Le pouvoir des sentiments ~
Chapitre 3 : Percer ses ténèbres
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Un rayon de soleil perça les nuages, traversa les rideaux d'une chambre et éclaira le visage d'une jolie princesse endormie qui grimaça légèrement. Toutefois, ce n'est pas tout à fait la chaleur sur son corps qui la réveilla mais plutôt une… odeur. Une délicieuse odeur qu'elle ne pensait pas sentir si tôt dans son appartement, dans sa chambre, sur son futon.
- Um ?
Orihime battit des cils pour faire disparaitre le sommeil et se redressa en position assise, les cheveux ébouriffés. Avec une moue adorable, elle se frotta les yeux avec son petit poing et essaya de rassembler ses idées. Le futon était chaud à côté d'elle et elle serait tentée de dire qu'elle avait occupé cette place si une certaine énergie n'en émanait pas.
- Ce reiatsu…
Des flashs envahirent sa tête fatiguée : l'éclat de la lune, des cheveux orange, un shihakusho noir, un grand corps chaud…
- J-J'ai demandé à Kurosaki kun de dormir avec moi ! s'exclama-t-elle avec des joues brûlantes qu'elle pressa avec ses mains.
Parfaitement réveillée à présent, la belle chopa sa robe de chambre qu'elle enfila à la hâte avant de courir dans le salon dans l'idée de se servir de son portable.
- Bonjour, Inoue.
Elle manqua de lâcher son téléphone sous le choc, le corps immobile. Après une brève inspiration, elle se tourna pour faire face à l'homme dont elle était amoureuse debout dans l'encadrement de la porte de la cuisine, les bras croisés et toujours sous forme de Shinigami.
- Ku-Kurosaki kun, bonjour, parvint-elle à articuler, le cœur battant à toute vitesse.
Heureusement qu'elle avait songé à se couvrir sinon, elle se serait noyée dans une mer de mortification si elle se tiendrait devant lui juste en short et débardeur.
Mais j'ai dormi vêtue comme ça avec lui sur un seul futon ! pensa-t-elle, horriblement gênée.
- Tu appelais qui à une heure si matinale ? la ramena-t-il sur terre.
- Hein ? Oh, eh bien, euh… toi.
- Moi ?
- Uhum ! Je… Je me suis rappelée t'avoir demandé de dormir avec moi alors je t'appelais pour m'excuser, mais c'était avant que je me rende compte que tu étais encore là.
Il ne dit rien, ce qui ne fit qu'accroître son malaise.
- Je veux dire, nous sommes amis et ce n'était pas correct de ma part de te demander une chose pareille.
Il continuait à la regarder en silence avec un regard qu'elle ne lui avait jamais vu. Il était intense et profond comme si il voyait à travers elle.
- Ne te prends pas la tête avec ça, Inoue, répondit enfin Ichigo en se frottant la nuque. Et si ça peut te rassurer, c'est Rangiku san qui t'a enfilé ton pyjama chez Urahara san.
- O-Oh ! rosit-elle, les mains s'agitant sauvagement. J-Je n'ai pas envisagé que tu aurais osé… enfin, je veux dire que les petits hommes barbus auraient pu…
- Et j'ai détruit la vieille tunique que tu portais, ajouta-t-il en coupant son monologue naissant.
La jeune fille cligna des yeux.
- Tu l'as détruite ? Comment ?
- Getsuga Tensho, déclara-t-il naturellement.
La déesse rit nerveusement, le reconnaissant bien là. Il ne fallait évidemment pas s'attendre à ce que Kurosaki kun perde son temps à craquer une allumette pour allumer un feu quand Getsuga Tensho était plus rapide et efficace.
- Tu as faim ? lui demanda-t-il en retournant dans la cuisine. J'allais justement te réveiller après avoir mis la table.
Une délicieuse odeur vint chatouiller les narines d'Orihime qui posa son portable pour le rejoindre. En passant, elle remarqua un seau et une serpillière dans un coin, près du canapé. Stoppée à l'entrée de la cuisine, ses yeux remplissaient presque l'ensemble de son visage tant ils étaient larges.
- Si tu continues d'écarquiller tes yeux comme ça, ils vont tomber sur le plancher, lança le jeune homme d'un ton amusé.
D'abord sans réaction, elle finit par secouer la tête.
- Je ne m'attendais pas à te voir cuisiner et là, je constate que tu as préparé tout un petit-déjeuner.
- Je ne cuisine pas, rectifia le roux qui remplissait deux plateaux. Je t'ai juste préparé une recette que Yuzu fait souvent. Ce ne sera pas aussi bon qu'elle mais c'est mangeable. J'espère.
- J'en suis sûre, ça sent si bon ~ ! s'enthousiasma-t-elle en entrant enfin dans la pièce.
Son ventre gargouilla fortement.
- Eh bien, je constate que ton estomac aurait été plus efficace que mon réveil, la taquina-t-il.
La pauvre s'empourpra.
- Héhé…, sourit-elle, une main derrière la tête. Um, c'est juste que la bonne nourriture m'avait manqué, c'est pour ça. D'ailleurs, je suis restée absente combien de temps ?
Le fils Kurosaki cessa momentanément ses mouvements avant de les reprendre. En dehors du fait que Yui avait dû lui servir de la bouffe merdique, Inoue avait posé cette question d'un ton détaché mais il sentait bien le sentiment dissimulé derrière.
- Un peu plus d'un mois.
- Ah, quand même, dit-elle tristement.
N'aimant pas ne rien faire, elle décida de l'aider avec les tasses et le reste. Ils ne prononcèrent pas un mot durant une bonne minute au moins. C'est dans le même silence qu'ils retournèrent dans le salon pour s'installer autour de la petite table et commencer à manger. Bien qu'elle avait l'esprit ailleurs, Orihime remarqua que ce qu'il avait cuisiné était vraiment bon. De plus, elle sentait le lourd regard de celui qu'elle aimait, ce qui la poussa à parler à nouveau pour dissiper le malaise ambiant.
- Personne n'avait la clef de mon appartement, comment vous avez…
- Je m'en suis chargé, répliqua simplement le lycéen entre deux bouchées.
- Oh, c'est pour ça qu'il y a ce seau et la serpillière.
Le Shinigami suppléant se crispa. Il avait sorti ces deux éléments pour nettoyer le sang de Yui séché là après qu'il l'ait transpercée, mais il était hors de question de lui avouer cela ou même que cette garce avait pris son apparence.
- C'est très bon, Kurosaki kun, lança soudain la demoiselle sans oser croiser ses iris ambrés.
Elle se tortillait sur place et paraissait vraiment nerveuse. Devinant pourquoi, Ichigo repoussa son plateau presque vide avec un soupir.
- Inoue, écoute.
Cette dernière lui accorda aussitôt toute son attention et ne manqua pas de relever qu'il était très sérieux.
- Je veux que tu saches que je ne vais pas te demander où tu étais durant un mois, ni ce que tu as dû endurer. En tout cas pas maintenant. Alors détends-toi d'accord ?
Impossible de ne pas noter le soulagement émanant d'elle. Néanmoins, la guérisseuse n'était pas idiote. La fin de la phrase de Kurosaki kun signifiait clairement qu'elle n'allait pas lui échapper pour autant et qu'il voudrait aussi probablement savoir comment elle avait survécu.
- Oui, merci, murmura-t-elle.
- Bon, tu as envie de faire quoi aujourd'hui ?
Elle le regarda avec étonnement.
- Comment ça ? Nous devons aller en cours, non ?
- Tu as été absente un mois, je doute qu'une journée de cours en plus de ratée fasse grande différence, balança le frère des jumelles en recommençant à manger. Je t'aiderai à rattraper ton retard.
- Mais…
- Te connaissant…
Il lui jeta un regard animé d'une lueur qui provoqua un frisson agréable chez la princesse, qui ne put une fois de plus s'empêcher de rougir et baisser les yeux.
- …je suis sûr que tu veux passer du temps avec tes amis.
Le visage de l'adolescente s'éclaira presque autant que le soleil tandis qu'elle l'approuvait d'un vif hochement de tête.
- Oui ! J'aimerais tellement revoir Tatsuki chan, Sado kun et les autres !
- Alors on va faire ça, je vais appeler nos amis et on planifiera notre journée.
- Super ! s'excita Inoue en pompant le poing. J'espère simplement que les mites mordeuses n'ont pas mangé mes vêtements d'été, il fait si beau aujourd'hui ~ !
La voir si heureuse fit sourire en coin le fils d'Isshin. Oui, le soleil brillait et pas seulement dehors.
- Kurosaki kun ? Pourquoi tu souris ainsi ? J'espère que tu ne te moques pas de moi ? s'assura-t-elle en faisant la moue. Ces mites sont vraiment méchantes et ont même dévoré mes chaussettes préférées.
- Nan, rien à voir avec tes mites chaussettivores, rejeta-t-il en agitant la main. Je me disais juste que je suis content que tu sois là.
Une nouvelle paire de joues colorées.
- Ah, c-c'est gentil, marmonna la jeune femme qui se tordait les mains sous la table. Tu peux me dire quel jour on est ? se renseigna-t-elle en essayant tout de même de lire son calendrier accroché au mur plus loin. Je dois me rendre sur la tombe de Sora nii.
- On est vendredi, je vais y aller avec toi.
En la voyant ouvrir la bouche, il précisa sa pensée.
- Je pense que tu le sais mais Yui est toujours en vie quelque part. On ignore ce qu'elle a exactement en tête mais la possibilité qu'elle s'en reprenne à toi n'est pas à exclure. Donc, je refuse de te laisser seule même si tu sais te défendre.
Ses quatre derniers mots remplirent son amie de joie sans qu'il en ait conscience. Kurosaki kun ne restait pas avec elle parce qu'il pensait qu'elle était faible, mais juste pour la protéger tout simplement. Pour elle, ça faisait grande différence et elle ne songea plus à protester.
- Je pense aller le voir avant la journée qu'on va passer avec les autres.
- D'accord alors je vais rentrer chez moi récupérer mon corps et me changer, puis je reviendrai ici et on se rendra au cimetière, proposa Ichigo. A la maison, j'en profiterai pour demander aux autres de nous rejoindre dans le centre ville et on avisera le programme de la journée, ça te va ?
- Oui !
Ils terminèrent leur petit-déjeuner dans une meilleure ambiance et débarrassèrent en même temps. Le roux lava la vaisselle en ignorant ses protestations puis sortit sur le palier.
- Je serai là dans une demi-heure maximum. Et si tu n'es pas prête, c'est pas grave, je t'attendrai, l'informa-t-il, debout face à elle. Si tu as besoin de moi dans la demi-heure qui suit, n'hésite pas à m'appeler d'accord ?
La sœur de Sora eut un petit rire, la main devant les lèvres, l'autre sur la poignée de la porte. Il n'avait pas changé ou alors encore plus protecteur qu'avant.
- Il ne va rien m'arriver en un laps de temps si court, ne t'inquiète pas.
- Ouais mais on sait jamais, grogna-t-il en évitant son regard et se grattant la tête.
Il se tourna pour partir.
- Juste une dernière chose.
Orihime qui allait fermer sa porte l'observa d'un air surpris.
- Oui ?
Ichigo tourna la tête vers elle, une nuée de sentiments se déplaçant dans ses iris marron, ensuite fixa à nouveau droit devant lui, son poing droit serré. La meilleure amie de Tatsuki vit cela puis remonta ses prunelles sur l'arrière de sa tête orange lorsqu'il reprit la parole.
- Merci de m'avoir sauvé.
Sur quoi, il disparut en un shunpo. Ça avait été dur à dire pour lui, mais il ne pouvait nier que l'acte d'Inoue était courageux. Celle-ci regarda l'emplacement qu'il occupait, la tête appuyée contre sa porte, un sourire illuminant son joli visage entouré de ses cheveux soulevés par la faible brise.
- Je donnerais à nouveau ma vie pour toi s'il le fallait, Kurosaki kun.
Le cœur léger, elle retourna chez elle se préparer.
[ … ]
Après avoir bondi sur quelques toit, Ichigo arriva enfin chez lui. Il entra dans sa chambre par la fenêtre et trouva Kon endormi dans son corps, un magazine des plus explicites ouvert sur son ventre. Une veine apparut sur la tempe du garçon. Il s'efforça de ne pas imaginer où sa perverse de peluche s'était procurée ce torchon et surtout ce qu'elle avait fait avec son corps. Il préféra prendre son portable posé sur son bureau et ressortir silencieusement par la même fenêtre.
Debout sur le toit de la clinique en direction de l'appartement d'Inoue (qu'il ne voyait évidemment pas d'ici), son shihakusho agité par le vent, Ichigo parcourut le répertoire à la recherche du premier numéro qui lui vint en tête.
- Allô ?
- Salut, Tatsuki.
- Ichigo ? s'étonna-t-elle. Les cours vont bientôt commencer, je suis surprise de ne pas t'avoir croisé sur le chemin.
- Tu es au lycée ?
- Non, mais je m'y rends. Pourquoi ?
- Parce que je ne viens pas aujourd'hui, répondit-il.
- Quoi ? s'exclama la brune en manquant de lui exploser le tympan. Attends... Ta voix est différente, tu as l'air presque… content ?!
- C'est le cas, confirma Ichigo, une main dans sa poche, les yeux clos.
- T'as reçu un coup sur la tête ? Qu'est-ce qui se passe ?
Son ami d'enfance souleva ses paupières pour observer le ciel bleu traversé par deux oiseaux.
- Inoue est vivante, sourit-il. Je viens de la quitter à l'instant dans son appartement.
[ … ]
- Ils ne devraient plus tarder maintenant.
- La ponctualité ne fait pas partie des qualités de Kurosaki qui en possède déjà très peu.
- Évite de lui dire ça quand tu le verras, Ishida.
- Tu perds ton temps, Sado. Ces deux-là se mangent dès qu'ils sont en présence de l'autre.
- T'as pas tort, Rukia mais si on regarde bien, ça vaut aussi pour toi et Ichigo.
- Ferme-la, Renji !
- Les voilà ! pointa Tatsuki, évitant ainsi une dispute.
Tous les cinq fixèrent leurs yeux sur le coin de la rue : deux jeunes à la couleur de cheveux flamboyante marchaient vers eux. Ne tenant plus, la karatéka courut vers sa meilleure amie pour l'enlacer avec force, bousculant des passants au passage.
- ORIHIME ! s'écria-t-elle, la tête sur son épaule.
D'abord surprise, celle-ci se détendit et répondit à son étreinte tandis que les autres les rejoignaient. Tatsuki avait été mise au courant de l'histoire avec la « fausse Orihime » et était choquée d'apprendre cela. Elle avait affirmé être heureuse de ne pas avoir été là, autrement elle aurait « pulvérisé cette Yui ». De toute façon, retrouver la Orihime de toujours éclipsait cette maudite histoire.
- Je suis très heureuse de te revoir également, Tatsuki chan !
Entendre sa meilleure amie si solide pleurer contre elle fit monter ses propres larmes qu'elle s'était jurée de retenir.
- Tu m'as tellement manqué, je m'étais fait à l'idée que je ne pourrais plus te revoir, confia Tatsuki qui serrait sa prise sans en avoir conscience. Mais Ichigo était si persuadé que tu étais encore en vie quelque part que je ne savais plus trop quoi penser et… et… il avait raison.
La guérisseuse lança un discret coup d'œil à Ichigo qui lui fit comprendre qu'il lui expliquerait plus tard.
- Je ne sais pas comment tu as fait pour tenir mais je suis fière de toi et de ce que tu as fait ! Bienvenue à la maison, Orihime, acheva la championne d'arts martiaux en prenant son doux visage entre ses mains.
Le cœur d'Inoue se comprima sous l'émotion. Ça lui faisait tant plaisir de les revoir tous autour d'elle en parfaite santé.
- Merci…, pleura-t-elle.
L'un après l'autre, ses amis lui souhaitèrent un bon retour à leur façon et bientôt, Rukia, Chad et même Uryuu eurent l'œil brillant. Retrouver leur amie était un sentiment puissant mais parallèlement difficile à expliquer. Elle était là et c'est tout ce qui comptait. Comme Ichigo le leur avait demandé en les appelant, ils ne la questionnèrent pas sur ce qu'elle avait subi ce dernier mois. Ce qui était primordial, c'était de lui changer les idées sans évoquer le cauchemar qu'elle avait probablement vécu.
- Où étiez-vous ? demanda Ishida une fois les retrouvailles passées. Vous avez plusieurs minutes de retard.
- J'ai accompagné Inoue sur la tombe de Sora, expliqua le fils Kurosaki en se passant une main dans les cheveux.
- Vous êtes toujours là, super ! s'écria une voix qui les fit sursauter.
Orihime pivota pour être immédiatement étouffée par une énorme paire de seins.
- R-Rangiku… san… !
- ORIHIME, MA CHÉRIIIE ! JE SUIS SI HEUREUSE DE POUVOIR A NOUVEAU TE SERRER DANS MES BRAS ~ ! hurla la femme plantureuse qui attira inévitablement l'attention sur eux.
- Elle avait remarqué, tu vois pas qu'elle suffoque espèce de folle !
- Quoi Ichigo, tu es jaloux ~ ? l'embêta-t-elle avec un clin d'oeil. Il y a assez de place sur ma belle poitrine pour vous deux ~ !
Que Dieu réincarne cette femme en une chose moins désinvolte et décalée. Telle fut la pensée du roux dont le sourcil agité de tics témoignait de son agacement.
- Sûrement pas ! Et maintenant, laisse-la remplir ses poumons, bordel ! siffla-t-il en tirant son amie à l'air libre.
Cette dernière aspira de grandes quantités d'air.
- Oi, Inoue san, tu survivras ? lança un Renji perplexe en voyant ses joues bleues.
- O-Oui, merci, Renji kun, prononça-t-elle entre deux inspirations. Je suis… Je suis contente de vous revoir aussi, Rangiku san !
La concernée, la larme à l'œil, se retenait visiblement de la serrer à nouveau contre elle.
- J'ai un cadeau pour toi ! lui annonça-t-elle en montrant fièrement un sac rose bonbon.
Le Shinigami remplaçant plissa les yeux.
- Y a quoi là-dedans ? gronda-t-il. Quoi que ce soit, j'espère que tu n'as pas oublié qu'Inoue est plus innocente que tu ne le seras jamais.
Il s'attendait à tout de la part de cette femme. Vraiment tout. Dont le pire.
- Allons, Ichigo ! bouda-t-elle faussement. Pour quel genre de personne me prends-tu ?
- Tu es…
- Je lui ai acheté quelque chose qui lui servira à coup sûr !
- Et si tu lui donnais qu'on puisse enfin se mettre en marche, s'impatienta Tatsuki, une main sur la taille.
- Tiens, Orihime ! Ouvre-le ~
L'intéressée observa la fan du saké avec crainte mais prit malgré tout le sac en priant toutes les divinités pour qu'il ne contienne rien de gênant. Elle ne s'en remettrait pas si c'était le cas car non seulement ses amis étaient là, mais aussi Kurosaki kun. Le cœur battant la chamade, la soeur de Sora ouvrit le sac sous l'œil curieux des autres et en sortit un tissu rouge. Elle soupira de soulagement. Elle ne savait pas encore de quoi il s'agissait au juste mais au moins, rien à voir avec des sous-vêtements. Orihime déplia la chose. Aussitôt, Ichigo faillit s'étouffer à l'image de Tatsuki. Renji et Uryuu, eux, sentirent leurs joues rosir tandis que Chad était parfaitement neutre.
- Rangiku san ! Tu n'espères tout de même pas qu'elle porte ça en public ! s'égosilla le frère des jumelles.
- Il n'en est pas question ! trancha Tatsuki. Elle attirerait la moitié des hommes de la ville surtout les plus pervers !
- Mais non, mais non ! assura la vice-capitaine de Toshiro en sautillant sur place, sa très forte poitrine suivant le mouvement. Elle le mettra dans l'intimité !
- L'intimité de quoi ?
Jusque-là silencieuse, Orihime s'exprima enfin en tenant le vêtement à bout de bras pour en avoir une vue d'ensemble.
- Il est magnifique, Rangiku san ! J'ai hâte de l'essayer ~
La mâchoire de sa meilleure amie et celle de son Shinigami manquèrent de se décrocher sous le choc.
- Inoue, tu n'es pas sérieuse ?
- Qu'est-ce que tu reproches à ce joli cadeau, Kurosaki kun ? lui demanda-t-elle avec une petite moue.
- Je… eh bien, il… ce n'est pas ce que tu… mais enfin, regarde-le bien ! craqua-t-il à cause de la gêne, car il ne pouvait s'empêcher d'imaginer son amie dedans.
- Tu rougis, Kurosaki.
- Ferme ta gueule, Ishida ! C'est le soleil qui fait ça !
- Oui, c'est vrai qu'il tape fort dans notre coin d'ombre, ironisa le Quincy en remontant ses lunettes.
Des veines s'invitèrent sur le front de l'impulsif mais il n'avait pas de temps à perdre avec lui.
- Et si tu buvais l'eau dans ta bouteille ? Ce serait vraiment trop dommage que ta gorge se dessèche à force de parler inutilement, tu ne crois pas ?
Uryuu lui lança un regard assassin qu'il ignora superbement en lui tournant le dos.
- Inoue, ce truc dans tes mains possède plus « d'espaces ouverts » qu'autre chose ! cracha Ichigo en vrillant le tissu incriminé des yeux comme s'il cherchait à le brûler par simple regard.
En effet. Ce top rouge moulant qui s'attachait dans le cou laisserait voir les trois quarts de sa poitrine en raison du décolleté très révélateur.
- C'est vrai, approuva la beauté auburn.
Il soupira de soulagement.
- C'est pourquoi je ne le mettrai que pour une occasion spéciale ~
- Quoi ?! s'étrangla-t-il.
- Ne t'en fais pas, Ichigo, lui murmura Tatsuki en lui tenant le bras. Moi vivante, Orihime ne se promènera jamais dehors ou ailleurs avec ce machin. Jamais.
Cela le calma quelque peu.
- Il est...
Tous se tournèrent vers Rukia qui s'approcha d'Orihime à petits pas comme si cette dernière tenait entre ses mains un Chappy en or. Curieuse et fascinée, la brunette examina le top.
- Il est superbe ! déclara-t-elle, ses prunelles indigo brillant de mille feux.
Renji et Ichigo se frappèrent le front.
- Aah, tu as du goût, Kuchiki ! la complimenta Matsumoto en tapotant sa tête.
- Non, c'est vous ! rectifia-t-elle avec des joues roses. Où l'avez-vous acheté ? Je veux le même !
- Et tu comptes le remplir avec quoi ?
Silence.
La remarque malheureuse d'Ichigo flotta dans l'air tel un nuage sombre qui n'attendait qu'un éclair de la part de Rukia pour le foudroyer. Personne ne dit un mot, Renji n'osa même plus respirer. Lorsque Orihime se tourna également vers eux, la différence de poitrines devint deux fois plus évidente surtout que Rukia se tenait entre Rangiku et Inoue. Alors là, personne n'osait la regarder.
- Tu sous-entends quoi exactement, Ichigo ? l'interrogea la petite Shinigami d'un ton lacérant accompagné d'un sourire crispé, et indifférente à la réaction des autres.
- Euh...
Merde, il fallait vraiment qu'il apprenne à fermer sa grande gueule !
- Je... euh...
Voilà qu'il rougissait maintenant. Pour couronner le tout, Inoue l'observait curieusement en serrant entre ses seins le top que Rukia lui avait rendu.
Que kami sama abrège mon existence, pensa-t-il.
Ouais, autant crever tout de suite que de répondre à la question qu'il avait posée comme un con. Rukia semblait tout à fait disposée à exaucer son souhait à en juger par son regard mortel et son gant rouge qu'elle extirpa de sa poche sans doute pour le décapiter avec Sode no Shirayuki.
Sentant l'orage, Orihime s'empressa de dissiper cette ambiance aiguisée.
- Merci pour votre cadeau, Rangiku san ! Il me fait vraiment plaisir !
- Je t'en prie, voyons, ce n'est rien, répliqua-t-elle en agitant la main. Je te l'ai surtout acheté pour que tu le mettes uniquement en présence d'Ichigo ! lui chuchota-t-elle à l'oreille. Il te tombera raide dans les bras ou raide tout court avant que vous ne…
- Ha… hahaha, inutile de poursuivre, rougit la lycéenne en rangeant le top qui ne faisait pas l'unanimité dans le sac.
- Bon, quel est le programme de l'après-midi, Kurosaki ? questionna Ishida en rajustant ses verres tout en le traitant mentalement d'imbécile pour sa gaffe précédente.
- J'en sais rien, je croyais que vous aviez déjà des idées.
- Tu nous as demandé de nous rassembler sans n'avoir rien prévu ?
- Rah, ne me regarde pas comme ça, Ishida ! Prévoir, c'est bien ton domaine, non ? Alors trouve de quoi nous occuper.
- Je n'attendais pas de miracle venant de toi de toute manière, soupira le brun en tournant la tête sur le côté d'un air désespéré. Après tout, tu es plus doué pour provoquer des situations qu'en résoudre.
- Qu'est-ce que t'as dit ?! s'enflamma l'insulté en faisant un pas dans sa direction.
- Arrêtez vous deux, j'ai déjà tout programmé avec Rangiku san ! dit fièrement Rukia, de nouveau elle-même.
- Pourquoi ça ne me surprend pas, souffla Ichigo en roulant les yeux.
- Ferme-la, tu devrais nous en être reconnaissant, idiot ! le cassa-t-elle en lui donnant un coup dans le ventre qui le plia en deux.
- Rukia, sale… !
- Alors ! s'incrusta Matsumoto qui bondissait d'enthousiasme. On va aller au centre commercial, le cinéma y a ouvert ses portes il y a peu alors à nous un bon film !
- Parfaitement ! enrichit la sœur du noble avec le même entrain. Ensuite, nous irons faire les boutiques puis manger au restaurant que les garçons paieront, cela va de soit ! Des questions ?
- Ouais, pourquoi on doit… ?! débuta Ichigo.
- En route ! lâcha la petite Kuchiki qui ouvrait déjà la marche.
- Attends, Rukia ! Ton programme ne me plaît pas et tu sais que j'ai horreur de faire les magasins, putain !
- Cesse de chouiner, Ichigo, expira Rangiku. Tu as une motivation !
- Hein ? Laquelle ?
- Orihime, voyons !
La mentionnée rougit alors que lui ne voyait pas bien le rapport… avant de rosir lui-même.
- Ne me sors pas ce genre de…
- Bon, vous venez oui ou merde ? s'irrita Renji à bonne distance avec Rukia et Uryuu. Plus vite on verra ce film et qu'on fera ces boutiques merdiques, plus tôt on pourra bouffer au resto !
Sa déclaration provoqua un soupir général : un jour, son estomac prendrait le contrôle de la conscience de Renji.
- Viens, Orihime ! l'encouragea la femme pulpeuse en passant un bras sous le sien, comme Tatsuki. Je vais en profiter pour te raconter les derniers potins !
- Oh, bon sang, soupira la karatéka en levant les yeux au ciel. Ne développe pas d'histoires contenant des scènes avec ce qu'il y a sous la ceinture.
- T-Tatsuki chan ! s'empourpra la plus timide.
- Je promets rien !
- Rangiku san !
- Écoute bien, Hime ! Je commence par…
Entre ses deux amies, la belle n'eut d'autre choix que de se faire traîner vers leur après-midi planifié avec des histoires coquines en prime.
Ichigo resta un instant à l'arrière en se frottant la nuque, les yeux sur elle. Depuis qu'il était passée chercher Inoue chez elle pour l'accompagner au cimetière, il ne l'avait pas lâchée des yeux bien longtemps et là, il pouvait dire que ses sourires étaient faux, ce qui l'ennuyait. Il savait qu'elle allait plus mal qu'elle ne le laissait paraître surtout qu'il l'avait entendue parler à l'autel de son frère avant de frapper à sa porte… Ichigo soupira. Cette journée ne semblait n'être qu'un rayon perçant les ténèbres invisibles entourant Orihime qu'il espérait être capable de dissiper. Seulement, quelque chose lui disait que ça n'allait pas être simple.
- Hum ?
Une lourde main s'était posée sur son épaule.
- Chad.
- Je sais à quoi tu penses, Ichigo, affirma-t-il avec sérieux. Mais tu as eu l'idée de cette journée entre amis alors profites-en. Si tu y parviens alors Inoue devrait aussi y arriver et si ce n'est pas le cas, tu trouveras un autre moyen de lui rendre son vrai sourire.
Le jeune Shinigami sourit et enfonça ses mains dans ses poches. Son meilleur ami faisait partie des rares personnes pouvant lire en lui comme dans un livre.
Sans un mot de plus, ils marchèrent dans le sillage des autres déjà hors de vue.
[ … ]
- Dis, Rukia, tu te fous de la tronche de qui, là ? râla Ichigo une heure plus tard, devant le cinéma. Tu ne crois tout de même pas que je vais me poser devant un film qui a pour titre « Kangourou & les oursons de la forêt enchantée » ?!
- Et pourquoi pas ? demanda-t-elle, les mains sur les hanches. Qu'est-ce que tu lui reproches à ce titre ?
- Il sous-entend que le film est nul à chier.
- Pardon ? Tu ne peux pas critiquer sans avoir vu !
- Dit celle qui admire sans connaître !
- Sans être du côté de Kurosaki, intervint Ishida, l'index au centre de sa monture et ignorant l'éclat meurtrier dans les iris du roux, il n'est même pas du domaine de l'envisageable que je regarde ce film également.
- Moi non plus, se défila Rangiku avec une moue, les bras croisés sous ses seins.
- Je pense pareil, ajouta Tatsuki.
- Oh bien, débrouillez-vous ! décréta Rukia en agitant les bras au-dessus de sa tête. Regardez ce que vous voulez dans ce cas !
Ses amis regardèrent plus attentivement les films à l'affiche.
- Je vais regarder « L'écrivain », ça a l'air d'être intéressant, choisit Uryuu.
- Moi, je préfère « Amour passionné » ! s'écria presque Matsumoto, l'œil pétillant. Tu vas le regarder avec moi, Orihime ~ ? l'invita-t-elle en entourant ses épaules d'un bras.
- Euh, eh bien…, commença la jeune fille.
- C'est hors de question ! refusa Ichigo qui la délivra de la poigne de l'adepte du saké pour la ramener à ses côtés. Je te préviens, Rangiku san, il faudra me tuer d'abord si tu veux entraîner Inoue devant ça !
- Et pourquoi ?
- C'est un film éro… ! Bref, tu vois ce que je veux dire alors trouve-toi un autre pigeon.
La vice-capitaine observa ses autres amis tous silencieux et qui évitaient son regard.
- Bien, je vais le regarder toute seule, se résigna-t-elle.
- Pas seule ! couina une voix étouffée. Je viens avec toi, déesse de mes nuits hot !
- D'où vient cette voix ? questionna Renji, regardant de tous côtés.
- Oh non, ne me dites pas…, soupira Ichigo qui fixait Rukia.
Kon finit par s'échapper de son sac à dos et respira enfin à l'air libre.
- Tu étais caché là durant tout ce temps !
- Pardon, nee san mais je n'avais pas le choix, Ichigo a refusé de m'emmener ! se plaignit le mod soul en s'étirant.
En un bond, il atterrit sur l'épaule de Rangiku.
- D'accord, peluche. Tu peux venir mais ose me toucher à un endroit interdit et je te déchire, compris ? le prévint-elle avec une aura sombre qui fit transpirer le lion.
- O-Oui.
- OK, moi je vais voir « L'Arène », ça a l'air musclé et c'est précisément ce que j'aime, opta la karatéka en cognant ses poings ensemble.
- Moi…, amorça le maître de Zabimaru.
- Toi rien du tout, tu vas regarder « Kangourou & les oursons de la forêt enchantée » avec moi ! décida son amie d'enfance en lui saisissant le bras.
- Ah non, je vais m'endormir !
- Débrouille-toi pour garder tes yeux ouverts ou… !
- Je vais me joindre à vous, la coupa Sado de sa voix grave. Ça m'a l'air très intéressant comme film.
La sœur de Byakuya lui sourit largement.
- Sois le bienvenu, Sado !
- Mmh.
Renji, lui, le fixait comme si Chad était devenu dingue… avant de se souvenir du cœur tendre de ce géant.
- Et moi, je vais voir « Sanglante randonnée », dit Orihime.
Ils la regardèrent presque tous avec des yeux ronds.
- Inoue san, il s'agit d'un film d'horreur, lui fit remarquer Ishida.
- Je sais et c'est justement pour ça que je veux le voir.
- Tu n'es pas sérieuse, Orihime, expira sa meilleure amie en se grattant la tête.
- Bien sûr que si, Tatsuki chan, assura-t-elle, légèrement agacée. Pourquoi ça vous dérange autant ? C'est un film comme un autre.
- Un film que tu n'as pas l'habitude de regarder, lança Rangiku.
- J'ai envie de changer de genre, j'ai le droit.
- On peut comprendre, mais…
- Laissez-la tranquille, s'incrusta le roux. Inoue a le droit de voir ce qu'elle veut après tout.
Les autres semblèrent choqués, la concernée la première.
- Kurosaki kun…
- Je comprends que tu veuilles changer de registre, Inoue, ajouta-t-il en posant ses orbes chauds sur elle. Je vais d'ailleurs regarder ce film avec toi.
- Eh ? se raidit-elle. Mais je…
- Alors…, l'interrompit-il, les yeux sur le tableau détaillant les séances proposées. Le film de Rukia se termine avant les autres, puis c'est celui de Rangiku san, Ishida, Inoue et moi, puis Tatsuki. Je propose qu'on s'attende à l'entrée du ciné et on avisera ce qu'on fera ensuite.
- Ça me paraît bien, approuva Uryuu.
C'est ainsi qu'ils se séparèrent, chacun vers la salle diffusant le film choisit. Dans celle d'Ichigo et Orihime, il y avait un certain malaise provenant de la princesse : elle n'avait pas du tout prévu de regarder un film seule avec Kurosaki kun ! En plus, ça ressemblait à un rendez-v…
- On prend ces sièges à moins que tu ne souhaites t'asseoir ailleurs ? la ramena à la réalité l'objet de ses pensées.
- Um, non, ici, c'est très bien.
Ils étaient installés au centre, bien face à l'écran, les personnes affluaient peu à peu. Le film commença dix minutes plus tard.
[ … ]
« Sanglante randonnée » était diffusé depuis une heure maintenant et Ichigo pouvait dire qu'il n'en avait pas accordé une minute d'attention, trop focalisé sur la fille à ses côtés. Inoue buvait le film qu'elle ne quittait pas des yeux… sauf quand elle les fermait. Soudain, la salle poussa un cri et elle saisit la main de son Shinigami sur l'accoudoir.
- Inoue, ça va ? lui murmura ce dernier.
Lorsqu'il serra sa main, elle sembla revenir à elle et la retira aussitôt.
- Oui, oui tout va bien ! jura-t-elle avec un rire nerveux.
Et elle replongea dans le film. Le jeune homme fronça les sourcils, ses orbes alternant de son visage à sa main qu'elle avait lâchée. Il l'avait certes caché, mais au fond il se demandait pourquoi diable elle avait choisi un tel film. N'avait-elle pas vécu suffisamment d'horreurs dans sa vie ? Il soupira.
Le film continua. Dans la demi-heure qui suivit, Orihime avait agrippé le bras d'Ichigo, étouffé des tas d'exclamations, crié et presque pleuré quand la petite fille se fit sauvagement assassiner dans les bois. Quand la sœur de Sora poussa un hurlement bien distinct tout en se retournant dans son siège pour s'y cacher, le fils Kurosaki craqua.
- Inoue, on s'en va, ordonna-t-il, prêt à se lever.
Son amie pivota vers lui et en dépit du peu de lumière, il vit nettement qu'elle avait les yeux embués.
- Non, je veux vraiment voir la fin, protesta-t-elle faiblement.
- Et moi, je te dis qu'on se tire. Maintenant.
Sans lui laisser le choix, il saisit sa main et l'emmena vers la sortie à travers les rangées de sièges. Une fois dans la lumière du large couloir, la lycéenne se sentit tout de même mieux et il s'attendait à ce qu'elle se rende aux toilettes pour se rafraîchir, mais elle n'en fit rien.
A l'entrée du cinéma, sur un banc, ils virent Rukia qui buvait un soda tout en discutant avec Rangiku qui avait Kon sur l'épaule. Renji, lui, mangeait un sandwich et enfin Chad observait les alentours. Visiblement, les séances de Tatsuki et Uryuu n'étaient pas encore terminées.
- Inoue, Ichigo, lança Rukia. Votre film est déjà fini ?
- Je ne pense pas, y a pas une foule derrière eux, dit Renji, la bouche pleine.
- Alors qu'est-ce que vous faites là ? demanda Rangiku en arquant un sourcil.
Ichigo ouvrit la bouche mais avant même qu'il ne puisse prononcer un mot, la guérisseuse le devança.
- J'avais faim ! Alors je suis sortie m'acheter de quoi soulager mon estomac, leur sourit-elle.
Elle sentit les lourds iris bruns braqués sur elle.
- Il s'est passé quelque chose ? se renseigna Sado après trois secondes de silence.
- Comment ça ? s'étonna son meilleur ami.
- Toi et Inoue, vous vous tenez la main, pointa-t-il.
Les deux concernés baissèrent les yeux et constatèrent, en effet, qu'ils ne s'étaient pas lâchés depuis qu'ils avaient quitté la salle. Aucune expression particulière ne traversa le visage du fils d'Isshin, en revanche les joues de la beauté auburn se colorèrent et elle se dégagea très vite comme si elle s'était brûlée.
- I-Il ne s'est rien passé, Sado kun, s'emmêla-t-elle. C'est simplement que… nous… aucune importance, héhé ! Je vais… Je vais aller m'acheter un beignet, oui, c'est ça ! Le centre commercial est plutôt grand mais il me semble avoir vu un vendeur non loin de la librairie !
- Je peux venir avec toi si tu veux ?
- Non merci, Kurosaki kun, déclina-t-elle sans croiser ses yeux. Je reviendrai avant le retour d'Ishida kun et Tatsuki chan.
Sur ces mots, elle fila et disparut rapidement dans la marée de personnes venues faire des emplettes. Rukia et Matsumoto reprirent leur conversation tandis que Renji continuait de faire la fête à son sandwich. Ichigo, lui, plissait les yeux dans la direction empruntée par son amie.
- Elle est nerveuse, murmura Chad derrière lui.
- Ouais, j'ai remarqué, grogna-t-il. Et franchement, Chad, ce n'est pas la seule chose qui m'agace chez elle actuellement.
Il le regarda avec étonnement.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
[ … ]
A peine hors du champ de vision de ses amis, Orihime poussa un soupir… qui ne la soulagea pas pour autant. Elle trouva assez rapidement le vendeur de beignets et fit la queue.
Elle n'en avait rien laissé paraître mais elle avait parfaitement senti le regard de Kurosaki kun durant toute la durée du film. Et ce n'était pas tout, Kurosaki kun n'était jamais loin d'elle, veillant constamment et bien décidé à tenir la promesse qu'elle avait fait la bêtise de lui faire faire dans sa salle de bain. Dans quelle situation s'était-elle encore fourrée ? Comment en sortir sans le blesser ? Le moyen devait bien exister.
- Bonjour, mademoiselle !
La belle sursauta. C'était son tour de passer commande.
- O-Oh, bonjour ! répondit-elle en renvoyant son sourire au jeune homme derrière le comptoir.
- Que désirez-vous ? s'informa-t-il, penché vers elle et ne tardant guère à regarder autre chose que ses yeux.
- Um…, réfléchit-elle en détaillant les différents choix exposés, un doigt sur le menton. Un beignet au chocolat avec un peu de confiture de fraise, quelques amandes si vous en avez et… du ketchup !
- Du ketchup ? répéta le gars devenu presque vert à l'image des autres clients.
- Vous n'en avez pas ?
- Si mais, euh… comment dire… c'est pour les sandwichs ou encore les frites.
- Le client est roi, non ? répliqua la princesse sans perdre son sourire.
- Ouais, bien sûr, capitula-t-il avant de se mettre au travail.
- Je vais également prendre une bouteille d'eau.
- Entendu.
Peu de temps après, il lui mettait tout ça dans un sac plastique et lui communiqua le montant. Une fois qu'elle eut payé, Orihime s'apprêta à rejoindre ses amis seulement le vendeur la retint par le bras.
- Tu veux une serviette en papier peut-être ?
La meilleure amie de Tatsuki cligna des yeux. Pourquoi pas après tout.
- Je veux bien, merci.
Sans la libérer, le garçon passa sa main libre sous le comptoir pour lui tendre la serviette. La déesse auburn n'eut même pas le temps d'amorcer un geste pour la prendre qu'une main à la poigne forte retirait sans ménagement celle du vendeur de son bras et qu'une autre lui arrachait la serviette pour la déchirer avant de la rouler en boule. Elle resta bouche bée car ces deux mains appartenaient à nul autre que…
- K-Kurosaki kun !
Celui-ci était visiblement en colère, ce qui la poussa à se faire toute petite en serrant son sac en plastique contre elle
- Toi, déclara Ichigo à l'adresse du jeune homme lui faisant face, tu as un commerce et des clients que tu dois respecter. Inoue a un visage alors quand tu t'adresses à elle, aie au moins la décence de la regarder dans les yeux.
- Hein ? Mais…
- La ferme ! Je n'ai pas fini.
Il se pencha à son tour, l'air vraiment menaçant au point de faire déglutir l'autre.
- Elle a accepté ta putain de serviette mais pas ton putain de numéro écrit dessus, siffla-t-il en lui jetant les restes de la serviette au visage.
Le type cracha les quelques morceaux égarés dans sa bouche avant de regarder autour de lui. Les chuchotements et l'air réprobateur des clients attendant leur tour le gênèrent, certains firent même demi-tour. Il décida de contre-attaquer.
- T-Tu ne manques pas d'air ! bafouilla-t-il, intimidé par le roux en pétard. Tu ne vas pas me faire croire que c'est ta nana. Je vous ai vus passer tout à l'heure et rien ne laissait croire que tu étais son petit ami !
- Et il ne t'est pas venu à l'idée qu'on sortait peut-être ensemble sans s'afficher en public ? riposta-t-il à la fois sérieux et énervé.
Orihime piqua un fard. Kurosaki kun ne venait pas de dire ça ?!
- Quoi ? s'étouffa le jeune vendeur. Ça devrait être illégal de faire ça ! Tu sais que ta copine est super canon mais tu agis de telle manière que ça fait croire aux autres gars qu'elle est célibataire !
- Crois ce que tu veux, dit simplement Ichigo en se redressant et haussant les épaules. Maintenant, donne-moi une serviette en papier vierge.
Dès qu'il l'eut en main, il fusilla une dernière fois l'épargné des yeux, posa sa paume de libre en haut du dos de son amie et la dirigea vers l'endroit où se trouvaient les autres. Il fallut plusieurs secondes à cette dernière pour parvenir à articuler une phrase. Et puis sa grande main chaude sur son dos lui envoyait des sortes d'agréables petits courants électriques dans tout le corps, ce qui la fit rosir.
- Kurosaki kun, qu'est-ce que tu fais là ?
- Le film de Tatsuki et celui d'Ishida sont finis, lui expliqua-t-il en se frayant habilement un chemin parmi ces gens grouillant partout. Ne te voyant pas revenir, je suis venu te chercher.
- La queue était longue…
- Je sais.
Il y eut un instant de silence pendant lequel il lui tendit la serviette qu'elle prit avec gêne.
- Merci pour tout à l'heure, souffla-t-elle timidement, les yeux sur ses pieds.
Le regard du Shinigami s'adoucit en se posant sur elle.
- Pas de quoi, je t'ai dit que je serais toujours là.
[ … ]
- Aah, j'ai bien mangé ! se réjouit Renji en se frottant le ventre.
- Moi aussi, se joint à lui Rangiku, une main sur son estomac.
Le soir était tombé. Après des heures à faire du shopping (au grand désespoir des garçons et de la colère d'Ichigo), ils quittèrent enfin le centre commercial pour dîner dans un restaurant en plein cœur de Karakura.
- Il est temps de rentrer, je crois, bâilla Tatsuki.
- Je suis d'accord, expira Rukia également rassasiée. Les garçons, payez l'addition qu'on parte d'ici.
Des grognements s'élevèrent de la table mais évidemment, ce fut Ichigo, Chad et Uryuu qui payèrent étant donné que Renji n'avait pas d'argent humain. C'était le comble vu que c'est à cause de lui qu'ils durent régler le montant astronomique. Le portefeuille plus maigre, ils se levèrent et se rendirent tous dehors. Après un bout de chemin ensemble, ils arrivèrent à un carrefour.
- Bon, on se sépare ici, déclara inutilement Matsumoto, les mains pleines de sacs. Je peux raccompagner Orihime...
- Pour que tu lui fasses un résumé détaillé de ton film interdit aux mineurs, merci mais non.
- Pff, tu te prends vraiment pour son père ou son petit ami, Ichigo, marmonna la belle femme d'un ton neutre. Tu es sûr de ne rien vouloir connaître ? Ce film aurait pu t'éduquer dans le domaine sex...
- La ferme ! Et c'est toujours non pour que tu serves d'escorte à Inoue !
- Roh, c'est bon ~ ! Pas la peine de t'exciter, garde ton énergie pour une autre activité plus intéressante.
Elle lui adressa un clin d'oeil significatif d'où s'échappa un petit coeur rose qui ne fit qu'augmenter la tension artérielle d'Ichigo. Bon sang, cette femme... !
- Bon, je vais rentrer avec Renji chez Urahara dans ce cas, décida finalement Rangiku.
- Oh, Rangiku san, vous repartez déjà à la Soul Society ?
- Oui, ma petite Orihime mais je te promets de repasser te voir très vite ! lui assura-t-elle avec un autre clin d'œil avant de la serrer dans ses bras comme elle le pouvait.
- Sado kun et moi empruntons cette direction, ajouta Ishida en remontant ses lunettes.
- Je rentre avec nee san ! cria Kon en bondissant sur l'épaule de l'intéressée.
- Orihime…, débuta la karatéka.
- Ne t'en fais pas, Tatsuki, la rassura Ichigo, les yeux sur la guérisseuse. Je raccompagne Inoue chez elle.
Celle-ci songea à protester mais avec ce regard pesant au-dessus d'elle, c'était peine perdue.
- OK, accepta la championne d'arts martiaux qui vint serrer la meilleure amie contre elle. Je passerai te chercher pour qu'on aille en cours ensemble, Orihime.
- J'ai hâte d'y être, Tatsuki chan ! lui sourit-elle largement.
Après s'être salués, tous les amis prirent une direction différente. Rukia emprunta la même route qu'Orihime et Ichigo puis les laissa en tournant dans une ruelle menant à la clinique, ce dernier portant les achats d'Inoue.
Le trajet jusqu'à l'appartement de la princesse se fit dans un silence qui finit par agacer le jeune Shinigami. Inoue avait toujours quelque chose à dire quelles que soient les circonstances que ce soit sur les aliens, ses recettes potentiellement mortelles ou encore ses rêves loufoques. Il aurait pu penser que ce qu'elle avait subi ne la rendait plus très causante si elle n'avait pas parlé avec enthousiasme avec tous les autres au cours de la journée… sauf lui. De plus, elle s'était arrangée pour manger entre Chad et Uryuu et lui avait accordé très peu de regards ou même d'attention. Ichigo ne comprenait pas.
Ce matin encore, tout allait bien mais depuis qu'il était passé la chercher pour l'accompagner au cimetière, il y avait comme une barrière invisible entre eux. C'était très frustrant, poussant le lycéen à se demander s'il n'avait pas fait quelque chose de mal ou merdé à un moment ou à un autre. Certes Orihime était surprise en lui ouvrant sa porte -il était revenu avant la demi-heure prévue- mais aucune trace de colère n'avait traversé son visage.
Alors quoi ? Était-ce réellement son comportement étrange ou bien la fin de la phrase qu'il l'avait entendue dire à l'autel de son frère et qui le blessait… ?
- Merci de m'avoir raccompagnée, Kurosaki kun.
Il cligna des yeux, n'ayant pas capté qu'ils étaient déjà arrivés.
- Je te raccompagne jusqu'à ta porte.
- Oh, ce n'est pas la p…
Mais il montait déjà les marches, la forçant à lui emboîter le pas. Lorsque sa porte fut ouverte, Orihime le déchargea de ses sacs qu'elle posa à l'entrée et lui fit à nouveau face. Ichigo n'était pas réputé pour comprendre vite les choses mais même pour lui, il lui parut évident qu'elle était mal à l'aise et se retenait visiblement de courir à toute vitesse dans son appartement pour s'y enfermer.
- Merci pour cette journée, ça m'a vraiment fait du bien de la passer en compagnie des personnes auxquelles je tiens le plus, le remercia-t-elle sincèrement, ses perles plongées dans ses orbes marron.
Il y avait cette petite lueur au fond de ses bassins cendrés qui détendit le fils Kurosaki, et elle lui souriait en plus. Un vrai sourire. Elle était revenue la veille, elle devait avoir besoin d'encore un peu de temps pour se réhabituer à sa vie. Cela en tête, il préféra ne pas lui reprocher son attitude blessante envers lui, demain serait un nouveau jour.
- Je suis content que tu aies aimé cette journée, Inoue. On en reprogrammera d'autres.
- J'aimerais beaucoup.
Nouveau silence.
- Bon, je vais rentrer, dit-elle enfin en se frottant les bras à cause de la fraîcheur nocturne. On se revoit au lycée.
- Euh, ouais, répondit-il en se grattant la nuque. Bonne nuit.
- A toi aussi et sois prudent sur le chemin du retour.
Là-dessus, elle rentra chez elle en fermant derrière elle et verrouillant. Le roux contempla la porte quelques secondes avant de redescendre l'escalier, un poids toujours présent sur son cœur. Il n'était pas habitué à ressentir cela et ça le décontenançait.
- Te voilà enfin, Ichigo.
- Kon, reconnut-il.
Il se tenait assis sur un muret.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Nee san est partie se charger d'un Hollow, elle s'est rappelée que tu as laissé ton insigne chez toi. J'ai alors décidé de t'attendre, je savais que tu passerais forcément par là pour rentrer.
Il sauta sur la tête de l'adolescent qui reprenait sa marche.
- C'est super qu'Orihime san soit revenue, s'exclama soudain la peluche en s'installant dans sa touffe orange. Tu dormiras bien mieux maintenant.
Le jeune homme ne dit rien.
- Mais elle n'était pas vraiment elle-même, pas vrai ?
- Pourquoi tu dis ça ? questionna le Shinigami remplaçant en levant les yeux comme s'il pouvait le voir sur sa tête rousse.
- Je sais pas trop, répliqua le mod soul, couché tranquillement sur le ventre, une patte repliée sous sa tête de lion. En vous observant aujourd'hui, j'ai ressenti un drôle de sentiment et pour une fois, ça ne venait pas de toi plutôt d'elle. C'est assez compliqué à expliquer, bâilla-t-il avant de fermer les yeux.
Une main dans sa poche, l'autre passant sur son visage épuisé, Ichigo soupira longuement.
Tu ne crois pas si bien dire, Kon…
o
o
Un mois s'écoula.
Tout redevint presque à la normale dans le cercle d'amis : leur amitié était aussi solide qu'avant, ils combattaient les Hollows comme à l'accoutumée, Orihime avait repris le chemin du lycée et s'était réhabituée à son rythme de vie. En grande partie grâce à Ichigo.
C'était en rapport avec lui si tout était redevenu presque comme avant.
S'il avait eu l'impression qu'il y avait comme une barrière invisible entre Inoue et lui, à présent il dirait que c'était carrément un mur bétonné. Ce n'était un secret pour personne qu'Ichigo était un garçon au sang chaud et qu'il devenait plus facilement irritable quand un sujet le contrariait. Ce qui était le cas depuis un mois maintenant.
Personne ne comprenait pourquoi il agissait ainsi puisque le comportement d'Inoue à son égard était plutôt subtil. En présence des autres, elle bavardait normalement avec lui mais dès qu'ils se retrouvaient seuls, elle le fuyait ou évitait ses questions. Pourquoi diable agissait-elle de la sorte ? C'était comme si il avait retrouvé son amie en apparence seulement. A l'intérieur, ce n'était plus elle.
Au fond de lui, Ichigo lui en voulait et c'était difficile à admettre. Inoue était la dernière personne avec laquelle il pensait entrer en conflit. Bordel, il avait pleuré sa disparition, cherchée partout, l'avait emmenée se faire soigner, réconfortée, rassurée grâce à une promesse et voilà comment elle le remerciait ? Ajouté à cela, il l'avait fait sortir le plus possible afin qu'elle ne reste pas seule trop longtemps, ils avaient fait leurs devoirs ensemble à la bibliothèque, ils s'étaient même promenés dans le parc en dégustant un plat à emporter rien que tous les deux. Cela dans le but de l'aider à retrouver ses repères, ses habitudes.
N'était-ce pas là ce qu'elle lui avait demandé de faire et qu'il avait promis sans hésitation ?
A présent, elle ne l'autorisait plus à tenir cette promesse ? Conneries. Non, il y avait bien quelque chose et il était déterminé à découvrir la source du problème. Maintenant.
- Hey, Inoue.
- Kurosaki kun.
Ils se trouvaient au lycée, à l'heure du déjeuner. Elle fouillait dans son sac pour en extraire son repas quand elle l'entendit l'appeler.
- Tu… Tu veux me dire quelque chose ?
Le roux ne manqua pas de remarquer qu'elle avait regardé autour d'elle dans l'espoir de voir l'un de leurs amis… mais ils étaient seuls. Et aussi, elle fuyait ses yeux. Encore. Il serra le poing dans sa poche pour se calmer.
- Ouais, Tatsuki mange avec les gars de son club, non ? Alors je me suis dit que tu ne voudrais sûrement pas manger seule.
- Um ? Oh, c'est gentil mais je ne serai pas seule. Il y a Ryo chan, Chizuru chan et…
- Parfait, alors viens, la coupa-t-il sèchement en se détournant. Ishida, Chad et les autres nous attendent.
Orihime resta clouée sur place. A l'évidence, elle n'avait pas le choix. Une chose la rassura néanmoins : il y aurait ses autres amis.
- D'accord, je te suis.
Elle lui emboîta le pas jusqu'au toit.
Le repas se passa dans une bonne ambiance avec Keigo aux commandes. Il amusa la guérisseuse plusieurs fois et elle participa activement à la conversation… sous le regard intense d'Ichigo assis face à elle. Ce dernier était présent physiquement mais son esprit demeurait dans le lointain. Il se disait tout simplement que si Rukia ou bien Tatsuki se comporterait ainsi avec lui, il les aurait confrontées direct et sans détour pour savoir ce qui se tramait.
En revanche avec Inoue cette méthode ne fonctionnerait pas. En tout cas, elle serait utilisée en dernier recours car premièrement, sa nature douce n'incitait pas à lui crier dessus et deuxièmement, il ne voulait pas l'effrayer ou pire, l'éloigner davantage de lui. La meilleure solution restait donc de la prendre latéralement et… par les sentiments. Tel était le plan A d'Ichigo qui comptait le mettre en application cinq minutes avant la reprise des cours.
- Inoue, je peux te parler ? dit-il soudain en pointant un coin pas loin.
D'abord surprise, la beauté auburn accepta. Elle serait seule avec lui, certes, mais pas complètement puisqu'ils resteraient dans le champ de vision des autres. Justement, ceux-ci, notamment Ishida, les observèrent avec un sourcil levé. Seul Chad semblait savoir ce qu'il se passait réellement, mais il demeura bien évidemment aussi silencieux qu'une statue.
Debout face à face, les deux jeunes restèrent un instant plongés dans le silence. La sœur de Sora était occupée à tenir sa jupe fouettée par le vent ainsi que ses cheveux menaçant à chaque seconde de lui brouiller la vue. Ichigo fut un instant distrait par ses jambes longues et galbées avant de prendre la parole.
- Comment tu vas, Inoue ? Tu ne m'as pas dit bonjour ce matin.
Il avait volontairement laissé le reproche percer dans sa voix.
- C'est vrai mais c'est parce que je suis arrivée en retard, se défendit-elle en levant enfin ses perles vers lui. Désolée.
Ses orbes brûlants la firent frissonner.
- Et pourquoi étais-tu en retard au fait ?
- J'aidais ma voisine et j'avoue ne pas avoir fait attention à l'heure, rit-elle en se grattant la tête.
Ses cheveux volèrent aussitôt sur son joli visage et elle dut les tenir à nouveau. De son côté, le jeune homme la crut tout de suite : il n'ignorait pas que sa voisine avait eu un accident récemment et qu'Inoue s'était bien sûr portée volontaire pour l'aider dans les tâches de la vie quotidienne. Il se gratta nerveusement la tempe avec l'index.
- Tu me reproches quelque chose ?
La belle écarquilla les yeux.
- Quoi ?
Le fils Kurosaki fit un pas vers elle. Il voulait apparemment la prendre par les épaules mais il se ravisa. Les sentiments passant dans ses iris firent rater un battement au cœur d'Orihime.
- Tu es différente avec moi et seulement avec moi, lui envoya-t-il avec colère et incompréhension.
- Kuro…
- Si tu as quelque chose à me dire, dis-le au lieu de te comporter comme ça, Inoue, poursuivit-il. Je…
Au diable sa résolution de conserver ses nerfs dans un état stable. Le fait qu'elle l'ignore le faisait chier et ça faisait un mois que ça durait, putain !
Leurs amis recommençaient à manger sans leur prêter attention aussi en profita-t-il. Doucement, Ichigo attrapa son bras mince et l'emmena avec lui en direction du muret. Dos à celui-ci, la princesse avait les yeux écarquillés. Là, on pouvait dire qu'ils n'étaient que tous les deux.
- Qu'est-ce que tu fais ? bredouilla-t-elle en essayant de partir. Nous…
Un bras musclé lui barra la route, lui faisant ouvrir les yeux encore plus grand. Orihime avala, puis remonta ses océans gris jusqu'au coude, l'épaule et enfin le visage de Kurosaki kun baissé vers le sol.
Pendant un moment, seul le vent sifflait à leurs oreilles.
- Ça te pose un problème de rester seule avec moi ?
Sa question raidit le corps de la jeune femme.
- Non.
- Alors peut-être crains-tu que je te fasse quelque chose ou qu'il t'arrive un truc en ma présence ? enchaîna Ichigo, cachant toujours son expression.
Elle serra ses petits poings, la gorge nouée.
- Non plus.
Silence.
- Dans ce cas, ça ne te coûte rien d'écouter ce que j'ai à te dire, conclut-il en reposant ses iris intenses sur elle.
L'adolescente frissonna et se recolla machinalement contre le mur pendant qu'il se redressait sans ôter son bras près de son épaule.
- Je… Je t'écoute, Kurosaki kun.
Celui-ci plissa les yeux, la mâchoire serrée. Une souffrance -mêlée de colère et de doute- déformait les traits de son visage séduisant.
- Nos amis ne te l'ont pas vraiment dit mais j'ai obstinément refusé de croire à ta mort, amorça-t-il de but en blanc. Je me suis accroché à des souvenirs qui m'ont en quelque sorte forcé à remarquer des détails.
Le cœur de Hime se compressa et elle n'ignora pas son poing deux fois plus serré sur le mur. En réalité, Tatsuki chan lui avait tout dit sur le comportement d'Ichigo comme le fait qu'il la cherchait partout, dormait et mangeait peu. Elle cligna des yeux pour faire reculer les larmes et lui accorder de nouveau toute son attention.
- Des détails sur quoi ?
- Pas sur « quoi » mais sur « qui ».
La voyant froncer les sourcils, il dut apporter une précision supplémentaire.
- Sur toi, Inoue. Je te dis ça parce que je sais que tu n'es pas comme d'habitude avec moi depuis que je suis passé te chercher pour t'accompagner sur la tombe de ton grand frère.
Le lycéen la vit se crisper avant qu'elle ne croise les bras sous sa poitrine généreuse en mordillant sa lèvre. Elle sursauta légèrement lorsqu'il s'approcha un peu plus près d'elle.
- Ku…
- Une lueur brille dans tes yeux quand tu es heureuse, lui murmura le roux en observant attentivement sa réaction. Tu mords ta lèvre quand tu es nerveuse…
Orihime rompit la connexion visuelle, cessa de grignoter sa lèvre, décroisa les bras et tordit ses doigts fins. Cela le fit légèrement sourire.
- Tu tords tes doigts quand tu es mal à l'aise…
Il prit ses petites mains dans la sienne plus grande. Son geste inattendu la fit rougir, écarquiller les yeux, ensuite tourner la tête.
- Tu détournes les yeux quand tu ne veux pas qu'on y lise tes sentiments à travers eux, termina-t-il avec un regard profond en décollant sa main libre du mur pour lui prendre le menton.
Le jeune Shinigami plongea dans ses prunelles argentées aussitôt que son doux visage rose refit face au sien.
- Ce genre de détails, Inoue. Je n'y ai jamais fait attention avant que tu ne disparaisses si brusquement de nos vies, confessa-t-il en mordant sa lèvre inférieure à son tour comme si il s'en voulait. En me remémorant des souvenirs te concernant, j'ai vu les choses sous un angle différent, tu comprends ?
La princesse ne pouvait articuler un mot en raison de la rivière d'émotions déferlant en elle. Elle avait presque l'impression d'être mise à nue, n'étant pas du tout préparée à entendre ça venant de lui. Oui, elle était étonnée par ce qu'elle venait d'entendre, choquée qu'il ait fait si attention à elle de cette façon et surtout frustrée de ne pouvoir presque plus rien lui cacher, comme dépourvue de bouclier et exposée à ses yeux dangereusement hypnotiques.
- Inoue.
Celle-ci revint sur terre en sentant un doux souffle sur son visage. Ses joues flambèrent presque instantanément en raison de leur faible proximité et elle aspira un peu d'air. Kurosaki kun s'était penché, dix centimètres séparaient leurs visages ! De plus, sa grande main chaude avait glissé dans son cou, seul son pouce restait sous son menton pour maintenir sa tête auburn levée vers lui tandis qu'il tenait toujours ses petites mains tremblantes avec l'autre.
Le cœur battant la chamade, la déesse lécha ses lèvres devenues affreusement sèches, action qui attira momentanément l'attention d'Ichigo avant qu'il ne fixe à nouveau ses yeux.
- Je pense avoir le droit de savoir pourquoi tu n'es plus la même avec moi, alors dis-moi la raison pour laquelle tu me fuis, chuchota-t-il en pressant doucement son cou pour appuyer sa demande.
L'intéressée crut fondre. Ses iris marron partiellement cachés par sa frange orange étaient si incandescents… Oh kami sama, il était définitivement très beau. L'esprit presque déconnecté et submergée par sa présence, Orihime ouvrit la bouche pour dire Dieu sait quoi.
- Merde ! siffla le fils Kurosaki.
Son insigne sonna soudain. Il le plaqua sur son torse pour prendre sa forme d'âme.
- Y en a plus d'un d'après ce que je ressens, déduit-il, tourné dans la direction des monstres. Les cours ne vont pas tarder à reprendre et la prof m'a déjà dans le collimateur, ça ira plus vite si j'attaque en Bankai.
Aussitôt dit aussitôt fait, son reiatsu fracturant les particules de l'air.
- On en reparlera plus tard, Inoue.
Son shihakusho s'agitant autour de ses jambes, Zangetsu fermement serré dans sa main, il décolla. Ichigo ne vit pas l'expression terrifiée d'Orihime qui recula sans le perdre de vue, un poing fermé devant sa poitrine, ses prunelles humides.
- Kurosaki kun…
[ … ]
Sous forme de Shinigami, son corps à ses côtés, Ichigo était assis sur le toit de l'immeuble d'Orihime. Mis à part l'épisode du déjeuner de ce midi, il avait tenté de renouer le dialogue avec elle après les cours en se rendant chez elle avant qu'elle ne parte travailler, puisqu'elle avait vite filé après la sonnerie. Arrivé à destination, il eut la surprise d'apprendre que non seulement elle ne bossait pas aujourd'hui -ce qu'il avait pris pour une bonne occasion de discuter sérieusement avec elle- mais qu'en plus elle avait prévu une sortie entre filles avec Tatsuki. Donc, une fois encore, elle l'avait fui.
Les yeux sur le ciel étoilé, Ichigo soupira. Honnêtement, cette situation emmerdante l'aurait fait exploser depuis longtemps s'il n'avait pas eu une conversation avec son père il y a environ deux semaines. Son vieux était vraiment lourd, chiant, agaçant, trop curieux et pervers mais il n'en demeurait pas moins son père. Le cauchemar qu'il avait vécu après qu'Inoue l'ait sauvé avait incité son paternel à se calmer et se rapprocher de lui autant que possible. C'est ainsi qu'il avait percé à jour ses sentiments.
Isshin était parvenu à faire comprendre à son fils si têtu et en pleine souffrance que la réaction qu'il avait eue à la « mort » d'Orihime, ce gouffre énorme qui s'était ouvert en lui, sa détermination à la retrouver quand tout espoir semblait perdu, sa capacité à se rendre compte que Yui avait pris sa place, son humeur se dégradant uniquement parce qu'elle ne le regardait plus comme avant... tout ça ne signifiait qu'une seule et unique chose. Sur le moment, Ichigo n'avait évidemment rien compris à ce charabia selon lui, trop irrité par l'attitude incompréhensible d'Inoue. Mais ensuite, en y réfléchissant à tête reposée et en mettant les éléments bout à bout, il avait enfin saisi ce que sa peine, son soulagement et sa colère avaient occulté puis révélé.
C'est quand on perd quelque chose qu'on en réalise vraiment la valeur. Il venait de pleinement le réaliser.
Il l'aimait.
Pas comme une amie comme il le croyait mais le véritable amour, un peu comme celui décrit dans les bouquins dont raffolaient Yuzu et Rukia, et c'était sans doute pour ça qu'il n'avait pas rougi en lui prenant la main au cinéma ou même qu'il avait vu rouge lorsque ce crétin de vendeur avait tenté de lui refiler son putain de numéro.
Toutefois -et Dieu merci- l'amour qu'Ichigo ressentait pour Inoue restait assez différent de ces trucs à l'eau de rose où câlins, bisous et autres mots d'amour régnaient en maître. Il s'agissait d'un amour simple et sincère. Il lui avait fallu du temps pour réaliser ses sentiments, il ne savait pas si Inoue ressentait la même chose, leur amitié paraissait déjà instable et leur vie était loin d'être un long fleuve tranquille surtout avec l'autre tarée de Yui toujours introuvable. Ce dernier point, il s'en passerait volontiers.
Ichigo s'allongea, les deux bras croisés sous sa nuque, ses orbes ambrés toujours perdus sur l'étendue étoilée étirée au-dessus de la ville.
Avoir résolu le mystère entourant ses sentiments ne le poussait pas pour autant à se déclarer. Ce qu'il voulait en premier lieu, c'était faire avouer à son amie la raison de cette attitude incompréhensible. Qu'elle se sente de nouveau à l'aise en sa présence. Qu'elle le regarde, lui parle et lui sourit comme avant…
- Entendu, Tatsuki chan !
Le Shinigami remplaçant sursauta et jeta un œil en bas : Tatsuki venait de raccompagner Orihime qui lui faisait un grand signe de la main maintenant qu'elle était arrivée devant chez elle.
- A demain, Tatsuki chan ~
- A demain, Orihime, répondit la championne en s'éloignant. N'oublie pas le repas que ma mère t'a fait, ça te changera de tes plats toxiques !
La guérisseuse eut un petit rire.
- Oui ~
Sur quoi, elle monta l'escalier pour accéder à son appartement dont la porte ne tarda pas à claquer. Le fils d'Isshin se redressa, sa détermination toujours aussi vive.
Très bien. Cette fois, il obtiendrait des réponses.
Son corps sous le bras, il sauta pour atteindre le sol, fit quelques pas, leva le poing et frappa brièvement. Après un court moment, il entendit des pas précipités.
- J'arrive !
La porte s'ouvrit sur une Inoue peu vêtue et aux cheveux retenus en un chignon lâche.
- Tu as oublié de me dire quelque chose, Tatsuki ch… ?
Elle se figea, les yeux ronds, le souffle visiblement coupé.
- Ku-Kurosaki kun !? s'étouffa-t-elle, ses doigts fins crispés sur la porte. Que… Que fais-tu là ?
- Salut, Inoue.
Orihime sut à son ton, son regard flamboyant et surtout l'aura émanant de lui qu'elle n'avait aucune chance de lui échapper…
- J'ai attendu pour pouvoir te parler, ajouta-t-il. Seul à seule.
…et Ichigo n'allait certainement pas contredire ses pensées qu'il déchiffrait aisément dans ses yeux gris écarquillés sous le choc.
Lorsqu'il désirait savoir quelque chose, il faisait toujours tout pour obtenir l'info et cette fois, c'est elle qui allait en faire l'expérience.
Hello ~ Je suis contente de mettre cette fic à jour ! Merci à vava-chan, Angie-Tenshi, haru, Misa-chan, Samantha, Bleachihime, Clia, Sandra et les autres pour vos avis sur cette histoire, c'est très motivant pour moi =) J'ai enfin fini de l'écrire, elle se compose de cinq chapitres. Je dois dire que j'aime bien celui-là surtout la fin car Hime semble mal barrée avec un Ichi dans cet état xD En même temps, elle l'a cherché u.u Merci pour la lecture ^^
