MOUAHAHA! Eh j'ai même pas traîné tant que ça !
Bon petite séance d'auto-congratulation parce que prout, je l'ai bien mérité. D'une part j'ai surkiffé écrire ce truc. J'ai aussi détesté l'écrire. Notez que j'adore écrire de scènes de cul. C'est pas très élégant de dire ça, mais c'est vrai d'abord. Je mets des semaines, ça dure dix pages, mais bordel j'adore ça.
Une salve d'applaudissement pour Julielal, ma coloc, qui en plus de m'écouter râler et chouiner a accepté de relire ce chapitre, rattraper les coquilles et pointer les incohérences. A vrai dire en plus d'applaudissement, il lui faudrait probablement une minute de silence aussi.
Aussi, je ne suis pas croyante. A vrai dire la religion pour moi est juste une très bonne, et très cruelle histoire sur laquelle s'appuyer pour réfléchir et essayer d'être quelqu'un de meilleur. La foi, au sens biblique du terme ne me parle pas trop, mais réfléchir sur les histoires que les hommes écrivent sont à ma portée. Mes connaissances de la Bible se limitent à ce que j'ai lu plus jeune, par curiosité et à ce que j'ai étudié à la fac (pour mes cours d'histoire de l'art). Mes sources sont donc assez vagues et très variées, j'ai construis là dessus.
Je me suis également beaucoup appuyée sur le travail de Saturne, De la Poésie pour Poisson et je vous recommande chaudement d'aller la lire, il y a un lien directe dans mon profil. C'est brillant et passionnant et cette fic aurait probablement tourné court si je n'avais pas pu m'en inspirer. Une petite salve d'applaudissement je vous prie. Et vraiment, allez le lire c'est que du bonheur.
Hop, j'espère que vous aimerez lire autant que j'ai aimé écrire.
Du fait d'être un peu plus entier après avoir été détruit
"Some people bring out the worst in you, others bring out the best, and then there are those remarkably rare, addictive ones who just bring out the most. Of everything. They make you feel so alive that you'd follow them straight into hell, just to keep getting your fix."
Karen Marie Moning
Dean avait beau être le champion du monde de la haine de soi, il y avait des choses qu'il aimait en lui. Des choses dont il n'aurait pas vraiment du être fier mais qui faisaient courir en lui comme une ombre de plaisir vénéneux.
La lame décrivit un bel arc, ouvrant la gorge d'un des vampires. Dean pivota, accompagnant le mouvement, plia le bras et du coude, percuta un autre à la mâchoire. Il termina le mouvement en l'attrapant par les cheveux et sépara définitivement sa tête de ses épaules. Il la lança sur une des vampires, et planta la machette dans son ventre avant de remonter d'un coup sec puis de la décapiter elle aussi.
Dean Winchester était un tueur exceptionnel. Il le devait à son éducation, à sa vie de chasseur, au Purgatoire et pour une bonne partie à ce qu'Alistair lui avait enseigné, même si ça lui laissait un goût amer dans la bouch de l'admettre. Et s'il était tout à fait honnête avec lui-même, il reconnaissait qu'il avait ça dans le sang. Il n'était pas certain de savoir si ça venait de sa mère, parce que c'était une chasseuse, de son père et de sa -légère- vendetta contre le monde entier, de son rôle de vaisseau de Michael ou tout simplement parce qu'il était comme ça.
Aujourd'hui, c'était facile. Presque trop. La grande lame aiguisée dans sa main virevoltait et tournoyait. Souple, fluide, mortelle. Dean aimait son poids dans sa paume, le prolongement évident qu'elle faisait au bout de son bras. Il aimait sa manière de bouger, de trancher, proprement, salement.
Dean aimait sa propre absence de pitié autant qu'elle lui faisait peur. Ça le rassurait de savoir que s'il était en danger, si Sam était en danger, il n'hésiterait pas avant de faire ce qu'il avait à faire. Il était un guerrier, un chasseur, un assassin. Et il aimait ça. Il aimait la peur dans les yeux des monstres qui réalisaient petit à petit qu'ils n'avaient aucune chance.
Ce qu'il n'aimait pas, c'était la crainte qu'il voyait dans les yeux de Sam. Ça faisait longtemps qu'elle était là, tapie. Il savait que plus qu'à cause de ses disputes incessantes avec John, Sam était parti parce qu'il avait peur de l'inflexibilité de Dean. Il avait peur de ce que John avait fait de lui, il avait peur de devenir comme lui. Surtout, il avait peur de se demander s'ils étaient tous les deux nés avec le meurtre dans le sang.
Et ce qu'ils ne disaient pas, ce qu'ils ne diraient jamais ni l'un ni l'autre, c'était que Lucifer aurait probablement réussi l'Apocalypse si Dean avait bu du sang de démon plutôt que son frère.
Il se sentait sale. Souillé. Il tuait sous des prétextes parfois fragiles et il ne s'arrêtait pas parce qu'il était bon à ça. Parce qu'être dur, inflexible, c'était ce qui était le plus facile pour lui. Et plus il y pensait plus il se disait qu'il se rapprochait de cet hypothétique Dean du futur qu'il avait vu. Il ne savait pas quoi en penser. Il savait que quand il l'avait rencontré, il ne l'avait pas aimé. Il s'était senti proche et loin de lui, il l'avait détesté, craint aussi, un peu. Il l'avait admiré même s'il ne voulait pas l'admettre. Il avait eut de la peine et de la pitié pour ce Dean qui n'avait plus de famille. Il devenait lentement comme lui et il en éprouvait du plaisir, de la peur et du dégoût.
Pourtant il n'avait pas l'impression qu'on pouvait le sauver. Alors il acceptait la souillure, la crasse sur son corps, dans son esprit -pour ne pas parler de son âme. Autant y aller à fond. Autant se rouler dedans, s'y complaire, aussi répugnant que ça soit. Autant devenir un monstre, lui aussi. Autant faire le lien entre ceux qu'il chassait et ceux qu'il protégeait. Ce n'était pas grave s'il oubliait tout. S'il oubliait la pitié, la morale, les principes de son père, la bonté que Sam lui avait fait rentrer à grands coups dans le crâne. Tant pis s'il oubliait tout. Tant qu'il n'oubliait pas pour qui il le faisait.
Tout pour sauver Sam. Tout pour le purifier du sang de démon, tout pour le libérer de Lucifer et lui rendre sa vie. Sam était un être bon et généreux, là où Dean était meurtrier et inflexible. Sam était celui qui devait être protégé par les anges et le Paradis. Sam pouvait être sauvé, Dean en était certain. Quitte à ce que l'un d'eux soit damné, tant qu'a faire, autant ce que soit Dean. Il était déjà foutu.
« Hey, Dean, » fit Sam, le tirant de ses pensées morbides.
Dean secoua la tête et regarda autour de lui. Il avait fini de massacrer le nid sans même s'en rendre compte, perdu dans ses pensées. Il n'y avait plus que le sol imbibé de sang poisseux, l'odeur métallique et doucereuse dans l'air, les cadavres décapités partout. Le bas de son jean était trempé, son t-shirt crépi, son visage couvert du liquide encore tiède. Il essuya précautionneusement sa peau avec sa manche. Manquerait plus qu'il en avale par mégarde en s'humectant ses lèvres.
« Quoi ? »
« Regarde. C'est quoi ça ? »
Sam désigna une boite en métal fermée par un verrou. Le genre de caisse qu'on utilise dans les associations pour ranger l'argent. Elle serait passée inaperçue -encore qu'au milieu d'une forêt, dans un campement de vampires, c'était pas si courant que ça- si elle n'avait pas été couverte de sigils tracés d'une main maladroite au marqueur indélébile.
« De l'énochien ? » fit Dean.
Les runes n'avaient visiblement aucune valeur. Elles étaient mal dessinées, parfois inversées, stylisées. Dean n'avait pas une grande culture runique, pas plus qu'artistique, mais de son point de vue elles n'avaient aucun intérêt. On aurait dit un classeur d'ado décoré pendant les cours parce que son propriétaire s'ennuyait.
« Mmh. C'est bizarre, » marmonna Sam. « Depuis quand les vampires pratiquent l'énochien ? »
« Aucune idée. En tout cas ils auraient du mieux bosser leur dictionnaire. Même moi je suis capable de remarquer que c'est du travail de cochon. »
« Donne moi ton passe-partout. »
Dean haussa un sourcil dans sa direction. Il voulait vraiment perdre son temps là dessus ?
Sam lui adressa sa meilleure Bitch Face et tendit la main. Dean lui confia le petit étui en tissu, soupirant. Après une ou deux secondes de triturage, ils entendirent le petit clic satisfaisant d'une serrure qui cède. A l'intérieur de la boite, il y avait un tas de vieux t-shirts de hippies, avec des broderies bon marché et des sequins brillants en plastique, soigneusement enroulés autour d'une plaque en argile légèrement courbe, un peu plus grande que la main de Sam. Un vieil objet à vue de nez, fragile, déjà brisé à plusieurs endroits. Sam laissa courir ses doigts avec douceur sur les minuscules symboles gravés des deux côtés. L'écriture était serrée, nette, soigneusement dessinée.
« Une idée de ce que c'est ? »
« Nope. On devrait le ramener à Kevin. Peut être que lui aura une idée. »
Dean hocha la tête et tourna les talons pour aller récupérer le sel et les pelles. Ils allaient mettre un moment avant de réussir à nettoyer tout ce merdier.
oOo
La première fois que Dean et Castiel se retrouvèrent l'un en face de l'autre après leur... soirée, cela faisait des semaines que Kevin s'arrachait les cheveux sur la plaque d'argile. Il avait seulement réussi à déduire que c'était une version particulièrement foireuse de l'énochien qu'il avait étudié jusque là, comme une sorte de patois de campagne de l'époque.
Ezékiel n'avait été d'aucun secours. Dean avait essayé de le contacter mais il restait désespérément sourd à ses appels. Dean commençait à avoir de sérieux doutes sur la nature de cette plaque et était sûr que l'ange fuyait la conversation à son sujet. Peut-être même qu'il en avait peur.
Et Sam commençait, lui, à avoir des doutes sur la santé mentale de son frère. Il avait bien compris que Dean lui cachait quelque chose et plus ça avançait, plus il soupçonnait qu'il n'allait pas apprécier la vérité.
Quoiqu'il en soit, Kevin avait besoin d'aide là-dessus, et ils se tournèrent naturellement vers Castiel. Il n'était peut être plus un ange mais il en avait gardé la majorité des souvenirs et avec, la capacité de parler toutes les langues, mortes ou vivantes, que la Terre ait jamais entendu.
Castiel se débrouilla pour les rejoindre dans un diner pas très loin de la maison et Sam bondit sur ses pieds dès qu'il l'aperçut.
« Hey, Cas. Sympa ton nouveau style, » fit-il avec un grand sourire et une claque sur son épaule.
« Merci. »
Par nouveau style, il entendait l'un des vieux jeans que Dean lui avait laissé. Il s'était dégoté une chemise bleue, transparente à certains endroit et dont il manquait des boutons au col et sur la poche de poitrine. Il avait du la trouver dans un dispensaire. Le col était ouvert sur un t-shirt blanc, sans doute l'un de ceux que lui avait donné Sam. Et par conséquent deux ou trois tailles trop grand, mais sous la chemise on n'y voyait que du feu.
La seule coquetterie de Castiel s'était trouvé sur un épais blouson en toile bleue, serré aux poignets et à la taille. Il était neuf, et avait une doublure intérieure qui pouvait s'enlever s'il faisait trop chaud, et une capuche. Cas avait du suffisamment expérimenté le froid ambiant pour s'autoriser ce genre d'achat.
C'était Cas. Sans être lui.
« Comment tu vas ? »
« Je vais bien. J'ai trouvé du travail. »
« Vraiment ? »
« Oui. Sur un chantier. Le gérant a accepté de m'embaucher et de m'apprendre les bases. Il dit qu'il a l'habitude de récupérer des types comme moi. Je doute qu'il parle d'anciens anges. »
Sam s'autorisa un sourire en coin et échangea un regard avec son frère.
« Casse-dalle ? » proposa celui-ci en regardant ailleurs, pas certain de savoir où se mettre.
Castiel hocha la tête et Sam fronça les sourcils, conscient qu'il devait avoir raté un épisode, mais ne broncha pas.
Ils s'attablèrent, commandèrent, et la conversation vint très rapidement sur la traduction dont ils avaient besoin. Castiel se pencha dessus en fronçant les sourcils.
« Un problème ? » demanda Dean.
« Non. C'est juste compliqué à déchiffrer. »
« Je croyais que tu connaissais toutes les langues. »
« C'est le cas, » ronchonna Castiel en levant les yeux au ciel. « Mais tu as déjà lu une charade en sanscrit écrite avec les pieds ? »
« Heu, non. »
« C'est pareil. Non seulement c'est de l'énochien, mais c'est un version... »
Il agita la main, agacé. « Tronquée. Bourrée de fautes. Qu'on dirait écrite par un enfant. Comme si le vocabulaire de l'auteur avait été réduite à des bases très très limitées et qu'il essayait de raconter quelque chose de très compl- »
Il s'interrompit brusquement, les yeux immenses.
« Ou est-ce que vous avez trouvé ça ? » demanda-t-il d'une voix blanche.
« C'était dans une nid de vampire qu'on a nettoyé. Mal caché dans une boite en métal. Qu'est-ce que c'est ? » pressa Sam.
« Le testament d'Adam. »
Ce n'était pas du patois campagnard. C'était une version nouvelle, reconstruite et maladroite de la langue qu'avait connu Adam avant d'être expulsé du Jardin d'Eden.
« L'énochien est par définition la langue des anges. C'est celle que nous utilisons- utilisionsentre nous dans l'Eden. Adam et Eve, évidemment, connaissaient cette langue et la parlaient comme nous. Quand ils ont été chassés, ils en ont oublié la majeure partie comme... punition. Pour leur interdire d'avoir aucune autre conversation avec les anges ou les animaux. »
« Wow, stop, » intervint Dean. « Les animaux ? Tu veux dire que quiconque parle énochien peut papoter avec les poissons rouges ? »
« Non, » soupira Castiel, un brin exaspéré. « Je parle de L'Enochien Originel, des animaux du Jardin d'Eden et de ceux qui peuplaient la Terre à l'époque. C'était une langue universelle et Adam et Eve, en plus de la parler avaient le pouvoir de s'adresser à eux tout comme ils avaient celui de voir et d'entendre les anges. Aujourd'hui les animaux ont oublié cette langue, tout comme les hommes, et ce pouvoir s'est dilué au fil des générations. »
« Okay... Et donc. Ce testament ? »
« C'est ce qu'Adam a fait pendant le reste de sa vie. Son histoire. Celle d'Eve. »
« Une autobiographie ? C'est tout ? »
« Tout ? » répéta Castiel, effaré. « Dean, tu es stupide ou tu le fais exprès ? Ceci est la Première Histoire, du Premier Homme, dans la Première Langue avec la Première Écriture. Est-ce que tu réalises le pouvoir de cet objet ? »
Le truc rassurant, c'était que Sam était aussi largué que lui.
« Ben... Non. Je pense pas non. »
Castiel soupira encore une fois. Plus le temps avançait plus il était humain dans sa façon de vivre et de réagir. Il s'exaspérait, s'énervait, s'excitait pour les choses et les émotions étaient de plus en plus vivantes sur son visages. C'était en même temps triste et rassurant.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était av-»
« -avec Dieu, et le Verbe était Dieu.Je sais. L'Evangileselon Saint Jean, » compléta Dean en hochant la tête. « J'ai fait mes devoirs. »
« L'anglais moderne n'est pas assez puissant pour transcrire ce que « Verbe » veut dire. Ce n'est pas juste des mots. Ce sont les Premiers Mots. C'est... » bafouilla Castiel, peinant à s'exprimer. « Puissant. Brute. Désespéré. Ça a un pouvoir que je ne peux pas vous expliquer. »
Sa bouche se tordit en une moue contrariée. L'Ange Castiel aurait su quoi dire. Il aurait su leur faire comprendre.
« Il faut qu'on sorte d'ici, » reprit-il brutalement. « Je vais vous montrer. »
Les garçons échangèrent une regard puis ils se levèrent tous les trois dans un même ensemble. Sam jeta quelques billets sur la table et ils filèrent dans la voiture. Castiel continuait d'observer le tesson, sur la banquette arrière. Le ventre de Dean se tordit. La dernière fois qu'il avait vu ce visage, penché comme ça, avec cette adoration silencieuse dans les yeux, Castiel était dans son lit. Avec lui.
Il les conduisit jusque dans la campagne profonde, à l'orée d'une forêt, là où ils étaient sûrs de ne pas être vus.
« Reculez, » fit Castiel en tenant délicatement le tesson dans ses mains.
Ils se placèrent prudemment derrière lui et malgré l'excitation et la vénération qu'éprouvait Castiel, ils étaient dubitatifs et méfiants. Surtout Dean.
Et Castiel parla.
C'était indescriptible, une version de l'énochien qu'ils n'avaient jamais entendu. Ça n'était pas maladroit, ânonné péniblement par des types qui n'avaient jamais parlé ni grandi dans ces mots.
C'était fluide, chantant. C'était la plainte mélodieuse d'une créature solitaire qui avait tout perdu. Qui avait même oublié les sons qui l'avaient bercé et construit. C'était le fruit de vieux souvenirs déchirés, patiemment recousus, redessinés avec dévotion. C'était la Première Histoire, le Premier Art, la Première Prière d'une toute nouvelle espèce. Pas celle qui avait été conçue par Dieu, mais celle qui désormais était seule et abandonnée, celle qui se construirait elle même pour racheter ce qu'elle avait détruit. C'était la création d'un nouveau monde, d'un nouvel avenir, d'espoirs, de peurs, de chagrins, de regrets, une prière incessante et le début de la foi telle que des générations d'hommes allaient la chercher.
Castiel caressait les symboles du bout des doigts, chantait les mots avec une tendresse amoureuse, et sur la terre battue, à ses pieds, perça une minuscule, délicate fleur bleue. Le bouton grandit, les pétales s'ouvrirent libérant une fragile libellule qui s'envola aussitôt et disparut dans la forêt.
Le chant cessa quand Castiel eut lu tous les symboles et il s'écarta pour laisser les chasseurs observer la petite fleur.
« C'est... » hésita Sam, stupéfait. « Une... formule magique ? »
« Plus ou moins, » admit Castiel en hochant la tête.
« Au commencement était le Verbe...» répèta lentement Dean pendant que Castiel acquiesçait. « Le Verbe était dans le monde, et le monde par lui a été fait...»
« Nommer les choses, faire état de leur existence, c'est leur donner un pouvoir. En écrivant ceci, Adam a donné un nom à son désespoir, à sa solitude et à sa foi. Il a reconnu leur existence, il leur a donné un droit, un impact sur le monde. Jusque là, seul Dieu l'avait fait. »
« Tu veux dire qu'avec ça, y'a moyen de recréer le monde ? La terre, le ciel, les plantes, les hommes ? » demanda Sam en haussant franchement les sourcils.
« Non. Seul Dieu à le pouvoir de créer le monde. Mais les premiers mots d'Adam en tant qu'homme mortel sont puissants. Ils raniment, ravivent, ils construisent à partir des débris. A partir de la cendre. »
« Métatron disait la même chose, » se rappela Sam. « C'était pour ça qu'il s'était retranché dans une chambre d'hôtel et qu'il y avait passé des siècles à lire. Comme quoi en inventant des univers, les hommes devenaient des dieux. »
« Mmh, c'est un peu ça. Métatron était là quand Adam a écrit ça. Je crois que c'est lui qui lui a soufflé l'idée de chercher ses souvenirs et de les écrire. C'est un scribe après tout. »
« Pourquoi les vampires avaient ça sur eux ? » demanda Dean.
« Je n'ai pas l'impression qu'ils avaient vraiment compris ce que c'était. Ils en prenaient soin mais comme d'un symbole ou d'une relique sans en saisir l'importance. Ce que je ne sais pas c'est pourquoi eux ? » spécula Sam.
« Peut-être justement parce que ce sont des vampires, » soupira Dean. « Parce qu'ils sont presque mort et que ça peut ramener à la vie. »
« Ils n'avaient pas franchement l'air de personnes qui voulaient revenir à une vie humaine. Je te rappelle qu'on les pistait pour plusieurs attaques avec des meurtres ultra-violents, torture incluse. »
« Mais ils le craignait. C'est pour ça que c'était dans la boite, ils le préservaient parce qu'ils s'en protégeaient. »
« Ils auraient pu le détruire. »
« Ils ne devaient pas savoir comment, » intervint Castiel.
« Il faut un rituel spécial ? »
« Un objet ou un pouvoir forgé par Dieu ou par les anges, évidement. »
« Votre grâce ? »
« Ou nos épées. Par exemple. »
« Alors qu'est-ce qu'on fait de ça ? » demanda Dean, les mains dans les poches et le menton baissé, comme hérissé par le pouvoir de l'objet.
« On le cache, » répondit Castiel. « Dieu sait ce que ce pouvoir pourrait faire, tombé entre de mauvaises mains. Crowley pourrait ramener des centaines de démons avec ça, rien qu'en trouvant un moyen de décupler son pouvoir et je suis quasiment sûr que ça n'est pas si compliqué. »
« C'est super comme perspective, » grogna Dean. « Et on le planque où ? »
« Qu'est-ce que j'en sais, » répondit Castiel en haussant les épaules. « Si j'avais encore été un ange, j'aurais pu le mettre quelque part en sûreté. En haut d'une montagne, au fond d'un océan, peu importe. Maintenant... Je ne sais pas. »
Dean glissa les yeux vers Sam pensivement.
« On verra, » finit-il par dire. « Pour l'instant, le mieux reste encore de le laisser au bunker. »
Castiel hocha la tête, caressant lentement l'argile. Il l'avait tenu contre son ventre tout le long du voyage et maintenant qu'il devait s'en séparer, il était réticent. Il finit par soupirer, et le remballa dans les chiffons colorés, le rangeant soigneusement dans la boite.
« Ce tesson ne date pas d'Adam lui même. Pour ce que j'en sais il avait gravé ces mots sur une pierre mais elle n'a pas survécu. Heureusement ceux qui en connaissaient le pouvoir ont fait un moule qu'ils ont transféré ensuite sur plusieurs plaques d'argiles cuites. Elles ont été perdues et détruites au fil du temps et à ma connaissance, ceci en est l'unique vestige. Parce que c'est une copie et qu'elle est incomplète, elle n'est probablement pas aussi puissante que l'original. Mais elle est quand même porteuse d'une magie qui dépasse même celle qui a conçu les anges. »
« Comment ça ? »
« J'ai été créé par la volonté de Dieu. Ma grâce est une magie qu'il a volontairement insufflée en moi. Tout comme vos âmes ont été insufflées en vous à votre naissance. C'est une forme de magie... volontaire. Raffinée si je puis dire. Ceci... C'est du pouvoir brut, c'est la manifestation d'une foi absolue, et du désir d'appartenir à quelque chose. C'est une magie... primitive. C'est l'essence même du Libre Arbitre. Le choix de croire, le choix d'avancer et de ne plus se laisser complètement diriger par une puissance supérieure. C'est le pouvoir des hommes, concentré en quelques mots. Rien de ce que vous ne pourrez faire ne sera aussi puissant que les quelques miracles nés par ces sons. »
Sam récupéra précautionneusement la boite, mal à l'aise.
« Hommes, Anges, Animaux, nous avons tous une forme de magie différente en nous, plus fragile pour certain que pour d'autre. Ma grâce n'était pas différente de votre âme, et pas différente de ce que vous avez là. Prenez en soin. »
Dean hocha la tête, évitant de le regarder dans les yeux. Castiel fit semblant de ne pas s'en rendre compte, Sam fit semblant de n'en avoir rien à faire. L'Impala déposa Castiel devant le Diner et Dean lui lança un sourire un peu trop détendu pour être sincère avant de redémarrer.
oOo
Comment il se retrouva devant la porte de l'hôtel de Castiel, plusieurs semaines plus tard, il n'en avait pas la moindre idée. Il n'était même pas sûr que Cas vivait toujours là. Après tout, avec son salaire il avait probablement les moyens de se trouver un appartement quelque part.
Ça ne l'empêcha pas de toquer. « Dean ? » entendit-il quand la porte s'ouvrit.
Il vit Castiel froncer les sourcils, rebuté par l'odeur de fumée qu'il dégageait.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-il, pressentant quelque chose.
« Kevin est mort. »
Il était sept heures du matin. Castiel devait probablement partir travailler. Castiel ne devrait même pas avoir à se soucier d'eux. Après tout Dean l'avait abandonné le premier.
Il y eut un moment de flottement, puis Castiel se décala.
Dean entra et se laissa tomber sur le lit, vidé. Il se mit à raconter tout ce qui s'était passé, tous les secrets, les mensonges, comment il avait tendu un piège à Sam pour lui interdire de mourir, comment Ezékiel avait tué Kevin, comment il venait juste de finir d'inhumer son corps, comment tout se brisait entre ses doigts. Sa voix était plate, épuisée.
« Et où est Sam, maintenant ? »
« Je sais pas. Disparu. »
Dean sentit la nausée revenir à l'idée que le corps de son frère se baladait quelque part, son esprit prisonnier par sa faute. Il espérait que Sam n'était plus conscient. Il espérait qu'il ne voyait pas ce qui se passait.
« Qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Dean secoua vaguement la tête, les yeux fixé sur la moquette bas de gamme de la chambre.
« Dean. Regarde moi. »
Il n'y arrivait pas. Il n'arrivait pas à lever les yeux sur Castiel. Il aurait du tout lui dire. Il aurait du lui faire confiance. Il aurait du faire les choses autrement. Il aurait du trouver une autre solution. N'importe laquelle. Mais c'était trop tard et Dean n'arrivait plus à penser. Ni à faire quoi que ce soit. Il voulait juste abandonner. Il ne voulait plus se battre, parce qu'à chaque fois qu'il avait l'impression de gagner du terrain il réalisait qu'il reculait de plus en plus et rendait la situation encore pire qu'elle ne l'était.
« Dean. »
Une main l'agrippa par le menton et l'obligea à lever la tête. Dean se laissa faire, observant la longue silhouette de Castiel s'étirer dans l'air, anguleuse et sombre dans le contre-jour. Il avait de la barbe, constata vaguement Dean. Castiel avait les yeux baissés sur lui, et le contemplait avec ce visage immobile qu'il lui connaissait si bien.
« Tu vas prendre la journée pour te reposer ici. Tu vas prendre une douche, manger, dormir. Et demain, toi et moi nous partirons chasser Ezékiel. Nous allons le trouver et le capturer. Nous allons libérer Sam, le guérir et le ramener ici. Ensuite, nous verrons ce qu'il faudra faire. »
C'était aussi facile d'oublier que Castiel était un guerrier que d'oublier qu'il n'était plus un ange.
Il avait des milliers d'années, se rappela Dean. Sous son visage de trentenaire, Castiel était plus vieux que l'humanité. Et pendant tout ce temps, il n'avait jamais dormi, ne s'était jamais reposé. Pire même, il ne s'était pas laissé atteindre par les attraits de l'humanité, comme Gabriel ou Baltazar. Il n'avait jamais été égoïste, ne s'était jamais rebellé contre les ordres, n'avait fait que servir, protéger et combattre depuis sa naissance.
Et même après avoir commencé à fléchir pour l'humanité, pour Dean, même après avoir perdu ses pouvoirs, même en étant mortel, Castiel était tellement puissant. Il savait encore lutter pied à pied, sur plusieurs fronts en même temps. Il savait perdre une bataille et aller quand même à la suivante, il savait être patient, inflexible et dangereux.
C'était stupide de croire que parce qu'il n'avait plus d'ailes, il n'était plus capable d'être le meilleur allié que Dean ait jamais eu.
Il avait l'impression d'avoir oublié le Purgatoire. Il avait oublié le seul endroit où il avait eu complètement, absolument confiance en Castiel. Et en Benny. Benny lui manquait. Le Purgatoire lui manquait. Tout y était plus simple, plus clair. Se battre quand on l'attaquait, veiller sur Cas et Benny quand ils se reposaient et se reposer quand ils veillaient. La lutte était toujours là, mais elle était évidente, facile.
Le Purgatoire avait été tellement...
Pur.
Dean ferma les yeux et se laissa couler dans les ordres de Castiel, Ange sans grâce. Cas était un soldat et un leader depuis bien plus longtemps que lui. Il en savait plus que lui. Il pouvait prendre les décisions. Dean pouvait avoir confiance en lui. Dean pouvait le laisser prendre le contrôle. Dean pouvait se reposer. Castiel pouvait veiller.
La main de Castiel glissa lentement, prenant son visage en coupe. Dean courba la nuque, la joue dans sa paume. L'air était immobile. Silencieux. Frais.
La dernière fois que Dean avait été aussi conscient de la légèreté du monde et de l'atmosphère, il s'était retrouvé dans les bras de Castiel.
Peut-être que c'était pour ça qu'il ressentait tout au fond de son ventre, très loin, sous sa fatigue, sa peur et son abattement, le besoin timide d'être dans son étreinte.
Il sentit les doigts de Castiel glisser encore, passer dans ses cheveux, à l'arrière de son crâne, descendre sur sa nuque.
« Va, Dean. »
oOo
Il ne réalisa combien il sentait le bûcher qu'en enlevant ses vêtements. Le nez dans son t-shirt, il sentit la fumée, l'odeur de viande calcinée, écoeurante. Il se déshabilla dans un temps record, nauséeux. Sous la douche, il se frotta violemment la peau et les cheveux, ne faisant même pas attention lorsque Castiel ouvrit la porte.
« Dean ? Je t'ai apporté des vêtements. Je n'en ai pas beaucoup et je n'ai pas eu le temps de faire de lessive alors- »
« Merci. Ne t'inquiète pas. »
Castiel baissa les yeux sur les vêtements jetés au sol, alors que Dean prenait toujours le temps de les poser et les ranger soigneusement quelque part, même si c'était le sac à linge sale. Il les poussa hors de la minuscule salle de bain du pied et commença à se déshabiller.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Dean, rendu groggy par l'eau chaude.
« Je te rejoins. »
Il voulait dire quelque chose, protester, mais rien ne vint et Castiel se glissa nu sous la douche, à quelques centimètres à peine de lui.
Cas sentait le chaud. L'homme. Les muscles jouaient sous sa peau, les angles et les courbes se faisaient accueillants pour lui. Dean se retrouva malgré lui le nez dans le creux de son cou et il ne mit à rire, sans joie. D'un rire affreux, bas, légèrement hystérique, qui pompait l'air dans ses poumons et le faisait suffoquer en s'agrippant à ses biceps.
Il s'était demandé combien de temps il lui faudrait pour être à nouveau si désespéré que l'idée d'embrasser Castiel ne lui ferait plus peur. Maintenant il avait la réponse. A croire qu'il fallait qu'il soit ivre mort, ou qu'il ait perdu toute sa famille pour tolérer de toucher un homme. Ou de toucher quelqu'un qu'il aimait. Son endurance aux coups durs s'amenuisait, visiblement.
A moins qu'y goûter une fois l'ait rendu accro.
Castiel prit son visage entre ses paumes, déposant quelques baisers tristes le long de sa mâchoire, sur ses paupières, ses pommettes, ses tempes, l'arrête de son nez, le coin de l'oeil, son front, la ligne de ses cheveux. De petits baisers frénétiques parce que Dean comprenait moins bien les mots que les gestes et Castiel voulait qu'il ait confiance en lui.
Dean se surprit à se courber sous ses lèvres, à venir chercher le contact, à pousser son visage dans ses paumes. Ses mains descendirent le long de ses bras, saisissant ses poignets, caressant les veines fragiles à l'intérieure et les cals sur ses doigts. Il se pencha, embrassa le cou de Castiel pour sentir le pouls lent et régulier. Et puis un baiser en entraînant un autre puis encore un autre, il se mit à embrasser sa gorge, sa pomme d'Adam, sous son menton, juste à l'angle de ses lèvres. Cas se laissait faire, la bouche entrouverte, les yeux presque fermés. Ses cheveux trempés collaient sur son front, le son de son souffle semblait percuter les gouttes et résonner contre le carrelage. Ses mains sur les côtes de Dean, posées bien à plat sur le relief des muscles et des os, suivaient patiemment le mouvement de sa respiration.
Castiel lui lança un regard entre ses cils, attrapant ses poignets pour lui faire poser les mains sur sa poitrine. Les doigts de Dean glissèrent le long des flancs et sur les hanches suivant la crête iliaque, ses ongles courts remontant sur son ventre, le sternum, explorant la peau avec de moins en moins de retenue. Il y avait une ligne fine de poils qui descendait de son nombril et il la suivit avec hésitation.
Brutalement, l'eau se fit glacée et Cas poussa un cri, fuyant le jet et se plaquant contre lui. Il l'écrasa contre le mur juste le temps qu'ils reprennent leurs esprits et coupent l'eau, se précipitant hors de la douche. Castiel s'enroula très vite dans une serviette, frissonnant et Dean ne put retenir un rire.
« Ce n'est pas drôle, » fit Castiel, souriant.
Dean ne répondit pas, continuant de ricaner. Plus le sourire de Cas s'élargissait, plus son nez se fronçait et c'était... c'était... séduisant. Okay, c'était mignon.
« Ça suffit, » réprimanda-t-il légèrement en le poussant hors de la salle de bain.
Dean se laissa faire, détendu. Il attrapa la main de Cas, l'attira vers lui et l'embrassa. De toute ses forces. Castiel se laissa tomber sur le matelas, l'emportant avec lui. Sans trop savoir comment, Dean se retrouva sur le dos, les bras écartés et Cas assit sur ses hanches. Il se pencha juste assez pour poser les mains de chaque côté de sa tête et l'observa, un sourire sur les lèvres.
Cas était paisible. Il y avait presque trop de douceur dans la façon dont il le regardait, trop d'aisance par rapport à ce qu'ils faisaient. D'habitude, Dean détournait les yeux et faisait semblant de ne pas voir la tendresse sur son visage. Mais d'habitude, ils n'étaient pas dans le même lit. Il avait su gérer la dernière fois en se donnant l'excuse de l'alcool, de la faiblesse et de l'épuisement, mais il n'était pas prêt, maintenant, à gérer la dévotion de Castiel.
« Pourquoi tu me regardes comme ça ? » demanda Dean.
« Parce que tu me plais. Parce que tu es beau. Parce qu'a chaque fois que je te vois, je suis terrifié à l'idée de t'avoir mal reconstruit mais à chaque fois tu fais quelque chose qui me rappelle que tu es entier... Encore plus entier que je ne l'aurais cru.»
« Mal reconstruit ? » répéta Dean, perdu.
« Mh. Après l'enfer. Il a fallu reprendre ton âme, la purifier, et reformer ton corps entièrement. Je connais tellement bien ton corps maintenant... » murmura-t-il en effleura son abdomen du revers de la main. « J'avais peur d'oublier quelque chose. De manquer une étape, ou bien de me tromper. J'avais peur que ton esprit soit mal adapté à ce corps, qu'il le rejette. J'avais peur que... que ta peine, ta tristesse, ce soit ma faute. Parce que j'avais échoué à te rendre à toi même. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je ne sais toujours pas si j'ai réussi. Quand je t'ai récupéré, tu étais tellement torturé, tellement brisé. J'avais peur que tu ne sois pas assez fort pour réintégrer ton corps et je n'avais pas le temps d'attendre plus," continua-t-il en caressant du pouce le creux entre ses clavicules. "Et pourtant il ne t'as fallu qu'un souffle pour que tu reprennes pied. Je n'avais pas compris à l'époque combien tu étais fort. Je croyais avoir pris bien trop de temps pour toi alors qu'en fait, il ne te fallait qu'un secret pour que tu sois prêt."
Il appliqua lentement les doigts sur la cicatrice de son épaule, amusé de constater qu'elle correspondait parfaitement. Ça n'était pas logique, il n'avait pas encore de vaisseau quand il l'avait touché. Peut-être que la cicatrice avait changé quand Jimmy Novak lui avait dit oui. Peut-être que le que le corps de Dean avait eu un aperçu du futur et savait déjà quelle forme aurait sa paume.
Castiel avait vu des choses plus étranges.
"Et à chaque fois que quelque chose de terrible t'arrive, tu prends un moment pour faire ton deuil et tu repars à l'assaut. Je t'ai vu faire. Et ça me fascine, parce que maintenant je suis humain, et ce que tu fais avec la force d'un ange, il m'arrive aujourd'hui d'oublier comment le faire."
Il se redressa, posa les mains sur ses côtes, entre ses propres cuisses, et regarda sa poitrine se soulever. Sa voix était sombre et chaude, ronflante, comme le grondement d'une avalanche. C'était en écoutant cette voix, ce ton, qu'il savait que Castiel avait été façonné par quelque chose de plus puissant qu'un corps humain.
"Je savais déjà que si tu avais été un ange, tu aurais été le plus fort d'entre nous. Ce n'était pas pour rien que tu étais destiné à être le vaisseau de Michael. Je te voyais tellement courageux, tellement dévoué à ta famille, aimant, prêt à te battre jusqu'au bout, jusqu'à la fin. Quand j'ai récupéré ton âme et qu'elle a commencé à se rappeler qui était Dean Winchester, elle n'a pas refusé une seule fois de revenir à la vie."
"C'est possible ?"
"Bien sûr. Nous ne pouvons pas vous forcer à dire oui, pas plus qu'on ne peut vous forcer à vivre. Si je t'avais réintégré sans ton consentement, tu te serais étiolé en quelques secondes. Mais tu n'as jamais dis non. Tu étais épuisé, terrifié parce qui t'attendait, tu avais peur pour toi, pour ton frère, tu pleurais les tiens mais tu es reparti quand même. Tu avais seulement besoin de savoir que tu n'étais pas seul."
Il se pencha encore une fois, paumes toujours sur ses flancs, murmurant à son oreille.
"Tu as toujours été comme ça. Prêt à retourner sur le front tant que tu étais sûr d'y aller pour et avecquelqu'un."
Il le fixa droit dans les yeux et ajouta :
"Toi et moi, nous allons partir chercher Sam. Et nous allons le ramener."
Dean prit une inspiration tremblante, effrayé et fasciné en même temps.
"Je ne sais pas si je peux le faire," chuchota-t-il.
"Bien sûr que si. Regarde toi. Il y a quelques heures, ton monde s'écroulait encore une fois et tu es encore capable de sourire. Tu es encore capable de me faire confiance. Tu es bien plus fort que tu ne veux bien le croire. Et ça te rend vraiment très beau, » murmura-t-il en prenant son visage en coupe.
Dean secoua vaguement la tête, incapable de répondre.
« Tu l'es, » insista-t-il. « Je t'observais, bien avant que je te rencontre. Je t'ai vu te relever encore et encore, continuer à avancer quoiqu'il arrive. Te voir le faire, maintenant, avec moi, cela me procure... »
« Du plaisir ? »
« De l'orgueil. »
Dean sourit, touché et presque amusé en même temps. D'un coup de rein il les fit basculer et posa les coudes de chaque côté du cou de Castiel, glissant les doigts dans ses cheveux.
« C'est pas un péché ça ? »
« On s'en tape, » murmura-t-il en caressant l'angle de sa mâchoire du pouce. « Touche moi. »
Dean s'émerveilla une seconde de l'aisance avec laquelle Castiel tendait le cou sous ses baisers. Comme il nouait les bras autour de lui, arrondissant les épaules et ouvrant les jambes pour l'attirer plus près. Cette façon tranquille et assurée de désirer Dean de toutes les façons qui soient.
Castiel n'avait pas peur des gens, pas peur des sentiments. Il chérissait chaque geste, chaque preuve d'une quelconque affection parce que, contrairement à ceux qui avaient toujours été humains, il savait qu'exprimer ses émotions était un privilège du Libre Arbitre.
Il fermait les yeux sous ses doigts, caressait paresseusement son dos et ses flancs avec un sourire flou.
"Comment ?" répondit Dean, déstabilisé par ce corps d'homme dont il ne savait pas quoi faire, ces kilomètres de peau qu'il ne connaissait pas si bien. La dernière fois Cas avait tout fait, quasiment.
Castiel attrapa sa nuque et l'embrassa. Il guida les mains de Dean sur son propre corps, sur le cou, les flancs, les hanches et Dean se laissa entraîner. Il observa le trouble sur son visage, le tressautement de son ventre quand il effleura son aine, comme il frottait ses jambes contre lui quand il le touchait, comme il resserrait les genoux sur ses hanches quand il embrassait sa gorge. C'était facile de se presser contre lui, d'avancer les hanches, d'effleurer toute la peau à sa portée, de se laisser emporter par la chaleur. Il se rappela comment Cas avait fait courir ses paumes bien à plat sur lui, faisant se nouer et se dénouer fébrilement les muscles sous son nombril.
Dean écouta avec un plaisir indicible le son étranglé que fit Castiel quand il glissa le bout des doigts sur l'arrière de ses cuisses, du creux du genou au plis de la fesse. Cas ouvrit les jambes, les referma sur lui, pressa son bassin contre le sien, agrippa là tête de lit, souple et docile. Et pourtant il y avait des ordres dans ses yeux, une intensité impérieuse qui rendait Dean avide. Il sentait son coeur s'emballer, battre à pleine puissance dans son corps quand Cas saisit son poignet et le fit descendre jusqu'à son sexe, les yeux grands ouverts.
Il était lourd et épais dans sa paume, fragile aussi d'une certaine manière. Dean avait le sang qui battait dans ses tempes avec un bruit de tonnerre. Il l'embrassa fiévreusement, ferma le poing et le caressa avec maladresse. Cas soupirait dans son oreille.
Dean était attentif et perdu en même temps. Il avait l'impression d'être redevenu ce môme de seize ans, bravache avec filles jusqu'à ce qu'il se retrouve dans leur lit. Il avait fini par apprendre d'elles, en écoutant leurs réactions, en leur demandant ce qu'elles voulaient, en faisant même ce qui le laissait dubitatif et en étant à chaque fois plus surpris de leur enthousiasme, de la façon dont elles perdaient toutes inhibitions quand elles se mettaient à lui faire vraiment confiance.
Dean n'avait jamais été vraiment le genre de type capable de s'incruster dans une vie et d'y rester pour de bon, mais vous pouviez être sûre que s'il entrait dans vos draps, il ne repartirait pas sans être certain que vous étiez satisfaite.
Ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas retrouvé dans le rôle du novice, mais ça n'était après tout pas si difficile de s'y mettre à nouveau. Cas n'était pas beaucoup plus expérimenté que lui, de toute façon. Il avait beau avoir observé maintes et maintes fois les mécanismes du sexe, il n'avait finalement que très peu pratiqué.
Et toute son assurance se dissout en quelques secondes quand Dean courba la nuque et posa la bouche sur son épaule. C'était facile de l'embrasser, de mordiller, facile de parcourir ses clavicules, sa pomme d'Adam, le torse, le ventre, le nombril, c'était aussi facile de descendre entre ses jambes, sur son bas-ventre. Il arrivait même à déposer de petit baisers sur la toison noire, sur la base du sexe, mais quand il réalisa ce qu'il s'apprêtait à faire il se figea.
Castiel gémit, une main sur le front, les doigts crispés dans ses propres cheveux. Sa respiration était erratique, ses yeux flous.
"Je... je-uh..." bégaya Dean.
Il avait envie de continuer. Vraiment. Il voulait voir Castiel perdre pied, il voulait le voir heureux, il voulait qu'il ressente du plaisir. Il était juste... juste un peu... mal à l'aise.
Castiel tendit le bras vers la table de nuit, ouvrit le tiroir et en tira quelque chose qu'il lui tendit.
"Est-ce que c'est plus facile avec ça ?" souffla-t-il en lui montra un préservatif.
Dean considéra la question une seconde en se léchant les lèvres. Ouais. Ça l'était.
"Je peux pas promettre un truc génial, hein," dit-il doucement en le saisissant entre ses doigts.
"Même si c'est le cas, on fera autre chose," promit-il en retour.
Visiblement, Castiel ne souffrait pas d'angoisse de la performance. Dean sourit.
"Okay."
Il ouvrit le préservatif, le déroula et ne s'en trouva pas beaucoup plus avancé. Uh. Curieusement, Castiel avait l'air vachement plus imposant maintenant que tout à l'heure, quand il se contentait de le branler.
Ça lui apprendrait à avoir des initiatives.
Il tenta de se rappeler comment faisaient ses amantes. D'abord il enroula les lèvres sur le gland et Cas gémit sourdement. Okay. Bien. Il ferma le poing sur le sexe, le masturba lentement en goûtant du bout de la langue. Le plastique n'avait pas très bon goût, mais ça le mettait quand même plus à l'aise.
Et puis Cas avait l'air d'apprécier.
Finalement il se souvint de cette fois là, avec un coup d'un soir à Wichita, une rouquine avec un tatouage sur l'épaule. Il se souvint de chaque geste qui l'avait fait vibrer, autant que de son assurance tranquille, sa certitude nonchalante qu'il allait éprouver du plaisir et comment ça l'avait complètement retourné.
Il descendit un peu dans le lit pour être plus à l'aise, passa un bras sous la jambe de Cas pour avoir un peu plus d'appui et imita les mouvements dont il se souvenait, encouragé par les petits bruits éperdus de Castiel. Par curiosité, il essaya de le prendre le plus possible dans sa bouche mais, urh, ça n'allait pas être possible. Il aurait fallut moins de dents, pas de langue, une bouche plus grande. Yerk.
Pas grave. Jusqu'à présent, les seules personnes qu'il avait vu capable de faire ça étaient des actrices de pornos. De sa propre expérience, y'avait de nombreux moyens pour tailler une pipe autrement. Pas découragé, il se contenta d'embrasser, lécher lentement, sucer, aspirer.
Honnêtement, il bava un peu aussi. Il était maladroit et il avait mal à la mâchoire, mais il aimait les gros efforts que faisait Cas pour bouger sans bouger, pour l'encourager sans le forcer.
Il essayait de ne pas penser à ce qu'il faisait comme à quelque chose d'humiliant. C'était con, décida-t-il. Des femmes l'avaient fait pour lui, et il les avait vénérées pour ça. Il avait déjà administré ce genre d'attention à ses maîtresses et il l'avait fait pour qu'elles éprouvent du plaisir, pour qu'elles soient à l'aise avec lui. Pour qu'elles lui fassent confiance. Pour qu'elles se sentent importantes, belles. C'était exactement ce qu'il voulait pour Castiel, maintenant.
Il posa le pouce à la base du sexe, remonta lentement en appuyant un peu, caressant la veine qui le parcourait jusqu'à la base du gland. Castiel frissonna violemment et gémit plus fort quand il promena sa langue sur lui, s'accrochant à ses cheveux. En se réajustant, Dean se rappela brusquement de quelque chose.
Il continua à le masturber un peu plus vite et glissa son autre main sur les testicules, caressant doucement, curieux. Cas inspira d'un coup en se redressant, contractant les muscles du ventre, les yeux grands ouverts. Et c'était probablement la meilleure partie. Dean se pencha, léchant, suçant, embrassant et les cuisses de Cas tremblaient. Il y avait de la sueur dans son cou, sur ses tempes, ses yeux étaient flous, lourds de plaisir, sa respiration erratique. Il s'appuya sur ses coudes, le regard fixé sur Dean. Sa nuque était courbée, comme si sa tête était trop lourde et qu'il lui fallait tous les efforts du monde pour rester concentré mais qu'il voulait absolument le voir.
Le son qu'il fit quand Dean verrouilla son regard dans le sien. Son expression quand il ouvrit la bouche et fit glisser sa langue sur toute la longue de son sexe. L'abandon de tout son corps quand il jouit, la tête rejetée en arrière, gorge exposée, les muscles tressautant, la main crispée dans les cheveux de Dean. Sa façon improbable de soupirer son nom en se laissant tomber sur le matelas.
Dean s'essuya le menton du revers de la main, et posa la joue sur le ventre Castiel en souriant. Fier. Pas certain de savoir s'il était épuisé ou si vraiment, sa propre érection allait l'empêcher de savourer.
Cas encadra son visage avec ses mains et le tira vers lui. Il était en sueur, la peau brûlante et tout son corps se courbait pour épouser celui de Dean, langoureux. Le sexe de Dean se retrouva coincé entre leurs ventres et il balança les hanches, avide et frustré.
Castiel recula la tête et lui adressa un regard qu'il n'avait jamais vu jusque là, affamé et... joueur. Dean l'observa avec fascination se débarrasser du préservatif, se lécher deux doigts et les glisser entre ses propres jambes. Dean l'entendit haleter dans son oreille. Il était à quelques centimètres de lui quand il cligna lentement des yeux et sourit, la bouche entrouverte.
A un moment, il plongea la main dans le tiroir toujours ouvert de sa table de nuit et en tira deux autres capotes et un flacon. Il en installa une sur le sexe de Dean, d'un geste tellement adroit qu'il le soupçonnait de s'être entraîné, et attrapant son poignet, une autre sur deux doigts. Avant que Dean ne comprenne ce qui se passait, ses phalanges, mêlées aux siennes, étaient profondément enfoncées en lui. Castiel soupira en fermant les yeux.
Woah.
Serré. chaud. Cas lui montra comment bouger les doigts, comment assouplir les muscles, comment rendre les choses plus faciles. Meilleures. Et au bout d'un long moment -
"Ah !"
Dean n'étant pas totalement un novice non plus, il savait très bien que çac'était la prostate et que normalement ça faisait du bien. Du moins que c'était ça qui lui avait rendu les choses bien plus agréables que prévu, l'autre soir.
Il refit le même geste et la main de Castiel se crispa sur sa hanche. Encore une fois et il murmura son nom. Encore et son nom devint litanie. Il se mit à chuchoter des mots dans tous les sens, sans queue ni tête, et ses doigts entremêlés à ceux de Dean bougèrent plus vite, plus fort.
Il fallut un peu d'ajustement pour se mettre dans une position suffisamment confortable. Castiel poussa sur ses talons, soulevant les hanches juste assez pour s'aligner avec les siennes. Il le guida d'une main ferme mais avec des yeux immenses entre ses jambes, et Dean dut s'appuyer lourdement sur la tête de lit, un bras sous ses reins pour le soutenir.
Il aurait voulu dire quelque chose. Lui demander si ça allait, si ça faisait mal. Il n'arrivait pas à émettre un seul son, le souffle coupé. Castiel ne disait rien non plus et ils se regardèrent dans le blanc des yeux, effarés, pendant plusieurs secondes. Ensuite, Dean bougea, d'un geste probablement un peu trop brusque. Il devait lui faire mal, mais Cas s'accrocha à ses biceps, un sourire flou aux lèvres, et chaque coup de rein lui faisait presque fermer les yeux. Il accompagnait ses mouvements en roulant des hanches, exhalant un souffle d'air chaud et un son bas, comme de la satisfaction. Et de la victoire.
Dean était submergé. La chaleur, la pression, le regard de Cas, les sons qu'il produisait, les muscles qui bougeaient sous ses doigts créaient un brouillard fantastique, cascadant en étincelles sauvages le long de sa colonne vertébrale, explosant violemment dans son ventre. Il était couvert de sueur, ses bras et ses jambes tremblaient, son coeur battait à lui en briser les côtes. Il sentait ses flancs frémir, son bas ventre se contracter furieusement et l'air lui manquer.
Et brusquement, sans prévenir, Castiel les fit basculer encore une fois, Dean sur le dos, lui assis sur ses hanches et il y avait une joie sauvage sur le visage de Castiel quand il roula le bassin. Quelque chose de possédé dans son sourire, d'affamé dans la façon dont il s'appuya sur sa poitrine pour avoir plus d'amplitude.
Cas ralentit le rythme. Chaque secondes lui appartenait. Dean lui appartenait. Il prit son temps, se redressa et s'appuya sur le genou de Dean derrière lui, ferma les yeux, rejeta un peu la tête pour savourer la lumière. Dean caressa ses genoux, ses cuisses, remonta le long des hanches, du ventre, sur les flancs et s'y arrêta pour suivre sa respiration avant de redescendre pour enrouler le poing sur son sexe.
Presque, presque il manquait juste...
Dean creusa le dos pour récupérer le flacon de lubrifiant qui avait roulé dans la manoeuvre. Il échappa le bouchon et en renversa une bien trop grosse quantité dans sa main mais tant pis. Au point où ils en étaient Dean se foutait d'être plus couvert de lubrifiant qu'une star de porno. Il se concentra sur Cas qui l'observait avec un sourire ravageur et presque carnassier.
Quand Dean recommença à le masturber, Castiel perdit pied. Il ferma les yeux et l'air prédateur glissa de son visage pour quelque chose de plus vulnérable, perdu. Ils étaient proches de la fin, tous les deux et ils accélérèrent rapidement le rythme, grondant et gémissant.
"Dean," supplia Castiel comme s'il était sur le point de tomber d'une falaise.
Dean serra le poing et Cas inspira brutalement. Ses paupières se serrèrent, ses sourcils se froncèrent et il se raidit, tous les muscles contractés. Il lança un dernier souffle dans l'air, comme un boulet de canon et sa tête retomba, lourde. Dean continuait a bouger, la conscience soudainement accrue. Castiel ouvrit paresseusement les yeux et lui sourit. Dean se redressa, passa un bras autour de lui et en quelques derniers mouvements flous, jouit.
oOo
Dean inspira lentement et expira sans bruit. Ça faisait quelques minutes qu'ils étaient comme ça, silencieux. Cas s'était laissé tomber sur le ventre à côté de lui.
« Tu es très... renseigné. Pour heu, le sexe. Je veux dire entre hommes. Je sais que tu as observé quand tu étais un ange mais heu, tu avais l'air très à l'aise sur la technique. »
« Parce que j'ai fais mes propres recherches. »
« Oh. Sérieux ? Où ça ? »
« La bibliothèque. Le dispensaire médical. Le planning familial. Internet. J'ai glané des informations ici et là. Posé des questions. Fait mes propres expériences, dans mon coin. A peu près de la même manière que tu fais, toi, tes propres recherches. Mon sujet était juste différent. »
Dean du prendre une seconde pour mettre de côté l'image de Castiel faisant ses propres expériences, tout seul dans son lit.
« T'as vraiment été demander à des toubibs ? »
« Ça paraissait logique, vu qu'ils sont spécialisé sur le corps humain. J'ai été assez déçu, ceci dit. Celui que j'ai vu était vraiment très peu renseigné. Au moins il a su m'orienter vers des personnes plus compétentes. »
« Wow, » bredouilla-t-il lentement. « Et donc c'est pour ça que tu savais si bien. D'accord. »
Il se remit a étudier le plafond, tentant de mettre de l'ordre dans ses pensées.
« Dean, » s'étonna Castiel, pas totalement aveugle à l'effet qu'il avait sur lui. « Qu'est ce qui te perturbe tellement ? »
« Heu rien. C'est juste bizarre quoi. De faire des recherches sur le cul. »
« Tant que ça ? » rétorqua-t-il, et il y avait un soupçon de défi dans sa voix.
« Ouais. Je veux dire, rien ne prouvait qu'on allait le refaire encore et... enfin c'est vrai que tu pourrais bien rencontrer d'autres personnes et avoir envie de... d'essayer. »
Dean refusa de se sentir jaloux, et s'obligea à penser que Cas était humain désormais et libre de faire ce qu'il voulait avec qui il voulait. Et s'il avait envie de se sentir prêt pour ça, c'était son droit.
« Dean, » soupira celui-ci en roulant des yeux. « Je n'ai pas envie de rencontrer d'autres personnes, ni hommes, ni femmes. Je voulais juste savoir quoi faire si tu revenais. »
« Uh. »
« Qu'est-ce qui est le plus bizarre, » insista-t-il, « se préparer en vue de quelque chose qu'on espère voir arriver ou rester dans une ignorance bienheureuse et se trouver finalement démuni ? »
« Tu espérais vraiment que je revienne ? » demanda Dean et il détesta l'espoir qu'il sentit poindre en lui.
« Évidemment. J'espère toujours que tu reviendras. »
Contemplatif, Dean passa un bras derrière sa tête, sous l'oreiller. Il sentit Castiel caresser pensivement son flanc du bout des doigts, puis passer la main sur son avant bras et redessiner les lignes de son poignet.
"Tu te rappelles de la séance de montage ?" murmura Dean, forçant un peu le changement de sujet.
Ça devait être la première fois qu'il évoquait de lui même la reconstruction de son propre corps. Il avait beau savoir que c'était vrai, il avait du mal à croire que son organisme avait été recréé pièce par pièce par le type à côté de lui.
"On peut dire ça comme ça," répondit Castiel sur le même ton. "Ça me... réconforte de te voir. Je ne sais pas si c'est pour ça que j'ai toujours envie de te toucher."
"Comme un doudou tu veux dire ?"
"Je ne sais pas ce qu'est un doudou."
Il leva les yeux vers Dean, curieux.
"C'est... un objet que les petits aiment avoir avec eux. Une peluche, une couverture, un bout de tissu, des fois. Généralement quelque chose de doux, qui les rassure. Un truc à cajoler."
"Mmh. Est-ce que les adultes ont des doudous ?"
"Officiellement, non. Mais ça arrive souvent qu'on ait quelque chose sans lequel c'est difficile de se sentir chez soit, en sécurité. J'ai connu des filles qui dormaient mieux dans le t-shirt de leur amoureux, par exemple. Ou un chasseur canadien qui pouvait se balader à poil toute la journée s'il avait la gourmette de son père au poignet. "
"Ou bien toi, qui mets une lame sous ton lit et un revolver sous ton oreiller."
Dean émit un petit son amusé. "Maintenant que tu le dis, ouais ça aussi. J'imagine que ça en dit long sur ce que je suis."
"Ça ne dit pas tout," glissa-t-il d'une voix presque somnolente, les paupières baissées. "Et ça ne dit pas ce qui est important."
"Et qu'est-ce qui est important ?"
Il ouvrit un oeil et lui lança un regard malicieux.
"C'est que même avec tes réflexes de chasseur qui cache des armes dans ses draps, j'ai toujours envie de te cajoler."
Dean pouffa en fermant les yeux et attrapa la main de Castiel pour la poser sur son propre ventre. Mettez ça sur le compte d'une paresse post-coïtal. Ou bien sur sa propre culpabilité de l'avoir abandonné. Sur sa compassion pour l'ange qui découvrait -brutalement- la mortalité. Ou juste parce qu'il aimait les câlins, même s'il ne s'en autorisait pas souvent.
Il constata avec culpabilité qu'il se sentait bien. Il devrait se lever, aller chercher Sam. Il devrait s'en aller.
Il n'avait pas envie. Il était fatigué d'être responsable, de faire de son mieux et que ça ne suffise jamais. Il était fatigué d'être tout le temps en deuil, fatigué de tout le temps se battre contre tout le monde. Pour une fois... il voulait continuer à se sentir bien.
Cas ne bougeait plus, il devait s'être endormi. Son visage faisait plus jeune, malgré la barbe, plus détendu. Il dormait sans oreiller. La joue pressée contre les draps, un bras étendu pour toucher Dean et l'autre replié sous lui.
"Tu me regardes," marmonna Castiel sans bouger. "Pourquoi ? »
« Pour rien. Ça te dérange ? »
« Non. J'aime bien. »
Il lui offrit un sourire repu, laissant Dean observer son visage calme, le grain de sa peau et les tendons de son cou.
« Ah vraiment ? »
« Mhmh... Je les sens. »
« Qu'est-ce que tu sens ? »
« Tes yeux sur moi. Tu me regardes tout le temps. »
« Et ? »
« C'est confortable. D'être au centre de ton attention. J'ai l'impression de t'avoir sur la peau. »
« D'habitude, les gens n'aiment pas être observés. »
« Je n'ai pas peur de tes yeux, Dean Winchester, » répliqua-t-il avec un sourire dans la voix.
Dean émit un petit rire et Castiel continua sans ouvrir les yeux.
« Je croyais que les humains étaient aveugles. »
« Mh ? »
« Vous sembliez parfois tellement obtus à tout ce qui vous entoure... J'avais fini par me dire que les humains étaient aveugles à certaines choses évidentes pour un ange. Mais malgré ma grâce amputée, alors que je ne te vois pas, je sais que tu es là. Est-ce que c'est humain, de percevoir le regard de quelqu'un ? »
« Oui. Souvent, on appelle juste ça de l'instinct."
"Mmh... Je ne sais pas si je suis content de voir qu'être humain n'est pas si terrible ou si je suis déçu d'avoir vraiment tout perdu de ma grâce."
"Qu'est ce qui te manques le plus dans tout ça ? » demanda-t-il prudemment. « Tes ailes ?"
"Le Chant de mes Frères."
"J'ai du mal a comprendre ce que c'est," avoua Dean.
"C'est... comme tes yeux sur moi. Sauf que ce ne sont pas des yeux, ce sont des présences. Et je sais, savais qu'elles m'aimaient. Nous nous aimions tous. Nous étions ensemble. Je les sentais s'appuyer sur moi et moi sur eux. C'était... nous étions Un. Nous avions la même vibration."
Il se tourna sur le flanc, tira l'oreiller sous sa tête et le draps sur ses épaules.
"Les anges pensent que les humains font trop de bruits. Ils pensent qu'ils s'agitent sans but, qu'ils cherchent des indices et des secrets là où ils n'y en a pas. Les anges pensent que les humains ne savent pas avoir la foi. Qu'ils ne savent pas vivre en harmonie."
"Et qu'est-ce que tu en penses ?"
"Je pense qu'ils ont raison. Mais jusqu'à récemment, je ne réalisais pas pourquoi c'était très précisément la raison pour laquelle nous devions les aimer."
"Comment ça ? Parce que Dieu à créé l'homme violent, cruel et stupide et vous a ordonné de l'aimer malgré tout ? "
"Non. Dieu nous a tous créé à son image. Les anges sont certainement les créatures les plus proches de lui par la forme, le pouvoir, et le lien qu'ils ont avec l'univers. Et nous étions tous soumis à sa volonté et nous étions tous heureux de l'être. Vraiment. Soulagés. Et peut-être... peut-être que c'est très lourd d'être le Créateur. Peut-être que c'est fatigant et qu'il a voulu voir ce que ce serait s'il n'y avait pas de maître. Et je crois que c'est pour ça qu'il a fabriqué les hommes."
Dean se tourna sur le côté.
"Et je crois que ça lui a fait peur. Je crois qu'il a vu les hommes et qu'il a été horrifié de se rendre compte qu'il n'était pas aussi merveilleux qu'il le croyait. Que sans pouvoir, sans personne pour le suivre, le vénérer et lui obéir, sans le Chant de ceux qui l'aiment, il ne serait pas grand chose. Je crois qu'en découvrant les hommes il s'est senti… indigne. Et peut-être... Je ne sais pas. Peut-être pas assez fort pour avoir ce poids là sur les épaules. Peut-être qu'il a eu peur des hommes et peur de ce que ça disait de Lui. Qu'il a eu peur de devenir quelqu'un d'aussi cruel et violent que les hommes. Que ça lui a brisé le coeur d'être une menace pour sa propre création, pour ses enfants. Peut-être que c'est à ce moment là qu'il a décidé de partir. Je crois qu'Il a dit aux anges d'aimer les hommes plus que Lui-même parce qu'Il avait mal pour ces autres Lui qui étaient si terriblement seuls. Il ne nous a pas vraiment demandé d'aimer les hommes, il nous a demandé de leur pardonner pour pouvoir Lui pardonner aussi. Je crois que c'est ça le problème, notre problème à tous. Je crois que dès que nous éprouvons de la solitude, hommes, anges, ou divinités, nous devenons fous. Nous devenons cruels, violents et égoïstes."
"Comme des démons."
"Oui. Comme des démons."
Dean ne répondit pas tout de suite, laissant les mots se déposer sur eux et s'imprimer dans sa mémoire. C'était une bonne théorie. Plus facile à accepter que celle où Dieu les avait juste abandonnés, comme ça.
"Comment tu en es arrivé à cette conclusion ?" murmura-t-il très bas.
"Parce que j'ai éprouvé sensiblement la même chose."
Dean hocha la tête. Les histoires de solitude, de souffrance et de culpabilité lui étaient familières.
"Je suis désolé," dit-il doucement en le regardant droit dans les yeux. "De t'avoir abandonné. Je suis désolé."
Castiel eu un pauvre sourire, vulnérable.
"Ne le fait plus," se contenta-t-il de répondre.
oOo
Dean se réveilla quelques heures plus tard, affamé. Castiel lui avait tourné le dos dans son sommeil et Dean avait vaguement passé un bras autour de lui.
« Cas, » marmonna-t-il la bouche pâteuse, en le secouant tout doucement.
« Mmh. »
« Il est tard. »
« Tard comment ? »
« A vu de nez, deux heures de l'après-midi, » estima-t-il en retardant la hauteur du soleil par la fenêtre. « T'as faim ? »
« Mh. Un peu. »
« On devrait se lever. C'est pas bon de dormir le jour. »
« Mh. Je vais emballer mes affaires. On a qu'à rentrer au bunker ce soir. »
Dean s'empêcha de protester. Il n'avait pas envie d'y retourner pour des tas de raisons. La principale était qu'il n'avait pas envie de revenir à la réalité et que le bunker, avec ses pièces vides de Sam et de Kevin et son bûcher dans le jardin était un peu trop réel à son goût. Mais il avait des choses à faire et c'était l'endroit par lequel il devait commencer.
« Okay. Tu veux que j'aille acheter un truc à manger ? J'ai la dalle. »
« On peu commander des pizzas. J'ai le numéro sur la table. »
Ils prirent une douche -froide- le temps que leur commande soit livrée et mangèrent silencieusement jusqu'à ce que Dean réalise quelque chose.
"Hé ça va pas la foutre mal si tu quittes ton boulot du jour au lendemain, comme ça ? T'es pas allé bosser en plus aujourd'hui."
"J'ai appelé mon patron ce matin, pendant que tu te douchais, pour le prévenir que je ne viendrais plus. Il n'était pas très heureux mais il n'a pas fait de problème. Je n'avais pas de contrat de toute façon. »
"Comment ça pas de contrat ?" s'indigna Dean.
"Je l'avais demandé. Il fallait fournir des papiers que je n'avais pas et engager des procédures que je ne comprenais pas. Il n'a pas été difficile à convaincre, ça lui faisait moins de travail. Comme ça il pouvait me payer tous les jours," raisonna-t-il en haussant les épaules.
Dean le regarda de travers, des tas de non-dits coincés entre les dents. Ezékiel l'avait peut-être forcé à mettre Castiel dehors, mais il ne lui avait jamais interdit de l'aider à trouver sa place. Dean s'était très bien débrouillé tout seul pour juste le laisser tomber, comme on abandonne un chien sur le bord de la route. Il se sentait malade.
Soit Castiel ne se rendit compte de rien, soit fit semblant de ne rien voir. Il se contenta de finir sa pizza d'un coup de dent enthousiaste et se leva pour commencer à regrouper ses maigres possessions. Mis à part quelques vêtements, il ne possédait pas grand chose. Un téléphone, quelques cartes de crédits et à la grande surprise de Dean, un vieux walkman. Probablement trouvé d'occasion, avec un petit tas de CD. Il n'y avait pas de livres. Pourtant, Dean s'était toujours imaginé que l'une des premières choses que Cas aurait fait pour passer le temps serait de lire. Peut-être parce que Sam et lui...
Enfin bref. Pas de livres. Rien que des prospectus qu'il n'avait pas eu le temps de jeter, un tas de journaux, un bloc note que Dean se retint de lire. Des cartes routières aussi et quelques stylos. Dean vit seulement quelques articles entourés et des villes soulignées sur la carte. Il n'avait pas besoin de regarder plus pour savoir que Castiel les avait pisté en cherchant des affaires de son côté.
« J'ai fini, » annonça Cas, le sortant de ses pensées. « Allons-y. »
Dean était presque dérangé par l'aisance avec laquelle Castiel abandonnait ce qu'il avait construit en si peu de temps. Il quittait son job, la chambre qu'il avait habité, et tout ça une journée. Quasiment en un claquement de doigt.
Cas glissa le pommeau de son épée dans son dos, coincée dans la ceinture de son pantalon, et enfila sa veste par dessus. Il alla rendre les clefs de la chambre, fourra ses sacs dans la voiture et s'assit sur le siège passager sans un regard en arrière.
oOo
Ils roulèrent en silence pendant une bonne demi heure, chacun perdu dans ses propres pensées.
« Cas ? Qu'est-ce qu'est devenu Eve ? » pensivement Dean.
« Comment ça ? »
« Tu nous as raconté qu'Adam avait écrit son testament après avoir été chassé du Jardin d'Eden. Mais Eve, qu'est-ce que qu'elle a fait ? Je veux dire, je sais que la Mère des Monstres se fait appeler Eve mais ce n'est pas... tu sais, Eve ? Si ? » hésita-t-il.
« Non, » sourit Castiel. « Non, ce ne sont pas les mêmes. Eve, la véritable, s'est détournée de Dieu et d'Adam. On peut dire qu'elle a suivit le modèle de sa sœur, d'une certaine façon. »
Dean fronça les sourcils, passant en revue ses maigres connaissances bibliques.
« Heu... Je suis largué là. Sa sœur ? »
« Oui. Lilith. »
La voiture fit un violent écart sur la route.
« Attends, quoi ?! »
« Tu ne connais pas l'histoire de Lilith ? » reprit Castiel en le réprimandant du regard, la main crispée sur le tableau de bord. Dean haussa les épaules, plus intéressé par l'information qu'il venait d'apprendre.
« On parle bien de la démone frapadingue qui collait aux basques de Satan, m'a fait bouffer par un Chien des Enfers et s'est laissé mourir pour ouvrir la cage ? »
« Oui, c'est elle. »
« Et t'essaye de me faire croire que Lilith 'je-mange-des-bébés-pour-le-p'tit-dèj' était la sœur d'Eve. »
« Elle ne sont pas sœur par le sang au sens où Sam et toi l'êtes, » précisa-t-il. « Mais en tant que les deux premières humaines avec une âme de la création, oui, elles étaient sœurs. »
« Okay... Raconte moi depuis le début. »
Castiel se renfonça dans son siège, croisant les chevilles. Il appuya le coude sur le rebord de la fenêtre, l'autre main sur le ventre.
« Bien. Notre Père a créé l'Univers. On peut dire qu'il l'a fait en sept jours si on veut, mais concrètement, il n'y avait pas encore de système solaire alors je ne le prendrais pas au pied de la lettre si j'étais toi. C'était plus en sept grandes étapes, » commença-t-il, remontant le fil de ses souvenirs, les yeux fixés sur la route. « Il a créé l'Univers, le Paradis, les anges. Du moins ses quatre premiers anges, Michael, Lucifer, Raphael et Gabriel. Il s'est créé un foyer, une famille. »
Dean haussa un sourcil mais ne commenta pas. La bible ne présentait pas tout à fait les choses de la même manière, mais après tout, Castiel était le mieux placé pour savoir.
« Ensuite il a créé le jour, la nuit, la Terre, les océans les plantes, les animaux, et ainsi de suite. Au fur et à mesure il fabriquait plus d'anges pour veiller sur ses créations. Je suis parmi les plus jeunes, né pour veiller sur les animaux. A l'époque il n'y avait pas de mort. Il y avait des êtres vivants qui cessaient de fonctionner mais ça n'était pas de la mort c'était... de l'énergie qui change de forme. Et puis Dieu a eut une idée, et a choisi quelques primates qu'il a commencé à modifier, au fil des générations. Je l'ai observé influer sur leur développement jusqu'à donner des homo sapiens, comme tout ceux qui appartenaient à ma section. Et un jour, Dieu en a choisi un, parmi les plus intelligents et loyaux et il lui a donné une âme et un nom. Ou plutôt, il lui a donné un nom, et de ça est né une âme. »
« Au commencement était le Verbe...» se rappela Dean en faisant la connection avec ce que Castiel leur avait déjà raconté sur le pouvoir des mots.
« Exactement. Les choses qui gagnent un nom sont puissantes et il a suffit que cet humain découvre qu'il était un individu pour que la première âme humaine apparaisse. Mort est arrivé ce jour là. Il ne parlait à personne mais Dieu avait beaucoup de respect pour lui et le laissait faire ce qu'il voulait. Nous n'avons compris que plus tard que Mort n'était pas un ange et était une des rares choses que Dieu n'avait pas créé. Probablement la seule, même. »
« Mort nous a dit qu'il était plus vieux que Dieu. »
« C'est sans doute vrai. Il n'a jamais vraiment fait état de sa fonction mais j'en suis venu à croire qu'il n'était pas uniquement La Mort.Il me semble qu'il a un rôle plus complexe que ça. »
« C'est à dire ? »
« Je pense que Mort est la personnification du Rien. De l'absence, du vide. Je pense que c'est une entité qui s'est créée elle même, qui s'est mise à Existerparce qu'elle existait déjà. »
« Je crois que je vois ce que tu veux dire. Et du coup, Dieu, il viendrait d'où ? »
« Aucune idée. Peut-être qu'en se mettant a exister, Mort a créé un paradoxe. La présence du rien, la matière du vide, peut-être que Dieu est apparu a ce moment là, pour ordonner ce paradoxe. »
« Ou alors c'est Mort qui a créé Dieu, » suggéra Dean.
Castiel hocha la tête, visiblement troublé à l'idée que Dieu avait été créé par quelqu'un.
« Adam, lui, a senti très vite le poids de sa solitude, » finit-il par reprendre. « Alors Dieu a donné un nom à une humaine, Lilith, pensant qu'en prenant conscience de qui elle était, elle serait attirée par un semblable et prendrait Adam comme compagnon. »
« Mais ça n'a pas marché, » devina Dean.
« Pas du tout. Lilith avait été choisie parmi les plus intelligentes des humaines et les plus loyales, tout comme Adam, mais ils ne pouvaient pas se supporter. Quand Dieu a essayé d'encourager Lilith à céder à Adam, elle est entré dans une colère terrible et est passée très proche de blasphémer. Ça peut te paraître sans importance, » précisa-t-il en remarquant le demi sourire de Dean du coin de l'oeil. « Mais c'était quelque chose qui n'était jamais arrivé jusque là. Ça n'avait même pas été envisagé. A l'époque, on pensait tous que si Lilith se rebellait contre son créateur, elle serait tout simplement effacée de l'existence. Comme ça, » dit-il avec un claquement de doigt. « Nous n'avions jamais été confronté à ça et Lilith était une de nos protégées. Nous avions peur pour elle. »
Dean hocha la tête. D'un côté il savait que tout ça était vrai, de l'autre côté il avait du mal à y croire. Du mal à croire que Castiel avait vu tout ça, l'avait vécu.
Pourtant il y avait de la tristesse sur le visage de l'ancien ange. « Ce que Dieu n'avait pas prévu c'était que Lilith trouverait bien plus d'intérêt dans les anges que dans les hommes et qu'elle s'attacherait à Lucifer. Ce n'est que parce que celui-ci est intervenu qu'elle a échappé à une grave punition. A l'époque, Lucifer avait beaucoup plus de tendresse pour les humains. Il aimait bien Lilith, je crois. Elle était caractérielle, intelligente, drôle et dégourdie. Il a plaidé en sa faveur et Dieu a fini par la laisser faire ce qu'elle voulait. »
« Ça tu vois, c'est ce que j'ai le plus de mal à imaginer. »
« Que Dieu l'ait laissé faire ? »
« Que Lucifer ait aimé les humains. »
« C'était pourtant le cas. Je comprends que ça soit difficile pour toi, mais tu ne l'as jamais vu avec Gabriel, avant. Ils passaient leur temps à parcourir la Terre, à jouer ensemble. Lucifer adorait tout ce que Père créait. Les chutes d'eau étaient un émerveillement sans fin pour lui et il était Celui qui Apporte la Lumière. Il était bienveillant avec ses frères, bienveillant avec la Terre et bienveillant avec les humains. Nous aimions tous être à ses côtés. Il était drôle, il rendait la vie facile. Sa grâce était de celles qui résonnaient le plus fort. Il nous portait tous. Sa Chute a été le premier drame de notre Histoire et aujourd'hui encore, le plus douloureux. Nous portons toujours le deuil de notre frère. »
Dean s'abstint de dire quoique ce soit. Il était désolé pour la peine de Castiel, mais Lucifer était celui qui avait torturé Sam de toutes les manières possibles, et rien que pour ça il n'arrivait pas à éprouver une quelconque pitié pour lui.
Il laissa Castiel se remémorer ses souvenirs jusqu'à ce que celui ci reprenne :
« Pour revenir à ce dont nous parlions, c'est quand Il a laissé Lilith libre de faire ce qu'elle a voulu que Dieu a créé Eve. »
« A partir d'une côte d'Adam, donc. »
« C'est très symbolique. Disons qu'Il a modelé son nom et son âme pour qu'elle ait un peu plus d'affinité avec Adam. »
« Et alors ? »
« Ça c'est bien passé. Ils se sont plus et sont devenus compagnons. C'est là que Dieu nous a ordonné de les aimer plus que Lui-même. »
« Et Lucifer l'a mal pris. »
« Mhmh. Lucifer était... aimant. Dévoué. Fidèle, en un certain sens, et très proche du Libre Arbitre. Même si nous ne savions pas ce que c'était à l'époque. Il n'a pas pu obéir et il s'est rebellé. Il a chuté à ce moment là et Lilith l'a suivi. »
« Parce qu'elle l'aimait. »
« Pas seulement. Lilith voulait faire partie du Tout, comme les anges. Elle voulait aimer le Père et servir au même titre que nous. Elle voulait prouver que le fait qu'elle ne soit pas la compagne d'Adam ne l'empêchait pas d'être une créature bonne et utile. Elle n'avait pas le désir d'enfanter ni de s'accoupler, elle voulait juste être aux côtés de Lucifer et des nôtres. Elle voulait être un ange. Elle était un ange d'une certaine façon, sauf qu'Il lui avait façonné une âme au lieu d'une grâce. Elle ne voulait absolument pas faire partie de l'espèce dominante et elle ne voulait pas être vénérée. Elle a préféré quitter le monde terrestre et se réfugier dans l'antre de Lucifer. D'après ce que j'ai compris, Lucifer l'a modifiée pour qu'elle ne soit plus humaine. Il lui a donné des pouvoirs, un statut, des ailes. Il a créé le premier démon à partir d'elle. Ensuite, eh bien. Tu sais ce que les enfers font à une âme. Toute la bonté qu'elle avait a disparu. Seule restait sa fidélité pour Lucifer.»
« Woah. Et Eve dans tout ça ? »
« Après que Lucifer ait envoyé le Serpent et qu'ils aient été chassés, Eve est entrée dans une rage terrible. Elle était aussi brillante que Lilith et aussi indépendante qu'elle et maintenant qu'elle avait croqué le fruit de l'Arbre de la Connaissance, elle avait un savoir, une conscience du monde qui la rendait... furieuse. Comme a dit le philosophe, elle savait qu'elle ne savait rien. Elle voulait parcourir la Terre avec Adam, découvrir la Création. Elle voulait avancer. Puisque Dieu l'avait rejetée, elle le rejetait aussi et elle n'a plus jamais prié. Même quand elle a accouché de ses premiers enfants dans une douleur atroce, même quand elle souffrait, tombait malade, que ses enfants étaient blessés ou que le sort s'acharnait contre elle, elle n'a jamais plié. Elle était aussi têtue que Lilith. »
« Et avec Adam ? Ça a du être un coup dur pour leur couple, toute la Chute et tout ça. »
« Oh ils ne s'adressaient presque plus la parole. Ils sont restés ensemble quelques années, probablement par peur de la solitude, mais dès qu'Eve a réalisé que les autres humains, même s'ils n'avaient pas d'âme, étaient quand même intéressants, elle a vite quitté Adam. »
« C'est quoi la différence entre un humain avec une âme et un humain sans âme ? »
« C'est très exactement la différence entre toi et moi, maintenant. »
« Qu'est-ce que tu racontes, » demanda brusquement Dean, les mâchoires serrées.
« Je n'ai plus de grâce, ça ne veut pas dire que j'ai récupéré une âme. Jimmy est mort depuis longtemps, j'ai seulement été ramené dans son corps. Enfin, j'imagine que c'est le mien, puisque les souvenirs dans ce cerveau, l'esprit qui y est lié et les sentiments qu'il éprouve sont les miens. La seule différence c'est que quand je mourrai, je n'irais pas au Paradis. Ou même en Enfer ou au Purgatoire. Je vais... comme n'importe quelle autre créature, poussière je redeviendrai poussière. »
Songer à cette éventualité rendit Dean nauséeux. Il doutait lui même aller au Paradis mais il estimait que Castiel avait plus que mérité ce repos là.
« Dommage, » murmura celui-ci. « J'aurais aimé revoir Adam. Le Paradis a été ouvert pour lui tu sais ? Comme il a été la première âme à mourir. A vrai dire, il est mort relativement jeune. Il aurait pu vivre nettement plus longtemps mais je crois qu'il n'en avait pas envie. »
« Ah non ? »
« Mh. Il vivait mal la solitude et ses disputes incessantes avec Eve. Elle lui en voulait trop pour tenter d'apaiser les choses entre eux. »
« Vraiment ? » l'encouraga-t-il, essayant d'écarter la pensée dérangeante qu'il ne verrait jamais Castiel revivre ses plus beaux souvenirs.
« Mhmh. Il refusait constamment de l'accompagner dans sa soif de découverte. Il préférait rester penché sur son manuscrit à essayer de se rappeler l'Eden. Elle a finit par en avoir assez, a pris ses enfants avec elle et est partie faire ses recherches. Raphaël en tant que Celui qui Soignel'a prie sous son patronnage et elle est devenue la première guérisseuse au monde. »
« Donc... t'es en train de me dire qu'Adam était tellement chiant qu'il s'est fait larguer par deux nanas créées spécialement pour lui ? »
« C'est... une manière de présenter les choses, » acquiesça Castiel avec un sourire en coin. « Il n'était pas une créature très divertissante. Intelligente, oui. Aimante. Dévouée. Pieuse. Vertueuse. Mais définitivement pas divertissante. »
« Chiant donc. »
« Je suis mal placé pour juger, » objecta Castiel d'un ton réticent. « Je n'étais pas quelqu'un de divertissant non plus, avant de te rencontrer. Je ne le suis toujours pas. »
Dean balaya la réponse d'un geste de la main.
« Tu es tout sauf chiant, Cas. Et tu sais être divertissant quand tu en as envie. »
« J'ai appris à l'être, parce que tu m'en as donné la chance. Peut-être qu'Adam l'aurait été si on lui avait donné la sienne. »
oOo
Au bunker, Dean avait signalé à Castiel qu'il pouvait s'installer où il voulait, de ce ton impersonnel et froid qu'il avait quand il décidait d'écarter tout sentiment et de se concentrer sur sa mission. Castiel avait froncé les sourcils mais n'avait rien dit.
Ce n'est que le soir que Dean comprit pourquoi. Ils avaient convenu de se coucher tôt, après une discussion peu fructueuse sur les moyens qu'ils avaient de retrouver Ezékiel. Autant prendre des forces. Ils s'étaient levés en même temps, avaient monté les escaliers l'un derrière l'autre, et à la grande surprise de Dean, étaient entrés dans la même chambre.
« A quoi t'attendais-tu ? » se moqua Castiel en haussant un sourcil.
« Je sais pas. Je me disais que c'était peut-être pas une bonne idée, » broncha-t-il en enfonçant les mains dans les poches.
« Voyez-vous ça. »
« Ouais. Je veux pas qu'on se... déconcentre. On va avoir tout un tas d'anges irrités sur le dos, sans parler des démons et Ezékiel va être compliqué à trouver alors ce serait peut-être mieux si- »
« Non, » commanda fermement Castiel.
« Qu- »
Cas l'attrapa par le col et le poussa contre le mur, l'embrassant à pleine bouche.
« Je sais ce que tu fais, Dean, » gronda-t-il à voix basse dans son oreille. « Tu m'écartes, par peur de me voir partir, me protéger ou je ne sais quelle bêtise du genre. C'est non. Je ne te laisserai pas faire semblant qu'il n'y a rien entre nous. »
« C'est dangereux, » haleta-t-il, luttant contre lui-même.
« Je suis un soldat. Ce n'est pas la première, ni la dernière fois que je suis dans une situation dangereuse. Quiconque connaît ton nom ou le mien sait que nous sommes liés. Le fait qu'on couche ensemble n'y changera strictement rien. A vrai dire, tu es la seule personne sur cette planète à en avoir encore quelque chose à cirer, » grogna-t-il en le plaquant un peu plus durement.
« Mais- »
« Non, » répèta-t-il en s'adoucissant un peu devant la crainte de Dean. « C'est toi etmoi, maintenant. Ne nous impose pas une solitude handicapante que ni toi ni moi nous ne voulons, au nom de principes qui n'ont pas lieu d'être. Fais moi confiance.»
Castiel était un ange, un soldat, se rappela encore une fois Dean. Il savait bien mieux que lui ce qui maintenait des guerriers unis et forts.
« Okay, » souffla-t-il, rendant les armes. « Okay. »
Aw, Dean. On va peut-être finir par en faire quelque chose de ce garçon. Or donc, Pour la suite, j'ai des idées, un plan (très très vague) et pas un mot d'écrit. Ça va traîner c'est tout ce que je peux promettre.
Cependant, les fans de Benny, Meg, Kevin et éventuellement Ruby ont des chances d'y trouver leur compte.
Encore une fois je vous suggère d'aller lire De la Poésie pour Poisson, de Saturne, vous y verrez ce que ça veut dire de rendre la Bible cohérente pour une darwiniste convaincue.
Bisous!
