1er septembre 1964

Décidément, ça n'est vraiment pas comme je l'avais imaginé.

Bon d'accord, c'est vrai, il y a bien eu tout le folklore. Le Poudlard express et sa locomotive écarlate qui crachait ses épais panaches de fumée blanche, les élèves se pressants sur le quai avec leurs malles, leurs chouettes, leurs chats et tout le tremblement…

Mais la solitude à laquelle je suis confronté à cet instant n'était pas prévue dans mon programme.

J'ai un peu traîné pour dire au revoir à Maman et quand j'ai voulu rejoindre Arthur, son compartiment était déjà plein. Résultat, je me retrouve à errer dans le couloir du train sans connaître personne.

Les compartiments que je viens de passer sont tous pleins également. Je finis par croiser deux autres élèves, un garçon et une fille, qui remontent le couloir dans la direction opposée, sans doute eux aussi à la recherche d'un compartiment vide.

- Tous ceux là sont pleins, je les informe en désignant l'espace derrière moi.

La fille, une petite brume au regard pétillant coiffée avec des nattes me répond en souriant :

- On a qu'à aller dans l'avant dernier qu'on a passé. Il n'y avait qu'une personne à l'intérieur.

Je les suis tandis qu'ils rebroussent chemin et ne peut m'empêcher de sourire lorsque je pénètre dans le compartiment. On dirait que la chance me rattrape enfin. Assise près de la fenêtre, la gentille Black lit un livre de la taille d'un grimoire tout en faisant semblant de ne pas avoir remarqué notre entrée.

- Je m'appelle Théodore Tonks mais tu peux m'appeler Ted, me fait le garçon, un solide gaillard aux yeux clairs, en me serrant vigoureusement la main avant de se laisser lourdement tomber sur un fauteuil du compartiment.

- Moi, c'est Anaïs Dubois, se présente à son tour la brunette.

- Bilius Weasley, fais-je, tout heureux d'avoir enfin trouvé des gens à qui parler. Vous êtes tous les deux en première année ?

- Oui, répondent-ils en chœur. Nous sommes un peu perdus parce que nous ne somme pas des enfants de sorciers, complète Ted tandis qu'Anaïs acquiesce d'un mouvement énergique de la tête. Et toi ?

- Je suis aussi en première année. Mes deux frères sont déjà à Poudlard en quatrième et septième année. En fait, ma famille est une famille de sorcier assez ancienne. Mais…

Je m'interromps un instant et glisse un œil vers la gentille Black. Je sais bien que je devrais la laisser à sa lecture mais j'attends de faire sa connaissance depuis si longtemps que je ne peux m'empêcher d'ajouter :

- Mais pas aussi ancienne que celle des Black.

Elle consent enfin à décoller le nez de son pavé relié pleine peau et nous accorde enfin son attention. Pendant un instant, je crains que ma remarque ait été impolie. Après tout, ça n'est pas à moi de présenter les Black. Mais elle ne semble pas m'en vouloir.

- C'est exact, sourit-elle timidement. Les Black sont une très ancienne famille de sorcier. La plus ancienne pour tout dire.

Ted et Anaïs ont l'air impressionné.

- Je suis Andromeda Black, finit-elle enfin par révéler. J'entre également en première année.

- Alors tous les deux, vous vous connaissez déjà ? demande Ted.

Il faudra à l'avenir que je me méfie de ce garçon et de sa propension à mettre les deux pieds dans le plat. Voilà LA question qu'il ne fallait pas poser. Je vois déjà ma gentille Black (maintenant que je connais son nom, je devrais peut-être arrêter de l'appeler comme ça) replonger son nez dans son livre et se refermer comme une huître.

Que répondre à ça ? Franchement ! « Non, nous ne nous connaissons pas parce que les arrières grands parents d'Andromeda ont déshérité ma mère au prétexte qu'elle avait épousé un Weasley qui sont considérés comme des traîtres à leur sang depuis des générations par certaines autres familles de sorciers en raison de leur trop grande indulgence à l'égard des moldus et des sorciers d'ascendance moldue. Ah oui ! Suis-je bête ? C'est ce que vous êtes tous les deux… »

Je pense que pour casser l'ambiance, il n'y aurait pas meilleure entrée en matière. Ces deux là découvriront bien assez tôt commun certains élèves traitent les élèves d'ascendance moldue à Poudlard. Pas besoin de les mettre au parfum trop vite.

Ted a du sentir le malaise qu'il venait de provoquer malgré lui car il nous regarde avec un air un peu perdu. Je décide donc qu'il est plus que temps de prendre la parole.

- Nos familles se connaissent peu, mens-je sans la moindre vergogne. Et puis, j'habite un endroit assez isolé donc je n'ai jamais côtoyé beaucoup d'enfants de sorciers.

Soulagée, Andromeda repose son livre sur ses genoux et m'adresse un sourire de gratitude. Pour la première fois de ma vie, je remarque à quel point c'est joli, une fille qui sourit.

- Vous deux, vous devez savoir un tas de trucs qu'on ignore, continu Ted, apparemment préoccupé de ne pas connaître notre monde. J'espère qu'on ne paraîtra pas trop idiots à côté de vous et des autres enfants de sorciers.

- Tu n'as pas à t'inquiéter, je m'empresse de la rassurer. On n'a pas le droit de faire de la magie avant d'être entré à Poudlard. Pas volontairement en tout cas. Donc, de ce côté là, on part tous avec le même niveau.

Je me tourne vers Andromeda et guette son approbation. Pourvu qu'elle ne partage pas tous ces préjugés débiles dont sont friands les Black et beaucoup d'autres familles de sorciers.

- J'ai lu beaucoup de livre, affirme-t-elle avec une pointe de fierté. Mais la théorie n'a rien à voir avec la pratique.

Ce n'était pas tout à fait ce que j'attendais… Je décide donc de pousser un peu le bouchon.

- Oui, ça ne veut vraiment rien dire. D'après mon frère, certains enfants de moldus font partie des meilleurs élèves de l'école.

Elle me fixe un instant d'un air impassible et j'ai la désagréable impression qu'elle a parfaitement compris ce que je tentais de faire. Je note dans un coin de ma tête que cette fille est tout sauf une idiote.

Au moment où elle ouvre enfin la bouche pour donner son avis, la porte du compartiment s'ouvre brusquement, laissant enter une espèce d'armoire à glace à l'air patibulaire suivi d'une grande fille brune que je n'ai aucun mal à identifier.

La méchante Black se plante au beau milieu du compartiment, les deux poings sur les hanches.

- Enfin, tu es là ! fait-elle d'un air impatient. Viens, je t'ai réservé une place dans notre compartiment.

Andromeda blêmit légèrement mais répond d'un ton ferme :

- Merci, mais je préfère être au calme pour lire.

L'autre fronce les sourcils et pose un regard hautain sur chacun d'entre nous. Quand elle finit par s'intéresser à moi, je retiens le geste grossier qui me démange le bout des doigts et lui sourit de toutes mes dents. La haine qui filtre à travers son regard me glace littéralement le sang. Elle finit par me sourire à sont tour. Je sais d'avance que je ne vais pas aimer ce qui va suivre.

- Je te rappelle que Mère m'a chargée de surveiller tes fréquentations, susurre la vipère en ne me quittant pas des yeux. Tu ne voudrais pas que je lui rapporte qu'à peine trente minutes après le départ du train, je t'ai trouvé en compagnie de deux Sangs de Bourbe et d'un Weasley.

Elle a littéralement craché mon nom de famille. Je bondis de mon siège et m'avance vers elle d'un air menaçant, la baguette à la main. Ted, qui n'a pas eu besoin de comprendre le terme pour savoir qu'il venait de se faire copieusement insulter, s'est également levé et s'apprête à me prêter main forte. L'armoire à glace étend ses bras de gorille et nous immobilise à bonne distance d'elle.

- Tu ne comptes tout de même pas te battre en duel avec moi, rit-elle en observant ma baguette pointée dans sa direction. Je suis en troisième année et toi…

Elle s'interrompt en voyant ma baguette cracher des étincelles.

Une fois, j'étais tellement en colère contre Aaron que j'ai fait flamber le devoir de potions qu'il devait rendre impérativement à son retour de vacances. Et là, je suis bien un bon millier de fois plus en colère. Je suis parfaitement capable de lui griller sa vilaine tête de harpie avant qu'elle n'ait eu le temps de répliquer.

Une douce pression sur mon épaule me ramène soudain à la réalité. Andromeda est près de moi, plus blême que jamais, et me sourit avec tristesse. Je baisse ma baguette, totalement désarmé par son regard.

- Voilà qui est mieux, triomphe son aînée. Viens, Andromeda. Il y a des gens importants qu'il faut que je te présente.

Le gorille finit par nous lâcher et tous trois quittent notre compartiment. Je reste figé sur place, un peu sonné par ce qui vient de se passer. C'est ce moment que choisit Ted pour me sortir de ma torpeur.

- C'est quoi un Sang de Bourbe ?

Je pousse un profond soupire et regagne mon siège. Bienvenue à Poudlard, mes enfants !