuir ou si vous êtes un des anciens hommes de Palatov ou je ne sais quoi, je vais… je vais vous…

Mais je n'eus pas le temps de terminer ma phrase parce qu'Erik me gifla violement. Je n'eus que le temps de m'écrier et il avait déjà disparu. Heureusement mes mains étaient glacées et je pus en tenant ma main contre ma joue apaiser ma douleur. Je devais sans doute avoir une belle marque rouge, mais j'eus néanmoins l'impression que je l'avais bien méritée. Après tout, mes accusations ne semblaient avoir aucun sens vu l'endroit et la personne avec qui je me trouvais. En fait, même si je ne le connaissais pas vraiment, j'imaginais mal Erik être l'homme de quelqu'un. Je devais vraiment apprendre à mieux me contrôler, quelques soient les circonstances…

Quelle nuit épouvantable… Je devais tout de même essayer de me rendormir. Je fermais les yeux et tentais de plonger dans l'oubli reposant du sommeil. J'entendis alors une mélodie, une berceuse qu'on semblait me chanter à l'oreille avec une voix d'ange. Quelle absurdité, il n'y avait pas d'ange… Les anges ça n'existe qu'au ciel… Et pourtant un ange me chantait une berceuse… Je m'endormis sans d'autres questions.