Disclaimer : Tales of Symphonia ne nous appartient toujours pas. Si seulement il y avait un moyen... *soupir*
M'enfin, désolée du délais, avec tous les examens qui s'en viennent, je mets la priorité sur mes études. Ne m'en voulez pas *rire*

Et on y va avec le chapitre! Bonne lecture!


Chapitre 3

« Voici l'adresse où j'habite et mon numéro de téléphone. Si jamais tu as envie de me parler ou tu as besoin d'un endroit où dormir, n'hésite pas. » Me proposa-t-il d'un ton ferme et assuré.

À ces mots, je ne pus que le regarder avec de grands yeux étonnés. Avais-je vraiment bien entendu? Il me proposait, moi, un parfait inconnu, de rester chez lui? Mais pourquoi donc, c'était tout simplement idiot! Qu'est-ce qui lui disait que je n'étais pas un quelconque psychopathe qui serait prêt à le tuer si jamais j'allais chez lui? Il était policier, il devrait être le premier à avoir appris à se méfier!

Et pourtant, la seule pensée d'avoir un endroit autre que là-bas, d'avoir quelqu'un à qui peut-être me confier me rassurait. J'ignorais par contre pourquoi, puisqu'il était après tout lui aussi un simple étranger pour moi.

Sortant de ma torpeur, je pris le papier qu'il me tendait et le regardai vaguement, vérifiant l'adresse. Je me rendis alors compte qu'il n'habitait pas si loin de la bâtisse qui abritait la 'famille' d'Yggdrasil. Ce fait me fit légèrement froncer les sourcils. Si jamais je me rendais chez lui, il pourrait être aisé pour l'un des hommes de mon supérieur de me suivre. Peut-être que ce ne serait pas une si bonne idée d'y aller, dans ce cas. Après tout, je ne voudrais pas m'exposer en ce que j'étais réellement, de peur d'être arrêté, et je ne voulais pas non plus mettre cet inconnu en danger alors qu'il était l'un des rares qui venaient de me montrer une quelconque part de gentillesse. Je grommelai à l'idée de devoir passer le restant de mes jours au quartier général lorsque je réalisai soudain que le dénommé Yuan s'éloignait. Mes yeux se tournèrent vers son manteau et je l'arrêtai. « Attends! Tu oublies ton manteau! » M'écriai-je, ne voulant pas garder ce qui lui appartenait. Je me levai, ayant enlevé son manteau que je tenais maintenant dans une main, prêt à le lui redonner. Mais lorsqu'il tourna la tête vers moi, il souriait de telle sorte que je devinais qu'il n'allait pas le reprendre.

« Garde-le, ça te donnera une excuse pour venir me voir. » Me lança-t-il d'une voix amusée. Je ne pus retenir un grognement de découragement en constatant que j'avais eu raison. Maintenant, je serais vraiment obligé de retourner le voir, car il était hors de question que je garde ce qui ne m'appartenait pas. Surtout si Yggdrasil le voyait, je pouvais dire adieu à ma personne. Après tout, je venais tout juste de constater qu'il était très possessif de ma personne et que le simple fait de connaître quelqu'un d'autre qui ne faisait pas partie de sa 'famille' était considéré comme un crime de ma part.

Je le regardai s'éloigner jusqu'à sa voiture avant de laisser un soupir découragé échapper mes lèvres. Mon regard retourna vers les débris qui furent autrefois une magnifique petite maison et il se voilât de tristesse une nouvelle fois. Pourquoi…? Pourquoi n'avais-je pas été plus prudent? Après tant d'années, il me semblait que j'étais toujours resté sur mes gardes et pourtant, aujourd'hui venait de me prouver que j'avais dû relâcher cette garde au fil du temps, constatant qu'Yggdrasil n'avait rien fait. Tout était de ma faute… si seulement j'avais été beaucoup plus prudent, que ce soit dans mes déplacements, dans mes fuites hors du quartier général ou dans mes paroles parmi les membres de la 'famille'. J'aurais pu éviter cela, j'en suis certain…

Un léger vent se mit à souffler et un frisson me parcourut le corps. Je remis donc le manteau sur mes épaules. Autant l'utiliser si on me le laissait. Mes yeux parcoururent les décombres pour une dernière fois, puis je le détournai pour regarder ailleurs. À partir de maintenant, je devrais garder un masque d'impassibilité devant tout le monde. Je ne pouvais me permettre de montrer ma douleur à qui que ce soit, encore moins Yggdrasil. Car s'il apprenait que j'avais été complètement détruit, que l'on m'avait vu ainsi, je savais que son plaisir serait décuplé au centuple. Il saurait qu'il avait eu ce qu'il voulait, qu'il aurait réussi à faire souffrir son supposé impassible premier lieutenant.

Mes pieds se remirent en mouvement tandis que je réfléchissais à ce que je devrais faire par la suite. Ma main s'amusait machinalement dans ma poche avec le papier que Yuan m'avait donné, débattant intérieurement. Je ne voulais pas le suivre maintenant, il me semblait qu'il était encore beaucoup trop tôt. Après tout, l'après-midi n'était pas terminé, j'avais encore du temps devant moi pour me trouver un endroit où dormir autre que notre quartier général et autre qu'un endroit qui dérangerait qui que ce soit. Je refusais de m'imposer; ce n'était pas mon genre de toute façon.

Mes pas me guidèrent jusqu'à ma voiture et j'y entrai, m'assoyant sur le siège avant avec un nouveau soupir. Cette dernière était certainement la dernière chose que j'avais en ma possession, tout le reste ayant brûlé avec ma maison. J'avais quelques vêtements de rechange au quartier général, étant obligé d'y rester parfois lorsque le travail demandait trop, mais c'était tout.

Ma main se glissa alors dans mon cou et y ressortit un pendentif accroché à une petite chaîne. Je l'ouvris doucement et observai avec mélancolie la photo qui s'offrait à moi.

Dessus se trouvaient Anna et Lloyd collés sur moi, souriant joyeusement. Et bien que mon propre sourire soit plus froid que les leurs, je pouvais clairement distinguer la même joie dans mes yeux. Joie que je ne connaîtrais plus jamais. Elle était morte en même temps qu'eux.

Je fermai le pendentif avec un claquement sec et le serrai avec rage. Yggdrasil… tout était de sa faute! Si seulement cet être cruel n'existait pas, si seulement il était capturé pour tous les crimes odieux qu'il avait commis! Je ne pouvais me permettre de le laisser vivre en paix après ce qu'il venait de me faire. Ma famille devait absolument être vengée et j'allais m'assurer personnellement qu'il souffrirait autant que j'avais souffert maintenant! Comment? Je l'ignorais encore. Mais je trouverais un plan et lorsqu'enfin il serait en action, cet être perfide paierait pour tout!

Ma voiture fut démarrée et engagée sur la route, mes pensées ailleurs. Mais cette fois par contre, je pus constater avec un certain soulagement que je ne semblais pas avoir causé quelconque accident durant ma course folle vers ma maison. Au moins, ça me ferait ce crime de moins sur les épaules. C'était la dernière chose dont j'avais besoin.

Je fus plus prudent cette fois et je garai ma voiture dans le stationnement de la bâtisse tant détestée. Je pris un certain moment avant de débarquer, l'observant vaguement, tentant de me construire un masque le plus convaincant possible. Je ne pouvais certainement pas entrer avec le risque d'avoir quelques fissures dans mon masque. Yggdrasil était beaucoup trop observateur pour son propre bien et devinerait avec aisance qu'il ne s'était pas trompé sur mon compte et celle de ma famille. Le moins que je lui en divulguais, le mieux ce serait, surtout qu'il serait furieux de ne voir aucune réaction de ma part. Cette simple pensée fut suffisante pour qu'un sourire narquois fasse un chemin sur mes lèvres et je me sentis enfin prêt. Lentement, je retirai le manteau qui me couvrait les épaules pour ne pas que l'on me pose de questions inutiles et embarrassantes, puis je débarquai et verrouillai mon engin avant de me diriger vers le quartier général. Je ne fus pas surpris de constater que l'endroit était tout aussi désert que le matin même. Après tout, la collecte durait souvent toute une journée, le temps de se rendre à chaque client. Et bien souvent, il y avait quelques complications, selon les clients qui ne voulaient pas donner leur argent ou ceux qui suppliaient de leur laisser plus de temps.

Je n'eus même pas le temps de me rendre jusqu'au bureau de mon supérieur qu'à mi-chemin, je vis une cascade de cheveux blonds devant moi. Aussitôt, la personne se retourna et je fus accueilli par le sourire moqueur et cruel d'Yggdrasil. Une main sur sa hanche, il se trouvait dans toute sa splendeur dans ses vêtements complètement blancs. J'ignore si ce n'était que par souci d'une mode certaine ou alors parce qu'il se croyait vraiment le plus pur des purs, ce qu'il était loin d'être, mais ce que je savais pertinemment, c'est qu'il me dégoûtait encore plus dans ces vêtements. Toujours à être extravagant, à se croire supérieur aux autres!

« Oh, Kratos! Tu es déjà de retour? Est-ce que tu t'es bien reposé? » Me demanda-t-il d'un ton doucereux et innocent avec un air faussement surpris.

Je ne sus comment je réussis à me contenir, car mon cerveau réagit furieusement lui. Je voulais l'étrangler, le tuer sur le champ, lui montrer toute la souffrance du monde pour qu'il connaisse ce que j'avais ressenti plus tôt! « Oui, ce fut rafraîchissant. » J'ignorais que j'avais autant de contrôle sur moi-même. Ma voix ne trembla pas ni ne laissa trahir quelconque émotion. Elle semblait normale, presque morne. Je fus cependant satisfait de constater que cela ne plut pas à mon supérieur puisque, pour un bref instant, ses yeux se plissèrent avec colère devant mon manque de réaction avant de retourner vers leur malice habituelle. « Je vois. Eh bien, heureux d'apprendre que cela te fut utile. » Il semblait douter. Douter que j'avais eu une relation avec les personnes qu'il avait fait assassiner. Douter que je m'étais ne serait-ce que rendu sur place. Bien que cela ne se voyait pas pour quelqu'un qui ne le connaissait pas, je le savais parfaitement. J'arrivais à le lire sur son visage, même si c'était très subtil. Je dus m'empêcher de sourire narquoisement. Je savais qu'il ne regrettait pas ce qu'il avait fait, il ne le ferait jamais d'ailleurs, mais ce n'était qu'un début pour ma vengeance. Je savais aussi que la personne qui avait osé mettre le feu à ma maison lui raconterait que j'étais effectivement allé sur place et je dus aussi m'empêcher de grimacer de dégoût au fait qu'elle lui raconterait sûrement comment je me suis retrouvé brisé. Mais si au moins je ne réagissais pas à ses avances, que je réagissais comme à l'habitude, je savais qu'il serait furieux de ne pas avoir la certitude qu'il avait le plein contrôle sur ma personne. Ce que je ne lui laisserais jamais.

« Père, une livraison est arrivée à votre nom. Très certainement les armes que vous aviez commandées à la mafia chinoise, mais je n'ai pas vérifiées, j'ai préféré venir vous chercher. » Je vis une marée de rouge orangé s'avancer vers nous et cette fois, le mécontentement put se lire sur mon visage. Le garçon qui venait d'arriver, un garçon d'à peu près 17 ans, me remarqua avant de me lancer un sourire arrogant. « Oh, mais n'est-ce pas là Kratos? Je suis étonné de te voir ici, tu n'as, après tout, rien fait de la journée! » Railla-t-il en rejetant une mèche de ses longs cheveux en arrière. Même dans son complet noir dont le collet rouge, un peu rosé, passait par-dessus son veston ne changeait pas le fait qu'il ressemblait beaucoup trop à une femme. Et même malgré ce fait, les femmes semblaient se jeter à ses pieds. J'ignorais sincèrement ce qu'elles lui trouvaient d'extraordinaire; il n'était qu'un enfant gâté et arrogant qui se croyait supérieur à tout. « Tch! Eh bien, veuillez me pardonner oh grand Zelos d'avoir reçu une journée de repos. » Répliquai-je avec le sarcasme évident dans ma voix. Il était hors de question que je le laisse me parler sur ce ton et avec autant d'irrespect.

Mais il ne sembla pas du tout comprendre le message puisqu'il renchérit, « Oh! J'ignorais que tu aurais été si inutile! » Ce gamin me tombait terriblement sur les nerfs et là n'était certainement pas le moment pour me mettre en colère. J'avais déjà assez vécu en émotion ce matin même, je n'avais pas besoin qu'il en rajoute.

Je fus sur le point de répliquer, mais Yggdrasil m'arrêta. « Cela suffit Zelos. Tu as bien travaillé, tu peux t'en aller. » Fit-il avec une voix ennuyée, le congédiant d'un signe de main. « Quant à toi, Kratos, viens. Il y a du travail qui nous attend avec cette commande qui vient d'arriver. » Zelos sembla vouloir protester, mais se ravisa. Il n'avait pas ce genre d'autorité et, de toute façon, j'étais un grade au-dessus de lui. Il était donc normal que je fasse le travail le plus important. De plus, chaque fois que nous nous trouvions tous les deux en la présence de notre supérieur, ce dernier semblait vouer une plus grande attention envers moi, ignorant le plus jeune des deux. Zelos devait donc être jaloux d'autant de 'complicité' entre nous deux, si l'on puisse dire ainsi.

J'ignorai son regard cinglant en ma direction et suivit Yggdrasil qui retournait vers son bureau. Et bien que je n'aime pas du tout cet adolescent, je lui souhaitais de n'être jamais aussi près d'Yggdrasil que je l'étais en ce moment. Il apprendrait très, même trop rapidement que c'était certainement la tâche la plus dure de toutes.


Je sortis en trombe de la bâtisse, les poings serrés, le pas rapide et furieux. Je savais pertinemment qu'en allant s'occuper de cette commande seuls tous les deux, il ferait tout pour qu'une réaction, une seule, puisse se lire sur mon visage. Je savais pertinemment que j'aurais à garder mon sang-froid tout le long, mais ce fut réellement une tâche plus difficile à laquelle je m'attendais. Il avait ouvertement insulté ma famille, il s'était moquée d'elle sans relâche! Même dans la mort il ne la laissait pas tranquille!

Le vendeur d'armes quitta la pièce et Yggdrasil regarda distraitement les nouveaux 'bijoux' qui venaient d'arriver avant de lancer, « Tu sais, j'ai entendu dire qu'une maison a été réduite en cendre à cause d'un feu violent aujourd'hui. » Je savais de quelle maison il parlait et il était clair qu'il amenait le sujet pour me voir réagir. Cependant, je ne fis que relever la tête vers lui avec un air légèrement interrogateur. « Oui et une femme et un enfant y sont morts. » Je fis tout pour ne pas grimacer et je fronçai les sourcils comme pour mentionner que je ne savais pas où il voulait en venir. Il ne fit que hausser les épaules. « Il paraît qu'elle était bête et que son enfant était un véritable incapable. Deux choses très certainement dégoûtantes qui méritaient de mourir. » Il éclata d'un rire sadique et je peux jurer que sur le moment, j'eus l'irrésistible envie de lui couper la gorge. Pourtant, toujours aucune réaction de ma part tandis que j'étudiais une nouvelle arme près de moi.

Il se mordilla discrètement la lèvre inférieure, signe qu'il réfléchissait à ce qu'il pourrait dire de plus pour me voir réagir. « Eh bien, j'espère sincèrement que tu n'auras jamais une femme comme celle-là, Kratos! Ça serait du véritable gâchis venant de ta part! » Fit-il de sa voix mielleuse. « De toute façon, tu m'appartiens. »

Je crois bien que je réussis à retenir le frisson de terreur qui voulait me parcourir le dos. Ce n'était pas la première fois qu'il me disait ce genre de choses, mais cela m'effrayait à chaque fois. Car j'ignorais dans quel sens exact ces mots devaient être interprétés.

Il se leva doucement et fit le tour de son bureau avant de se diriger vers moi avec une expression nouvelle dans les yeux, expressions dont je ne voulais pas connaître la signification. « Hé, Kratos… »

Mais il fut subitement coupé par des coups précipités sur la porte et par un yakuza qui entrait à l'intérieur. Je reconnus aussitôt la femme, certainement la seule parmi la famille, dont les cheveux turquoise virant sur le vert étaient attachés en une queue de cheval, sauf pour deux mèches de chaque côté de son visage qui retombaient sur ses épaules ainsi qu'une frange qui cachait presque son œil droit. Elle portait une robe noire qui collait sur sa taille svelte et montrait sans gênes sa généreuse poitrine. Elle portait des souliers à talons que l'on entendait habituellement à des kilomètres à la ronde, ce qui me fit constater que j'avais été un peu trop absorbé par la conversation que je venais d'avoir avec Yggdrasil.

« Seigneur Yggdrasil! » S'exclama-t-elle avec essoufflement, preuve qu'elle devait avoir couru pour venir jusqu'ici. Notre supérieur lui jeta un regard dédaigneux et haineux, irrité qu'elle l'ait ainsi dérangé. « Tu me déranges, Pronyma. » Ses mots furent prononcés avec lenteur, ce qui fit figer la femme sur place avant qu'elle ne ferme ses yeux aussi verts que ses cheveux, comme s'il allait la frapper. « Je suis désolée, seigneur Yggdrasil, mais j'apporte de très mauvaises nouvelles et elles sont urgentes. » Dit-elle plus bas cette fois, essayant de cacher l'hésitation qui se faisait présente. Cette femme agissait rarement ainsi, elle ressemblait beaucoup à Yggdrasil au niveau de la cruauté envers les gens. Seul ce dernier arrivait à lui faire peur ainsi, comme à beaucoup d'autres.

Il soupira avec mécontentement. « Allez, parle sotte! Je n'ai pas toute la journée! »

« Magnius est mort. »

Cela fit l'effet d'une douche froide sur notre chef. Ses yeux s'agrandirent avec surprise avant qu'ils ne se plissent avec colère. « QUOI?! » Hurla-t-il si fort que les murs en tremblèrent presque. « Qu'est-ce que c'est que cette histoire?! » Il était rouge de colère, chose qui arrivait rarement. Il ne devait pas avoir prévu un tel incident.

« Nous croyons que quelqu'un était au courant de ses actions et l'a assassiné. Qui par contre, nous l'ignorons. » Répondit la jeune femme, faisant son possible pour ne pas trembler de peur.

Voyant qu'Yggdrasil n'avait plus vraiment conscience de ma présence, je décidai qu'il était temps de m'en aller. Il arriverait à se débrouiller seul avec tout cela.

Discrètement, je m'éclipsai de la pièce avant de me dépêcher de quitter la bâtisse, repensant avec colère à ce qu'Yggdrasil avait osé dire sur ma famille.

J'avais besoin de prendre l'air pour me changer les idées, j'étais beaucoup trop en colère pour faire quoi que ce soit d'autre. J'étais sincèrement étonné de ne pas m'être emporté plus tôt. Comment est-ce qu'il pouvait être aussi froid devant un meurtre? Pourquoi est-ce que ça le faisait tant rire? Qu'est-ce qui l'avait ainsi changé du temps où il n'était qu'un enfant innocent? L'argent, oui… mais seulement cela?

J'aperçus vaguement les yakuza qui revenaient enfin de leur collecte. Certains avaient des airs bêtement ravis, confirmant qu'ils revenaient des bordels où ils y avaient fait leur travail. Ils devaient y avoir pris du bon temps après leur collecte.
D'autres étaient simplement satisfaits de leur journée. Ils avaient sûrement pu se défouler sur les pauvres clients qui tentaient de se sortir de leur mauvais pas. Ce genre de yakuza avait autant de cerveau que le premier, en l'occurrence aucun.
Et enfin, ceux que l'on pourrait catégoriser comme les moins imbéciles revenaient avec un air impassible et professionnel au visage. Tous, en me voyant, inclinèrent la tête et me saluèrent poliment, mais je ne leur répondis aucunement, les remarquant à peine. J'avais bien d'autres choses en tête pour pouvoir m'occuper d'eux.

Une main dans ma poche, cette dernière se mit à jouer avec le bout de papier qui y traînait. Aussitôt, mes pensées se tournèrent vers cet étrange policier qui m'avait parlé un peu plus tôt. Je devais avouer qu'il m'intriguait. Il avait été, après tout, le seul policier à ne pas me poser des milliers de question sur ce qui s'était passé. Pourtant, n'était-ce pas là son travail? J'étais sûrement le meilleur témoin puisque la maison qui avait brûlé était la mienne. Il aurait dû me prendre avec lui et m'entraîner jusqu'au poste de police, de force s'il le fallait.

Mais au lieu de faire tout cela, il m'avait simplement dit que c'était la dernière chose dont j'avais besoin et m'avait même aidé. L'imbécile m'avait donné son adresse et son numéro de téléphone! Quel genre de policier cela était-ce?

Je ne pus empêcher un mince sourire moqueur, le premier et assurément le dernier de la journée, de faire son chemin sur mes lèvres. Bizarrement, cet homme ne me mettait pas sur mes gardes, malgré ses manières étranges. Même, il me rassurait, me mettait à l'aise. C'était comme s'il avait voulu m'aider à enlever un poids de mes épaules et avait en effet réussi. Qui était-il donc pour me faire réagir ainsi?

Je stoppai soudainement net lorsque je vis une bâtisse devant moi. J'étais tellement perdu dans mes pensées que je ne m'étais pas rendu compte où mes pas me menaient et j'avais failli foncer dans le bâtiment. J'aurais certainement eu l'air d'un idiot, ce dont je voulais me passer le plus possible.

Puis je réalisai exactement mes pas m'avaient amené alors que mes yeux se tournaient vers les chiffres indiquant l'adresse et je pâlis. Je sortis le papier de ma poche, comme si je souhaitais me tromper, mais me rendis compte qu'effectivement, je m'étais rendu jusqu'à la bâtisse qui contenait l'appartement de ce policier. Je n'avais pourtant aucunement l'intention d'aller le voir maintenant! Je voulais prendre l'air et je n'avais pas envie de le déranger alors que je ne me sentais pas prêt de parler.

Je fus sur le point de partir, mais la porte s'ouvrit soudainement et l'homme que je ne désirais pas voir s'arrêta net devant moi, une main encore sur la porte avec stupéfaction. Il semblait bien que lui aussi ne s'attendait pas à me voir de si tôt. Il eut un sourire ne serait-ce que légèrement moqueur et posa son poing sur sa hanche, me détaillant. Il ne faisait qu'empirer ma honte. « Eh bien, je ne pensais pas que tu arriverais aussi vite. » Me dit-il, d'une voix plus douce et compréhensive cette fois.

Je ne le remarquai pas, par contre, mon cerveau tournant furieusement pour trouver une excuse à ma présence. Je me rappelai subitement du manteau et lui répondis enfin, « Je devais te rapporter ton manteau après tout. » Marmonnai-je, quoiqu'assez haut pour qu'il comprenne. Il me détailla de nouveau, un sourcil arqué, semblant chercher quelque chose. Et c'est là que je compris que je n'avais pas emporté le manteau avec moi. Dans ma précipitation pour prendre l'air et ma colère, je n'y avais pas du tout pensé.

Je me giflai mentalement tandis que je regardais ailleurs, me sentant de plus en plus stupide.

« Je crois que tu as oublié de l'apporter. » Pointa-t-il avec humour, provoquant ainsi une nouvelle gifle mentale de ma part. Était-il donc obligé de me le rappeler en plus? « Mais ce n'est pas grave. » Rajouta-t-il avec un sourire. « Pourquoi ne rentrerais-tu pas? Je veux dire, tant qu'à être ici, autant faire comme chez toi, non? » Il semblait joyeux à l'idée de m'avoir chez lui, ce qui me fit froncer les sourcils. Est-ce qu'il était bête? Je n'étais qu'un étranger! Pas de quoi s'exciter, à ce que je sache!

Je soupirai avec découragement et hochai la tête. Il avait raison. Autant rentrer si mes pieds insistaient tellement à ce que je vienne.

Il hocha la tête avec satisfaction avant de rentrer à l'intérieur, me faisant signe de le suivre, ce que je fis sans un mot. J'observai distraitement les alentours, regardant les numéros d'appartement, forgeant l'image du chemin menant à son appartement dans mon esprit afin de ne pas me perdre lorsque je reviendrais seul.

Attendez… Revenir? Pourquoi est-ce que je reviendrais? Ah oui, pour lui ramener son manteau… Stupide vêtement.

Enfin, il s'arrêta devant une porte et, sortant une clef, il l'inséra dans la serrure avant d'ouvrir la porte et de me faire signe d'entrer, ce que je fis à nouveau sans un mot. Le hall d'entrée était minuscule, c'était à peine s'il y avait de la place pour nous deux. Je retirai rapidement mes chaussures avant de me tasser du chemin pour laisser Yuan retirer ses propres chaussures. Pendant ce temps, je jetai un coup d'œil sur ce que je pouvais voir. Au bout du hall, il y avait une simple cuisine avec une table à quatre places. On ne semblait pas y être coincé, mais ce n'était pas grand non plus. Un peu avant la cuisine, il y avait deux portes et je me dis que l'une devait mener à sa chambre et l'autre au salon. L'appartement n'était pas grand, cela avait donc du sens.

Il se plaça à côté de moi et me sourit. « Ce n'est pas très grand, je sais, mais j'espère que ça pourra te suffire. » Il se gratta le derrière de la tête avec un rire visiblement gêné avant de s'avancer dans le but de me faire visiter, bien qu'il n'y ait plus grand visite à faire. Il me montra les deux pièces que je n'avais pas pu voir et constatai que j'avais eu raison; elles étaient effectivement le salon et sa chambre.

Le salon était tout aussi petit que le reste. Il y avait un divan en plein milieu qui faisait face à une télévision tout à fait banale. Une grande bibliothèque se retrouvait dans le coin de la pièce, pleine de livres, et une plante apportait de la décoration juste à côté d'elle. Il y avait une grande fenêtre qui était recouverte d'un grand rideau rouge vin.

Quant à sa chambre, aussi simple que le reste. Un lit double se retrouvait au coin de la pièce, juste en dessous d'une fenêtre et à l'autre bout de la pièce se retrouvait une commode à côté d'une garde-robe. Une porte adjacente menait directement à la salle de bain. Il y avait aussi un ordinateur portable qui trônait sur un petit bureau. Certainement son coin de travail lorsqu'il avait des rapports à faire.

Mes yeux se retrouvèrent de nouveau sur le lit double et je fronçai les sourcils. Il y avait assez de place pour tous les deux, mais il était hors de question que je dorme avec lui. Je ne voulais après tout pas m'imposer autant! Mes yeux s'écarquillèrent alors légèrement à mes pensées. Je n'allais quand même pas rester ici? Je m'étais dit plus tôt que c'était impossible! Je ne voulais pas qu'il m'arrête lorsqu'il apprendrait que j'étais un criminel et je ne voulais pas non plus le mettre en danger. Je devais passer la nuit ailleurs, pas ici.

J'eus l'impression qu'il lisait dans mes pensées puisque Yuan se tourna vers moi avant de répondre à mes interrogations et négations. « Bien sûr, je vais aller dormir sur le divan, alors tu vas pouvoir prendre mon lit sans problèmes. Et ne t'inquiète pas pour le fait que tu restes chez moi, tu ne me déranges pas. C'est moi qui t'invite après tout, j'en vivrai avec les conséquences. » Il avait dit la dernière partie avec une pointe d'humour dans la voix, comprenant parfaitement que je me demandais s'il savait qu'il pouvait mettre sa sécurité en danger. Peut-être qu'il n'était pas si idiot après tout.

Je m'apprêtai à décliner son offre, à lui dire que je lui ramènerais son manteau le plus tôt possible et que nos chemins ne se croiseraient plus, mais il fut plus rapide que moi et me coupa, « Est-ce que tu as faim? Je peux te préparer quelque chose si tu veux. » Mon estomac se mit à grogner, comme un signal, et je me frappai légèrement le front avec découragement. Dans toute la précipitation de la journée, je n'avais pas pris le temps de manger, encore moins d'y penser. Et maintenant, mon estomac faisait des siennes. Cela sembla amuser Yuan puisqu'il rit doucement. « Je crois bien que j'ai ma réponse. » Et sans plus, il mit une main dans mon dos avant de me pousser vers la cuisine jusqu'à la table pour que je m'y assoie avant de lui-même se rendre vers le réfrigérateur pour y trouver de quoi manger. L'offre était vraiment invitante et je devais m'admettre que je n'avais pas du tout le goût de la refuser, alors j'attendis simplement qu'il finisse de préparer à manger. Bientôt, une odeur de poisson envahit la pièce et je me retrouvai rapidement devant une assiette de saumon et de riz blanc. « Je ne suis pas le meilleur des cordons bleus, mais ça devrait suffire, je crois bien. » Yuan s'assit à côté de moi bien malgré le fait qu'il n'ait pas d'assiette devant lui et je compris rapidement qu'il devait déjà avoir mangé. Je me servis et, les baguettes dans la bouche, me rendis compte que ce n'était effectivement pas mauvais. C'était même très bon. Je crois bien que mon regard sembla s'allumer un peu puisque Yuan sourit de nouveau.

Alors que je mangeais et que le policier m'observait, il se mit à faire la conversation. « Alors, qu'est-ce que tu fais dans la vie? » Me demanda-t-il bonnement et je figeai sur place. Non parce qu'il me demandait ce qu'était mon travail et que je ne voulais pas le divulguer, mais plutôt parce que depuis que j'étais entré ici, tout ressemblait avec exactitude à ma première rencontre avec Anna. La façon dont elle m'avait invitée chez elle, dont elle m'avait fait à manger, dont elle avait commencé à faire la conversation; exactement la même chose.

Je reposai mes baguettes en silence, mon appétit soudainement coupé. Repenser à ma femme me ramenait à la réalité de ce qui s'était passé le matin même et je me sentais dégoûté envers moi-même. Dégoûté parce que j'agissais comme si rien n'était arrivé, comme si ma maison n'avait pas pris feu et que ma femme et mon enfant n'étaient pas morts. Je ne devrais pas être ici! Je devrais être en train de préparer leurs funérailles, en train de préparer un plan pour les venger. Je ne devrais pas m'amuser, mais me tuer à la tâche pour leur… repos éternel.

Yuan remarqua aussitôt mon changement d'attitude et il devint mal à l'aise, mais en même temps suspect. Après tout, je refusais en ce moment de dire quel genre de travail je faisais. « Pardonne-moi, j'ai dû dire quelque chose qui t'a ramené de mauvais souvenirs. » S'excusa-t-il doucement, ne sachant que dire d'autre. Je secouai la tête. « Non, je… » Mais je me tus. Que donc pouvais-je lui dire? Que tout ce qui arrivait en ce moment était une reproduction parfaite de la première fois que j'avais rencontré ma femme? Certainement pas.

Une idée émergea alors dans mon esprit. Si je voulais mettre un quelconque plan en exécution et faire payer Yggdrasil, je devrais nécessairement avoir besoin de la collaboration de la police. Et Yuan était justement un policier. Peut-être que c'était ma chance en ce moment. Peut-être que c'était une façon au destin de me dire que je devais agir!

« Je… sais qui a assassiné ma femme et mon fils. » Dis-je alors doucement, regardant ailleurs. Yuan sursauta, ne s'attendant pas à un changement aussi brusque de la conversation, ni à avoir des révélations comme celles-ci aussi tôt. Il fronça les sourcils et fut tout ouïe aussitôt, son métier reprenant le dessus.

« Son nom est Mithos Yggdrasil » À la mention d'Yggdrasil, Yuan pâlit et je compris qu'il le connaissait. Qui d'ailleurs ne le connaissait pas? « À te voir, je me doute que tu sais de qui je parle. Pas besoin de te dire, donc, qu'il est le chef d'une très grande famille de yakuza et qu'il a un pouvoir immense au Japon et sur plusieurs grandes personnalités politiques, ce pourquoi il n'a encore jamais été arrêté pour tous les crimes qu'il a commis. » Je soupirai. « Il n'a malheureusement pas commis l'assassinat en personne, mais je sais très bien qu'il a ordonné à un de ses subordonnés de le faire. »

Yuan ne semblait pas du tout sceptique, contrairement à ce que je pensais. Cependant, je m'attendais à la question qui suivit. « Si vraiment c'est lui qui a ordonné tout ça, tu pourrais m'expliquer pourquoi? J'essaye de comprendre pourquoi il s'en prendrait à une femme et un enfant banals qui ne lui ont sûrement rien fait. » Je devais le lui dire maintenant, je ne pouvais plus retourner en arrière. La probabilité que je me fasse arrêter maintenant était très forte et l'idée ne me dérangeait pas vraiment. J'avais des crimes pour lesquels je devais payer. Par contre, je devais me venger avant tout, ce pourquoi j'espérais que Yuan m'accorderait un délai. « Je suis un yakuza moi-même. Son subordonné le plus proche pour être exact. » Répondis-je enfin. Je m'attendais à une quelconque réaction, mais il n'en fit rien. C'était comme s'il attendait que j'en dise plus. Là était ma chance. « Je sais que j'ai commis de nombreux crimes et que je dois être arrêté pour m'en repentir. Cependant, je te demanderais d'attendre. Je veux faire payer Yggdrasil à tout prix pour ce qu'il a fait. Pas seulement à ma famille, mais aussi pour tous ceux qu'il a fait souffrir. Et pour cela, j'aurais aussi besoin de ton aide. Yuan, je t'en prie, accorde-moi ce délai. » J'implorai, les mains entrecroisées ensembles. C'était fou à quel point la façon dont je lui parlais ressemblait à la manière dont je parlerais à un vieil ami. Pourtant, nous nous connaissions à peine, faisant de mes paroles des paroles impolies. Néanmoins, cela ne me dérangeait aucunement, comme si c'était naturel.

« Je vais t'aider. » Je relevai la tête avec surprise et le regardai avec des yeux ronds, ne m'étant pas du tout attendu à une telle réponse. Il souriait gentiment. « Je comprends ce que tu as dû ressentir et je comprends que cet être doit payer pour tout ce qu'il a fait. C'est en même temps mon travail de l'arrêter pour de bon afin qu'il ne commette plus aucun crime. »

Un soupir de soulagement s'échappa de mes lèvres et un poids fut soulevé de mes épaules. J'allais pouvoir venger ma famille. « Merci beaucoup. Je te promets que je me laisserai arrêter en même temps qu'Yggdrasil. »

« Oh, je n'aurai pas besoin de le faire. » Je sursautai. Avais-je vraiment bien entendu? Est-ce qu'il venait vraiment de me dire qu'il n'aurait pas besoin de m'arrêter?! « Qu-quoi?! M-mais pourquoi? » Je ne comprenais pas. Pourquoi est-ce qu'il ne le ferait pas?

« Simplement à te voir parler, j'ai compris que tu n'étais pas parmi les yakuza par plaisir, je me trompe? Je considère que ce que tu es en train de faire est ta manière de te repentir. Je ne t'arrêterai donc pas après tout cela. »

Je me mordis durement la lèvre inférieure, mais cela fut insuffisant pour arrêter les larmes et je me cachai les yeux dans mes mains. Il était… exactement comme Anna. Il avait réagi de la même manière, m'avais accepté de la même manière. Je n'arrivais tout simplement pas à y croire!

Sans un mot, Yuan regarda ailleurs tout le long que je sanglotai, prétendant qu'il ne voyait rien, comprenant parfaitement ma douleur.

Je pouvais dire que je venais de me faire un précieux ami.


N/A : Et voilà! J'espère que vous avez aimé! Le prochain chapitre est de ma chère Little Rosebud, alors attendez-le avec impatience, il va être génial! Et il va arriver plus rapidement aussi puisqu'elle n'a pas d'école et d'examen pour la ralentir *rire*

N'oubliez pas de laisser des reviews, s'il vous plaît! *yeux tous innocents*