Chapitre 2 : Enseigne Iris Niemann
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Deux jours après la découverte du corps de Derek Anderson, Gibbs reçoit un nouvel appel. Une jeune femme marine tuée au Franklin Roosevelt Memorial, apparemment égorgée.
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« Ça a un air de déjà vu » murmure Tony.
« Comme tu dis, Tony » lance Gibbs en lui jetant les clés.
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Il invite de la main ses collaborateurs à le précéder, Kate et McGee en tête suivis de Tony. Gibbs ferme la marche non sans avoir posé la main sur les reins de Tony qui ne s'en formalise pas puisque son boss le presse de hâter le pas.
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« Allez, Tony, on ne traîne pas » lui fait-il.
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Il profite de cet ordre pour laisser sa main au creux du dos de son agent sans que son geste ne paraisse trop suspect. Il note mentalement de renouveler çà, aucun regard curieux de la part de ses autres collègues ne s'est manifesté. Kate, dos à la porte, n'a pas vu le geste de son patron.
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Le trajet en voiture se fait en silence, Gibbs au volant. Il remarque également que Tony, installé sur le siège passager à ses côtés, a le poing gauche serré et posé sur sa cuisse, signe qu'il redoute la conduite de son boss. La circulation importante l'oblige à réfréner son envie de foncer à toute vitesse. Il est donc contraint de rouler plus modérément pour une fois. Il voit le poing se desserrer et la main se poser à plat, le corps s'enfonce plus confortablement dans le siège.
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Une fois sur place, l'équipe se déploie comme la dernière fois et les mêmes tâches sont dévolues aux mêmes agents. Et comme la première fois, Tony fait les croquis puis inspecte les alentours immédiats de la scène de crime. Gibbs l'observe de loin sans en avoir l'air. Il note ainsi que le jeune agent lance de fréquents coups d'œil parmi la foule. Il le voit même se retourner brusquement et scruter les quelques rares badauds présents au-delà du cordon de sécurité.
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« Boss, j'ai trouvé l'arme » annonce l'italien au bout de deux minutes.
« Qu'est-ce que c'est cette fois ? » demande Gibbs.
« On dirait que c'est une dague » rapporte le jeune homme.
« Une dague, c'est quoi encore ? »
« Ca » réplique Tony en brandissant le sac d'indices qu'il remet à McGee.
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Il continue de farfouiller par acquis de conscience et ce qu'il trouve le glace : un nouveau papillon.
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« Gibbs, nous avons affaire à un tueur en série » lâche t-il soudain.
« Et à quoi tu vois çà, DiNozzo ? » questionne le patron.
« A çà, un nouveau papillon » réplique vivement Tony.
« Et tu es capable de nous donner son nom ? » ironise Kate.
« Un Graellsia Isabellae Graells et c'est une femelle » précise l'agent fédéral sous le regard furieux de Kate et amusé de Gibbs.
« Tu es sûr de toi, Tony » persifle la jeune femme. « Non parce que… »
« S'il le dit, Kate, tu peux être sûre que c'est vrai » coupe l'ancien marine. « Il ne s'amusera pas à avancer quelque chose s'il n'est pas certain de son fait. »
« Patron » apostrophe McGee, « le portefeuille de la victime. Elle s'appelait Iris Niemann, 23 ans. Enseigne de seconde classe, basée à Norfolk. »
« Ducky, tes premières impressions. »
« Eh bien ! Elle a été poignardée et d'après la blessure, je dirais que c'était un gaucher. L'heure de la mort remonte à trois ou quatre heures pas plus, donc au tout début du jour. Cinq heures du matin. »
« Un gaucher ? Ca veut dire que nous avons deux tueurs. Bon sang, je sens que cette enquête va nous donner des migraines » soupire Tony.
« Le mode opératoire est similaire pourtant » remarque Ducky. « Notre tueur était plus grand que la victime et l'attaque a eu lieu également de dos. »
« Des indices sont semblables, je vois mal deux tueurs différents signés tous deux leur forfait avec un papillon. En général, ce genre de malade cherche quelque chose qui les distingue des autres » note Kate perplexe.
« Ou des informations ont filtré et nous avons un copieur » suppose Gibbs.
« Un sacré copieur, alors. Il faut drôlement s'y connaître en papillon pour distinguer un mâle d'une femelle » assure Tony.
« Et tu penses que c'est impossible, Monsieur Je sais tout » se moque la jeune femme.
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La remarque se veut blessante mais Tony ne relève pas. Seul un regard noir de sa part envers la jeune femme est la réponse qu'il lui fait. Kate est dépitée, depuis deux jours, ses piques ne font aucun effet à l'italien. Elle trouve çà bizarre.
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« Bon, on emballe et on rentre » annonce le boss alors que le légiste reprend la route avec son assistant.
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Dans la voiture, et contrairement à ses habitudes, Tony ne desserre pas les dents. Pensif, il rumine quelque chose que lui seul connaît. De temps en temps, Gibbs lui jette un regard en coin, lui également aussi perplexe que les autres, son meilleur agent a vraiment une attitude bizarre depuis son retour de vacances.
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De retour au bureau, chacun s'affaire à son poste afin de connaître tout sur la victime. Cette fois, McGee coiffe tout le monde en sortant une brève biographie de la jeune femme.
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« Patron, j'ai son dossier. Iris Niemann est née à New York le 15 février 1980. Elle est fille unique. Ses parents ont divorcé, son père vit sur la côte ouest à Seattle. Sa mère s'est remariée et vit désormais à Baltimore. Elle a intégré la marine il y a cinq ans, à sa sortie de lycée. »
« Bien, je veux connaître ses déplacements durant la semaine passée. Pour quelles raisons est-elle à Washington ? Tout ce qui peut nous aider à faire le lien avec le meurtre d'Anderson. »
« Et tu veux ça pour hier, comme d'hab, boss » avance timidement Tony.
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Il pousse un soupir et se passe une main lasse sur le visage puis sur la nuque tout en faisant bouger sa tête. A le voir faire, Jethro comprend aussitôt que son agent n'est pas loin de devoir lutter contre une sacrée migraine. Il remarque aussi les grands cernes qui soulignent les yeux si verts de Tony, signe évident qu'il ne dort pas assez et que la fatigue s'accumule.
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Au lieu de rugir sur ses équipiers, Gibbs réfrène sa colère et pousse lui aussi un discret soupir. Prenant sa décision, il fait signe à Tony de le suivre.
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« Nous allons voir Abby et Ducky. Vous me faites ces recherches » fait le patron à Kate et Tim avant de partir vers l'ascenseur.
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Une fois dans la cabine, il fixe son regard sur Tony, appuyé sur la paroi, les yeux fermés et les lèvres serrées. Il comprend à son attitude qu'un mal de tête tenace sévit. Les portes s'ouvrent et ils rejoignent le labo de la gothique.
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Les indices déposés plus tôt chez Abby sont en cours d'analyse, elle ne peut leur faire part de ses constatations aussi vite même si Gibbs pense qu'elle a tout d'une super woman.
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Ils s'orientent ensuite jusqu'à la morgue. Ducky leur indique ses premières observations : un tueur gaucher, une arme blanche (certainement la dague découverte sur les lieux), jeûne et déshydratation comme pour le précédent et surtout pas de viol. Par contre, la demoiselle était enceinte de cinq semaines environ. Aucun signe de nausées matinales prononcées. Sans doute, cette grossesse lui était-elle encore inconnue.
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A cette nouvelle, Tony sursaute et gémit. Il ne peut s'empêcher de pâlir et il quitte la salle d'autopsie presque en courant. Il appelle l'ascenseur et les portes se referment sur lui avant que Gibbs, parti sur les pas de son agent, n'ait pu les franchir. Furieux, il tape rageusement sur les portes fermées dans l'attente de rappeler l'appareil.
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Une fois celui-ci revenu au sous-sol, il s'empresse de monter et de regagner l'étage des bureaux. Sorti, il constate aussitôt que Tony n'est pas à son bureau.
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« Tony n'est pas revenu ici ? » interroge t-il les deux agents restés sur place.
« Non, il n'est pas passé. Quelque chose ne va pas, Gibbs ? » demande l'Agent Todd légèrement crispée dans l'attente de la réponse.
« Je ne sais pas, Kate. Ducky vient de nous annoncer que notre victime était enceinte et cette nouvelle a pour le moins perturbé Tony. »
« A ce point ! Pauvre petite chose » ironise t-elle.
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Gibbs s'approche vivement du bureau de la jeune femme et se plante directement dans son champ de vision. Il s'incline vers elle, les mains posés sur le meuble. Un coup d'œil rapide vers McGee qui ne se préoccupe pas d'eux et Gibbs attaque aussitôt.
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« Kate, je te prie de cesser tes remarques à double sens et tes commentaires acerbes sur Tony. Si ton attitude devait persister, je me verrais dans l'obligation de me séparer, à regret certes, de tes services. »
« Eh ! Attends un instant, Gibbs. Tu peux me dire pourquoi depuis quelques jours, tout ce que je dis à Tony t'embête. On dirait que tu t'es institué son défenseur. Il me semble qu'il est un grand garçon et qu'il peut se défendre seul. »
« Je ne me répéterai pas, Kate. Ou tu cesses ce jeu stupide ou tu vires. A toi de choisir. Et je t'interdis de dire quoi que ce soit à Tony. Si toi, tu n'as pas compris de quoi il retourne, je me demande ce que tu fais dans mon équipe. »
« Tu veux dire quoi par là ? » s'enquiert la jeune femme.
« Allons, Kate. Ne me dis pas que tu n'as pas remarqué… »
« Si mais peut être que je me suis fourvoyée » fait-elle précipitamment.
« A quel sujet ? » s'étonne le boss.
« Tony et toi, bien sûr. »
« Quoi ? Mais de quoi parles-tu, enfin ? » rugit Gibbs furieux de s'être suffisamment dévoilé pour attirer son attention.
« Rien, laisse, je crois bien que j'ai interprété de travers… »
« Kate, Kate ! Tony ne va pas bien du tout. J'en ignore la cause et je ne veux surtout pas le bouleverser plus qu'il ne l'ait déjà. Bien compris, Kate ? »
« Oui, j'ai saisi. Désolée, je vais faire un effort, je te promets. »
« Bien, Je compte sur toi » répond-il en se redressant.
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Un regard en direction de McGee puis un nouveau vers Kate et il prend la direction de l'ascenseur. Il ignore où Tony a pu se précipiter à sa sortie de la morgue. Alors, il se rend au labo d'Abby, peut être pourra t-elle le renseigner. En arrivant toujours aussi silencieusement, il remarque de suite qu'elle est seule dans son antre.
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« Abby, Tony ne serait pas venu te voir, par hasard ? »
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La gothique sursaute et se tourne vers lui, le regard perplexe.
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« Tony ! Tu as perdu Tony, Gibbs ? Comment ça se fait ? Il était avec toi tout à l'heure et n'est pas revenu me voir depuis » précise-t-elle lorsqu'elle se rend compte que son boss montre des signes d'impatience.
« Tu ne saurais pas où je peux le trouver. Il est sorti bouleversé de la morgue lorsque Ducky nous a appris que notre marine était enceinte. »
« Je sais, Gibbs, Duckyman m'a informé. Tu trouveras certainement ton agent sur le toit du bâtiment. Il va s'y réfugier lorsque quelque chose le perturbe ou qu'il a envie d'être un peu seul. »
« Merci, petite fille » fait-il en venant l'embrasser et lui serrer l'épaule dans un geste de réconfort.
« Gibbs, vas-y mollo avec Tony, j'ai pas l'impression qu'il va bien en ce moment. Il est…. »
« Je sais. Ne t'inquiète pas, je vais le dorloter. »
« Sûr ou tu me dis ça uniquement pour me faire plaisir » émet-elle dubitative.
« Sûr et certain. Je vais de ce pas aller le consoler un peu. »
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Sur ces paroles, il prend le chemin de la sortie et l'escalier menant au toit du bâtiment. Une fois à destination, il parcourt du regard l'espace dans l'espoir d'apercevoir son agent. Aucune trace de l'italien. Il avance un peu de quelques pas, puis contourne un pilier de ventilation et découvre Tony. Il s'est réfugié dans un coin isolé protégé par un muret. Recroquevillé sur lui-même, les mains sur la tête posée sur ses genoux, il donne l'image même de la désolation. Gibbs se pose même la question de savoir s'il n'est pas en train de pleurer.
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Il s'avance doucement dans le but de ne pas l'effrayer. A quelques pas de son agent, il voit Tony lever la tête et le regarder. Ses grands yeux verts sont noyés de larmes et son visage est blanc. Ses yeux rouges et des traces indiquent qu'il a dû verser des pleurs durant un bon moment. Le cœur serré, Gibbs s'agenouille pour être à sa hauteur et sans parler, il entoure l'italien de ses bras et pose sa tête tout contre la sienne. Une main vient caresser les cheveux bruns et l'autre son dos. Aucun mot n'est échangé, Jethro sait et comprend que Tony a juste besoin de réconfort et de soutien. Les questions seront pour plus tard.
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Durant plusieurs minutes, les deux hommes restent dans la même position, le temps pour Tony de se reprendre et d'avoir le courage de croiser à nouveau le regard de son boss. Pour Gibbs, le moment est unique, il savoure le corps du jeune homme pressé contre le sien. Juste avant de se redresser, il ne peut s'empêcher de déposer un baiser dans les cheveux soyeux. Lentement, il se dégage et se sépare à regret de ce contact qu'il a vivement apprécié. Il se relève permettant ainsi à Tony d'en faire de même.
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L'ancien policier se tourne vers son patron et leurs regards se capturent plongeant chacun dans celui de l'autre. Gibbs peut lire dans celui de l'italien une grande tristesse qu'il conçoit tandis que Tony lit dans celui de son boss une grande douceur qu'il ne comprend pas. Une main vient se poser sur son bras, le presse, puis glisse jusqu'à la main qu'elle tire en direction de la porte.
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« Viens, nous allons passer au labo d'Abby avant de rejoindre les autres. Elle aura sûrement un remède pour effacer tes yeux rouges. Inutile de provoquer des questions embarrassantes, n'est ce pas ? »
« Merci, Patron, j'apprécie que tu n'en poses pas toi-même. »
« Je serai là lorsque tu te décideras à parler. N'attends cependant pas trop, on ne sait jamais ce qui peut arriver. »
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Tous deux rejoignent rapidement le labo de la scientifique qui, les voyant revenir ensemble, scrute aussitôt les deux visages tournés vers elle. Sans perdre un instant, elle se dirige vers son bureau et ouvre une petite armoire de laquelle elle sort un minuscule flacon et deux cotons qu'elle imbibe du produit contenu dans la bouteille. Elle revient vers son ami et lui tend les compresses qu'il prend sans un mot.
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« Pose-les sur tes yeux, ils devraient dégonfler dans quelques minutes et atténuer l'irritation » l'informe t-elle en lui souriant. « Tu devrais t'asseoir » ajoute t-elle en lui avançant un siège.
« Prends ton temps puis rejoins-nous là-haut » fait Gibbs en serrant l'épaule de Tony puis en caressant celle d'Abby pour la remercier.
« Je te l'envoie dès que je le juge prêt à affronter les autres. »
« Merci, petite fille de ta gentillesse. »
« Que ne ferais-je pas pour de beaux chevaliers en armure tels que vous ! » réplique la gothique, un grand sourire étirant ses lèvres.
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Gibbs sourit lui aussi et quitte la pièce non sans avoir jeter un regard sur Tony. Abby l'a intercepté et a compris qu'il se faisait vraiment du souci pour l'italien. Mais, perplexe, elle a perçu autre chose qu'elle n'a pu définir et non seulement dans le regard mais aussi dans l'attitude de l'ancien marine. Intriguée, elle examine attentivement l'italien mais ne peut là non plus interpréter quoi que ce soit. Elle serre les dents et soupire de dépit, le mystère reste entier et elle n'aime pas ça, mais pas du tout. Des secrets sont partagés entre les deux hommes et elle n'est pas au courant.
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Elle retourne donc à ses analyses et soupire de frustration lorsqu'elle constate les résultats. Un bon moment plus tard, elle jette également un œil à Tony qu'elle surprend la regardant, un sourire malicieux dessiné sur les lèvres.
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« Quoi ? » fait-elle en haussant les sourcils.
« Tu ne sauras pas alors ne te tortures pas les méninges, Gibbs est mystérieux au possible en ce moment » note t-il tout en se levant de son siège. « Je retourne là-haut. »
« Attends, je vérifie » dit-elle en revenant vers lui et en inspectant son visage. « Bien, tu peux y aller, personne ne posera de questions, c'est comme si tu n'avais jamais pleuré. »
« Merci, Abs, j'apprécie » répond Tony en lui faisant la bise. « A plus, mon adorable… »
« C'est ça, quand tu veux » lance t-elle en élevant la voix puisqu'il vient de franchir la porte.
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Revenu dans l'espace, Tony regagne son bureau sous le regard intrigué de Kate et Tim mais il ne leur prête aucune attention. Gibbs, assis à son propre bureau, lève la tête et lui sourit discrètement.
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« Bien, quelles sont les découvertes que vous avez faites ? » interroge Gibbs en regardant Kate et McGee.
« Elle est basée à Norfolk, elle est secrétaire médicale à l'infirmerie de la base. Elle partage son appartement avec une autre femme, une civile Emilie Watson depuis cinq mois » indique Kate.
« Ses relevés bancaires ne montrent rien d'anormal, pas de rentrée ou de retrait d'argent suspect » précise McGee qui a pris le relais. « Des dépenses courantes, aucune en particulier si ce n'est un virement mensuel sur un compte épargne mais qui n'est pas à son nom. J'essaie d'en savoir plus sur son bénéficiaire. »
« Deux victimes, toutes deux basées à Norfolk » réfléchit Tony tout haut. « Notre tueur est peut être là-bas. »
« Que faisait notre enseigne à Washington ? » questionne le boss.
« Elle était en vacances descendue au Chanel Inn Hotel chambre 35, patron » lui explique Tony en raccrochant le téléphone. « D'après le gérant, ses affaires sont toujours à l'hôtel où elle avait réservé pour huit jours. La chambre n'a pas été occupée depuis trois jours selon la femme de chambre. »
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Gibbs contemple la photo de l'enseigne affichée sur l'écran géant comme s'il avait l'espoir de découvrir quelque chose.
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« Boss, il nous reste à trouver le nom de son petit copain ou fiancé. Pour l'instant, aucune info sur ce mystérieux personnage » précise l'italien.
« Il faut le trouver coûte que coûte » gronde l'ancien marine, irrité.
« Comment ça, un petit ami ? Qu'est-ce qui te permet de dire qu'elle en avait un, Tony ? » interroge l'Agent Todd.
« Elle était enceinte, Kate. Ce n'est pas une seconde Marie, elle ne l'a pas été par l'opération du Saint Esprit. Donc, en toute logique, il y a un homme dans sa vie » spécule son collègue, un brin excédé des constantes mises en doute de sa consœur sur les infos qu'il donne. « On trouvera sûrement ça dans son carnet d'adresses, son répertoire téléphonique ou ses mails si elle possède un ordinateur. Comme le tueur est gaucher, il pourrait bien être un suspect possible s'il était au courant pour la grossesse et qu'il ne souhaitait pas devenir père. »
« Très bien, tu t'occupes de trouver cet homme, Kate » ordonne Gibbs. « Comme l'a dit Tony, il pourrait bien avoir décidé de mettre fin à cette menace de paternité. »
« Je m'y mets tout de suite » capitule la jeune femme en retournant à son poste.
« On descend d'abord voir si nos scientifiques ont trouvé d'autres indices » commande le patron en partant vers l'ascenseur.
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Toute la troupe le suit dans la cabine où règne un lourd silence durant la descente. Les portes ouvertes, ils sortent et se dirigent vers la morgue. Alors que Gibbs, Kate et Tim entrent hardiment, Tony reste prudemment en retrait vers le fond de la pièce, ce que note aussitôt Jethro qui ne fait cependant aucune remarque.
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« Ducky, as-tu de nouvelles infos pour nous ? »
« Bien, je te confirme que le tueur était bien gaucher, l'angle de pénétration de l'arme l'a confirmé. Elle a été poignardée de dos comme notre quartier-maître. Elle est sans doute restée deux ou trois jours sans se nourrir, ses tissus étaient déshydratés et son estomac était vide. Quant au fœtus, il en était à huit semaines, elle devait donc certainement être au courant pour sa grossesse bien que je n'aie pas noté de signes évidents correspondant à des nausées matinales. »
« Elle faisait peut être partie de ces femmes qui n'en ont pas » suggère Gibbs.
« Peut être en effet. En tout cas, elle prenait soin de son corps, sa peau est douce. Elle devait jusqu'à récemment encore entretenir sa forme, ses muscles sont là pour le prouver. »
« Donc, elle devait fréquenter la salle de sports de la base ou une salle en dehors » énonce Tony depuis sa place.
« Un autre point à vérifier en effet » approuve Gibbs.
« Pour moi, c'est tout ce que je peux te dire, Jethro. Si j'ai d'autres choses, je t'avertis. »
« Merci, Ducky » conclut Gibbs tout en se dirigeant vers la sortie. « On va chez Abby. »
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L'équipe repart donc vers le labo où la gothique écoute à plein tube sa musique que Gibbs s'empresse de baisser selon son habitude. Aussitôt, la scientifique se tourne vers les nouveaux arrivants et leur sourit tout en jetant un regard prolongé vers Tony dont elle attrape la main pour une brève étreinte.
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« Alors, Abby, tes analyses ont avancé ? »
« Bien sûr, Bossman. Je peux te donner quelque chose à te mettre sous la dent maintenant que tu as laissé le temps à mes bébés chéris de faire leur travail. Le sang sur l'arme est bien celui de la victime. Notre enseigne continuait de prendre une pilule contraceptive comme l'ont montré mes analyses. »
« Donc, elle n'était pas au courant pour sa grossesse » en déduit Tony.
« Effectivement, ça arrive qu'une femme enceinte ne sache pas qu'elle est enceinte surtout durant les trois premiers mois. Selon Ducky, le fœtus avait huit semaines, ça reste donc dans les possibilités. Par contre, j'ai beau chercher sur les vêtements de la jeune femme : aucune empreinte, aucun poil ou cheveu ne s'est perdu. Le tueur a pris soin de se protéger afin de ne pas laisser son ADN traîner sur le corps tout comme pour notre quartier-maître conclut la laborantine. Désolée, Gibbs, je ne peux pas t'aider plus. »
« Abby, se pourrait-il que notre assassin ait pris le soin de nettoyer les vêtements ? » questionne Tony.
« De quelle façon ? » demande Abby.
« Bien, tu sais, avec ces espèces de brosse collante pour nettoyer les poils d'animaux qui restent sur les fibres de ton beau costume » explique l'italien.
« Impossible parce que j'aurais détecté les traces de colle même infimes sur le tissu. Aucune chance de passer à côté » ajoute t-elle avant une remarque de la part du leader de l'équipe.
« Ben, dans ce cas, il reste que notre tueur s'est fait une épilation totale parce que ne rien trouver sur deux corps, c'est proprement improbable. »
« Attends, je pensais que nous avions deux tueurs, un droitier et un gaucher » s'exclame la gothique.
« Des indices semblent finalement pencher pour les deux possibilités, Abby. Le papillon donne quoi ? »
« A toi, Tony si tu peux nous éclairer » propose Abby.
« Bon, celui-ci est un Graellsia Isabellae Graells ou Isabellae si je ne me trompe pas » annone l'italien d'un ton assuré. « C'est une femelle parce que l'envergure du mâle est d cm environ. Leur période de vol courre de fin mars à fin juillet. On le trouve essentiellement en Espagne et en France, donc toujours un papillon de collection. A moins que notre tueur ne revienne d'un séjour en Europe, ce qui est toujours possible, sauf que c'est pas vraiment la saison de ces papillons. »
« Toujours un sans faute, Tony, bravo. »
« L'arme a t-elle parlé ? » demande Gibbs.
« Eh bien ! c'est une dague italienne originaire du milieu du 19ème siècle, la garde est en or ajourée renfermant un décor également ajouré. Elle est incrustée de pierres semi-précieuses, topaze, tanzanite et tourmaline, les trois T. La lame à dos est plate puis devient à double tranchant. La longueur de la lame est de 31 cm. Une arme de collection assurément. »
« Merci, Abby. Tu nous préviens… »
« Si j'ai du nouveau, bien sûr, sans problème. »
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Les agents remontent dans leur espace de travail et tandis que Kate et McGee prennent place sur leur siège, Tony s'assoit sur son bureau, les bras croisés.
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« Dis, patron, notre tueur doit disposer d'une fortune personnelle » lance t-il soudain à la stupéfaction des autres.
« Pourquoi ? » demande le boss.
« Tous les indices conduisent à cette conclusion » argue l'italien. « Les papillons, les armes sont des objets de collection qui valent cher. Rien que la dague doit être estimée à plusieurs centaines ou milliers de dollars, tout dépend de sa rareté sur le marché des antiquités. Très peu de ses dagues ont atterri sur ce type de marché, en général, elles font partie du patrimoine de riches familles nobles ou de familles bourgeoises aisées. On ne trouve pas ça chez le premier quidam venu ou alors il l'a reçu en héritage ou gagné au jeu. »
« Pas bête comme réflexion, Tony » approuve le leader. « Donc, nous pourrions supposer que notre tueur est riche. On vérifiera ce point lorsqu'on aura un suspect. »
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Comme dans toute autre enquête, les recherches se poursuivent tous azimuts afin de mettre à jour des secrets bien gardés. Malgré tout, rien ne vient éclairer leur énigme. Une vie tranquille, un fiancé reparti en Irak depuis cinq semaines à qui il a fallu annoncer la mort de la jeune femme et de son bébé, aucun relation conflictuelle au travail ou dans sa vie privée, aucun lien avec Derek Anderson. Deux jours et encore une enquête freinée par manque d'indices.
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Dépité, Gibbs libère ses agents pour la soirée avant de quitter lui aussi le bureau sur leurs talons.
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A suivre
