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Voilà la suite.

ooOoo

Enfilant prestement ma robe de chambre, je sortis de ma chambre à la suite de Holmes, tentant de le rattraper tandis qu'il dévalait l'escalier. Toute la maisonnée semblait nous avoir imité et nous nous retrouvâmes tous dans l'entrée, seul manquait à l'appel Black lui-même.

« Le bureau de mon père », s'écria Thomas.

Mon compagnon nous ordonna de rester en arrière tandis qu'il filait vers l'endroit indiqué, mais le jeune Black ainsi que moi-même estimèrent que cette remarque ne nous était pas destinée. Arrivés dans le bureau nous découvrîmes notre homme près de la fenêtre, il semblait terrifié et nous accueillit avec soulagement.

« Un homme s'est introduit ici. Il est parti par la fenêtre, expliqua-t-il faiblement.

- Qui était-ce père ?

- Je ne sais pas, je ne l'ai pas vu distinctement. »

Holmes observait le cadre en bois de son regard acéré avant de se tourner vers moi.

« Je pars à sa poursuite. Watson, je laisse notre ami à vos bons soins. »

Je n'appréciais que modérément l'idée de le savoir seul dans le noir et le froid, à la merci peut-être d'un dangereux criminel, mais je savais également où était mon devoir. Je hochai donc péniblement la tête en signe d'assentiment.

« Soyez prudent Holmes », lançai-je tandis qu'il quittait déjà la pièce par le même endroit que notre visiteur nocturne.

J'emmenai ensuite notre hôte dans le salon, après avoir exigé que nul ne touche à la fenêtre, l'installai sur le sofa confortable et lui servis un verre d'alcool. Après m'être assuré qu'il n'était pas blessé mais seulement sous le choc je lui laissai un instant pour se remettre tout en essayant de calmer son fils, qui faisait les cent pas dans la pièce en jurant contre un ennemi invisible.

« Mr Black, tentai-je de le rassurer, mon collègue parviendra à découvrir son identité, ne vous en faites pas. Vous devriez plutôt ramener votre épouse dans votre chambre. Elle a besoin de vous. »

La pauvre Mrs. Black était effectivement bien pâle et je craignais qu'elle ne fasse quelque malaise à rester ainsi debout. Heureusement son époux sembla s'en inquiéter lui aussi et se décida à m'écouter après que je lui eus promis de passer la voir plus tard.

Une fois seul avec le vieillard, je me fis un devoir de l'interroger sur les récents évènements afin d'avoir des informations utiles à rapporter plus tard au détective.

« Je m'étais assoupi dans mon fauteuil lorsque je fus réveillé par un courant d'air glacial, commença-t-il d'une voix monocorde, tenant son verre quasiment intact dans sa main tremblante. Il faisait sombre mais je vis une silhouette penchée sur les tiroirs de ma table de travail. Je poussai alors cri qui le fit fuir. »

Rien que je n'avais pu déduire par moi-même, pensais-je avec déception. Loin de moi l'idée de le brusquer, mais si nous voulions mettre la main sur notre coupable, il nous fallait davantage de données.

« Comment était-il ? Grand ? Avez-vous vu la couleur de ses cheveux ou un quelconque détail physique ?

- Il était assez grand, plus grand que moi, mais plutôt menu. Quant au reste… Il portait un chapeau et il n'y avait que la lumière de ma chandelle pour nous éclairer. Je n'ai pas pu le voir nettement. »

Je hochai la tête en retenant difficilement un soupir de frustration.

« Je suis désolé », dit-il en remarquant mon trouble.

Je me forçai à sourire avant de reprendre.

« Nulle importance vous allez bien, c'est là l'essentiel. Pour le reste, comme je l'ai dit à votre fils, mon camarade fera ce qu'il faut. »

Je dis cela avec conviction n'ayant comme d'habitude aucun doute quant aux capacités de l'homme que j'aimais. Sur ces entrefaites, celui-ci, les cheveux et les épaules couvertes de neige, nous rejoignit justement dans la pièce. Soulagé, je m'empressai de le rejoindre, mais comme toujours en la présence d'un tiers je dus avorter mon geste. Je m'arrêtai donc plutôt à quelques pas de lui. Je notai immédiatement son air préoccupé.

« Vous allez bien ? m'enquis-je vivement.

- Je suis simplement frustré », dit-il.

Il alla se poster devant la cheminée afin de se réchauffer tandis que je gardais les yeux fixés sur lui, avide de savoir ce qu'il ne manquerait pas de m'apprendre.

« J'ai suivi ses traces jusqu'à la route. Mais là-bas elles se perdent dans la neige fondue et les empreintes de roues.

- Avez-vous trouvé des indices exploitables ?

- Il fait bien trop sombre. Fort heureusement la neige a cessé de tomber voilà un petit moment, j'ai bon espoir donc de pouvoir reprendre mes observations demain. Mr. Black, à présent je ne puis que vous conseiller d'aller vous coucher. Fermez vos volets, à l'étage vous ne risquerez rien. Pour ma part je vais passer la nuit dans votre bureau. »

Le vieillard, qui semblait avoir pris quelques années supplémentaires depuis l'incident, acquiesça et nous souhaita le bonsoir avant de s'éclipser. Holmes, apparemment excité par les récents évènements, fila sur les lieux du crime presque sans un mot.

Je passai rapidement voir Mrs. Black, qui semblait aller aussi bien que possible dans pareille situation. Son époux m'assura s'occuper d'elle et qu'il ferait appel à moi en cas de besoin. Je les quittai, une sensation indéfinissable m'enserrant le cœur. Voir cet homme veiller ainsi sur la femme qu'il aimait me rendait nostalgique. Un temps j'avais fait de même avec Mary. Et j'avais aimé cela. Savoir que quelqu'un dépendait entièrement de vous était grisant. Avec Holmes les choses étaient tellement différentes. Nous étions sur un pied d'égalité et il n'avait que rarement besoin de moi au quotidien. En tout les cas pas de cette façon-ci. Néanmoins, je le répète, j'appréciais ma vie à ses côtés et ne regrettais aucun de mes choix.

Après une halte dans ma chambre pour y rendre une couverture, je le rejoignis finalement dans le petit bureau. Il y faisait un froid terrible comme je l'avais soupçonné puisque le visiteur nocturne avait brisé une vitre pour entrer. Holmes avait pris soin de fermer le volet mais cela n'était pas suffisant. La raison pour laquelle j'avais apporté cette couverture avec moi. Je m'assis près de mon compagnon sur le petit sofa et nous recouvris tous les deux.

« Merci John, dit-il, lointain. »

Evidemment cette affaire accaparait toute entière son attention néanmoins je ne me démontai pas.

« Sherlock, êtes-vous sûr de vouloir passer la nuit ici ? Vous n'y serez pas à l'aise…

- Sans importance. Comme vous le voyez je n'ai pas fermé le battant de l'autre fenêtre ainsi s'il veut revenir rien ne l'en empêchera.

- Vous pensez qu'il le fera ? Cette nuit je veux dire ?

- Probablement pas, mais je reste malgré tout. »

Je hochai la tête, sachant pertinemment que tenter de le faire changer d'avis aurait été une perte de temps.

« C'est entendu. Voulez-vous que je reste auprès de vous en ce cas ?

- Non, allez plutôt profiter de votre lit. Je viendrais vous chercher en cas de besoin. Je sais que veiller toute la nuit n'est pas votre fort. »

C'était un coup bas, mais je le pris avec philosophie. Après tout il disait vrai, plus d'une fois je m'étais endormi au cours de nos surveillances nocturnes. Je me levai donc, non sans l'avoir embrassé tendrement.

« Bonne nuit Sherlock. »

Il se contenta d'un bref hochement de tête et je l'abandonnai à son sort.

Comme je l'avais soupçonné plus tôt dans la soirée, mon lit était des plus confortables, ma femme de charge s'était même permis, tandis que j'étais en bas avec son patron, de glisser entre les draps une bouillotte bien chaude, j'étais donc tout à fait à mon aise. Pourtant je dormis très mal. Bien plus mal que lorsque Sherlock était auprès de moi, même s'il bougeait beaucoup la nuit et me dérangeait régulièrement sans s'en rendre compte. Son absence présente me pesait et le savoir seul en bas, exposé à une menace potentielle, malgré le fait que lui n'y croyait guère, me mettait mal à l'aise. Je parvins tout de même à somnoler quelques heures, avant de me réveiller brutalement en proie à un cauchemar dont je ne gardais pourtant plus aucun souvenir. Me refusant de céder à la panique, et de cette façon m'exposer aux railleries probables de mon compagnon, je me forçai à rester allonger encore un moment le temps de retrouver mon calme.

TBC...