Un chapitre que j'aime d'amour because il lance les trucs, mais me tuez pas oké ? Bonne lecture !
et n'oubliez pas à la fin de le laisser un petit mot en précisant qui vous supportez, tiens ! ;)
(c) Kérosène - Crystal Castles
XXXXXXX
Chap 3.
KEROSENE
Lend them comfort for sorrow
Enthusiasm they borrow
I can clean impurity
Wash away with kerosene
Soupir. Scorpius se relève, fait les cent pas, s'immobilise un instant puis reprend sa déambulation.
- Tu m'en avais pas parlé, de ça.
Albus se prend la tête entre les mains, secoue ses cheveux et semble chercher ses mots. Finalement, il se redresse et s'approche de son copain, lui saisissant les mains. Il lui caresse la peau, comme pour le calmer, et le fixe droit dans les yeux.
- Scorpius, c'était un gros gros projet, je savais pas si ça allait se faire, quand, comment… Je voulais pas t'en parler avant d'être sûr et… Là, la réunion d'hier, ça m'a pris au dépourvu, tout s'est avancé d'un coup, y a tout qui marche et c'est une occasion de rêve pour Rhys et moi ! Même Alice est prête à nous rejoindre et…
- Et nous ?
- Comment ça, nous ?
Désespéré, Scorpius retire brusquement ses mains et lâche un gros soupir. Albus est débile, obtus et terriblement handicapé des sentiments quand il le veut. Lui tournant le dos, il tente de cacher ses tremblements et se passe une main dans les cheveux, les plaquant en arrière. Il respire profondément, regarde un peu partout et ses prunelles se fixent sur le paquet de cigarettes moldues laissées là par Louis, sûrement. Il fait quelques pas, se penche et se prend une clope, persuadé qu'il ne lui en voudra pas. Quelques secondes après, première taffe avalée, Scorpius reporte son attention sur Albus, qui l'observe silencieusement. Il a envie de le secouer, de le balancer par terre, de le faire parler. Comment ça, nous ? C'est vraiment tout ce qu'il trouve à lui dire ? Il n'arrive vraiment pas à voir ce qui cloche, dans son fabuleux projet ?
Scorpius sait pertinemment qu'Albus adore sa guitare et qu'il est prêt à tout donner pour en vivre; tout le monde le sait. Et il adore l'encourager, l'écouter des heures jouer ses propres sons, faire des sessions déchaînées de jams avec leurs potes Rhys et Alice à la voix, mais là… Là, c'est un tout autre niveau. Là, cet abruti est allé au ministère pour prendre un an de congé, parce qu'ils vont signer un disque avec les producteurs des Hogwarts' Rebel. Depuis quand est-ce qu'ils ont enregistré un album à leur envoyer ? Depuis quand est-ce qu'il organise ça ? Sans lui en parler ? Bordel, c'est le genre de décisions dont on parle à sa moitié, non ?
- Scorpius, parle-moi…
- Parle-moi ? s'étrangle immédiatement le jeune homme en dévisageant salement le brun. Tu oses me dire de te parler, alors que tu… T'as même pas eu les couilles de m'en parler depuis le début ! Quoi, tu pensais que j'allais te rire à la figure ? Je suis putain de fier de te voir suivre ta passion, Al', c'est pas là le souci. Je vais aller à tous tes concerts, je vais hurler comme une midinette amoureuse, j'te le jure, et de bon cœur même. Mais tu m'as rien dit. Rien du tout. Et là, tu débarques, alors qu'on vient tout juste d'emménager ensemble, pour me dire que dans trois semaines, vous partez en tournée ? Que pendant ces trois semaines, tu vas aller chez Rhys pour tout écrire et tout enregistrer ? Mais tu crois quoi ? Eue vous êtes des demi-dieux ? Que tu peux te casser pour plusieurs mois sans amener les choses petit à petit et que ça me fera ni chaud ni froid ? Tu sais, je voulais pas parler hier soir, mais si c'est pour me prendre des choses pareilles dans la gueule, je me dis que j'aurais dû te faire parler plus tôt, bordel.
- Scorpius…
- Non. Non, ta gueule. C'est moi qui parle, là. Parce que tu vois, ça me fend le cœur, on vient tout juste de se poser, après des années sans avoir vraiment défini ce qu'on était, après des années à vivre en cachette, à jamais vraiment s'aimer. Et là, là, on parlait pas, on se disait pas tout ça, on se disait pas qu'on s'aimait, mais on s'aime, non ? Bordel, on s'aime ou pas ? - Parce que si tu fais des coups de pute pareils aux gens que t'aimes, j'en ai ma claque, Al.
- Scorpius, tu t'emballes. Tu dis des conneries.
- Des conneries ? Ah, parce que quand on parle enfin à cœur ouvert, c'est des conneries, pour toi ?
- C'est pas ce que j'ai voulu dire, Scorpius, bordel.
Tirant férocement sur sa clope, Scorpius détourne le regard et se laisse tomber sur le bord de la fenêtre. Il se mordille les lèvres, joue avec un fil de son t-shirt, hésite à reprendre la parole mais se retient, de justesse. Il ne réfléchit plus, là. Il ne dit que des bêtises. Il va le regretter. Aussi terrible que son père, des fois, lui dirait sa mère. À s'énerver, lâcher des conneries et comprendre après. Pourtant, il se sent véritablement blessé par tout ça. Comme s'il n'était pas digne de se faire partager des projets fous, des possibilités de disques, des envies de tournées… Il est son meilleur ami, son amant, son copain, pourtant. C'est à cette personne-là qu'on annonce tout, non ? Avant les autres, même. Et pourtant, là, il n'a que les retombées de tout. Et il le pense, vraiment, que c'est génial, que c'est une chance en or, il est heureux, vraiment heureux, qu'Albus puisse creuser dans la voie qui l'inspire, mais…
Scorpius se tend en sentant une main se poser sur sa cuisse. Il n'a pas fait attention, mais Albus s'est rapproché et le frôle. Il sent son odeur de tabac froid, son parfum à la menthe et…
- Putain, t'abuses, t'as mis mon parfum préféré.
Albus rit doucement, tout bas, et pose sa tête sur l'épaule de son copain.
- Un sixième sens qui savait que j'allais avoir besoin de t'adoucir ?
- T'es vil, vil, vil…
- Mais c'est comme ça que tu m'aimes, hm ? murmure-t-il en déposant un baiser dans sa nuque.
Le blond tend un peu le cou, ferme les yeux quelques secondes avant de lâcher, doucement :
- Tu sais, je trouve ça génial, en vrai.
- Mais j'ai été con, c'est ça ?
- Un peu, ouais.
- Mais… tu vois, si ça s'était pas fait, je me serais senti con.
- Et moi, je t'aurais réconforté, puis encouragé à continuer, encore et encore.
- Je sais, je sais… Mais…
Scorpius rouvre les yeux et fait glisser sa main libre vers les cheveux de son copain. Il caresse lentement son crâne et murmure :
- Tu pars quand ?
- Ce soir.
- Et tu reviens quand ?
- Dans… Ah, je sais pas vraiment.
Il redresse la tête et tire Scorpius par la main, le menant de nouveau sur le canapé.
- Normalement, on a trois semaines pour boucler dix chansons et deux bonus… Après, ils mettent l'album en post-production, mais on doit accompagner les Hogwarts' Rebel en tournée pour faire leur première partie. C'est juste énorme comme opportunité, mais ça va être vachement chronophage et… Je suis pas sûr de pouvoir rentrer après les concerts, Andy veut qu'on passe le maximum de temps ensemble, pour… Pour faire comme un vrai groupe en tournée, tu sais ?
- Andy ?
- Notre manager, explicite le brun avec un léger sourire. Putain, j'arrive pas à croire que je suis vraiment en train de dire ça : notre manager. C'est un vrai rêve, Scorp.
Et Scorpius l'observe, avec ses yeux brillants, ses yeux d'enfant qui vient de voir son plus gros rêve se réaliser. Et il soupire, Scorpius, parce qu'honnêtement, qu'est-ce qu'il peut faire contre ces yeux-là ?
- T'as intérêt à me ramener de la bouffe de chaque endroit où tu vas, Al.
- Promis, chéri.
- Et m'appelle pas chéri.
- Je croyais qu'il fallait qu'on soit plus expressif ?
Levant les yeux au ciel, Scorpius le repousse mollement mais ne peut cacher un début de sourire. Foutu Serpentard.
Bandage them in tapestry
Trade comfort for identity
Drown me in kerosene
Kerosene
Il est tard quand Louis ouvre la porte du salon. Scorpius reste allongé sur le canapé, sans rien dire, les yeux fermés. Il l'entend tituber un peu, râler contre un je-ne-sais-quoi traînant par terre et l'instant d'après, conjurer Alex de se la fermer. Le blond se fige immédiatement et se maudit de ne pas être allé s'avachir dans son lit. Il puait trop Albus pour qu'il y reste et ne finisse pas la nuit à en serrer son t-shirt contre lui. Retenant sa respiration, Scorpius hésite quelques secondes à se lancer un sortilège d'invisibilité momentanée mais Louis titube vers le fauteuil et se laisse tomber à ses côtés avant même qu'il n'ait pu faire un pas. Surpris, le blond jette un coup d'oeil derrière lui, s'attendant à voir quelqu'un suivre le jeune homme, et remarque alors le miroir poche qu'il a dans les mains.
- Alex ta gueule, j'ai vraiment pas envie d'en parler.
- Bébé, je t'ai dit, je suis désolé…
- Non, c'est mort, va retrouver ta pute, et m'appelle plus, c'est compris ?
Il balance alors le miroir sur le canapé d'en face et se prend la tête entre les mains, avec un soupir à en tuer un mort. Déstabilisé par ces quelques minutes, plongées dans l'intimité de Louis, Scorpius s'éclaircit doucement la voix. Aussitôt, l'autre garçon se tourne vers lui et s'exclame :
- Merde, Scorpius, je t'ai réveillé ?
Il secoue la tête et, gêné, se redresse :
- Je vais y aller, du coup… Il s'immobilise quelques instants, hésitant, avant de lâcher : Tu vas pouvoir monter ?
Rougissant, Louis a un pauvre sourire :
- Oui, oui, je suis pas aussi cuit que j'en ai l'air…
- Bon… bonne nuit, alors ?
- Bonne nuit, gars, répond-il avec un hochement de tête, avant de prendre son paquet de cigarettes sur la table.
Scorpius l'observe silencieusement s'allumer une d'entre elles et la caler entre ses lèvres, fermer les yeux et laisser sa tête tomber sur le dossier du canapé. Il fait un pas en arrière, hésite et finit par se tourner vers le tourne-disque qu'ils ont posé sur le coffre de l'entrée. Il glisse un vinyle avec des instrumentales enregistrées pour rire avec Albus et Rhys avant de se traîner vers la cuisine. Il remplit un verre d'eau et se sert d'un fond de whisky-pur-feu, y lâchant quelques glaçons. Les deux verres en main, il retourne vers le salon et a un petit rire en voyant Louis, les bras écartés, les jambes croisées sur la table et l'air terriblement mort. S'asseyant à ses côtés, il lui tend le verre d'eau :
- Tiens.
Ouvrant légèrement les yeux, Louis observe quelques secondes le liquide d'un air suspicieux avant de saisir le verre et d'avaler l'eau d'une gorgée.
- Ça va mieux ?
- Mmh.
Il y a quelques secondes de silence, où Scorpius se laisse bercer par les accords de guitare d'Albus et la voix rocailleuse de Rhys, avant de reprendre la parole :
- Ça va aller ?
Louis hoche la tête, lentement, et un silence flotte quelques instants :
- C'était pas vraiment sérieux, c'était juste un mec pour oublier un autre. C'est juste jamais agréable.
- Tu le connaissais depuis… ?
- C'est une connaissance de Wes, on s'est croisés à un vernissage et… Mais ça te dérange pas ? s'exclame-t-il brusquement, tournant la tête vers lui.
- De quoi ?
- C'est un mec.
- Lou, je suis avec un mec, je te rappelle.
- Je sais bien, mais… je vous l'ai jamais dit, donc je pensais que… Arf, laisse tomber, c'est débile.
Scorpius sourit en coin et, du bout des doigts, ébouriffe les longs cheveux blond vénitien de Louis.
- C'est pas débile, c'est normal. D'avoir peur d'être jugé, toute cette merde. - Ça prend aux tripes, pas vrai ?
- Comment t'as fait, toi ?
- Moi ? Il a un rire jaune, et ses doigts se perdent un peu plus profondément dans les boucles de Louis. Moi, j'ai pas eu le choix. T'as pas trop le temps de te poser des questions et de te demander comment les gens vont réagir quand t'es pas celui qui l'annonce.
- Tu voulais le dire ? Tu l'aurais dit ? Quand ?
- Quand, je sais pas. Tu sais, c'est bizarre, un peu. Je sais jamais vraiment si je suis complètement gay, ou si c'est Albus qui me plaît, et des fois je me dis que c'est ridicule de penser comme ça, que t'es pas juste homo pour une seule bite, mais… J'ai jamais voulu plus y penser.
Louis penche un peu la tête, et les doigts de Scorpius effleurent alors sa nuque, traçant des sillons sur sa peau. L'étudiant en pâtisserie ouvre un peu la bouche, hésite et garde le silence, quelques secondes de plus. Il se sent bien, la chaleur des caresses le réconfortant, la proximité du blond le troublant. Il résiste, tant qu'il peut, puis lâche :
- T'as jamais voulu essayer ?
Scorpius cligne des yeux et hausse un sourcil, déstabilisé. Il fixe Louis, et ses fossettes, et ses yeux bleus, et ses mèches folles, et son air gêné, ses joues trop rouges, ses lèvres trop proches et…
- Essayer quelqu'un d'autre ? souffle-t-il alors, à quelques millimètres de Scorpius, son souffle chaud effleurant son visage.
Figé, le blond laisse retomber sa main, quittant la douceur des boucles rousses. Il n'arrive pas à se détourner du bleu des prunelles de Louis, qui l'observe avec un sérieux inégalé. Perturbé, il n'entend que la voix d'Albus, se mêlant à celle de Rhys, en arrière-plan. La voix d'Albus, avec ses graves et ses ondulations, qui crachent des mots d'amour à un public inexistant, la voix d'Albus, témoin des lèvres de Louis qui, lentement, se posent sur les siennes, timidement, apeurées. Elles s'y déposent, s'y lient et, Merlin, Scorpius manque de gémir de leur douceur, alors qu'Albus s'énerve sur sa guitare, grattant encore plus fort. Et, alors que Rhys donne le coup de batterie final, Louis s'éloigne, sur une dernière pression des lèvres.
Scorpius ne bouge plus. Ne dit rien. Il observe Louis. Louis, qui réalise, peu à peu, et qui rougit, de cette rougeur qui jure avec sa rousseur, et il panique, de cette panique qu'il tient des Weasley, et il s'éloigne, et il se lève, et :
- Merde, merde, merde, merde…
I'll protect you from
All the things I've seen
And I'll clean your wounds
Rinse them with saline
Kerosene
