Sweet Dreams
- 3. Yukito -
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Elisabeth dit Sissi, Jake, Jeff et Akito.
Couples : 1x2 ; 3x4 ; Akito x Jeff
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Quatre Raberba Winner, Trowa Barton, Jake…
Note : Oh ! mais tiens ! on dirait bien que c'est la suite !
Merci, Sortilege !
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Lime
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Bonne lecture !
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Quelques heures plus tard…
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Le soleil de midi brille haut et fort dans le ciel bleu et dégagé de la région.
Heero n'a pas fermé l'œil et d'un air faussement distrait et nonchalant, il caresse inlassablement les longs cheveux de Duo.
De son côté, celui-ci dort encore, bercé par le rythme lent et régulier de la respiration d'Heero, sa joue posée contre son torse.
Les vingt minutes qui suivent, Heero le sent refaire peu à peu surface : il entrouvre les yeux, serre légèrement sa main sur son ventre et surtout, les battements de son cœur cognent plus fort dans sa poitrine.
- Reviens vers moi, tenshi no, murmure Heero avec amour.
Mais la réaction de Duo le surprend.
Au lieu de finir de s'éveiller en douceur, il s'éjecte brusquement du lit et d'un air sauvage, la mèche hirsute, le toise avec colère.
- Duo, que se passe-t-il ?
Heero se lève à son tour, mais n'approche pas.
Les poings tremblants, les yeux noirs, Duo respire bruyamment.
- T'es qu'un égoïste !
Évidemment à l'affût du moindre trouble émotionnel, Quatre débarque dans la chambre sans frapper, toujours flanqué de son compagnon et protecteur.
Ce que le père de Quatre a fini par reconnaître avant de mourir ; il fut même soulagé de savoir son fils escorté en permanence et jusque dans sa vie privée…
- Duo, calme-toi, tu as fait un rêve, lui dit Quatre.
Mais son frère d'âme, plus qu'adoptif, ne daigne même pas considérer les nouveaux venus.
- Que lui arrive-t-il exactement ? veut savoir Heero. Pourquoi est-il si sombre ?
- Laisse-lui le temps de retrouver ses repères, répond Quatre.
- Quel jour sommes-nous ? demande Duo d'un ton sec.
- Tu ne préfères pas t'asseoir ? Nous serons mieux pour discut… commence Quatre.
- QUEL JOUR SOMMES-NOUS ? QUEL MOIS ? QUELLE ANNEE ? QUELLE HEURE ?
- Le 30 octobre de l'AC 201, il est midi passé, répond Heero, comprenant qu'il vit un véritable décalage temporel.
Soit, près de quatre mois avant la fin de son cauchemar…
Dès que les informations données prennent forme dans son esprit, Duo ferme les yeux, porte une main sur son front et chancelle.
Aussitôt, Heero se précipite pour le soutenir, puis l'emporte jusqu'à son lit où il l'adosse confortablement contre deux gros oreillers.
Dans le même temps, Quatre vient à son chevet pour lui prendre la main.
- Parle, mon frère. Ne garde pas tout ça sur le cœur. Tu te rappelles ce que le Chaman a dit ? Tu dois te confier, mon Dodo. Tu ne peux pas porter le sort du monde sur tes épaules.
Duo soupire et sans un regard pour Heero - celui qui l'a veillé avec tant d'inquiétude tout le temps qu'aura duré son cauchemar - il retire sa main de la sienne, laissant une sensation de froid intense et détestable sur leurs deux paumes.
- J'ai pas envie de parler. Allez-vous-en.
- Eh bien, tu vas faire un effort, Duo ! se fâche Quatre. On s'est fait un sang d'encre toute la nuit !
- Je ne vous dois rien, c'est clair ?
- A nous, non, mais à toi, oui ! Tu te dois d'être honnête, heureux et libre, c'est clair ?
Heero n'a jamais vu ni entendu Quatre hausser le ton, et ne s'attendait certainement pas à le voir à l'œuvre envers Duo.
Un Duo penaud et sanglotant, ne sachant plus vraiment quoi penser ni comment faire pour sortir de son impasse.
A défaut de trouver une solution pour se soustraire en toute légitimité à sa promesse de toujours communiquer sur ses rêves avec Quatre ou un Chaman, il se tape le front à plusieurs reprises avant de se masser brutalement le visage.
Observateur frustré et médusé, Heero est confus. Il ne reconnait pas son amant. Il ressent néanmoins qu'il doit laisser Quatre être le seul intervenant.
De son côté, Trowa n'a jamais vu Duo ainsi, mais il sait, par Quatre, que ce type de schéma pouvait se produire.
- Je te préviens, Duo, je ne te lâcherai pas, reprend Quatre. J'en ai rien à faire que tu sois fatigué, perdu et angoissé. Tu vas tout me dire et maintenant.
N'obtenant aucune réponse, Quatre décide de le bousculer physiquement d'une poussée désagréable sur l'épaule.
- T'es toujours là pour moi, alors n'espère pas échapper à mon devoir…
- Arrête !
- Tu sais bien que je ne t'obéirai pas…
Une autre pression sur le bras.
- Allez !
- C'était horrible ! Là, t'es content ? s'emporte-t-il en le repoussant sèchement, manquant de le faire tomber à la renverse.
- C'est à moi que tu poses cette question ? rétorque Quatre, le regard dur.
Se faisant, il force Duo à sortir de sa coquille. Même si, en apparence, il se recroqueville sur lui-même en enroulant ses bras autour de ses jambes repliées contre son torse, Duo est enfin disposé à livrer son cauchemar.
- C'était horrible, répète-t-il en appuyant son front sur ses genoux. J'ai jamais fait un rêve aussi long… Même pour ton père.
- Tu dois être encore très fatigué, compatit son frère qui continue d'influencer ses émotions afin qu'il se confie jusqu'au bout.
- Je me suis senti partir, Quat'… Je ne me serais pas réveillé, cette fois-ci, je le sais. Même les instants de bonheur rêvés ne parviennent pas à me réconforter.
- Je suis là, on est tous là pour toi.
- Alors pourquoi je me sens si seul ?
- J'ai l'air d'être un pot de fleur ? Heero interroge-t-il Duo avant que Quatre n'ait eu le temps de réagir.
Frissonnant d'appréhension, Duo lève son visage vers lui et déchiffre sans mal les pensées de son scientifique.
- Tu veux peut-être que je m'en aille ? demande-t-il encore.
- Comme si tu avais réellement l'intention de partir ! Ta question n'est qu'une ruse destinée à me déstabiliser… Tu cherches simplement à renouer le contact avec moi. En vérité, je n'ai pas d'autres choix que d'accepter et de subir tes décisions !
- Désires-tu me voir quitter cette pièce ? insiste-t-il en misant tout sur le fait que Duo ne ment jamais.
- Non, répond-il en détournant le regard. J'ai toujours voulu vivre à tes côtés… depuis notre premier rêve…
- Alors, redonne-moi ta main et ne relâche la mienne sous aucun prétexte.
- Pourquoi faire, 'ro ? Je croyais te connaitre… Je me suis pris pour un super-héros capable de t'apprivoiser… J'ai tort et je vais le payer au prix fort…
- Bon sang, Duo, ce n'est qu'un rêve ! Hier encore, on mangeait des nouilles pendant que tu statuais sur le port du jean taille basse !
- MES rêves se réalisent toujours ! Et d'après ce que j'ai vu, c'est de ma faute si tu meurs. Tu es tellement obsédé par ma protection et celle de l'humanité… Si j'ai une chance, même infime de te sauver la vie, alors je la prends… Je te quitte, Heero. Je brise nos cœurs pour leurs permettre de continuer à battre… Le tien, tout du moins…
Heero est horrifié par son attitude, ses mots et son abattement tout à fait extraordinaire.
Même Quatre ne l'a jamais vu dans un tel état.
Il s'apprête justement à intervenir lorsque Trowa, debout près de la porte, lui intime de se taire d'un doigt au travers de ses lèvres.
Duo a peut-être rêvé quatre long mois de l'une de leur existence future possible, mais pour Heero, rien de tout cela ne s'est encore déroulé et il estime être maître de sa destinée ; tout allait parfaitement bien jusqu'à ce que Duo ne plonge dans son monde de troubles.
- Regarde-moi, tenshi no et donne-moi ta main, dit-il doucement en venant s'asseoir sur le rebord du lit.
- Si je fais ça, je te condamne à mort. Va-t'en, 'ro ! Trouve-toi un type sympa et normal que tu n'auras pas envie de sauver au péril de ta vie.
- 1 + 1 = 1, ça te dit quelque chose ?
Il a vraiment cru que Duo avais fumé le jour où il a soutenu son équation devant un amphithéâtre bondé de « p'tit péteux », pour reprendre ses termes. Ils se moquaient tous de lui, mais il ne s'est pas dégonflé et a été jusqu'au bout de sa théorie jugée philosophique.
- Arrête de délirer ! J'ai pas envie de rire ! J'étais aux premières loges, 'ro ! Je t'ai vu mort ! Mort, mort, mort… mhm ? ! !
D'un mouvement fluide et rapide, Heero a fondu sur lui pour l'embrasser.
- J'ai l'air de ne plus être en vie ? l'interpelle-t-il ensuite avec sévérité à un souffle de ses lèvres, son regard plongé dans le sien.
Vulnérable et fatigué, Duo finit par céder et glisse sa main vers Heero qui s'empresse de l'emprisonner.
- J'ai si froid sans toi… Pourquoi tu vas me faire ça ?
- C'est bien un rêve prémonitoire ? veut savoir Quatre qui s'octroie le droit d'intervenir à présent qu'Heero a réussi à renouer le contact.
- Oui… Il va mourir et je ne veux pas lui survivre…
- Je ne crois pas à toutes ces superstitions, déclare Heero sans méchanceté, mais avec un agacement certain.
- Il me prend pour un romantique, le pragmatique ?
Quatre soupire. Duo est parti au quart de tour et c'est mauvais signe.
- Ecoute-moi attentivement, ducon, poursuit effectivement Duo. Tu viens de commencer des travaux de recherches scientifiques confidentiels avec l'affreux. L'Opération Météor, ça te parle ?
Cela ne se voit peut-être pas, mais Heero en a le souffle coupé.
- Calme-toi, mon Dodo et raconte-nous ton rêve. S'il est prémonitoire, à quelques détails et situations près, c'est bien pour pouvoir agir en conséquence, non ?
- Heero ne voudra jamais m'écouter et encore moins penser à autre chose qu'à ses études de merde ! Qu'est-ce que tu as besoin de créer un anti-virus universel et de l'expérimenter sur toi, hein ?
- Comment l'as-tu découvert ? C'est classé top secret.
- Comme ton passé ! Ton ryokan légué par Odin, ça te parle ?
- Ces bribes d'informations ne nous mènent nulle part, Duo, intervient Trowa pour la première fois.
- Qu'est-ce qui m'veut, l'arbre à thé ?
- Duo ! le réprimande Quatre. Nous avons tous eu très peur pour toi et c'est grâce à Trowa que j'ai pu rester à tes côtés.
- Je dois lui dire merci, c'est ça ? Ta potion magique, ta boisson d'émeraude a été chiante dans mon rêve ! « Triple T » est toujours de mèche avec « Triple H » !
- Ils partagent le même goût du concret, du tangible… justifie Quatre en cherchant comment alléger la sauce.
- Le même goût du risque, complète Duo avec amertume. T'as l'intention de te piquer aussi, Tro' ?
L'œil brillant d'une lueur malicieuse, Trowa le fixe un instant sans répondre, lui faisant détourner le regard.
- Les terre-à-terre que nous sommes, Heero et moi, avons besoin de prendre connaissance de tous les éléments pour pouvoir nous situer dans l'espace et agir en conséquence, afin de rectifier le tir, explique-t-il avec son flegme coutumier.
Duo soupire.
- Depuis la seconde où je me suis aperçu que la nuit t'avait arraché à moi, j'attends avec impatience ton réveil et le contenu détaillé de ton périple. J'ai cru te perdre, moi aussi, se livre Heero.
Désarmé par sa sincérité, toute simple, toute bête, sans fioriture, Duo capitule et accepte de tout déballer, sans plus de réserve…
- D'accord… Assieds-toi, Tro', tu m'donnes le vertige. Je sais bien que tu te trouves plus séduisant debout, mais rassure-toi, t'es canon, même assis !
Quatre s'autorise à rire en suivant son compagnon du regard, parti s'installer sur une chaise.
- Allons, mon Dodo… Tu vas déjà mieux, hum ?
- Mouais, reconnaît-il, avant de commencer son récit.
•
Au bout d'une heure, Heero reste très intrigué par tout ce qu'il vient d'entendre. Il ne lui a jamais parlé d'Odin et encore moins d'Aoi…
Alors, comment Duo sait-il pour son héritage financier et militaire ? Pour le ryokan ? L'anti-virus ? Les manigances d'Oz ? Le désir ardent du Docteur J. de se venger de cette organisation ? Son passé avec son père qu'il n'a jamais raconté à personne, pas même à Trowa… ?
Et tant de questions encore…
Dont une qui le taraude plus que toutes les autres.
- Jake est bien dans ton cours de chimie ?
- T'es lourd, 'ro !
- Tu es venu trois fois, Duo, sans que je ne fasse rien.
- Rectification : là, tu es lourd !
- Je veux savoir à qui tu pensais.
- Je sais pas… Toi en mode simplet dans un costume de primate ! C'est terriblement existant !
- Heero, ne lui réponds pas ! s'interpose Quatre. J'ai besoin de savoir : Oz est-il responsable d'essais biologiques sur l'église et l'orphelinat du Père Maxwell ?
- Cette information est confidentielle, mais non, lui révèle Heero. Seulement, je comprends pourquoi Duo l'a… rêvé. Il s'agissait de l'Alliance Terrestre qui a été rachetée par Oz, il y a cinq ans. Prétextant insuffler une nouvelle ère au sein du centre de recherches sur le déclin, Oz n'a fait que perpétrer les mêmes ignominies.
- Quelle bande de lâches ! s'insurge Quatre.
- Le Docteur J. et moi pouvons les arrêter.
- Certainement pas au péril de ta vie ! lutte Duo.
- Bien que l'hypothèse qu'un être humain puisse prédire l'avenir par le biais d'un rêve reste encore aujourd'hui impossible à prouver scientifiquement…
- Ça doit te faire mal de prononcer ces mots-là, non ?
- … je ne peux que reconnaître que l'ensemble se tient, termine stoïquement Heero.
- Tout est vrai et vérifiable, que ce soit le passé ou l'avenir ! affirme Duo avec ferveur. Il n'y a que le Shinigami qui soit une version de moi caricaturale. C'était pour me protéger… avant de te rencontrer.
Pour lui témoigner son soutien et sa reconnaissance, Heero lui caresse la main de son pouce en la lui serrant d'avantage.
- C'est juste, admet-il avec calme. Tout est vrai et vérifiable.
Duo et lui se dévisagent encore en silence, lorsque Quatre semble connecter un élément du rêve avec la réalité.
- Tu veux dire que ces boxers en dentelle existent ? ! ?
Surpris, Trowa, Heero et Duo se sourient, appréciant cette note de légèreté aussi inattendue que bienvenue.
- Je t'adore, mon Quat'Cute !
Le cerveau tournant à plein régime - et c'est peu dire - Heero vient de prendre sa décision.
- Je dois m'entretenir avec le Docteur J.
Trois têtes se tournent vers lui.
- Je vais l'aider à mener à bien ses projets, comme prévu.
Duo ferme les yeux et frissonne d'effroi.
- Je ne me ferai aucune injection et ne testerai aucun produit sur moi, tu as ma parole.
- De toute façon, je l'ai rêvé, alors… se résigne Duo.
- Tu n'as pas rêvé que je serai présent à tous les repas, que je rentrerai avant minuit et que ni Jake, ni aucun autre, n'aura l'occasion de jouer les séducteurs.
- Tes bonnes résolutions vont durer quoi, dix jours ?
- Aux vus de mes nouveaux horaires, je dirai cinq à six mois.
- Tu as oublié de prendre en compte nos deux semaines de vacances, fin février. Je suppose que tu vas nous les sucrer ?
- Non. Par contre, tu as oublié celles de décembre.
Duo émet un rire désabusé.
- Je ne te crois plus, 'ro. Dans mon rêve, tu…
- Je vais te prouver que tes rêves ne sont pas une fatalité, le coupe Heero.
- Même lorsque je les prévenais du danger, personne n'a jamais su changer sa destinée.
- Alors, je serai le premier, voire le seul à y parvenir !
- …
- Je te demande de continuer à me faire confiance, Duo, s'il te plait.
Duo se passe une main sur le visage pour tenter de s'éclaircir les idées, tout en étreignant celle d'Heero, de l'autre.
- Je saurai te rappeler toutes tes promesses. Je serai pire qu'un virus !
- Inutile.
- J'ai peur, 'ro… Tu as l'air de prendre ça pour un jeu…
- C'est faux.
- Ose me dire que tu ne considères pas notre situation nouvelle comme étant un défi à relever ?
- Je prends ça très au sérieux.
Duo soupire.
- T'as pas idée à quel point notre avenir proche m'angoisse…
- Aie confiance en moi.
- Et ne nous oublie pas, Trowa et moi.
- Merci, Quat'… dit-il en tendant une main vers lui, avant de poser son regard sur Trowa.
*Cette lueur, si vive, dans ses yeux… Je comprends pourquoi Quat' est troublé au point d'en oublier le reste du monde…* se dit-il.
- Une chose est sûre, reprend-il en reportant son attention sur Heero. Tout sera de ta faute si ça foire.
- Tout est toujours de ma faute avec toi, se plaint Heero en entrant dans son jeu.
- Parce que c'est presque toujours le cas, figure-toi ! La preuve en est.
- Il n'y a et n'y aura aucune preuve.
- Je ne mens jamais et mes rêves non plus. Tu vas forcément faire une bêtise !
- Tu ne mens peut-être pas, mais tu n'es pas à l'abri d'une erreur d'interprétation.
- C'que tu peux être de mauvaise foi ! « Triple T », lui, au moins, sait tenir sa langue !
- J'espère que tu plaisantes ? ! lâche Quatre.
- Laisse, lui dit Heero. Comme je le disais, Duo parle plus vite que son ombre.
- Dans mon rêve, Tro' m'a sauvé la vie !
- D'une collision avec une bicyclette ? Laisse-moi rire, répond Heero.
- C'est vrai qu'il n'y a pas de quoi fanfaronner, mon Dodo.
- T'inquiète, Quat', tu l'auras ton boxer allume-cigare.
- Je peux parfaitement me débrouiller tout seul !
- Quatre Raberba Winner dans un sex shop…
- De toute façon, j'en ai pas besoin, conteste-t-il encore.
- Je te signale qu'il te l'arracherait avec les dents.
- …
Alors que Quatre et Duo se demandent si le responsable de la boutique voudra bien leur faire un prix s'ils en achètent en quantité, Heero rejoint Trowa dans le fond de la chambre.
- Tu vas avoir besoin d'aide, vieux.
- Hn.
- Tu n'aurais pas dû lui faire de telles promesses, même si tu es capable de t'y tenir.
- Je le lui dois.
Ils continuent d'observer leurs compagnons d'un air grave et résolu.
- Tu peux compter sur moi, déclare Trowa. On a l'habitude de travailler ensemble, à deux, nous irons plus vite.
Alors qu'ils profitent du retour à l'accalmie, Quatre jette un regard furtif à Trowa, signe qu'il est temps pour eux de s'éclipser.
*Heero et lui ont besoin de se retrouver* semblent-ils se transmettre par télépathie.
- Mais si tu as besoin de quoi que ce soit… est en train de dire Quatre en dévisageant Duo.
- Je saiiis, tu es juste en face. T'inquiète, Quat'Cute, ça va aller. Allez prendre votre petit déjeuner, vous l'avez bien mérité.
- Tu veux bien lâcher cette porte, mon cœur ? murmure Trowa à l'oreille de son compagnon.
- Oh ! Euh… oui !
Le rire de Duo permet à Quatre de s'apaiser et de rire à son tour.
- T'as vraiment un truc avec les portes… Tu devais être un espion dans une autre vie…
- T'arrêtes un peu avec ça, oui !
Le rire redoublé de Duo déraille lorsqu'Heero vient lui mordiller la peau fine et sensible entre l'oreille et la mâchoire.
- Mhmmm ! gémit-il le plus discrètement possible, en se laissant complètement aller dans ses bras et contre son torse.
- J'aime mieux ça, lui susurre Heero avant de l'emporter jusque sous la douche.
Il a tout prévu : pause détente dans la salle de bain, repas au réfectoire et grande balade au parc.
- Quatre ?
Celui-ci sursaute.
- Oui ?
- Ferme cette porte, petit curieux.
Ce qu'il fait dans un rire nerveux et les joues rouges.
- J'allais le faire…
- …
- J'allais le faire !
Trowa lui dépose un doux baiser sur le front et s'en retourne vers leur chambre, les mains dans les poches.
- Tu ne vas pas t'y mettre, toi aussi… ? Trowa, j'allais le faire !
•
Février de l'AC 202…
•
Comme pour conjurer le mauvais sort, Duo modifie tous leurs plans de vacances. Il n'est plus question d'aller visiter le Japon, mais de consacrer tout leur temps de libre pour séjourner au ryokan…
- J'vois pas pourquoi on irait ailleurs ! Je ne me suis jamais senti aussi bien, 'ro... Cet endroit est magique. Même chez Quat'… bah, c'est chez lui. Même si son père m'a accueilli à bras ouverts, je ne me suis jamais vraiment senti chez moi, là-bas, tu comprends ? J'étais de passage, hébergé, tu vois le genre ? dit-il à Heero, assis face à lui.
- Hn.
- Sauf dans la rue. Je crois que j'ai un problème avec cette sensation de se sentir chez soi, quelque part ; ça ne me parle pas vraiment, tu vois ?
- Hn.
- En fait, je ne sais plus si je me sens chez moi partout, ou nulle part… C'est très vague, aujourd'hui, alors que quand j'étais gosse, tout me semblait limpide, simple. Mais ici, c'est différent. C'est la première fois que je ressens ça… Je me sens « chez nous », tu vois ? Il y aura au moins eu un aspect positif à mon rêve !
Heero sourit.
- Mange, c'est en train de refroidir.
- Hum ? Oh, oui ! J'ai super faim, en plus ! Ça a l'air tellement bon ! se réjouit-il en brandissant ses baguettes, prêt à pêcher une crevette grillée.
- Duo, je voudrais savoir si…
- Non, 'ro, le coupe-t-il en se servant généreusement du riz.
D'avantage pour éviter son regard que motivé par une envie pressante.
- Plus les semaines passent, plus j'angoisse, poursuit-il. Tu n'y peux rien, personne n'y peut rien, alors essayons de faire comme si de rien n'était. Tiens, goûte-moi ça, c'est délicieux !
La mort dans l'âme, Heero se penche un peu au-dessus de la table pour faire disparaitre la crevette que Duo lui propose.
- Je ne vais pas mourir, Duo, dit-il après avoir déglutit. Je vais vivre.
Conservant difficilement son air détaché, Duo continue d'éviter soigneusement son regard et trouve la parfaite occasion de se dérober.
- Ça manque de wasabi, tu ne trouves pas ? En tout cas, moi si. Je vais en chercher…
- Ne t'éloigne pas trop, Duo.
La main sur la porte coulissante et le cœur battant, Duo saisit la réelle portée de ses mots.
Et Heero ne croit pas si bien dire…
•
Mars de l'AC 202…
•
- Il ne vous reste plus qu'une semaine pour me rendre vos mémoires, est en train de leur rappeler leur professeur d'économie et droit.
Driiiing !
Soulagés d'avoir terminé leur quatre heures de cours, les étudiants se ruent vers les deux réfectoires, tel un troupeau de buffles affamés.
Aussi, Heero et Duo ont-ils pris l'habitude d'attendre entre dix et quinze bonnes minutes avant de se présenter au self-service.
- Quatre et Trowa nous attendent, Heero informe-t-il Duo, après avoir jeté un coup d'œil vers le fond de la salle.
Duo ne répond pas.
Il pourrait donner l'impression de se concentrer sur l'offre des desserts, puisqu'il dispose une île flottante sur le plateau d'Heero, puis une tartelette à la fraise, sur le sien, mais il n'en est rien.
- Pense à nos escapades, tenshi no, lui murmure Heero au creux de l'oreille. Pense à notre ryokan, à notre avenir…
A ces mots, Duo se raidit, esquive discrètement sa caresse dans un mouvement de recul, puis sort sa carte magnétique de sa poche intérieure pour payer, avant d'aller prendre son verre et ses couverts un peu plus loin.
A table, la tension est palpable.
Quatre se racle la gorge, Trowa pose son regard énigmatique tour à tour sur Duo et Heero, tandis que le principal intéressé s'obstine à fixer ses lentilles.
- Parviens-tu à convaincre le Docteur J. ? Trowa interroge-t-il Heero.
- Non, il reste persuadé que la S32 est non seulement l'élément le plus stable, mais aussi et surtout, la clé de voute qui permet à l'ensemble d'être cohérent.
Duo délaisse son plat de résistance - qu'il a à peine touché – pour passer, mine de rien, au dessert.
Alors qu'il joue avec ses fraises, Heero continue tout en l'observant à la dérobée.
- Malgré ses convictions, je pense pouvoir lui démontrer son erreur. C'est une question de jours, à présent.
Duo sent son estomac se nouer d'avantage.
- Je ne comprends pas, l'interpelle Quatre. Comment un scientifique de cette envergure peut-il méconnaître les effets catastrophiques d'une telle substance ?
- La S32 est bien l'élément le plus stable d'entre toutes celles que nous utilisons.
- Tu veux dire que tous vos produits sont imprévisibles ?
- La synergie l'est.
- Comment avez-vous pu créer une telle chose ?
- L'opération Météore devait permettre de… commence Heero.
Souhaitant plus que tout fuir cette discussion, Duo réussit le tour de force de se perdre dans ses pensées. Leurs voix ne sont plus que des murmures et il parvient à ignorer leurs regards insistants à tous les trois.
Il resterait perdu et isolé dans sa bulle jusqu'au soir, si un vacarme assourdissant ne l'obligeait pas à en sortir brusquement.
Rosalie vient de trébucher. Elle écrivait un texto, d'une main et tenait son plateau, de l'autre.
- C'est pas faute de l'avoir prévenu, constate Quatre avec compassion.
Cette scène rappelle tristement à Duo qu'il n'a pas su éviter le moment où Trowa volait à son secours… C'est pourtant pas faute d'avoir surveillé ses arrières !
Et cette lassitude de voir et d'entendre cette jeune étudiante, tout à fait charmante, s'excuser encore et encore…
Alors qu'il s'apprête à rentrer de nouveau dans sa coquille, Duo sursaute lorsqu'Heero lui caresse la joue d'une main aérienne.
Et pour cause.
Depuis leur retour du ryokan, Duo raréfie leurs contacts physiques et ne parle pas d'avantage. Clairement, Heero et Duo n'ont plus aucun rapport depuis la fin des vacances de février ; Duo allant jusqu'à faire lit et moment de détente sous la douche, à part.
- Tu n'as pas l'air convaincu par ton premier choix, peut-être que l'île flottante te plaira ? lui suggère Heero.
Il ne mange que peu de sucre, principalement ceux des fruits. S'il y a un entremet ou un gâteau sur son plateau, c'est forcément pour Duo.
Celui-ci examine ce mélange de blancs d'œufs sucrés arrosé de caramel liquide d'un air suspect, avant de finalement nicher son visage dans le cou d'Heero, sans dire un mot.
Un instant précieux qu'Heero savoure jusqu'à la dernière seconde que Duo voudra bien lui accorder.
- Tu me manques, murmure le scientifique, en raffermissant son étreinte.
En jouant avec ses mèches brunes, Duo rouvre les yeux, balaye le réfectoire du regard et constate que Jake les épie plus que les autres.
- Je dois y aller, l'informe Heero à regret.
Muet et distant, Duo se repositionne correctement sur sa chaise.
- A ce soir...
Sans répondre, Duo émiette sa tranche de pain aux cinq graines.
Quatre et Trowa attendent qu'Heero soit hors de portée de voix et de vue pour le secouer.
- Tu n'es pas juste envers lui, le dispute Quatre. Tu sais bien qu'Heero va toujours au bout de ses objectifs, c'est une des facettes de sa personnalité qui t'impressionne et te plait le plus chez lui… Alors quoi, tu vas l'ignorer comme ça encore longtemps ? C'est une torture pour lui et pour toi !
Si Duo daigne relever la tête, Quatre se serait bien passé de devoir soutenir ce regard-là.
- Bah, qu'est-ce que t'attends ? Va, cours le consoler ! Vole à son secours !
- Tu ne penses pas ce que tu dis. Il me paraît évident que tu n'es pas dans ton état normal, alors saches que je ne t'en veux absolument pas. Mais je refuse de te laisser faire ! Je comprends que tu sois préoccupé, nous le sommes tous, mais…
- Vas-t-en, Quat', le coupe-t-il. Ça vaut mieux.
- Compte pas sur moi, tête de mule ! L'un de nos professeurs m'a retenu à la fin d'un de nos cours en commun, ce matin. Lui et certains de ses collègues s'inquiètent de te voir maussade, également, et visiblement malheureux. Tu dois te reprendre, mon frère.
Duo semble n'avoir aucune réaction, mais il tente surtout d'épargner son frère d'âme.
- Tu es sa priorité, Duo, intervient Trowa. As-tu réalisé qu'il ne s'adapte que pour et par rapport à toi ?
- Si c'était le cas, il aurait…
- Abandonné ? suggère-t-il.
- …
- Heero reste peut-être encore méfiant en ce qui concerne tes rêves prémonitoires, mais il croit en toi, lui, assène-t-il encore.
Au bord des larmes, Duo se lève pour partir.
- Y a pas à dire, Tro', articule-t-il avec difficulté, la gorge serrée, t'es né pour porter le coup fatal… T'es jamais à court de munition.
- Duo, attends ! Quatre tente-t-il de le retenir. Tu ne comprends pas, nous cherchons à te protéger. Tes peurs t'obscurcissent l'esprit et…
- Lâchez-moi, merde ! leur adresse-t-il avant de disparaître derrière les portes coupe-feu de la salle.
Sous le regard de Jake… et des quelques dizaines d'étudiants restants.
- Laisse-le, Trowa retient-il Quatre par le bras. Il finira par comprendre qu'Heero ne craint plus rien.
- Alors pourquoi as-tu été si dur avec lui ? Tu l'as blessé !
- Heero doit pouvoir se concentrer sur son travail, c'est vital. Notre rôle est de prendre le relais en faisant en sorte que Duo ne s'égare pas trop loin.
- En devenant sa bête noire ?
- Ce rôle me va plutôt bien, sourit-il.
Quatre soupire lorsque son regard se pose sur l'horloge murale.
- Je dois y aller, moi aussi, dit-il d'un ton morose. A toute à l'heure, Trowa.
- Hey ?
Quatre se retourne, un air contrarié sur le visage.
- Aie confiance. Tout va bien se passer.
- Duo nous a reproché notre trop grande confiance en Heero et je me demande s'il n'a pas tort.
- Seul le temps peut nous donner raison.
- Ou tort.
- Pardonnez-moi de vous déranger, mais vous n'auriez pas vu Duo ? J'ai besoin de ses notes de…
- Japonais, termine Quatre pour lui. Bonjour, Jeff, comment vas-tu ?
- Très bien, merci. Enfin, ça ira encore mieux quand j'aurais trouvé Duo.
- Tu l'as manqué de peu, il vient de partir.
- D'accord. Je vais voir si je peux le trouver.
- Attends, le retient Quatre. Je peux l'appeler, mais ça m'étonne que tu n'y aies pas pensé.
- J'ai oublié de recharger mon téléphone, hier.
- Akito, devine l'empathe.
Jeff sourit d'une oreille à l'autre, tandis que Quatre colle son mobile à la sienne.
- Duo, Jeff court partout à ta recherche… Plus de batterie… Entendu.
- Alors ?
- Il t'attend dans sa chambre, mais son prochain cours commence dans trente minutes.
- Ça suffira, merci !
- De rien.
Avant de partir, il salut Trowa qui lui répond d'un signe de tête.
•
A la chambre de Duo et Heero, quelques petites minutes plus tard…
•
- Tu sais que je suis jalousé ? l'interpelle Jeff tout en recopiant le cours de Duo.
Le natté quitte sa contemplation des nuages.
- Akito est un très beau mec.
- Non, pas ça ! Bien sûr qu'il est beau, mais je parlais de toi et d'Heero… Aoi ?
- C'était pas dans le cours, ça, c'est une recherche perso.
- Okay.
- Comment peux-tu être jalousé à propos d'Heero et moi ?
- Ça parait évident !
Duo lui adresse une moue signifiant clairement « mais encore ? »
- Je suis dans votre chambre pendant l'absence d'Heero et sans craindre aucune représailles, déclare-t-il l'air de dire « non, mais je sais pas si tu saisis l'ampleur de la chose ».
- Heero a confiance en toi. Tout comme moi.
- Toi, oui, mais Heero, non. Disons qu'il ne me considère pas comme une menace. C'est une forme de confiance, tu me diras.
- Tu as raison, mais je t'apprécie vraiment, Jeff. Je ne sais pas ce que tu essayes de me dire, mais…
- Non, non ! Je dis juste que vous m'avez rendu célèbre. J'adore ça !
Duo s'autorise un petit rire. Le premier depuis de longues semaines…
- C'est grâce à ça que tu as rencontré Akito ?
- Même pas ! J'avais oublié ma carte de paiement et je me suis retrouvé comme un imbécile devant la caisse du réfectoire, plateau en main. Akito attendait son tour à côté de moi et m'a proposé de m'avancer le repas, avant de me l'offrir, puis de…
- Te le faire éliminer, termine Duo.
Jeff lui sourit en retour.
- Pendant… Dans notre intimité, il me dit des mots d'amour, mais en japonais.
- Tu veux que je te les traduise ?
- Non, tu penses bien que je me suis empressé de le faire, mais…
- Qu'est-ce qui te tracasse ?
- Je n'ai pas ton talent, Duo et je n'arrive pas à parler couramment sa langue. Comment tu as fait pour l'apprendre si vite ? Je suis au Japon et je fais toujours en sorte de trouver des endroits où le personnel parle anglais.
- Akito t'a fait une remarque à ce sujet ? Ça le dérange ?
- Non, je ne crois pas. En tout cas, il ne m'en a rien dit…
- Alors je ne vois pas ce qui te gêne, toi.
- Il y a des « images » dans ses mots à lui, des poèmes, des paysages… Alors que les miens sont comme des ustensiles de cuisine, fonctionnels et en inox.
- Eh ben ! dis-donc… T'y vas pas avec le dos de la cuillère !
Jeff hausse les épaules.
- Tu t'es jamais demandé si Akito n'était pas attiré par ton univers culinaire, justement ?
- Moui…
- Tu sais ce que tu vas faire ?
- Quoi ? l'écoute attentivement Jeff.
- L'amour.
- Euh…
- Tu vas le cuisiner à toutes les sauces, lui faire découvrir et goûter tes saveurs, lui faire sentir ton exotisme et terminer sur un « you know ? » bien de chez nous !
Jeff rit.
- Pourquoi pas !
- Akito t'aime pour ce que tu es, pour ce qu'il a vu de magique en toi et inversement. Quoi, tu préfèrerais qu'il ne te glisse plus des mots d'amour en japonais à l'oreille mais en américain et qu'il mastique un cure-dents en te réclamant une bière, les pieds dans un reste de pizza traînant sur la table basse, avant de te roter un « merci, mon p'tit cul » ?
- Pas vraiment, grimace-t-il. Mais il reste que je suis moins bien éduqué qu'un japonais.
- C'est précisément ce qu'il désire, Jeff. Quelqu'un d'insoumis et de libre dans sa tête, de différent.
- Tu crois ?
- Crois-en mon expérience.
- D'accord… sourit-il. J'pourrais t'appeler pour te faire mon rapport ?
Duo rit pour la deuxième fois et cela lui fait le plus grand bien.
- Tu pourras m'appeler mais pour fixer un rendez-vous. Nous irons au salon de thé.
- Génial ! Je te remercie, Duo.
- Moi, également.
- Je n'ai rien fait.
- Tu m'as fait me sentir utile et c'est une sensation inégalable.
Jeff lui sourit puis se raidit quasi instantanément lorsque Heero entre soudainement dans la pièce, comme si un courant d'air avait poussé la porte.
- Bonjour, Heero ! s'empresse-t-il de le saluer, comme pour lui assurer de ses bonnes intentions. J'avais besoin des cours de…
- … japonais, termine Heero. Bonjour, Jeff, le salut-il en retour, avant de se saisir de sa clé USB qui traîne sur son bureau, d'embrasser Duo sur le front puis de quitter les lieux aussi vite qu'il est apparu.
- Je comprends mieux pourquoi certains t'envient, réalise concrètement Duo. Il te dit même bonjour en dehors des moments où nous discutons tous les deux ?
- Ça lui arrive, oui… Quatre, puis maintenant Heero… Co…comment ça se fait que tout le monde sache que je viens te demander tes cours de japonais ? ! ?
Duo se contente de sourire tristement, puis le presse à terminer sa tâche avant qu'ils ne sortent tous deux pour leur prochain cours…
•
En fin de soirée, dans le parc…
•
Duo n'est pas allé au cinéma avec Quatre comme convenu et il n'est pas non plus dans sa chambre à attendre le retour d'Heero.
Non, il étouffe.
Il a besoin d'air frais, de quelque chose de nouveau, de simple, sans prise de tête… quelque chose de « normale » et de plaisant…
Il a besoin de…
- Duo ?
Il se retourne, surpris de ne pas avoir entendu crisser lespas sur le sol caillouteux.
- Jake ? ! Qu'est-ce que tu fais là ?
- La vérité ?
- Bah ! oui… Je préfère, tant qu'à faire !
- Je t'ai vu de derrière la fenêtre du couloir principal et je me suis dit : « Tiens, Duo se balade tout seul ? ! Et si j'allais lui tenir compagnie ? ». Mais bon, j'imagine que tu attends ton cher et tendre… ?
Le bon sens voudrait qu'il réponde « oui », mais…
- Il n'est pas prévu qu'il me rejoigne ici, non.
Tel un artiste, Duo a le don de traduire la vérité avec une telle subtilité, qu'il peut parfois donner l'impression de flirter avec le mensonge.
Jake, lui, ne cache pas sa joie en souriant jusqu'aux oreilles.
- J'ai pas sommeil, moi non plus. Ça te dérange si je fais quelques pas avec toi ?
Duo le dévisage un moment, puis hausse les épaules.
- Chouette ! se réjouit Jake.
- Si tu tiens à garder toute ta mobilité intacte, garde-toi bien de me toucher. 'ro débarque presque toujours dans ces moments-là et me demande pas comment il fait, au vu de son planning de dingue… Je sais pas !
Jake lève les mains d'un air joueur et dangereusement insouciant. C'est bien le seul !
*ça doit être à cause de nos origines américaines… On doit avoir un chromosome déficient, j'vois qu'ça !* se dit Duo.
- T'inquiète, Duo. Je n'ai pas de mauvaises intentions. Je considère que personne ne peut « voler » la petite amie ou le petit ami de quelqu'un, si ce n'est par un enlèvement, bien sûr.
- Précise ta pensée ?
- Je crois qu'il n'y a rien de plus parlant qu'un exemple : si tu étais mon petit ami… c'est un exemple, hein ?
Duo sourit en coin.
*Il commence fort… ou mal !* se dit-il.
- Imaginons… l'encourage-t-il à poursuivre.
- Eh bien, peu importe qu'un autre type tente de me séduire, je n'aurais d'yeux que pour toi, tu comprends ?
- Je suis en mesure, oui.
- On ne peut pas séparer les êtres qui s'aiment, c'est impossible, assure-t-il en shootant dans une pierre.
Affecté par cette déclaration, toute simple, toute bête, Duo s'arrête et se met à pleurer silencieusement.
- Qu'est-ce qui se passe ? J'ai dit quelque chose qui t'a blessé ?
Oubliant sa seule et unique consigne de survie, Jake s'empresse de le prendre dans ses bras pour le consoler.
Déboussolé, Duo s'accroche à son pull et laisse ses larmes mouiller le col de sa chemise.
- Viens… On va s'asseoir sur ce banc, là… lui dit doucement Jake en le guidant. Tout le monde ne parle que de ta jovialité légendaire… Que s'est-il donc passé pour que tu sois si triste ?
Le temps que Duo reprenne ses esprits, Jake en profite pour lui frotter le dos et respirer son odeur.
- Merci de ton soutien, Jake, mais si tu tiens à tes mains, à tes bras, voire même à ton corps tout entier…
- Oh !
A regret, Jake cesse de lui masser les épaules, mais glisse sa joue contre la sienne dans le vain espoir de rencontrer ses lèvres en bout de parcours.
- Tu es quelqu'un de gentil, d'attentionné, de volontaire… commence Duo en détournant savamment son visage.
- De séduisant, le coupe-t-il en lui offrant un sourire éblouissant, des étoiles pleins les yeux.
Duo rit.
- Je tombe toujours sur des mecs prétentieux ! plaisante-t-il en essuyant ses larmes.
Des paroles et des éclats de voix qui parviennent clairement à Heero, aux aguets derrière l'énorme chêne, non loin d'eux.
Il remontait les marches menant au sous-sol d'un pas vif quand il a vu Jake suivre Duo jusque dans le parc…
- Tu comprendras que je ne peux pas me confier, Jake, mais…
- Pourquoi ? l'interrompt-il en s'emparant de ses mains à nouveau.
- Tu ne me connais pas… Tu ne comprendrais pas…
- Mais je ne demande que ça ! La première fois que je t'ai vu, tu m'as semblé si irréel… J'ai tout de suite eu envie de t'apprendre.
- Je vois… dit-il en ôtant sa main caressante fraîchement posée sur sa joue.
Incorrigible, Jake la lui garde prisonnière.
- Inutile de tourner autour du pot. Ça serait te manquer de respect et te prendre pour un naïf.
- Je ne te l'fais pas dire.
- Je t'aime, Duo.
Rêve prémonitoire ou non, cela reste un choc de l'entendre proclamer ses sentiments.
Pour autant, Duo est loin d'être surpris.
Calme et souriant, il lui caresse la joue à son tour.
- Je suis très touché et flatté, je l'avoue, mais je suis triste pour toi aussi, parce que nous n'avons aucun avenir…
- Tu ne sais pas ! conteste-t-il. Après tout, nul ne sait ce que l'avenir nous réserve ! Et ne me dis pas que tu as consulté une diseuse de bonne aventure et qu'elle t'a assuré qu'Heero était l'homme de ta vie. Pff ! Je ne jouerai pas ma destinée sur les dires d'un escroc ou d'un illuminé !
Duo s'éclaircit la voix.
- On s'éloigne du sujet, Jake.
- Pas tout à fait, Duo, rétorque-t-il en le regardant droit dans les yeux.
- Je crois sincèrement que tu confonds amour et désir et je t'en veux pas, c'est bien normal !
- Evidement que j'ai envie de toi, mais je sais ce que je ressens ! Je saurais te rendre heureux. La preuve en est : tu ris à nouveau. Et puis, je ne suis pas aveugle, ça ne va plus entre Heero et toi. Ça crève les yeux !
- C'est de ma faute.
- A d'autres ! Il ne prend plus soin de toi, voilà la vérité !
- Jake, tu ne sais pas de quoi tu parles…
- Mais je…
- Chuuut, l'arrête-t-il d'un doigt au travers de la bouche.
Un geste qui fait frissonner le jeune homme ambitieux et obstiné.
- J'aime les gens sincères et le franc-parler, poursuit Duo en libérant ses lèvres de sa douce pression. Mais je te conseille de garder ce que tu penses sur Heero pour toi et rien que pour toi. Ne l'écris même pas sur le sable !
Il se met à rire.
- Si 'ro savait… Y a pire que moi !
- Ce mec t'a envouté ! râle Jake.
- Dans un sens, oui, mais dans le bon.
- Dans le mauvais, Duo. Dès qu'il apparaît, tu te détournes des autres…
- « Je n'ai d'yeux que pour lui », ça te rappelle quelque chose ? le piège-t-il en empruntant ses propres paroles.
- Oui… enfin…
- Qui ne tente rien, n'a rien ! Sans rancune ?
- Il ne te correspond pas, Duo. Vous n'avez aucun point commun, alors que nous, si !
- Très bien, ça suffit ! intime-t-il d'un ton ferme. Tu as dit ce que tu avais à dire, je t'ai écouté, mais maintenant, t'arrêtes
- De quoi t'as peur ? Que je finisse par te faire ouvrir les yeux, par te convaincre ?
- Tu pourrais me soutenir une vie entière qu'il n'est pas fait pour moi que ça me passerait au-dessus de la tête. Par contre, je crains pour ton équilibre physique et psychique si tu devais le croiser avec ce regard-là.
Jake soupire, mais ne donne pas l'impression de baisser les bras.
- Suis-je donc condamné à n'avoir aucun ami ? reprend Duo. Chaque fois qu'un mec m'approche, c'est pour coucher avec moi.
*Sauf Quatre, Trowa et Jeff… J'ai parlé un peu vite, là…* constate-t-il non sans satisfaction.
- Je te respecte, moi ! se défend Jake.
- Et je t'en remercie. Comme je te le disais, tu es vraiment quelqu'un de bien. Je te souhaite de trouver ton âme sœur. Ce jour-là, tu comprendras pourquoi nous n'aurions jamais pu être ensemble.
- Laisse-moi une chance…
Duo se lève en soupirant de lassitude.
- Il n'y a rien de plus parlant que les exemples, c'est toi-même qui me l'as dit. 'ro et moi, c'est pour la vie.
- Justement ! Raison de plus pour tester votre couple, tu ne crois pas ? Tu n'as qu'à faire une pause, aller voir ailleurs… Si tu lui reviens, et j'ai bien dit « si », au moins, tu sauras vraiment pourquoi.
*Il ne manque pas de ressources, le p'tit gars !* observe le natté.
- J'ai…
Duo rit nerveusement d'avance à ce qu'il va dire.
- J'ai une confiance absolue en lui et réciproquement. Toi et Jeff m'avez aidé à m'en souvenir, à faire renaître cette évidence en moi.
Jake grimace, Heero exulte.
- Pourtant, vous n'avez plus l'air d'être très heureux ensemble…
- Ce n'est qu'un passage. Nos fondations sont solides. Fais pas cette tête, Jake, hein ? Ça m'a fait beaucoup de bien de parler avec toi. T'es un type formidable !
- Ouais, mais j'suis trop naze pour te mériter, c'est ça ?
- Bien sûr que non ! Si 'ro n'avait pas existé ou s'il n'avait jamais croisé ma route, tu aurais tout à fait été mon type de « quatre-heures », crois-moi !
- Alors goûte-moi, Duo. Embrasse-moi, rien qu'une fois, s'emballe-t-il. Il n'en saura rien, je te le promets.
- Tu te fais du mal, Jake. Trouve-toi quelqu'un et vite, si tu veux mon avis.
- Je te veux, toi.
Duo soupire légèrement.
- D'accord, accepte-t-il avant de l'embrasser…
Sur le front.
- Voilà ! Maintenant, fais de beaux rêves… Hep, hep, hep !
Alors que Jake s'apprêtait à l'enlacer, Duo, qui s'y attendait, l'en a empêché en le repoussant fermement.
- Tu as un tournoi de volley-ball, ce week-end. Ton équipe a besoin de toi et de tes puissants avant-bras.
- J'vois pas le rapport ?
- Moi, si. Alors, bonne nuit, dit-il en se levant pour partir.
Jake lui emboîte le pas.
- Attends… ! Je peux te raccompagner ? Enfin, sauf si « Heero », crache-t-il, te l'interdit. Ça, comme le fait d'avoir une vie sociale « normale ».
Les yeux écarquillés de stupéfaction, Duo s'arrête et se retourne vers lui.
- Non, mais t'as réservé une place au cimetière, ou quoi ? Et elle te coûte tellement chère que tu préfères y aller tout de suite ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? ! ?
- Je ne devrais même pas prendre la peine de m'expliquer, mais vu ton état avancé de délirium tremens, je me dois de porter secours à personne en danger imminent. « Heero », comme tu dis, ne m'interdit rien. Ça serait plutôt moi qui lui mène la vie dure et si tu ne veux pas finir en ratatouille, évite de le regarder, ou mieux encore, de te trouver dans le même périmètre que lui. Parce que là, franchement, tu crains, mec… Eh ! tu sais quoi ? Si tu continues, c'est pas d'Heero dont tu devras te méfier, mais de moi ! Encore un son en sa défaveur et je te transforme en milk-shake !
Même s'il n'a besoin d'aucune preuve de ce genre, Heero se sent malgré tout heureux de constater que Duo défend leur couple avec tant de passion et d'acharnement.
Non sans indifférence, Duo se demande si Jake ravale sa vexation ou sa colère…
- Désolé, lâche-t-il en rentrant la tête dans les épaules. Tu m'obsèdes et chaque fois qu'il s'agit de toi, je déraille.
- J'te l'fais pas dire ! Je sais pas d'où tu sors toutes ces bêtises sur 'ro et moi… C'est quoi, des rumeurs ?
- Non, avoue-t-il. En fait, tout ce qu'on sait, c'est : « touches à un cheveu de Duo ou/et de Quatre et tu ne seras plus qu'un tas de molécules en décomposition avancée ».
Duo se mord la lèvre, mais ne parvient pas à retenir son petit rire.
- Si tu te tiens tranquille, tu peux m'accompagner jusqu'au rez-de-chaussée.
Le dos voûté et l'air abattu, Jake le suit.
- Je suppose que tu ne voudras plus m'adresser la parole…
- C'est vrai que t'es du genre insistant, pressant même, mais de là à te bouder…
La vision d'Heero leur barrant la route qui contourne le grand chêne l'interrompt.
Pris de panique - et voulant par-dessus tout éviter ce qu'il croit être inéluctable - il se rue vers lui, le précipite vers l'arbre à reculons pour l'y plaquer de tout son poids, lui emprisonne les poignets et ne trouve rien d'autre pour le distraire que l'embrasser profondément.
- Mhm… Cours, Jake, j'te couvremhm ? ! !
*Mon Dieu, ce qu'il m'a manqué…* parvient-il à penser alors qu'Heero répond à son baiser, non pas avec fougue comme il aurait pu s'y attendre au bout de plusieurs semaines de célibat, mais avec une tendresse et une lenteur toute particulière et toute aussi dévastatrice.
Pendant ce temps, et au lieu de courir se mettre à l'abri comme Duo le lui a conseillé, Jake reste là à les observer et constate douloureusement que Duo fond littéralement entre les bras d'Heero, tant et si bien qu'il en oublie de le « protéger » en continuant d'emprisonner les mains de son amant, qui, lui, en profite pour l'étreindre avec force.
*J'aimerais tellement être à sa place !* se dit Jake en s'imaginant tout à fait prendre celle d'Heero.
Haletant et fiévreux, le natté aux joues roses s'efforce de retrouver son souffle et toute sa lucidité en ébouriffant un peu plus la tignasse brune de son volcan.
- Heerooo… se lamente Duo en se pressant un peu plus contre lui. C'est toi qui devais fondre comme neige au soleil, pas moi !
- Je contrôle parfaitement mon niveau d'excitation, kitsune no. Je n'ai jamais été victime d'une éjaculation incontrôlée, tu es bien placé pour le savoir. Comment crois-tu que je parvienne à te faire l'amour toute la nuit en ne me libérant qu'au petit matin au creux de tes reins, hn ? Demande à Quatre, il a lu un article à ce sujet. Il était désireux de comprendre son « Triple T ».
Coup de chaud pour Duo et gêne assurée pour Jake.
- Oh ! mon Dieu ! 'ro… Comment tu fais pour m'afficher en public avec tant de facilité et de désinvolture ? Punaise, j'y crois pas !
- C'est mon boulot de maintenir une certaine pression, répond-il sur le ton de l'évidence en avisant Jake d'une œillade assassine.
Un jeune homme visiblement impressionné, blessé, voire meurtri, mais surtout terriblement envieux.
- Salut.
- Bonsoir, Jake.
- Okay… on y va, 'ro ? propose Duo en tentant de le tirer vers le côté opposé à celui de Jake.
Autant s'essayer à déplacer une montagne.
- Il n'y a rien de plus parlant qu'un exemple, n'est-ce pas ? Heero interroge-t-il Jake, soulignant-là qu'il les écoutait depuis le début.
Ce qui, soit dit en passant, jette un froid polaire qui pétrifie Duo et Jake.
- Je t'en prie, 'ro… le supplie Duo en chuchotant discrètement sous son oreille.
- J'imagine que le nôtre est des plus parlants, poursuit Heero sans se laisser distraire ni influencer. Qu'en penses-tu… Jake ? Tu as l'air d'avoir ton avis sur la question.
- C'est limpide… Heero, répond courageusement le jeune étudiant.
Ils s'affrontent encore un court instant du regard…
Un combat inégal selon Duo. On n'oppose pas une peluche domestiquée qui dit « je t'aime très fort ! » chaque fois qu'on lui presse la patte à un animal sauvage indomptable !
- Je crois qu'il est temps pour moi de me retirer, reprend sagement Jake.
- Je le pense aussi, confirme Heero.
Jake recule d'un pas.
- Sur ce, bonne soirée.
- J'suis désolé… s'excuse Duo. Bonne soirée et prends soin de toi !
- Toi aussi, Duo, répond-il le dos tourné, alors qu'il s'éloigne à grand pas, les mains profondément enfoncées dans les poches.
Lorsqu'il disparait derrière les grandes portes de l'établissement, Duo pose à nouveau son regard sur son compagnon.
- Tu es terrible, 'ro. Chaque fois que tu fais « ça », j'ai l'impression d'être mis aux enchères !
- Heureusement que j'en ai plein les poches.
Les rires et les gloussements de Duo contre son cou émettent d'intenses vibrations d'extase, qu'Heero absorbe jusqu'à la dernière émission.
- Il a bien compris la leçon, tu peux me croire ! Il n'est pas nécessaire de lui broyer…
- Je sais.
- Comment se fait-il que tu ne sois pas intervenu avant ? ! Dans mon rêve, tu…
- Je te prouve une fois de plus que tes rêves ne sont pas une fatalité. En tout cas me concernant, puisque Jeff est bel et bien venu te demander tes notes et que Rosalie et Jake ont joué leur rôle à la perfection. Et dois-je te signaler que tu as pu choisir de modifier nos vacances et mes horaires de travail ?
Duo soupire, ferme les yeux, puis respire son odeur comme si elle avait le pouvoir de l'envelopper et de le protéger aussi bien qu'un abri antiatomique.
Il se doute bien que ça n'a pas dû être facile pour Heero de rester là, les bras croisés, pendant que Jake le draguait et le touchait ouvertement.
- Je commence à y croire, 'ro… Je me dis que si quelqu'un peut changer le cours des choses, c'est bien toi.
Heero ne répond rien, si ce n'est qu'il ne desserrerait son étreinte à aucun prix.
Ils restent ainsi un long moment, dans les bras l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'Heero confie son inquiétude.
- Jake n'a pas tort. Tu souris et tu ris à son contact…
- Arrête ! Tu ne te rends pas compte de la place que tu tiens dans ma vie, 'ro… C'est risqué, mais tu es tout pour moi… Tro' a raison, tes efforts pour me rendre heureux sont à sens unique.
- Je ne suis pas d'accord avec lui.
- J'm'en doute, tu me passes presque tout. Même Quat' m'a remonté les bretelles.
- C'est différent, il ressent les êtres comme personne...
- Et Tro' ressent Quatre comme personne, donc j'étais mal barré ! A la réflexion, j'ai toujours l'impression de tenir les rôles de la saucisse brulante surchauffée par la moutarde, et du pain en instance d'occupation passionnée par son chauffe hot dog…
Heero rit doucement contre son cou.
La première fois depuis des mois…
- Tout ça pour dire que… reprend-il en prenant son visage en coupe dans ses mains. Jake a été la goutte d'eau qui a fait déborder la « cruche » que je suis ! Je n'ai pas pris la décision de te faire entièrement confiance, 'ro. J'ai réalisé que c'était déjà le cas et qu'il en avait toujours été ainsi. Je t'aime et aucun rêve, aucune vision d'aucune sorte ne pourront nous détourner l'un de l'autre. Je crois en toi. Il est très important, pour toi comme pour moi, que je te le dise enfin clairement. Que tu entendes ces mots magiques sortir de ma bouche, plutôt que de les lire dans mes regards, ou bien encore, à travers mes gestes, ou chaque fois que je m'offre à toi… en toute confiance.
C'est au tour du scientifique d'être bouleversé.
Même si, à ces mots, Heero resserre ardemment son étreinte - allant jusqu'à le soulever de terre - Duo le sent se détendre profondément. C'est alors qu'il réalise à quel degré Heero était à cran ces dernières semaines. Et le sentir nicher son visage au creux de son cou, puis soupirer – toujours avec cette discrétion qui le caractérise - lui montre qu'il souffrait beaucoup trop de leur situation.
- Merci.
- Je suis déso…
- Hn, Hn, le coupe-t-il en émettant une pression supplémentaire sur ses reins en signe de contestation.
Duo sourit, ému.
- Merci à toi, 'ro… Par contre, si tu pouvais me laisser juste un p'tit espace entre nous pour respirer… Voilà, c'est mieux… Non, là, c'est trop, resserre… Stop ! C'est parfait… Tout est parfait dans tes bras…
Bip-bip !
Sans craindre de briser l'instant de perfection, Duo sort doucement son téléphone de sa poche, sans se décoller d'Heero…
Bip-bip !
Sans sortir le nez de son cou, il lit les deux SMS qu'on vient de lui envoyer :
« J'ai cuisiné toute la soirée. Excellent ! »
« J'suis HS. Akito en redemande ? ? ? »
Duo rit sous l'oreille d'Heero.
- Qui est-ce ? s'enquiert-il en glissant lentement sa main dans son dos.
- C'est Jeff… le renseigne-t-il en frissonnant. Il est repu et voudrait bien rendre son tablier et fermer boutique, mais Akito a encore faim.
- Hn. On monte se coucher ?
- Oui…
Duo se détache légèrement de lui en caressant ses bras.
- J'ai pas touché à mon dessert, aujourd'hui… ajoute-t-il en glissant sa main dans l'une des poches arrière d'Heero.
- Ça ne te ressemble pourtant pas, répond-il en le faisant reculer vers la porte d'entrée d'une douce pression sur son ventre nu sous sa chemise.
- Y a des jours comme ça, on se lève du mauvais pied… explique-t-il en frissonnant violemment sous la caresse d'Heero.
- Faudrait peut-être prendre l'autre, alors ?
Duo répond à son sourire torve.
- Peut-être…
Au loin, sur l'un des grands balcons en pierre du premier étage, deux silhouettes immobiles se dessinent.
- Te voilà rassuré, mon ange ?
- Oui… Enfin, presque… Avec Duo, on n'est jamais sûr de rien !
- Et si on retournait se mettre au lit ?
- Attends, Trowa ! J'ai une bonne vue d'ici…
Trowa, adossé contre le mur, sourit d'un air mutin.
- Moi aussi.
Quatre, penché sur le rebord, lui offre une vue imprenable sur son postérieur…
- Je constate que tu as aussi un problème avec les balcons, déclare finalement Trowa qui ne s'attendait pas à s'amuser autant.
Rouge comme une pivoine, Quatre se contente de retourner dans leur chambre en marmonnant dans sa barbe…
•
Quelques jours plus tard…
•
Bien au chaud, blotti dans les bras de son héros bien vivant et bien réveillé, Duo s'étire longuement avant de littéralement sauter du lit.
A croire qu'Heero s'amuse à le piquer avec une aiguille !
- Duo, qu'est-ce qui se passe ?
- YATTAAA ! YATTAAA ! ! crie-t-il de joie en levant les mains au ciel.
Il n'y a bien que Duo pour faire exploser le cœur d'Heero en un centième de seconde !
Heureux de le voir à nouveau aussi léger que l'air, il se laisse retomber sur son oreiller en souriant d'une oreille à l'autre.
- Yukitooo ! Mon Yukitooo ! !
Heero perd son éblouissant sourire et se redresse sur ses coudes.
- C'est qui, celui-là ? demande-t-il d'un air contrarié.
Duo éclate de rire en revenant auprès de lui.
- Grâce à toi et à ton acharnement, je l'ai vu !
Ouh ! là… Lever de sourcil extraordinaire.
Mais Duo ne lui laisse pas le temps de gratter le sujet, qu'il se jette dans ses bras pour l'embrasser. Pleinement, profondément, en se délectant de son avenir si délicieusement présent.
- Mhmmm… Bonjour… Bonjour… Bonjour… !
- Bonjour. Qui est-ce ? attaque-t-il derechef.
- Faut que j'aille en parler à Quat' ! Tout de suite ! Et tant pis, s'ils pique-niquent ! Ils devront s'interrompre…
- Attends… !
Heero reste là, les bras ouverts, à le regarder sortir de leur chambre en toute hâte...
Torse nu…
En caleçon…
Dénatté…
A tomber !
Heero se passe une main dans les cheveux, un sourire lumineux réapparaissant sur son visage.
Puis, il décide de se couvrir d'un jean et d'un tee-shirt, avant d'apporter la même tenue à sa tornade…
•
Dans la chambre de Quatre et Trowa…
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Assis sur son lit, dos au mur, Quatre tient un roman d'une main et caresse les cheveux de Trowa de l'autre, pendant que ce dernier parcoure les articles d'un magazine scientifique, allongé, la tête reposant sur les cuisses de son compagnon.
- Tu es prêt, mon Trowa ?
- Hm.
Alors qu'ils mettent fin à leur lecture, Duo déboule en envoyant valser la pauvre porte contre le mur.
- Quaaat' !
- Oh ! là… C'est du lourd, ce matin, remarque celui-ci en rangeant précautionneusement son livre sous son oreiller.
- Tarzan aurait-il perdu sa banane ? s'intéresse Trowa, d'un air coquin.
- Dans le but de te détendre un peu, Heero t'aurait-il fait prendre « quelque chose » ? demande Quatre d'un air suspicieux.
- Il n'a rien pris du tout, répond Heero en refermant la porte derrière lui.
- J'imagine que l'idée de nous « déranger » n'a pas suffi à lui faire rebrousser chemin ? l'interroge Trowa en observant Duo s'habiller en toute hâte avec les vêtements qu'Heero lui a apportés.
- Aucune libido n'est au-dessus de ça ! rétorque Duo.
- Tu nous racontes, mon Dodo ?
- Yukito, Quat'. Yukito !
- Oh ! mon Dieu ! s'écrit son frère. Tu en es sûr et certain ?
- Oui, absolument !
- Non !
- Si, si, si ! ! !
- AAAAAAH ! exultent-ils d'une même voix.
Trowa et Heero se consultent bien du regard, mais c'est à n'y rien comprendre.
- Tu nous expliques ?
Le dénatté se retourne pour aller l'embrasser et le remercier, encore et encore.
- J'ai rêvé…
- D'un certain Yukito, j'ai bien compris, le coupe-t-il.
- C'est que j'adore ce prénom.
Heero est visiblement contrarié.
- Je n'ai pas très envie de jouer aux devinettes sur ce sujet.
- Si tu es d'accord, j'aimerai appeler notre fils ainsi.
Heero marque un temps d'arrêt en le fixant intensément.
Lui laissant ce délai raisonnable pour assimiler cette information, Duo patiente en lui souriant et en jouant avec ses petites mèches brunes sur sa nuque.
- Tu veux dire que tu as « vu » notre enfant en rêve ?
Duo hoche vivement la tête, tandis qu'Heero lui offre enfin son plus beau sourire.
- Il jouait avec… s'interrompt Duo en posant son regard sur Quatre.
- Duo ?
- Tu m'as demandé de ne rien te dire à ce sujet, Quat'Cute. Tu me l'as fait promettre.
- Il y a si longtemps, mon Dodo…
- Je me rappelle encore des mots que tu as employé : « Peu importe que je te supplie, mon frère. Ne me révèle rien sur ma future descendance. Rassure-moi simplement sur mon avenir avec Trowa. »
Alors que Quatre baragouine dans son coin, Duo porte son attention sur « l'avenir de son frère ».
Et Duo n'a pas ouvert la bouche que « Triple T » sait déjà ce qu'il s'apprête à formuler.
- Je t'arrête tout de suite, Duo. Ce n'est pas nécessaire. En ce qui me concerne, je ne me suis pas senti en froid avec toi.
Duo le dévisage un instant.
- Tu es d'une fiabilité à toute épreuve, Tro'… Je suis heureux que le destin m'ait utilisé afin d'illuminer mon frère de ta présence. Mais tu n'échapperas pas à mes plus plates excuses. Tu n'as fait que me jeter la vérité en pleine figure, comme tu as la délicatesse de le faire à chaque fois et ça m'a bien aidé. Pas sur le coup, mais après.
Cette lueur étincelante dans son regard vert suffit à Duo pour savoir que l'affaire est faite, que le sujet est clos, que…
- Par contre, si vous pouviez arrêter de me presser comme un fruit, je vous en serais très reconnaissant, ajoute-t-il.
- C'est surtout qu'il n'y a qu'Heero qui sache s'y prendre pour te tirer quelque chose de juteux, analyse Trowa.
- Mais t'es chiant, Tro' ! Il est hors de question que tu t'approches de notre enfant, t'es trop instable comme oncle.
Alors que Quatre éclate de rire, Heero continue de serrer Duo dans ses bras, s'autorisant à laisser son imagination vagabonder…
*Yukito… Notre enfant… Mon avenir avec Duo…*
Ils resteraient ainsi de longues minutes encore si Duo ne poussait pas là son deuxième long soupir, comme emprunt de regret, de nostalgie.
- Dis-moi tout, tenshi no, l'incite Heero à se confier en s'écartant suffisamment de lui pour accrocher son regard et lui caresser tendrement la joue.
Heero ne le ressent pas encore tout à fait, mais la puissance du malaise survenu sans crier gare enveloppe et alourdit Quatre comme si une couverture de plomb venait d'être posée sur ses épaules. Il interviendrait sur le champ s'il n'était pas convaincu qu'Heero soit capable d'endiguer la souffrance de son frère.
Peut-être pas en une fois, mais sur le long terme, à force de patience, d'amour et de compréhension…
*Les épreuves qu'ils viennent de traverser me font penser que je dois et peux lui faire confiance…*
- Non, c'est juste que… commence Duo en haussant les épaules.
*Confie-toi, mon dodo. Remets-en toi à lui…* souhaite Quatre.
L'air de rien, Trowa vient l'entourer de ses bras et le réchauffer de sa présence et de son soutien.
- Pourquoi cette tristesse dans tes yeux ? insiste Heero en le dévisageant. Notre fils aura-t-il un problème de santé ?
Duo esquisse un léger sourire.
- Tu me prends très au sérieux, maintenant.
- Ne change pas de sujet, kitsune no.
Duo détourne le regard, l'ombre de son sourire envolée.
- J'aurais dû être une femme, avoue-t-il d'un seul bloc.
Les trois jeunes hommes présents dans la pièce se figent dans une même expression de surprise mêlée d'hébétude.
- Je te demande pardon ? l'interroge Heero.
Duo se détache complètement de lui pour faire les cents pas devant le long bureau commun de Quatre et Trowa, placé devant leurs deux grandes fenêtres.
La vue est magnifique, mais présentement, ils n'ont d'yeux que pour Duo. Il pourrait bien y avoir un phénomène climatique extraordinaire ou un cheval ailé s'emparant du panorama de tous que Duo serait toujours le seul à les captiver totalement.
- Je ne sais pas comment le trouver, ni où le chercher. Rendez-vous compte, si j'avais été une femme, j'aurais pu lui donner naissance ! Je lui aurais donné la vie, rectifie-t-il.
- Mon Dodo, arrête, l'implore Quatre d'une voix douce. Tu te fais du mal pour rien…
- C'est de ma faute ! le coupe-t-il dans un élan de détresse et d'une voix tremblotante. Je suis le compagnon d'Heero alors que j'aurais dû être sa compagne et pouvoir lui donner un enfant. Au lieu de ça, je… je suis un homme !
- Plus un mot ! intervient Heero d'une voix claquante, faisant sursauter tout le monde, sauf Trowa qui aurait, à peu de chose de près, eu la même réaction.
- C'est toi qui as insisté pour que j'en parle ! conteste Duo, les larmes aux yeux.
- Je ne veux plus rien entendre, déclare-t-il avec sévérité. Je veux que tu cesses de penser à ça et que tu te concentres sur la fin de tes études et sur notre vie commune.
- Je veux bien mais je ne vois pas en quoi ça changera quelque chose, 'ro… J'ai l'impression d'être stérile, que rien ne peut naître de moi… Je ne peux rien créer… Je ne peux rien t'offrir… Tu mérites mieux…
Duo sent la chaleur des larmes couler sur ses joues, reflétant ainsi le visage de son frère qui se trouve à présent dans le même état de douleur de part son don d'empathie et qui broie littéralement la main de Trowa.
- Je n'aime pas seulement ton corps, mais ton esprit avant toute chose. Tu es mon compagnon, comme tu aurais pu être ma compagne dans une autre vie. Ce qui compte, c'est que je sois avec toi, Duo. Que ce soit en tant qu'amant ou en tant qu'ami.
- Et tu sais que je t'aime tout autant, 'ro ! assure-t-il avec urgence. Je ne voudrais pas que tu crois que je nous dénigre, mais quelle vie va connaître Yukito avant d'entrer dans la nôtre ? Que va-t-il subir par ma faute ? se reproche-t-il gravement.
Ne supportant plus la distance qui les sépare, Heero sort de son immobilité et le rejoint hâtivement pour le reprendre dans ses bras.
Annihiler cet espace entre eux lui donne l'impression de pouvoir lutter contre le gouffre que Duo creuse par ses pensées, si radicalement opposées aux siennes, à ce sujet.
- Tu ne sais plus ce que tu dis. Plus un mot, mon amour, répète-t-il d'un ton ferme. Tu es celui que j'aime et l'homme avec qui je veux vivre.
- Je le veux aussi, 'ro, mais…
- Ne me pousse pas à bout, Duo, le menace-t-il avec douleur en le serrant très, presque trop fort contre lui.
Alors, en dernier recours, Duo ferme les yeux, déglutit et niche son nez dans le creux de son cou autant que cela lui est possible, pourvu qu'il ne voit ni se sente plus son environnement.
- Je compatis à ta douleur, Duo, se permet d'intervenir Trowa. Mais au lieu de regretter ta forme de vie, concentre-toi à nouveau et totalement sur l'amour que tu vis et éprouves pour Heero. A ta place, c'est ce que je ferai. Pour le reste, je suis certain que Yukito saura te faire oublier ton chagrin…
- Tous les orphelins ne subissent pas les mêmes épreuves, mon Dodo. Ton enfance n'a pas été facile et j'aurais moi aussi préféré que tu naisses dans ma famille, mais qui te dit que Yukito ne sera pas doté d'un passé plus léger ? Qu'il se tiendra prêt, juste là, à vous attendre bien sagement tandis que des gens seront présents autour de lui pour le protéger… ? Penses-y, mon frère, tu veux bien ?
A défaut de pouvoir parler, Duo hoche lentement la tête sur l'épaule de son amant en resserrant ses bras autour de son cou.
- Je vous remercie, dit Heero en frottant doucement son dos.
- On est là pour ça, assure Trowa.
De son côté, l'avis de Quatre est mitigé. Il est heureux que ce sujet sensible soit mis au jour, mais déçu de constater qu'Heero n'est pas prêt à l'aborder.
*Je ne peux pas lui en vouloir* se dit-il en croisant le regard de Trowa. *Duo nous a tous prit de court et sa révélation nous a fait l'effet d'une gifle magistrale… Je t'en prie, Heero, ne l'abandonne pas derrière ce rideau de solitude… Sauve-le !*
- Rentrons, décide Heero en entraînant Duo vers la sortie.
- Je vous raccompagne, propose Quatre en allant leur ouvrir la porte.
- Merci, mais nous avons besoin d'être seuls, répond-il. Ne t'inquiète pas, Quatre, je prendrai toujours soin de ton frère. Je te le promets.
Très ému et profondément rassuré, Quatre se laisse aller à verser quelques larmes de tristesse mêlée de gratitude.
- A plus tard, leur adresse encore Heero avant de les quitter.
Duo, qui a débarqué les yeux pétillants de bonheur, repart avec un vieux chagrin dont il pensait s'être débarrassé depuis la fin de son adolescence…
*Il me suffit de l'ignorer, comme je l'ai fait par le passé.* se remémore-t-il. *Oui, c'est ça. L'ignorer, ne lui prêter aucune attention, faire comme si je n'avais jamais eu ce problème-là…*
Dans un silence lourd et gênant, Heero referme leur porte de chambre derrière eux, pendant que Duo s'occupe déjà de ranger son bureau.
- Tu peux m'aider à assimiler une théorie de physique que je juge plutôt tordue ? lui demande-t-il à brûle-pourpoint, de son air le plus léger, presque aussi jovial et innocent qui soit.
On y croirait, s'il n'essuyait pas les dernières larmes qui perlent encore au coin de ses yeux…
Heero reste un instant interdit, debout au milieu de la pièce, la mine grave, puis, se sachant pour l'instant incapable d'affronter ce qui blesse, décide de s'en tenir à son plan.
Finir leurs études et soutenir son aimé jusqu'au jour où ils seront capable d'aborder ce sujet-là de nouveau, ensemble, et cette fois-ci, pour lui régler son compte une bonne fois pour toute !
En attendant, il fait rouler sa chaise de bureau jusqu'à celle de Duo et lui assure :
- Je t'aiderai à tout assimiler, tenshi no. Tout.
Pour toute réponse, Duo lui serre la main, tout en ouvrant son livre d'étude de l'autre…
A suivre…
A bientôt et bonne fin de semaine !
Kisu
Yuy ღ
