Betas correctrices : Nanola et Wrire

Beta lectrice : Merylsnakes


CHAPITRE 3

Par il ne savait quel miracle, ils trouvèrent du premier coup une place sur Cheyne Row, proche de la tamise.

Arrivés devant la maison de Simon et Deborah Allcourt-Saint James, ils montèrent les marches du perron de la vieille bâtisse en brique couleur terre brûlée, dont les balcons en fer forgé noir croulaient sous les fleurs.

À peine eurent-ils frappé à la porte que des aboiements de chien se firent entendre ainsi qu'une voix féminine.

« Peach ! Silence ! »

Une jolie rousse leur ouvrit la porte, un teckel à poils longs gigotant entre les mains.

« Tommy, Barbara, entrez donc, Simon et Helen sont au labo. »

Après avoir salué Deborah, ils montèrent les escaliers jusqu'au dernier étage et entrèrent dans le laboratoire de Saint James. Ce dernier était penché sur l'une de ses tables de travail éclairée par une rampe fluorescente. Lui et Lady Helen Clyde relevèrent la tête de leur ouvrage en souriant alors que les deux policiers entraient dans le labo. La jeune Lady marcha, avec une grâce que lui enviait toujours Havers, vers son petit ami et l'embrassa légèrement.

« Comment ça va, Tommy ? »

« Bien, longue journée cependant, surtout quand on sait que l'on est dimanche, » répondit le Lord dans un doux sourire.

Il avait cependant le regard fixé sur la jambe gauche appareillée de son meilleur ami qui s'en aperçut et fronça ses sourcils noirs.

Simon se mit péniblement debout et marcha en boitant vers Lynley.

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Lynley reprit ses esprits et contempla le visage anguleux de Simon. Le jeune garçon à l'hôpital ne lui ressemblait pourtant pas. Les cheveux de Simon étaient, certes, eux aussi noirs comme de l'encre et impossible à discipliner, mais ils étaient bouclés, ses yeux étaient d'un bleu satiné et ses traits n'étaient pas fins ou délicats comme ceux de Harry.

Alors pourquoi diantre n'arrivait-il pas à cesser de les comparer et à leur trouver, malgré tout, des ressemblances ?

« Rien, c'est cette enquête, elle est obsédante. Vous avez avancé sur les résultats d'analyses ? »

« Je te rappelle, chéri, que nous sommes dimanche, mais heureusement pour toi, Simon est un génie, » répondit Helen avec un élégant geste de la main.

« On sera sans doute mieux dans le bureau. Deb', tu veux bien demander à ton père de préparer un peu de thé ? » demanda Simon à son épouse rousse.

Ils redescendirent donc les escaliers et s'installèrent dans le bureau-bibliothèque des Saint James. Pendant qu'ils entraient dans la pièce, Joseph Cotter, père de Deborah, beau-père et majordome de Simon, leur apporta un plateau avec du thé qu'il déposa sur la table basse. Le vieil homme avait a priori pris les devants et déjà préparé l'un des délicieux thés dont il avait le secret. Deborah prit place dans l'ottoman, laissant Havers, Helen et Tommy se serrer sur le canapé en face d'elle. Elle commença à remplir une tasse de thé pour la tendre à Helen. Seul Simon resta debout près de son bureau. Tommy le rejoignit rapidement pour lui montrer son épais dossier consacré aux 'Macaques'.

« Thé, Tommy ? » demanda Deborah.

« Whisky plutôt, s'il te plaît Deb', » répondit Tommy. Il fronça légèrement les sourcils en réalisant que Deborah s'était installée avec l'intention évidente de rester avec eux. Il avait pour habitude de partager les informations et discuter de l'enquête avec Simon, d'autant plus quand il était l'expert scientifique sur le dossier. Cela lui plaisait nettement moins quand Deborah se joignait ainsi à leurs échanges. Néanmoins, ce ne serait pas la première fois que la rouquine participait à une discussion et il ne devait pas oublier qu'il était chez les Saint James, un dimanche de surcroît.

Bientôt les deux hommes dégustaient leur verre de whisky pendant que les femmes sirotaient leur thé. Havers jeta des regards envieux au verre ambré que tenait son supérieur. Elle n'avait pas osé refuser le thé que lui avait proposé Deborah avec son charmant sourire et le regrettait amèrement. Elle aurait bien pris un whisky à la place. Un double, sans glace.

Elle se sentait toujours mal à l'aise devant elle et surtout devant Lady Clyde, bien que les deux femmes soient gentilles et agréables avec elle. Mais inévitablement, leurs différences lui piquaient à chaque fois les yeux. Elle baissa son regard sur ses tennis montantes jaunes qui juraient atrocement à côté des élégants et coûteux escarpins noirs de Helen.

« Alors, quelles sont tes premières constatations, Simon ? »

Saint James s'installa enfin dans le fauteuil confortable de sa table de travail, en plaçant avec précaution sa jambe appareillée sous la table et prit ses différentes notes. La fin de journée se faisait sentir et il avait les traits tirés par la fatigue. Cependant, il commença de son ton calme et professionnel, laissant place à l'expert.

« Eh bien, la victime a eu droit à un traitement un peu différent au niveau des drogues utilisées. Il a bien été dans un premier temps sonné par du chloroforme, comme les autres, le chiffon retrouvé sur le lieu de l'enlèvement en était imbibé. » Il montra les légères traces de brûlures sous le nez et les lèvres de Harry. « Ses ravisseurs lui ont cependant rapidement nettoyé le visage avec de l'eau, ce qui a limité l'irritation, contrairement aux autres. Très prévenants pour une fois, n'est-ce pas ? » dit-il avec ironie. « Ensuite, pour l'intraveineuse, on retrouve la kétamine et le zolpidem. Mais en de moindre concentration que d'habitude. La question est de savoir si c'est parce qu'ils ont délibérément choisi de moins droguer leur victime cette fois-ci ou si c'est dû au fait qu'il s'est enfuit avant une dose massive de kétamine. »

Il tendit les résultats à Lynley. Partit dans son monde d'analyses, il nommait comme à chaque fois les drogues par leur molécule. Mais les recherches approfondies sur les autres victimes lui avait permis de connaître les médicaments utilisés. Jusqu'à présent, toutes les recherches, y compris dans les pharmacies, pour trouver une piste s'étaient avérées infructueuses.

« Mais même au niveau du zolpidem, ça reste nettement moins élevé. C'est aussi peut-être parce qu'ils ont voulu essayé un autre cocktail, car ils lui ont également injecté du bromure de pancuronium en plus cette fois » Son regard bleu se fit perçant. « Indépendamment du fait qu'il est difficile à se procurer, ce genre de produit est très dangereux : la moindre erreur de dosage et c'est la mort assurée. »

« Seigneur, » commenta l'inspecteur en lisant les résultats.

« C'est quoi celle-là, comme drogue ? » demanda Havers. Elle savait que les deux premiers étaient, à la base, des médicaments, un anesthésique et un sédatif hypnotique. Mais leurs utilisations avaient été détournées pour être consommés en tant que drogue, psychotrope ou en tant que drogue de soumission pour les violeurs, comme l'était le GHB.

« C'est un curare, » expliqua Saint James. « Un paralysant musculaire que l'on utilise comme adjuvant lors d'anesthésie pour certaines opérations longues ou pour les patients en réanimation. Il a une durée d'action assez importante, pouvant aller jusqu'à cent quatre-vingt minutes. »

« Trois heures ? Il paralyse pendant trois heures ? » s'exclama Deborah, horrifiée.

« En fait, la durée moyenne est de cent minutes, mais la récupération totale peut prendre jusqu'à trois heures, oui, » confirma son époux. « En dehors de ça, il n'y avait aucune trace d'une autre drogue ou d'alcool dans le sang ou les urines. Rien à noter non plus d'important dans ses renvois gastriques ou rectaux. » Il crut bon d'ajouter devant l'air perplexe de sa femme. « Il s'est vidé, dans tous les sens du terme, à son arrivée à l'hôpital. »

Deborah plissa son adorable petit nez, partagée entre l'écœurement et la pitié. Elle se leva et prit une photo de Harry sur la table.

« Mon Dieu... pauvre garçon... Il a des yeux magnifiques, ce vert est peu courant, » dit-elle, ses propres yeux verts pailletés d'or concentrés sur la photo. Cette fois, la compassion envahit son cœur.

« Oui, c'était aussi l'avis de ses violeurs, » répondit amèrement Tommy. « Avec tout ce qu'il avait dans le corps, c'est incroyable que Harry ait pu s'en sortir ainsi, qu'il ait eu le cran et la volonté de se débattre et de s'échapper de cet enfer. »

« Harry ? » remarqua Helen, étonnée. « Tu appelles la septième victime par son simple prénom ? »

Lynley alla s'asseoir à côté d'elle et lui prit la main. Il regarda toutes les personnes présentes autour de lui avant de se lancer.

« C'est lui qui me l'a demandé... » Il ferma un instant ses yeux, semblant réfléchir intensément, avant de les rouvrir pour les fixer sur Saint-James. « Quand je suis rentré et que je l'ai vu, je ne sais pas pourquoi, mais il m'a fait penser à toi, Simon. Je ne sais vraiment pas pourquoi, à part la couleur de vos cheveux, il n'y a pas de ressemblance. Il est... attachant. J'avoue que je suis touché par ce garçon. »

Un petit silence s'ensuivit, que Saint James combla.

« Sinon, je n'ai pas encore les résultats ADN du sperme et de la salive. Mais si c'est comme pour les autres, le sperme sera inexploitable, étant donné qu'il y a deux donneurs. J'espère que nous pourrons rapidement détourner ce problème. C'est une misère dans des cas comme celui-là, avec des violeurs multiples (1). Pour les fibres, il faut que je complète, mais d'après mes premières analyses, c'est les mêmes que celles des précédentes victimes. Idem pour la cordelette, c'est la même qui a servi pour les sept viols. »

« C'est une chance que ce garçon soit en vie. Il a pu vous apprendre des choses intéressantes pour l'enquête ? » interrogea Helen.

« La chance... Oui, on peut dire qu'il a eu de la chance, mais il se l'est créée et l'a saisie d'une façon que je qualifierais d'impressionnante, » commença Lynley. « Grâce à lui, notre enquête a fait un bond en avant. Les viols ont eu lieu à l'intérieur du véhicule. Harry nous a dit que tout le sol était recouvert d'une espèce de moquette ou de tapis usé et sale. Puisque les fibres retrouvées sur les sept corps sont identiques, cela signifie qu'ils ont tous été abusés et torturés dans ce véhicule. »

Il avala une gorgé de whisky.

« On sait désormais les noms de ces hommes ainsi que leur lien de parenté. Ceci explique d'ailleurs une partie de tes interrogations lors de tes analyses de sperme, Simon. D'après Harry, ils s'appelaient entre eux Casper et Lenny et ils se disaient frères. Havers, demain Nkata et vous allez plancher là-dessus. Casper n'est pas un nom si courant. » Le sergent opina du chef et il reprit.

« Nous savons désormais avec certitude quel type de véhicule les Macaques utilisent. Cela a été confirmé par les témoins de la scène d'enlèvement à Leicester et du débarquement à Lincoln's Inn's Field : C'est un utilitaire blanc, soit un Vauxhall Vivaro, soit un Renault Trafic, soit une Nissan Primastar. Ces trois véhicules sont totalement identiques. Il faudra commencer par regarder toutes les cartes d'immatriculation de ces camionnettes sur Londres et sa banlieue, avec un peu de chance ce sont bien leur vrai prénom et le véhicule est immatriculé à leur nom. Les précédents témoins nous avaient donné des numéros de plaques partielles et une complète, mais elles ne correspondaient jamais à rien. Ils utilisent des vielles plaques, volées sans doute. Mais maintenant, nous avons une piste pour nos recherches car nous connaissons les marques possibles et les modèles. »

« Bien monsieur. »

« La personnalité des deux hommes va être aussi une piste à suivre, » continua Lynley. « Harry nous a été d'une grande utilité sur ce point. Jusqu'à présent nous ignorions tout des tueurs et de leur comportement. Maintenant, nous savons qu'ils sont frères et que s'ils commettent les enlèvements, les viols et les meurtres ensemble, leurs personnalités, elles, sont différentes. Casper, l'aîné, est le dominant du couple. D'après Harry, il est le plus âgé et, en tout cas, paraît plus vieux que son frère. Il est celui qui donnait les ordres, il a insulté son frère, lui a rappelé sa place dans la fratrie plusieurs fois, surtout quand Lenny voulait protéger Harry... Enfin si on peut utiliser ce mot là vu les circonstances, bien sûr. Il est celui qui les mord et les frappe. Lenny n'a jamais donné de coup à Harry, ni ne l'a mordu. Ce qui rejoint sur ce point tes conclusions, Simon, étant donné qu'il n'y avait sur chaque corps que les empreintes d'une seule mâchoire. Casper est le plus sadique des deux. »

Simon acquiesça en silence.

« Harry nous a dit avoir subi cinq pénétrations, mais ne s'en rappelle seulement que de trois. »

« Seigneur Tommy, comment peux-tu dire 'seulement' c'est déjà suffisamment horrible ! » s'écria Helen, choquée.

« Je sais chérie, mais que veux-tu que je dise d'autre ? Il semblerait que Lenny l'ait violé en premier, deux fois, mais Harry n'en a aucun souvenir. Puis il reprend conscience. C'est à ce moment là que Casper entre en scène. Le viol est alors brutal, long et excessivement douloureux. Non seulement il recherche à donner le plus de souffrances possible au garçon mais il rabaisse sa victime, le traite de 'pute' plusieurs fois et lui assène qu'il aime ça. En clair, la torture est aussi bien mentale que physique . D'après Harry, c'est lui qui conduisait le véhicule quand il a voulu se débarrasser de lui. Et c'est celui qui buvait le plus. Bière et whisky. » Il regarda d'un coup son propre verre d'un œil dubitatif.

« Lenny, lui est le dominé. Harry nous a dit que Lenny a affirmé l'avoir choisi tout seul. C'est lui qui l'a traqué et d'après ses dires, c'était la première fois. Mais Lenny n'a pas été aussi violent avec lui, il a, au contraire, été presque doux dans certains de ses gestes, si j'ai bien compris. Ce qui n'enlève rien au fait qu'il l'a manipulé, a profité de sa détresse et l'a violé sans pitié. Ce n'est pas un homme bon, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, » rajouta rapidement Lynley devant les airs offusqués de Helen et Deborah.

« Mais contrairement à son frère, il n'a pas cherché à faire souffrir Harry le plus possible, ne l'a ni frappé ni mordu. En fait, il semblerait qu'il ait cherché une forme de collaboration de sa part. » Il tourna l'alcool dans son verre d'une seul main distraite. « Il lui a fait du chantage, c'est ce que font certains violeurs parfois. Sois gentil et je le serai aussi. C'est répugnant. Ce genre de violeur aime avoir l'impression que sa victime est d'accord. Ça les excite et leur donne le sentiment d'avoir réussi à les séduire. Avec le système du chantage, les victimes sont dociles et cela confère aux violeurs un sentiment de consentement mutuel qui flatte leur ego, » Il avala une grosse gorgée du liquide ambré.

« Mais, et c'est là qu'à mon sens cela devient intéressant, il s'est opposé à son frère. Qui, d'ailleurs, n'a pas apprécié. Il l'a empêché de mordre à nouveau Harry lors du dernier viol, le second de Casper. Il lui a caressé les cheveux. Et c'est grâce à l'aide, -involontaire ?- de Lenny que Harry a pu en réchapper. »

Il reprit une gorgée de whisky, pensif.

« Oui, il s'est passé quelque chose, entre Harry et Lenny et entre Lenny et Casper cette nuit. Lenny voulait le garder vivant, il voulait le garder avec lui. Pas Casper. Harry a su s'engouffrer dans cette faille et jouer avec l'attachement, je ne vois pas d'autre mot, navré, de son tortionnaire à son égard pour sauver sa vie. Il s'en veut aujourd'hui, mais c'est ce qui l'a sauvé cette nuit, j'en suis convaincu. »

« C'est pas faux, il en a reparlé avec la dessinatrice tout à l'heure, quand ils faisaient le portrait de Lenny. De ces propos, ils en avaient discuté avec la psy avant notre arrivée. Comme toutes les victimes de viol, il se sent terriblement coupable. Le fait d'être rentré dans le jeu de ce pervers et de lui avoir promis d'être 'gentil' en rajoute une couche, » renchérit Havers en buvant son thé, dégoûtée, tout en lorgnant sur le verre de Lynley.

Deborah s'approcha de la table où les photos des sept victimes étaient étalées tandis que Lynley reprenait ses explications.

« Il faudra aussi contacter Interpol. Les résultats ADN n'ont rien donné pour le Royaume-Uni mais on trouvera peut-être une piste ailleurs. D'après Harry, Casper a dépassé la trentaine. Plus j'y réfléchis et plus je pense qu'il a déjà violé ou tué. Son comportement est celui d'un homme violent. Est-ce qu'il aurait commencé seulement depuis trois mois et, si c'est le cas, quel a été l'élément déclencheur ? Ou avons-nous affaire à un prédateur de longue date mais qui n'a jamais laissé de trace au Royaume-Uni ? Ça ne me semble pas cohérent. Non, ça ne colle pas avec son personnage. Son mode opératoire est trop spécifique, notamment avec les morsures, pour avoir connu des changements importants récemment. Il aime mordre, son empreinte génétique aurait dû être enregistrée chez nous, ou ses empreintes dentaires. Il ne faut donc pas négliger la piste d'un tueur nouvellement arrivé sur notre territoire. Il faudra faire une vérification auprès des services des frontières, pour les aéroports, les ferries et l'Eurostar pour avoir la liste des passagers, depuis janvier jusqu'au premier meurtre. Il faut demander à nos collègues d'Interpol du bureau de Londres de faire une comparaison internationale, pour l'ADN et aussi pour le mode opératoire, même si pour ce dernier cela va être plus long. »

« Je ne pense pas que le mode opératoire pour les drogues soit si important, pour Interpol, » le contra Havers. « C'est vrai monsieur, regardez, ils ont déjà changé trois fois en quatre mois ! D'abord, uniquement du GHB, pour la première victime, Tony Strauss, qui a été poignardé une fois, à la poitrine, au niveau du cœur. Le seul survivant jusqu'à maintenant. Puis ensuite, kétamine et zolpidem, à des doses différentes pour les cinq suivants, mais avec pour tous une très forte concentration en kétamine. Tous ont été égorgés. Avec Evans, intégration d'une nouvelle drogue, ce curare, mais pas de couteau. »

« Pas encore de couteau, Havers. Quand Harry s'est échappé, Casper allait lui mettre le bâillon, lui donner une nouvelle dose de drogue et l'égorger. C'est d'ailleurs d'autres informations précieuses sur le déroulement du calvaire des victimes. Nous savons aujourd'hui qu'une fois enlevées, grâce au chloroforme, les victimes ont une intraveineuse de drogue. Puis ils sont violés plusieurs fois par les deux agresseurs, dans l'habitacle du véhicule. Ensuite, ils sont déplacés dans Londres, pour être bâillonnés juste avant de recevoir une dernière dose massive de drogue et d'être débarqués et poignardés dans un endroit peu fréquenté. C'est ce qui a coûté la vie des cinq victimes intermédiaires. »

« Tu sais Tommy, vu le coup de couteau donné, ils n'avaient aucune chance de s'en sortir, même pris en charge rapidement, » intervint Saint James, toujours installé sur sa table de travail. Il montra les photos des jeunes hommes. « Hodgson, Lackey et Davis, respectivement les victimes deux, cinq et six n'avaient aucune chance de s'en tirer. Ils sont morts sur le coup, la carotide tranchée. Les deux autres sont morts en quelques minutes et n'auraient pas pu être sauvés, j'en suis persuadé. »

Lynley hocha la tête.

« Oui, je sais, Simon. La première fois avec Strauss, ils avaient essayé de tuer mais ont raté. Le coup de couteau a ripé contre une côte et n'a pas pu pénétrer le cœur. Pourquoi ? Et pourquoi ne pas avoir tranché sa gorge quand ils ont vu que Strauss était encore vivant ? Manque d'habitude de la part du tueur ? Trop de confiance en eux ? Ils n'auraient pas vérifié correctement l'état de leur victime et pensé qu'elle allait simplement se vider de son sang ? On pensait aussi qu'ils avaient pu être dérangés par les passants qui ont découvert la victime, mais il y a peut-être autre chose... Quoi qu'il en soit, le changement qui s'en suit nous montre qu'ils ne voulaient laisser aucune chance aux garçons. Cela nous apprend un élément important : celui qui les égorge maîtrise le couteau. Comme un chasseur, un boucher ou un militaire, peut-être. Il faudra aussi chercher de ce côté-là quand on aura plus d'éléments... Peut-être... Peut-être aussi que celui qui a donné le premier coup, à Strauss, n'est pas celui qui a égorgé les cinq autres victimes. » Le policier blond sembla perdu dans ses pensées alors que son cerveau fonctionnait à plein régime.

« Ils essayent... ils essayent les drogues pour avoir la combinaison parfaite qui leur donnera le plus de satisfaction possible. Je pense que les premières victimes ne devaient pas réagir comme ils le souhaitaient. Surtout Casper. D'après le récit de Harry, Casper veut qu'ils soient conscients de ce qui leur arrive, qu'ils s'en souviennent, même si c'est pour les tuer ensuite, et qu'ils souffrent. Il ne veut pas de poupée inconsciente ou à moitié endormie, comme a dû l'être Strauss par exemple, cela ne l'intéresse pas. Il ne prend pas de plaisir à les tuer, le coup de couteau est rapide et efficace. Il ne s'amuse pas avec eux à ce moment là, c'est juste un moyen d'éliminer ainsi des témoins. Pourquoi ? Pourquoi les tuer aussi simplement ? Je me le demandais jusqu'à présent et je crois que Harry vient de confirmer mon hypothèse. »

Il se leva et montra le portrait de Casper.

« C'est un pervers sadique. Mais son plaisir, il le prend uniquement lors des viols. Il ne veut donc avoir aucune contrainte durant ceux-ci, il veut les savourer, en profiter pleinement. Il aime à la fois voir ses victimes souffrir et supplier, mais aussi les voir impuissantes face à sa toute puissance. Il veut qu'ils aient peur et qu'ils sachent ce qui leur arrive. Les premiers cocktails de drogues ne devaient pas entièrement le satisfaire de ce point de vue, je suppose. Il veut aussi que ces pauvres jeunes garçons le regardent dans les yeux pendant qu'il les sodomise. Et il les mord, chose difficile à faire si on porte un masque. Mais sans masque, sans tabou, comme l'utilisation de leurs prénoms, les garçons ne peuvent pas survivre à leur calvaire. Il tue par obligation, par nécessité. Ce n'est pas lors des meurtres qu'il prend son pied. »

Il soupira et passa une main élégante dans ses cheveux blonds.

« C'est pourquoi je pense de plus en plus qu'il a déjà violé auparavant. Peut-être effectivement sans avoir drogué ses victimes. Peut-être au Royaume-Uni, mais avec des préservatifs, ou ailleurs, sans. Les victimes ont pu aussi, comme c'est malheureusement souvent le cas, ne pas déposer plainte et donc les viols ne pas être signalés. Interpol pourrait sans doute nous le dire. Je ne veux fermer aucune hypothèse pour le moment. »

« Moi, c'est les drogues en elles-mêmes qui m'interpellent, » intervint Simon. « Autant le GHB et la kétamine sont fréquemment utilisés comme drogue de soumission, autant l'emploi du zolpidem reste peu fréquent. Les violeurs préfèrent d'autres benzodiazépines, le zolpidem n'en est qu'un dérivé et il est moins connu que le diazépam, c'est à dire le valium, ou le clonazépam. Pourquoi combiner du zolpidem à la kétamine ? Je n'en vois pas l'utilité, surtout à une aussi faible dose. Par contre, je comprends mieux l'utilisation du bromure de pancuronium : il empêche les victimes de bouger pendant leur viol, sans altérer leur conscience, contrairement aux autres drogues qui les endorment. »

« Ils les utilisent parce qu'elles leurs sont disponibles, » dit soudain Havers. « Ça me semble logique. Ils doivent être en contact avec chacun de ces produits : chloroforme, kétamine, zolpidem et maintenant pancuronium. Ces produits sont différents mais ils les ont en leur possession ou à portée de main. Ils les emploient via des intraveineuses, chose que je serais incapable de faire, soyons clair, et ils connaissent leurs effets. Où est-ce que ces produits peuvent se trouver ensemble, je vous le demande ? Ils doivent, ou l'un ou les deux, travailler dans le milieu médical.»

Simon acquiesça et surenchérit : « Oui, c'est exactement ce que je voulais vous dire tout à l'heure quand je vous expliquais que l'utilisation des curares est délicate. Un surdosage peut entraîner la mort de la victime. C'est un produit dangereux et il me parait évident qu'au moins l'un de ces criminels doit, non seulement le savoir, mais sait aussi contrôler son utilisation. »

« Havers, Simon, vous avez mis le doigt sur un point essentiel. L'emploi de cette nouvelle molécule rajoute donc à ce que nous avions envisagé. Ils doivent effectivement côtoyer le monde médical, » fit l'inspecteur. Il réfléchit avant de reprendre, visiblement contrarié. « Mais Harry nous a dit que les deux hommes n'avaient pas l'air très... fins, à défaut d'utiliser un autre terme. Ils conduisent un véhicule en mauvais état, ils parlaient vulgairement et étaient mal habillés selon lui. Ils portaient des vêtements sales et usés. Ils puaient, pour reprendre ses termes. Casper est mal rasé et abuse de l'alcool. Ce ne sont certainement pas des junkies, mais tout de même, je les vois mal en médecins, chirurgiens ou même infirmiers, »

« Tommy, ne laisse pas tes sentiments pour ce garçon altérer ton jugement, » fit doucement Simon. « N'oublie pas qu'il était drogué et choqué. Il ne se rappelle sans doute pas de tout, ni aussi bien qu'il le faudrait. Je trouve déjà étonnante la quantité d'informations qu'il t'a donnée. Il était en train de vivre l'enfer ! Évidemment qu'il a dit que ces hommes étaient sales, vulgaires et qu'ils puaient ! Ces hommes peuvent aussi justement se déguiser et être de parfaits gentlemen ou des chirurgiens respectés. »

« Je ne vois pas de quoi tu parles, Saint James, je n'ai pas de 'sentiments' pour Harry, » se défendit immédiatement Lynley. « Mais il est effectivement étonnant. Doute si tu veux, mais moi j'ai confiance en ce qu'il a dit. On ne peut pas forcer son langage comme cela, surtout dans le feu de l'action. Si ces hommes parlaient vulgairement, c'est qu'ils en ont l'habitude. »

« Tommy, je veux bien croire que ce que dit Harry Evans soit la vérité, mais je pense que Simon a raison et tu nous l'as avoué toi-même : ce garçon te touche. Beaucoup, » dit gentiment Helen. « Sincèrement Tommy, c'est troublant tout ce dont ce garçon se souvient. Moi aussi j'ai du mal à y croire, désolée. Peut-être ne devrais-tu pas trop t'appuyer sur ses dires, ils peuvent être erronés ou faussés, tant par les drogues que par l'horreur qu'il vivait. Il faudrait avoir une force de caractère incroyable pour se souvenir de tant de choses, assommé comme il l'était et avec sa vie en jeu. Et il n'a que vingt et un ans. »

Alors que Lynley fronçait les sourcils, visiblement contrarié par la tirade de sa petite amie, Deborah reprit la photo de Harry qu'elle avait déposée sur la table.

« Il est vraiment très beau. Il est différent des autres, vous ne trouvez pas ? »

« Différent ? Toutes les victimes avaient un physique plus qu'agréable, tous sont des petits gabarits, ne dépassant pas le un mètre soixante-dix-sept et les soixante-cinq kilos. Petits gabarits certes, mais pas maigres, au contraire, chaque garçon était finement musclé. Ils faisaient tous du sport, notamment du footing. Ils étaient âgés entre seize et vingt-quatre ans, Evans rentre parfaitement dans le profil, » répondit Simon en lisant des notes et en regardant également les photos.

« Non Simon, regarde leur visage... Evans est différent. Il a quelque chose en plus que les autres, je ne sais pas comment l'expliquer. Disons que c'est mon regard artistique qui le remarque, » dit-elle en souriant à son mari.

Tommy s'approcha de la table, il prit les photos des victimes et demanda de la pâte collante à Simon qui lui indiqua une étagère dans son placard de travail. Une fois les visages des victimes collés contre le mur, il se recula afin d'avoir une vue d'ensemble.

Elles étaient classées linéairement par ordre chronologique des faits, avec la date de leur enlèvement et de la découverte de leur corps :

Strauss, Tony : 9/10 juin

Hodgson, David : 30 juin/1er juillet

Ryan, Chad : 21/22 juillet

Conor, Danny : 4/5 août

Lackey, Nigel :18/19 août

Davis, Lee: 1er/2 septembre

Evans, Harry : 8/9 septembre

« Regardez, Strauss, Ryan, Conor et Davis se ressemblent énormément. Blonds, yeux bleus, les plus âgés, tous plus de vingt ans, et les plus grands physiquement. Ensuite nous avons Hodgson, dix-sept ans, brun, yeux bleus, un mètre soixante-neuf, soixante kilos. Lackey est brun, yeux noisette, c'est le plus jeune, il venait de fêter son seizième anniversaire, c'est aussi le plus petit et le plus mince, un mètre soixante cinq pour cinquante-trois kilos, un vrai gamin. Et enfin Evans, cheveux noirs, yeux verts, vingt et un ans mais qui en paraît dix-huit tout au plus, un mètre soixante-sept pour cinquante-neuf kilos, » énonça Deborah en déplaçant les photos pour les regrouper.

Elle prit Hodgson, le numéro deux, et le posa plus bas, puis Lackey, le numéro cinq, qu'elle aligna sur Hodgson et enfin le dernier, Evans, qui se retrouva sur la même ligne que les deux autres.

« Vous voyez ? Ils sont certes tous plutôt petits et bien fichus, mais ces trois-là, ils ont les traits beaucoup plus fins, délicats. Et Evans... il a vraiment quelque chose de différent par rapport aux autres. Alors que cette photo est loin d'être réussie et que le pauvre est... blessé » rajouta-t-elle, mal à l'aise. « Mais en vrai et sans ces marques, il doit être véritablement magnifique. »

« Je vois ce que tu veux dire Deb' » fit Helen en se levant à son tour.

Thomas s'approcha des photos.

« Je pense que ceux du haut sont ceux choisis par Casper, ceux-là sont ceux choisis par Lenny. Harry a été choisi par Lenny, il n'a cessé de le lui dire. Il l'a choisi seul, l'a suivi au cinéma ou rencontré là-bas. Non, il l'a suivi là-bas, d'après ce que dit Harry, j'en suis sûr. Il l'a vu à Soho, à l'Amiral Duncan et l'a traqué. Ensuite il a alerté son frère et ils ont décidé de l'enlever. Casper est le dominant du couple, c'est lui qui a choisi la première victime et la majorité de celles-ci. Harry est le seul qui n'a été choisi que par Lenny. C'est sans doute aussi pour cela que Lenny tenait autant à le garder. »

« Evans était à l'Amiral Duncan ? » demanda Deborah, induisant une autre question.

« Oui, il est gay. Comme Hodgson et Lackey, mais aussi Strauss et Conor. »

« Mais tous ont été à Soho dans la journée du samedi avant leur enlèvement, » rappela Havers. « Ce qui m'inquiète c'est qu'il s'est écoulé juste une semaine entre le meurtre de Davis et l'enlèvement d'Evans. Ils accélèrent le rythme depuis Ryan. »

« Ils ont pris confiance, trop, puisque c'est aussi depuis ce meurtre qu'ils ont enlevé leur victime devant témoins avec leur masque de singe. Mais là ils ont commis une grosse erreur, Harry s'est échappé et des informations ont filtré. »

Il resta encore pensif face aux visages devant lui. Seul Harry n'avait droit qu'à une seule photo, prise à l'hôpital. Les autres en avaient deux, une avant leur décès, confiée par les familles, et l'autre à l'hôpital pour Strauss, à la morgue pour les autres.

« Les trois qui ont été repérés par Lenny sont tous gay. Seulement deux sur les quatre qui l'ont été par Casper. Mais Strauss est la première victime. Lenny devait être avec son frère quand ils l'ont repéré, » Il finit son verre de whisky, le cerveau en ébullition. « Est-ce qu'ils sont toujours ensemble quand ils chassent ? Il n'y a effectivement qu'une semaine entre les deux derniers viols et Lenny était seul quand il a repéré Harry. Peut-être que cet enlèvement là n'était pas prévu, il a flashé sur Harry et ça s'est décidé comme cela. »

Il se tourna vers les autres.

« Il est possible que Lenny soit homosexuel, peut-être refoulé. Casper se moque de l'inclinaison sexuelle de ses victimes, il recherche seulement un profil physique qui correspond à ses fantasmes. À part leur physique qui se ressemble, malgré les différences que tu as souligné Deb', les garçons n'avaient rien en commun. Ils ont été choisis quelques heures seulement avant leur enlèvement. Ce que nous a dit Harry confirme, une fois encore cette hypothèse. Il n'était pas sorti depuis des semaines, il ne savait même rien des Macaques ! Je pense donc que l'on peut exclure une traque plus longue des victimes. »

« Attendez monsieur, » l'interrompit Havers. « Vous allez un peu vite en besogne il me semble. D'habitude c'est plutôt mon rôle ! Vous dites tout cela en partant de l'hypothèse que Lenny n'a choisi, comme vous dites, que ces trois là et Casper les quatre autres, mais nous n'en savons strictement rien ! La seule chose que nous savons, d'après les propos d'Evans, c'est que ce serait effectivement Lenny qui l'a choisi, lui. Mais même cette information reste au conditionnelle. »

Lynley fronça ses sourcils, de nouveau visiblement contrarié. Barbara avait peut-être raison, cela ne lui ressemblait pas de s'emballer de la sorte.

Il se pencha et étala une carte qu'il colla également contre le mur.

« Tous ont été aux alentours de Soho avant leur enlèvement. Strauss a passé l'après-midi dans un bar. Connor et Davis étaient tous les deux étudiants à Westminster Kingsway College. Ryan a été enlevé près de la gare de Leicester, comme Evans. Hodgson dans Dean Street... » Lynley se perdit dans ses réflexions. « Où vous ont-ils emmenés ensuite ? Ils vous ont violés dans leur véhicule, mais où ? On est sûr maintenant qu'ils ne vous ont pas bâillonnés pendant les viols, ils voulaient vous entendre crier, le bâillon n'était là que pour étouffer vos cris au moment des coups de couteau, pas avant. »

« Où est-ce qu'ils ont été retrouvés ? » demanda Deborah.

Havers se leva et montra différents points sur la carte.

« Tous au nord-est de Londres et à proximité d'un parc. »

« Pourquoi ne pas les tuer là où ils les violent ? Qu'est-ce qui te fait dire que l'endroit est différent ? » interrogea Helen.

« Harry. Il nous dit avoir été violé dans la camionnette. Il n'était pas bâillonné et a crié, hurlé, mais personne ne l'a entendu apparemment. Ensuite, ils ont roulé pour arriver sur Newman's Row. Et c'est là que ça a dérapé. Casper voulait le shooter et ensuite le faire descendre pour l'égorger. Nous avons la confirmation du légiste que chaque victime a été tuée à l'endroit où le corps a été retrouvé, la quantité de sang sur place le démontrait avec certitude. Les corps n'ont pas été déplacés. Ils ne veulent pas les tuer dans leur véhicule. Pourquoi ? Aucune idée. Peut-être à cause du volume de sang que provoque ce genre de meurtre ? Ils n'ont peut-être pas envie de nettoyer leur camionnette ensuite. Mais d'après ce que nous dit Harry, ils ne les violent pas non plus au même endroit. Ça semble cohérent, les cris des garçons auraient pu alerter des passants. »

« Ils doivent se garer dans un endroit tranquille, sans doute loin de Londres, où ils ne seront pas dérangés pendant qu'ils s'amusent avec les garçons, » en conclut Havers rageusement. Non seulement tout cela la révulsait mais elle n'avait toujours pas digéré d'être cantonnée au thé.

« Je retournerai voir Harry demain, » déclara calmement Lynley. « Il a confiance en moi, peut-être qu'il se rappellera d'autre chose. J'aimerais aussi qu'il accepte que l'on aille chez lui car il a refusé ce matin. Et aussi qu'il nous donne le nom de ses amis, nous devons les interroger ainsi que ses voisins. Nous devons comprendre si ces garçons sont choisis juste pour leur physique ou si autre chose les rapproche. Si leur traque ou leur choix, peu importe le terme, a pris du temps aux Macaques ou s'ils les ont choisis juste avant leur enlèvement. Cette dernière hypothèse me semble néanmoins toujours la plus crédible. Nous devons aussi comprendre pourquoi Lenny a voulu Harry. C'est peut-être important. »

« Ou pas, » fit Havers, laconique. « Vous vous focalisez trop sur ce garçon, monsieur, si vous voulez mon avis. »

« Il le veut, Barbara. Lenny a menacé Harry et il aurait pu le tuer quand il était au sol. Même si je suis intimement convaincu que c'est Casper qui s'en charge normalement, il aurait pu essayer de le tuer avant que les témoins ne soient trop près d'eux. Mais il ne l'a pas fait. Je suis persuadé que les craintes de Harry sont justes. Lenny va vouloir le reprendre. Il n'a pas fini avec lui, il voulait le garder et va sans doute chercher à le récupérer. C'est pourquoi il est primordial d'en savoir le plus possible sur Harry et de le protéger. Il ne faut aucune fuite sur son identité ou sur l'hôpital où il est traité. D'autant que les Macaques ont très certainement un lien avec ce milieu. » Il regarda le sergent, ses amis et sa fiancée qui, tous, le dévisageaient.

« Et non, je ne me focalise pas sur ce garçon ! J'admets qu'il m'interpelle et, oui, sa ressemblance, à mes yeux en tout cas, avec toi Simon, quand... enfin à l'hôpital... j'admets que cela m'a touché, oui. Il a une personnalité qui force mon admiration. Je ne sais pas où il a trouvé la volonté d'agir comme il l'a fait. Mais je veux absolument en savoir plus sur lui. Sa force de caractère, dont vous semblez douter, est peut-être une qualité qu'il a depuis des années, depuis l'enfance. Il a aussi suivi une formation dans l'agence Aurora et travaille pour eux depuis. Je ne la connais pas, mais je compte bien faire un tour dans leurs locaux très rapidement. »

Sur ces entre-faits, Cotter pénétra dans le bureau pour demander aux personnes présentes si elles comptaient rester pour dîner.

Tous comprirent parfaitement le sous-entendu du très protecteur Cotter envers Simon. Lynley rangea ses affaires et lui et Havers retournèrent au Yard, malgré les protestations de Barbara. Elle était tout à fait capable de prendre un taxi ou le métro pour aller récupérer sa Mini, mais Lynley ne l'entendit pas de cette oreille.

Une fois dans les locaux du Yard, il en profita pour déposer ses dossiers sur son bureau, placardant le visage de Harry sur son mur, en la triste compagnie de ses compagnons d'infortune.

Tommy passa son doigt fin sur le portrait du garçon, caressant l'hématome qu'il avait sur le côté gauche et regarda une nouvelle fois avec curiosité l'étrange cicatrice blanche en forme d'éclair qu'il avait sur son front.

Sans doute que le jeune homme l'obsédait un peu trop. Mais il sentait dans ses tripes que Harry était la clé de cette enquête. Et qu'il était en danger. Lenny était très vraisemblablement le dominé du duo, mais il avait fini par se rebeller contre son frère. Pour Harry.

Poussant un profond soupir, il se promit de tout faire pour protéger le jeune Evans. Il allait donc falloir faire attention avec les médias.

Lynley sortit de son bureau et emprunta les escaliers en direction du parking. Il reprit sa voiture pour retrouver Helen qui l'attendait pour dîner, chez lui à Eaton Terrace.

... ... ...

Le lendemain matin, Thomas Lynley gara sa Bentley et s'engagea rapidement dans l'ascenseur pour monter à son bureau. Il était tôt mais il avait beaucoup de choses à traiter avant d'aller voir Harry à l'hôpital dans l'après-midi.

La veille au soir, il avait regardé le dernier journal télévisé. Ils n'avaient parlé que de la dernière attaque des 'Macaques'. De même, ce matin, on ne parlait que de ça dans les journaux.

Heureusement, le nom ou le visage de la dernière victime n'était mentionné nulle part. Les seules informations qui avaient filtré étaient l'heure, le lieu de l'enlèvement et le fait que le garçon correspondait physiquement aux autres victimes. Le reste n'était que suppositions et hypothèses des journalistes.

La panique et la psychose étouffaient la ville de Londres. Une fois n'était pas coutume, c'était la population masculine qui était touchée. Les gays en particuliers mais aussi tous les jeunes hommes un peu fins et petits.

Lynley s'installait à son bureau quand Havers arriva, ainsi que Nkata. Il leur confia leurs tâches respectives et tous retournèrent à leurs missions. Il prit lui-même contact avec le bureau londonien d'Interpol. Lynley venait à peine de raccrocher quand une salutation masculine lui fit lever la tête.

« Salut, Lynley, sale affaire, hein. Webberly et Hillier ont décidé que nous devions nous mettre à ta disposition, si besoin est. Toute la ville est en ébullition, » clama la voix grave et habituellement joviale d'Angus MacPherson

Thomas regarda l'écossais devant lui et lui fit un sourire las.

« Merci MacPherson, je crois effectivement que Havers et Nkata ne suffiront pas avec la masse de travail. De plus, les hyènes sont à notre porte, à flairer l'odeur du sang. Webberly devrait leur donner quelques os à ronger à midi : on a enfin le type exact de véhicule et des prénoms avec des portraits-robots. La dernière victime, Harry Evans, nous a été d'une grande aide. »

Il se tourna vers le mur à côté de lui pour lui montrer la photo punaisée de la septième victime. Il ne s'attendait cependant pas à la réaction de ce brillant inspecteur, qu'il connaissait depuis des années, MacPherson étant au Yard bien avant lui.

L'homme devint blanc comme un linge et s'approcha à la vitesse de l'éclair de la photo, remontant ses lunettes sur son nez

« Harry comment, dis-tu ? » Il criait presque, les yeux rivés sur le visage du jeune homme.

« Evans. Angus, ça ne va pas ? Tu le connais ? » demanda Lynley alors que l'écossais se passait une main légèrement tremblante sur le visage.

« Pardon ? Euh, non, je ne le connais pas. Enfin, si, mais pas personnellement. »

« Tu le connais ?! D'où cela ? Il n'a rien voulu nous dire hier, aucun nom de connaissance, » s'écria Lynley en se levant brusquement.

« Je connais la personne qui a en charge l'agence Aurora, John Dawlish. Harry... Evans est l'un de ses nouveaux éléments, un élève très doué pendant sa formation de ce qu'il m'en a dit, » répondit lentement MacPherson comme s'il choisissait soigneusement ses mots avant de parler.

« Peux-tu me mettre en relation avec lui ? Je dois aller voir Harry cet après-midi à Barts donc si tu pouvais m'avoir un rendez-vous avec ce Dawlish ce soir, ici au Yard ou dans leurs locaux, ça m'avancerait énormément. »

« Oui, bien sûr. Je vais t'arranger ça. Je t'appelle dès que j'ai les infos,» fit l'autre policier d'une voix blanche.

MacPherson se dirigea lentement vers la sortie, alors que Lynley, soulagé de la nouvelle se précipitait à sa suite afin d'en informer ses agents.

Dès que l'écossais fut hors de la vue de ses collègues, il accéléra le rythme et se dirigea vers les escaliers. S'assurant d'être seul, il sortit de la manche de sa veste un morceau de bois.

Tenant sa baguette fermement, Angus MacPherson tourna sur lui-même et transplana.

... ... ...

À suivre

... ... ...


NDA :

1 – Malgré mes recherches, je n'ai pu trouver avec exactitude la date où les analyses ADN ont permis de différencier plusieurs spermes différents trouvés sur un même prélèvement. Cependant, d'après certaines de mes sources, il semblerait qu'en 2001, cela n'était pas encore possible. Si toutefois c'était le cas, eh bien tant pis. De toute façon cela n'aurait eu aucune incidence sur l'enquête, quand bien même les enquêteurs auraient su dès le départ que les violeurs étaient frères ou s'ils avaient eu en leur possession les deux empreintes génétiques.

Merci aux revieweurs anonymes, Batuk (contente de te revoir) Loan et Elodie 57.

Merci aussi à tout ceux qui ont pris le temps de laisser une review ou mis cette fiction en favori ou à suivre.

Je ne l'avais pas indiqué dans le premier chapitre, c'est chose faite désormais mais je le dis aussi maintenant : la fréquence de publication sera d'un chapitre par semaine. Je vous dis donc à la semaine prochaine ^^