Troisième chapitre, et réapparition de Voldy...les choses se compliquent!
Merci à Anadyomède, Ayanna, Eleonore-dem et Blackmamba! à l'intention de cette dernière: tu connaîtrais un petit ami de Ginny qui soit dans son année?
Enjoy!
OOooOO
A la bibliothèque, Ginny se retrouva très vite entourée par des piles de livres qui formèrent une sorte de rempart autour d'elle. Mais malheureusement, peu d'ouvrages se trouvèrent être dignes d'intérêt, la plupart n'étant composés que de délires mystiques sur la joie que procurait la fusion des pensées ou de sermons moralisateurs sur l'interdiction absolue d'attenter à l'intégrité mentale d'autrui. Beaucoup de commentaires, mais peu d'analyses, donc. La jeune fille poussa un soupir frustré avant d'ouvrir un énième bouquin. La première page était entièrement occupée par une gravure très réaliste représentant un homme sous l'emprise d'une possession, le visage agité de tics comme sous l'influence de sentiments contraires, et le regard anormalement trouble et absent. Ginny frissonna. Avait-elle été ainsi, et, plus important, risquait-elle de le redevenir? En même temps, quelque chose la dérangeait dans cette image, allait à l'encontre de son bon sens: les symptômes d'une possession étaient bien trop évidents pour que personne n'ait remarqué quelque chose d'anormal chez elle en première année. Elle feuilleta les pages avec un intérêt renouvelé.
Le livre se révéla effectivement beaucoup plus intéressant que les précédents, même si les informations qu'elle en tira avaient peu d'utilité pratique: il semblait que la possession ait été souvent négligée au profit du sortilège d'Impérium en raison de ses nombreux inconvénients: elle demandait en effet une somme d'énergie considérable, supposait de quitter son corps pour cohabiter dans celui de la victime en partageant toutes ses pensées; si le possédé était assez fort pour s'opposer au possédant, on assistait alors à une véritable lutte entre les consciences. En revanche, la possession avait l'avantage de pouvoir être réalisée à distance.
Un détail troubla particulièrement Ginny: il était en effet précisé que la victime restait toujours consciente de ses gestes même si ceux-ci n'émanaient pas de sa volonté propre, un peu à la manière d'un spectateur devant une pièce de théâtre. Or elle ne conservait aucun souvenir des moments où Tom Riddle l'avait possédée; tout se fondait dans un immense trou noir. Elle essaya pendant un moment d'y réfléchir, de fouiller sa mémoire; à nouveau elle eut l'impression d'une porte verrouillée dans son esprit, d'une réponse qui se trouvait là, mais restait inaccessible. Sa migraine revenait en force, la dissuadant de creuser la question plus avant. Elle referma d'un geste rageur le livre devant elle. Cela ne lui indiquait pas comment résister à une éventuelle possession. Elle prit ses affaires et sortit de la bibliothèque.
Severus Rogue, dissimulé derrière une étagère, vit du coin de l'œil la fille Weasley quitter la bibliothèque, l'air contrarié. C'était l'occasion qu'il attendait depuis presque une heure. Il s'approcha de la table qu'avait occupée la jeune fille, encore recouverte des livres qu'elle avait consultés. Il prit un des ouvrages dans ses mains et en regarda le titre: De mente alterum, de l'esprit des autres…Il passa une main dans ses cheveux, d'un geste machinal. Son regard était soucieux, mais une lueur de compréhension y brillait. Il murmura pour lui-même, avec un sourire tordu:
− Pauvre fille! Tant de choses qui ne sont pas dans les livres…
Il reposa le livre et à son tour quitta la bibliothèque.
Après être sortie de la bibliothèque, Ginny se rendit dans la grande salle, où elle préféra diner seule, en silence, malgré les invites de plusieurs de ses amis. L'approche du soir l'angoissait. A l'idée d'entendre une nouvelle fois cette voix traînante dans sa tête, elle ne pouvait empêcher ses doigts de trembler légèrement. Plus encore que la confrontation, ce qu'elle redoutait, c'était la douleur; la veille, elle avait été terrible. Rien ne pouvait lui être comparée: l'impression que l'on vous compressait les tempes, qu'on vous lacérait l'esprit. Elle avait cru devenir folle sur le coup. Ginny repoussa son assiette à peine entamée et monta à la Salle commune des Griffondors.
Son manuel d'Histoire de la magie ouvert devant elle, elle s'abîma pendant plusieurs dizaines de minutes devant la contemplation de la même page, qu'elle relisait sans la voir. Elle n'arrivait pas à fixer son esprit sur quoi que ce soit. Distraitement, sa main jouait avec sa plume. Une main sur son épaule la fit sursauter:
− Ca va, Ginny? Je t'ai vue quitter la Grande Salle, tu n'avais pas l'air bien, lui demanda Hermione, l'air inquiet.
Ginny se demanda mentalement combien de fois on allait lui demander comment elle allait aujourd'hui. Elle aurait du le prendre pour une marque d'attention, mais comme elle n'avait aucune envie de se confier à qui que ce soit, cela l'énervait. Elle eut un sourire crispé:
− Tout va bien, je suis juste un peu sur les nerfs. Ca va passer.
Ce fut ce moment que choisit Ron pour intervenir, la bouche encore à moitié pleine de frites:
− C'est vrai que t'es bizarre, et pas qu'aujourd'hui. Souvent tu dis rien, tu restes à observer les gens avec un drôle d'air, ça fait froid dans le dos. T'étais pas comme ça avant. En fait t'es bizarre depuis que…
Soudain il s'arrêta, et rougit jusqu'aux racines des cheveux. L'épisode de sa possession restait un sujet tabou dans la famille Weasley. Fred, qui avait entendu en passant la fin de la conversation, donna une claque sur la tête de son frère, et lui dit:
− Ron, pour la plupart des gens, ne pas dire toutes les conneries qui te passent par la tête et disposer de plus d'un neurone, ce n'est pas être bizarre, c'est être normal. Tu devrais peut-être même prendre exemple.
Il lança un clin d'œil à Ginny, et ajouta:
− Si tu veux, sœurette, je te passerai un sachet de Pralines Longue langue à fourrer dans ses poches. Ca l'empêchera de l'ouvrir pendant un moment.
Sur ce, il s'éclipsa, appelé par Angelina Johnson. Ginny profita de la diversion pour changer de sujet, et encore une fois, ne put que constater l'absence d'Harry.
− Il est assis près du feu à ruminer, lui indiqua Hermione.
− Encore Ombrage? Il s'est passé quelque chose en cours?
− Non, pas du tout. Cette fois-ci, c'est Malfoy qui l'a mis en rogne.
− Il devrait pourtant y être habitué, depuis le temps.
Hermione poussa un long soupir et jeta un rapide coup d'œil en direction de Harry:
− Je sais. Mais cette année, il est particulièrement…susceptible.
Ron marmonna quelque chose à propos des Serpentards, tous des cons, des traîtres et des fourbes selon lui. Hermione protesta:
− C'est une manière très réductrice de voir les choses, Ron. C'est trop facile de dire d'office que tous les gens qui vont à Serpentard sont des salauds, et que nous nous sommes des «gentils». C'est faire exactement la même chose que Malfoy lorsqu'il considère que tous les enfants de Moldus sont forcément des vers de terre.
− Comment peux-tu me comparer à Malfoy? s'exclama Ron, courroucé.
Hermione soupira:
− Je dis simplement que tu as des préjugés.
− Cite-moi seulement un Serpentard fréquentable!
Ginny décida d'intervenir:
− J'ai plusieurs amis à Serpentard.
Elle échangea un regard complice avec Hermione, puis ajouta:
− Mais comme je suis bizarre, je suppose que ça ne compte pas. Sur ce, bonne nuit, j'ai quelques heures de sommeil à récupérer.
Elle grimpa les escaliers de son dortoir, désireuse de s'éloigner autant qu'elle pouvait de Ron. Pas qu'elle ait été blessée par sa remarque, mais simplement parce qu'elle voulait fuir sa stupidité. C'était vrai qu'elle avait changé depuis sa «mésaventure» en première année; c'était même une évidence. Avant, elle avait été une gamine tout ce qu'il y avait de plus normal, rieuse, peut-être même légèrement infantile; son «expérience» l'avait rendue beaucoup plus mature que son âge, plus réfléchie et plus distante aussi. Surtout, elle avait acquis une perspicacité étonnante, et un contrôle sur ses émotions qui confinait parfois à la froideur. Des qualités très Serpentard, en somme. Que son frère s'en soit rendu compte avec plus de deux ans de retard ne la surprenait pas outre mesure. Non, c'étaient ses préjugés qui avaient achevés de l'exaspérer: comme Hermione, Ginny trouvait absolument stupide la division des élèves en maisons aux caractères prédéfinis: les Griffondors n'avaient pas le monopole du courage, ni les Serdaigle celui de l'intelligence. Le fait que le Choixpeau avait hésité à la mettre à Serpentard montrait bien à quel point ces catégories n'avaient aucun sens: était-elle censée être à la fois brave et prudente, voire dissimulée? Dans son esprit, c'étaient bien plutôt les maisons qui «fabriquaient» des élèves à leur image, résultat d'un long bourrage de crâne, que les élèves qui se trouvaient regroupés en fonction de leurs qualités.
Le cœur serré à l'idée de s'endormir, elle alla cependant se coucher, comme l'on va à l'abattoir. Elle avait le sentiment d'être plus vulnérable dans son sommeil. Elle s'agita fébrilement entre ses draps, mais ne tarda pourtant pas à sombrer.
Le lendemain matin, lorsqu'elle se réveilla, Ginny fut presque surprise de se rendre compte que sa nuit avait été paisible. Toute la journée, elle fut attentive à ses sensations, mais elle ne ressentit aucune sorte de présence, aucun sentiment de malaise. La nuit vint et n'apporta rien de nouveau. Ginny commença à se détendre; elle pensait de moins en moins à ces évènements, à la voix qu'elle avait entendue, les considérant presque comme un fantasme de son esprit. Même son mal de tête, qui était toujours latent ces derniers temps, sembla s'atténuer. Cependant, la deuxième nuit, ce calme relatif se révéla illusoire.
Elle était allée se coucher confiante, et avait aussitôt plongé dans un profond sommeil. Des rêves ne tardèrent pas à l'assaillir. Elle se vit déambuler dans les couloirs de l'école, seule. Le bruit de ses pas résonnait de manière démesurée. Elle ignorait où elle se rendait, mais s'y dirigeait sans aucune hésitation. Soudain, elle se retrouva devant la porte des anciennes toilettes des filles, celles hantées par Mimi Geignarde. Ginny eut un instant d'hésitation. Elle ne se souvenait pas y être déjà allée, mais elle savait, par le récit qu'Harry en avait fait, qu'elles donnaient accès à la Chambre des Secrets. Sans qu'elle l'ait souhaité, sa main poussa la porte et elle entra dans la pièce. Ginny avait l'impression de ne plus contrôler entièrement son rêve. Aussitôt qu'elle se fut avancée, la porte se ferma d'elle-même derrière elle.
Elle se retourna, mais il n'y avait personne. C'est alors qu'elle entendit la voix de nouveau, cette voix grave et traînante qu'elle avait déjà entendue:
− Alors Ginevra, qui suis-je? As-tu résolu l'énigme?
Ginny se força à rester calme, malgré son cœur qui commençait déjà à s'affoler. Elle ne l'avait pas senti venir, cette fois-ci. Elle inspira profondément, consciente que paniquer ne ferait que la rendre encore plus vulnérable. Elle répondit d'une voix qui tremblait à peine:
− Lord Voldemort.
Jusqu'à présent, elle n'avait jamais prononcé ce nom, mais il lui semblait un peu ridicule de l'appeler Vous-Savez-Qui, et elle se refusait à le désigner sous le titre de Seigneur des Ténèbres. Elle entendit un rire triste, puis la voix dit presque avec tendresse:
− Ne veux-tu pas m'appeler Tom, comme avant?
− Non, répondit-elle d'un ton sec et sans appel. Vous n'êtes pas Tom Riddle.
Il y eut un autre rire, beaucoup plus froid celui-ci.
− C'est vrai. J'ai fait en sorte que Tom disparaisse il y a un moment déjà. As-tu peur, Ginevra?
− Je n'ai pas peur de vous.
A peine eut-elle dit cela qu'elle se mordit la langue, consciente de la stupidité de sa réponse. Il n'y avait qu'un imbécile pour ne pas avoir peur lorsque le Seigneur des Ténèbres s'est introduit dans son esprit. La voix sembla lire ses pensées.
− Très juste. Déformation griffondor, je suppose.
− Qu'est-ce que vous me voulez?
− Je viens simplement te donner la possibilité de choisir ton camp.
Ginny fut prise d'un rire voisin de l'hystérie.
− Vous voulez que je me joigne à vous? C'est ridicule. Ca n'a pas de sens. Vous savez que jamais je ne changerai de camp. Pourquoi je ferai ça? Vous êtes les méchants, nous sommes les gentils. Quel choix y a-t-il à faire?
A ses oreilles, son discours lui parut soudain simpliste, presque infantile. Encore une fois, la voix sembla deviner ce qu'elle pensait:
− Je vois que tu sens la faille. Et si tout n'était pas aussi simple? Il n'y a pas le Mal d'un côté et le Bien de l'autre, aussi tentante une telle option puisse-t-elle être.
Il marqua une pause, puis poursuivit, d'une voix plus forte:
− Et si depuis que vous êtes nés, tous autant que vous êtes, on vous tenait dans l'ignorance? Si jour après jour, on vous mentait un peu plus pour vous empêcher, justement, de faire un choix?
Ginny se plaqua les mains contre les oreilles. La voix était terriblement persuasive. Elle hurla:
− TAISEZ-VOUS! JE NE VEUX PAS VOUS ENTENDRE! CE NE SONT QUE DES MENSONGES! JAMAIS DUMBLEDORE…
− Dumbledore. Exactement, la coupa la voix, le ton dur. Le bon, le très saint Dumbledore. Celui qui, en passant, a effacé ta mémoire…
Ginny haussa les épaules. C'était la chose la plus absurde qu'elle ait entendue. Si jamais elle avait douté pendant l'entretien, cette dernière phrase était venue raffermir toutes ses positions. Le mensonge était trop énorme. Elle se sentit même assez forte pour lancer une remarque ironique:
− Le rappel de ma première année n'était peut-être pas très politique. C'était celle, en passant, où vous avez failli me tuer…
Son mal de tête la reprit soudain avec violence. Elle gémit presque.
− Les maux de tête, justement. Qui surgissent commodément à chaque fois que tu veux combler les vides dans ton esprit. Tu as pourtant lu les livres, Ginevra : lors d'une possession, on reste conscient.
Ginny eut soudain vraiment peur. Elle savait que les maux de tête étaient dus à sa présence. Il déformait les faits, il se servait de ses souvenirs pour les retourner contre elle. Elle dit précipitamment, d'une voix stridente:
− Laissez-moi tranquille, je ne veux pas vous écouter, je ne vous laisserai pas me manipuler, je…
− Te manipuler, lui répondit-il d'une voix dangereusement douce. Pourquoi voudrais-je faire une chose pareille?
− Pour approcher Harry et Dumbledore, dit-elle sur un ton d'évidence.
Encore une fois, il y eut ce rire, mais cette fois-ci il était terrifiant.
− J'ai été patient avec toi, Ginevra. Mais j'en ai assez de ta stupidité. Si j'avais voulu me servir de toi, j'aurais pu le faire sans te demander ton avis…comme ceci.
Alors il s'empara de ses pensées, et elle ne fut plus qu'un pantin inconscient entre ses mains.
