3.

Pour le temps de sa convalescence, Albator était demeuré dans la demeure des Hall. Il y effectuait des petits travaux, à l'intérieur et dans le jardin.

Durant ces quelques jours, il avait apprécié l'ambiance très feutrée et très stylée de cette famille typiquement Victorienne, toute dans les traditions et les conventions. Quant à la petite Elisabeth, elle avait ses précepteurs et pouvait demeurer tranquillement dans le cocon familial.

Après une semaine, Arthur avait fait appeler l'invité dans son bureau.

- Vous faites du bon travail, Albator. Mes rosiers n'ont jamais été aussi beaux aux portes de l'hiver !

- J'adore les roses.

- Mon jardinier est un professionnel, mais il n'arrive pas à ce niveau de réussite. Pour cela et les autres services rendus, j'aimerais vous faire plaisir.

Le grand brun borgne et balafré leva la main.

- C'est moi qui vous suis redevable, Monsieur. Vous m'hébergez, et tout le reste, vous payez mes soins…

- Et je dois être correct vu le travail accompli.

Arthur déposa une bourse sur la table, devant Albator.

- Je vous donne votre journée. Faites-en ce qu'il vous plaira. Il y a assez pour payer fiacres et distractions. Et vous n'avez pas la liberté de refuser !

- Merci, Monsieur Hall.

Infiniment touché par tant d'attentions et de bonté spontanée, Albator enfouit la bourse dans la poche de sa redingote et quitta la pièce.

Canne et haut de forme avaient été préparés dans l'entrée et il quitta la maison, hélant un fiacre.


Durant une partie de la journée, Albator s'était fait conduire dans différents quartiers de la ville qu'il découvrait enfin et cela l'avait ravi, cela avait ébloui son œil devant tant de merveilles architecturales.

Au soir, il avait préféré marcher un peu, mais sans trop forcer car sa blessure le tirait toujours un peu. Mais elle ne l'empêcherait pas non plus de prendre un peu de plaisir.

La fille de petite vertu avait pris soin de son client, lui en donnant pour son argent tout en veillant à ne pas rouvrir sa plaie.

- Tu repars en mer bientôt ? interrogea-t-elle alors qu'il se rajustait, nouant le nœud de sa cravate.

- Aucune idée.

- Où est ton bateau ?

- Je l'ignore, je suis tombé à l'eau en cours de bagarre rangée sur le pont ! Il faudra que j'aille me renseigner si quelqu'un à la Capitainerie connait sa position.

- Il doit être beau, ton Arcadia.

- C'est le plus beau de tous. Mais il n'est pas à moi, j'y suis juste un simple marin !

Albator sourit à la fille.

- Tu m'as changé les idées comme jamais. Je n'oublierai jamais.

- Bien sûr que si ! Ce ne furent que quelques minutes dans ta vie. Et tu en retrouveras plein comme moi dans d'autres ports !

- Possible… Mais me feras-tu l'honneur de me donner ton nom. Car je veux bel et bien me souvenir de toi.

Elle sourit.

- Mary Jane Kelly.