Coucou tout le monde!!
Comme promis pour cette semaine, le troisième chapitre de ma traduction...
Je pars en vacances demain mais je reviendrai dès le premier juin avec le prochain chapitre d'Héritage (déjà écrit, plus qu'un!! Je vais y arriver!!!), promis, juré!! (Pas craché, non, non, j'ai du savoir vivre!!)
Disclaimer : ceci est une traduction de la fic "Coping with hope" de Laurenke1. J'ai obtenu son autorisation pour la traduire et la publier.
Petite note de la traductrice : Les séries d'étoiles dans la conversation qui clôt ce chapitre indiquent les changements de points de vue.
italique = petite voix très énervante...
Bonne lecture!!
Chapitre 3
« Harry, es-tu sûr que ce soit une bonne idée ? » Hermione semblait inquiète et Harry ravala un soupir rageur. Il ne voulait pas de son angoisse. Il pouvait la comprendre, bien sûr, mais cela ne signifiait nullement qu'il le désirait.
Les yeux bruns qui le regardaient semblaient las et âgés. Il se sentait dans le même état d'esprit mais il contrôla son expression. Ce n'était pas le moment de se laisser à nouveau entraîner dans cette discussion sur ses sentiments. Il savait qu'Hermione avait des difficultés à trouver ce qu'elle allait faire à l'avenir. Ils en étaient tous là, même Ron, lorsqu'il en avait discuté avec lui, en l'une des rares occasions au cours desquelles ils s'étaient adressés la parole.
La lettre que le professeur McGonagall avait mentionnée était arrivée la veille. Il était convié à se rendre sur le quai 9 ¾ le premier novembre. Harry avait été surpris durant quelques instants par l'étrangeté de la date puis avait réalisé que cela avait probablement été fait pour que les élèves plus jeunes puissent poursuivre normalement leur cursus les années suivantes.
Il regarda la lettre une nouvelle fois. Il était sensé rendre visite à son tuteur aujourd'hui, le professeur McGonagall l'en avertissait également. Il aurait cours avec un tuteur personnel, comme tous les autres.
Il se demanda ce que ses leçons comporteraient. Il allait être testé dans toutes les matières tout à l'heure à Ste Mangouste. Harry s'interrogeait sur le choix de ce lieu, aucune personne de sa connaissance n'y était allé, mais peut-être les examens de chacun prenaient-ils place à un endroit différent.
Il fronça les sourcils, se demandant qui deviendrait son professeur. Serait-ce le professeur McGonagall elle-même, ou le professeur Flitwick ? Slughorn, peut-être, ou quelqu'un d'autre ? Il s'inquiétait également de savoir qui enseignerait la Défense contre les Forces du Mal cette année. Il avait énormément de pratique mais pas de réel désir de la transmettre, se languissant d'un professeur compétent.
Harry considéra sa belle cuisine étincelante. Kreattur était ravi qu'il soit de retour au Square Grimmauld et que deux personnes vivent dans la maison. Harry ne savait pas comment le vieil elfe avait pu devenir aussi dérangé. Encore maintenant, il murmurait Merlin sait quoi au portrait de Mrs Black dans le hall.
Harry soupira et vérifia les informations contenues dans la missive. Elle n'indiquait pas qu'il ait besoin de prendre un livre, seulement sa baguette. Il la fit tourner entre ses doigts. Elle restait toujours à portée de main ces temps-ci et il ne se déplaçait pas sans. Peut-être serait-il opportun de se procurer une gaine pour la dissimuler et la conserver sur lui en toute occasion.
Cela serait sa prochaine étape dans ce cas, juste après son rendez-vous. Il se concentra sur Hermione et répondit : « Oui, pourquoi pas ? J'aurais pensé que tu serais excitée à la perspective de retourner à l'école. »
La mince sorcière lui dédia un sourire, l'un de ses anciens sourires, empli de joie et dénué du chagrin et des cicatrices qu'il y avait vu ces derniers mois. Evidemment Hermione était excitée, pourquoi donc posait-il la question ? Il aurait du le savoir.
« Je le suis, Harry. C'est juste que… » Hermione mordilla sa lèvre inférieure. Harry tira l'une des chaises de la cuisine et s'assit. Ses yeux verts rencontrèrent ceux d'Hermione et la jeune femme continua : « Et si c'est dangereux ? Tous les Mangemorts n'ont pas encore été arrêtés et… »
« Hermione, je ne vais pas m'asseoir ici et attendre que tous les Mangemorts soient emprisonnés avant de retourner à l'école. Je ne me cacherais pas dans cette maison. J'ai toujours su que je serais une cible lorsque j'aurais tué Voldemort… »
« Mais Harry, et les autres élèves ? Tu as pensé à eux ? Beaucoup pourraient ne plus t'apprécier autant. »
« Hermione, je m'en fiche ! Pourquoi devrais-je m'occuper des autres élèves alors qu'ils ne se sont jamais préoccupés de moi ? Je suis persuadé qu'ils étaient ravis de se débarrasser de moi mais je refuse de mettre mon éducation entre parenthèses simplement parce qu'ils ne veulent peut-être pas de ma présence à l'école. En outre, je suis sûr que cela ne sera pas si terrible. »
En vérité, Harry n'en était pas si sûr mais il deviendrait cinglé s'il devait se soucier de tout cela. Il était suffisamment difficile de ne pas penser, de ne pas se rappeler ce qui s'était produit il y presque deux mois. Comment pourrait-il oublier quand, chaque fois qu'il ouvrait le Daily Prophet, il était assailli de détails concernant les procès, de spéculations sur les gens ayant joué un rôle important dans la guerre et autres billevesées.
Hermione soupira puis son visage s'éclaira lorsqu'elle reprit : « J'ai découvert un article dans un livre expliquant la marche à suivre pour rendre la mémoire à mes parents. Il se peut que je l'essaye lors que j'aurais fait davantage de recherches. Tu crois que ça marchera si je tente le coup ? »
Le cœur d'Harry se serra. Hermione espérait réellement que ses parents lui pardonneraient une fois qu'elle leur aurait rendu la mémoire. Il savait qu'ils lui manquaient terriblement mais pour lui, c'était tellement étrange. Pourquoi avait-elle fait cela en premier lieu ? Voldemort s'en serait-il vraiment pris à eux ?
Harry soupira et songea que, oui, il l'aurait probablement fait. Il les aurait massacrés parce qu'ils étaient des moldus et que cet acte pourrait faire sortir Harry de sa cachette. Il avait cependant été frappé par le fait que Voldemort ne s'en soit jamais pris aux Weasley. Mais il estima qu'il avait été tellement obsédé par la Baguette des Anciens qu'il en avait négligé de vraiment tuer qui que ce soit, ou bien qu'il avait décidé de s'attaquer seulement à Harry.
Harry trouvait extrêmement difficile le retour à la vie normale, sans constamment regarder par dessus son épaule ou sursauter à la moindre ombre mouvante. Il savait que les journaux spéculaient sur ce qu'il faisait, sur ce qu'il envisageait de faire, et se demandaient quand il choisirait de faire enfin une apparition publique. Mais il ne voulait pas. Il n'avait nulle envie que les gens lui montrent leur chagrin, il avait bien assez de mal à gérer le sien.
« Ça peut marcher Hermione. Je ne sais pas, je n'ai jamais modifié la mémoire de quelqu'un auparavant, pas à un tel niveau en tout cas. »
Le pâle visage d'Hermione sembla blanchir encore davantage et elle balbutia : « Tu crois que j'ai pris la mauvaise décision ? Que se passera-t-il si je ne peux pas leur rendre la mémoire ?? Mais non, ça doit fonctionner… »
Harry se pencha, enroulant sa main autour de la sienne alors qu'il lui parlait doucement, espérant la calmer. Il n'avait jamais été particulièrement doué avec les filles dans cet état. Ce pourquoi il était heureux que Ginny ne soit point sujette aux crises de larmes ou d'hystérie. « Hermione, tu peux toujours demander de l'aide. Je suis sûr que le professeur McGonagall te soutiendra si Ron ou moi en sommes incapables. »
La cheminée s'anima et Harry releva la tête pour voir Ron apparaître. Les yeux du sorcier légèrement plus âgé se rétrécirent lorsqu'il vit la position d'Harry et Hermione. Harry offrit à son meilleur ami un petit sourire, sûrement Ron comprenait qu'il ne s'agit que d'amitié et qu'Harry ne tenait pas la main d'Hermione par amour. Les yeux bleus posés sur lui s'assombrirent et Harry dit doucement : « Elle pensait encore à ses parents. »
Harry lâcha la main de la jeune femme qui continuait à prendre de profondes inspirations apaisantes. Il savait qu'elle souffrait mais il se réinstalla sur son siège. Il pouvait voir la même enveloppe que celle qu'il avait reçu serrée entre les doigts de Ron alors qu'il s'approchait. Il plaça une main sur l'épaule d'Hermione et Harry s'enquit : « Donc tu as reçu la même lettre que nous ? »
Ron sourit finalement et acquiesça : « Ouais, je rencontre mon tuteur la semaine prochaine. Je me demande qui c'est. Maman était tellement excitée. Elle était vraiment fâchée contre moi quand elle a découvert qu'on avait pas l'intention de retourner à l'école. Je crois qu'elle voulait te blâmer pour ça, Harry, mais avec tout ce par quoi tu es passé… cela dit, elle se demande quand tu reviendras nous voir au Terrier. »
Harry soupira. Pour dire la vérité, il ne voulait pas aller voir les Weasley parce qu'il ne souhaitait pas se rappeler de la mort de Fred. Il pouvait parfois voir le désir de prendre la poudre d'escampette dans le regard de Ron lorsqu'il venait au Square Grimmauld, quand il devenait trop dur pour lui de rester dans cette maison qui lui remémorait son frère aîné.
Harry ne pouvait pas même commencer à imaginer ce que cela pouvait être de perdre un frère, quelqu'un qui avait toujours été là. Il avait été trop jeune au décès de ses parents pour se souvenir aujourd'hui du chagrin. Ce qui lui avait manqué était plutôt l'idée d'avoir quelqu'un sur lequel se reposer, de savoir qu'une personne l'aimait inconditionnellement et serait fière de lui quoi qu'il fasse.
Certaines personnes diraient qu'il s'agissait du concept du parfait partenaire et parfois Harry s'interrogeait à ce sujet. Il savait que ses parents s'étaient mariés à peine sortis de Poudlard, ou peu de temps après. Il était au même stade de sa vie qu'ils l'avaient été à l'époque, enfin pas mentalement. Il ne voulait pas épouser Ginny dès maintenant. Il espérait qu'elle souhaitait la même chose.
Une partie de lui craignait que cela tourne mal, comme avec ses parents. Que se passerait-il si, d'ici une vingtaine d'années, alors qu'ils auraient des enfants, il se rendait compte qu'elle n'était pas la bonne personne ? Serait-il si délétère de tout simplement réfléchir posément à tout cela maintenant, et ensuite de prendre leur temps ? Ils avaient tout l'avenir devant eux, de longues années si tout se passait bien.
« Harry ? »
Harry leva les yeux lorsque Hermione parla : « Ne devrais-tu pas te préparer pour aller à Ste Mangouste ? »
Harry jeta un coup d'œil à l'horloge et grogna doucement lorsqu'il constata l'heure. Cela ne serait nullement positif qu'il se présente en retard à son premier jour officiel de reprise des cours. Le professeur McGonagall l'excuserait et lui pardonnerait, il le savait, tout particulièrement s'il lui parlait d'Hermione mais il ne voulait pas qu'elle ait pitié de lui parce qu'il aidait une amie.
« Ouais, je vais y aller. » Il se leva, époussetant son jean, avant de vérifier par réflexe que sa baguette était bien rangée dans sa poche puis il marcha vers la porte, saluant ses deux amis d'un geste de la main.
« Bonne chance, Harry. » l'encouragea Hermione.
"Ouais, vieux. J'espère que ce n'est pas Snape, ce vieux bâtard. »
Et tandis qu'Harry tentait de sourire et de rire à la plaisanterie, il espérait que ce serait lui car lui et Snape, bien qu'il l'ait maintenu hors d'Azkaban, avaient un compte à régler.
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Severus considérait d'un œil morne la baguette qui reposait sur les couvertures. Il était vêtu de son ancienne tenue d'enseignant bien qu'il émane d'elle une odeur étrange. Elle n'avait pas cette odeur familière, mélange des cachots et des potions qu'il préparait. Il pouvait à peine se souvenir de la dernière fois qu'il avait brassé quoi que ce soit. Mais d'ici peu, il serait de retour à Poudlard, sous les regards hostiles et autres délicates attentions de ses collègues lorsqu'ils se rappelleraient de l'année passée avec bien trop d'acuité à son goût. Impossible de reculer, il avait d'ors et déjà dit oui.
Severus consulta l'horloge. L'étudiant qu'il était supposé évaluer ce jour était en retard. Il ricana, se demandant de qui il s'agissait. Minerva ne lui avait rien dit, se montrant très secrète à propos de cet élève. Tant que ce n'était pas Potter…
Cependant Severus s'interrogea sur ce qu'il ferait s'il s'agissait de Potter… Essayer de gérer la situation et de ne pas trop mettre en colère le garçon. Il avait entendu des rumeurs sur la puissance que Potter avait manifestée lors de la bataille finale et n'avait vraiment nulle envie d'en être le témoin. Cela serait tout de même intéressant, de songer à tout ce qu'il pourrait lui enseigner…
Non, Minerva l'estimait beaucoup trop pour lui infliger ça et Potter était bien trop sacré pour qu'elle envisage une telle option. Non, elle ne ferait pas ça, n'est-ce pas ?
Il s'inquiétait plus pour sa propre magie à vrai dire. Il savait que les protections avaient été levées autour de sa chambre pour permettre à la leçon d'avoir lieu. Severus était en possession d'une liste d'éléments sur lesquels il devait tester l'étudiant en question. Il allait s'assurer que cet élève, quel qu'il soit, n'oublierait jamais cette leçon s'il devait prendre en charge son tutorat par la suite…
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Harry transplana à l'accueil de Ste Mangouste. La pièce était remplie de gens portant bandages ou furoncles, parlant étrangement et produisant des bruits bizarres. La queue qui le séparait de la réception n'était pas très longue et avançait vite.
Harry n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il devait aller. Il serra la lettre plus étroitement et se força à se calmer. La queue avait ralenti et il était déjà en retard. Il espérait vraiment ne pas perdre de points avant que l'année n'ait même commencé, imaginant la surprise et la colère de ses condisciples.
Harry soupira. Ce ne serait certainement pas la première chose qui leur ferait éprouver de la colère à son encontre. Ils avaient perdu cinquante élèves, uniquement parce qu'il avait refusé de se rendre à Voldemort, parce qu'il avait un but à atteindre. Il secoua fermement la tête, il n'était nullement l'heure de penser à tout cela. Il ne voulait pas non plus penser à l'inquiétude d'Hermione sur le fait qu'il dormait beaucoup. Il ne voulait plus penser du tout.
« Bienvenue à Ste Mangouste. Que puis-je faire pour vous ? » La voix lasse de la sorcière derrière le comptoir accueillit Harry lorsqu'il l'atteignit enfin. La jolie jeune femme blonde était occupée à gribouiller sur un parchemin et Harry dut s'éclaircir la gorge pour obtenir son attention quand il lui demanda, présentant sa lettre : « Je suis ici sur la requête du Professeur McGonagall, Directrice de Poudlard. Elle m'a indiqué que j'étais sensé rencontrer mon tuteur… »
« Auriez-vous par hasard un nom ? »
« Euh… Je ne sais pas qui je dois rencontrer, mais je suis Harry Potter. »
La sorcière releva la tête et plaqua un grand sourire sur son visage, rejetant en arrière sa chevelure d'une longue main aux ongles parfaitement manucurés. Elle lui sourit gentiment et lui tendit la main pour prendre la missive, demandant : « Retournez-vous à Poudlard alors, Mr Potter ? »
« Je ne sais pas encore. » Harry tressaillit. Il n'était pas habitué à ce genre d'attention venant d'une femme. Il s'accoutumait seulement aux regards fixes des gens sur lui, à leurs chuchotements. Après six ans à Poudlard, comment pourrait-il en être autrement ?
« Et bien si vous avez besoin de moi, faites moi signe. La personne qui vous attend se trouve au troisième étage, dans l'aile privée. » Les yeux brillants de la sorcière glissèrent sur le corps d'Harry et il combattit le besoin viscéral de reculer.
Il bafouilla un rapide mot de remerciement en saisissant sa lettre et quitta la file d'attente, essayant de n'entrer en collision avec personne. Ce type d'attention l'énervait énormément, pour une raison qu'Harry n'arrivait pas à s'expliquer.
Il s'enfuit dans les escaliers, refusant de prendre le risque d'un ascenseur. La nouvelle qu'Harry Potter rendait visite à quelqu'un à Ste Mangouste allait vite se répandre, même s'il ignorait qui il venait voir. Peut-être devrait-il lancer un sort pour déguiser ses traits ?
Ce n'était vraiment pas une mauvaise idée et Harry sortit sa baguette. Son désir de rester anonyme était extrêmement puissant et il murmura doucement le charme qui dissimulerait sa cicatrice, maintenant une simple et fine ligne blanche, et ensorcela ses yeux pour paraître quelques tons plus sombres. Voyons si quelqu'un le reconnaissait maintenant. Il respira profondément et commença son ascension.
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Severus vérifia l'heure de nouveau et ravala son envie de gronder. L'élève était en retard, et s'il y avait une chose qu'il détestait, c'était bien les élèves en retard. Et s'il avait mieux à faire qu'attendre ?
Faites confiance aux jeunes de nos jours pour ne penser qu'à eux, même sous le contrecoup d'une guerre. Il saisit sa baguette et déchargea quelque peu sa frustration en envoyant voltiger des étincelles. Il pratiqua les mouvements de sorts plus complexes, sans prononcer les mots.
Ses gestes étaient entravés à cause des bandages et il n'avait pas encore pu sortir du lit pour vérifier l'état de ses nerfs. Il ricana pour faire bonne mesure et regarda à nouveau l'horloge. Quel dommage qu'il ne puisse pas retirer des points quand cet élève arriverait…
Severus prit le parchemin que Minerva lui avait remis. Il s'agissait du test pour cet étudiant, en défense, charmes et transfiguration. Il se demandait vraiment de qui il s'agissait…
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Harry vérifia le numéro sur la porte. Oui, il était au bon endroit. Ce n'était pas la première fois qu'il s'interrogeait sur la personne qui l'attendait. Il n'y avait aucun nom sur le panneau, à l'exception du nom du médicomage en charge du patient. Il soupira et se raidit. Il devait le faire.
Il jeta un coup d'œil sur sa montre. Il était en retard. Il soupira à nouveau et frotta sa cicatrice dissimulée à la vue avant de lever la main et de frapper.
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Severus permit à un rictus joyeux de s'exprimer dès qu'il entendit le coup à la porte. Il le laissa se transformer en son légendaire et plus effrayant froncement de sourcils alors qu'il intimait à son élève d'entrer.
Il se demandait qui allait franchir le seuil.
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Harry prit une profonde inspiration alors qu'il ouvrait la porte et entrait. Son cœur s'arrêta presque lorsqu'il vit la silhouette sombre et renfrognée assise dans le lit. Les cheveux noirs semblaient propres et étaient coiffés en arrière. Le pâle visage était impressionnant et Harry, ayant oublié qu'il avait altéré son apparence, ne put rien faire d'autre que s'exclamer : « Vous ! »
Il fit rapidement le tour de la pièce et ses yeux se rétrécirent lorsqu'ils se posèrent sur Severus Snape. Cela ne pouvait être qu'une cruelle plaisanterie. Assurément Snape ne pouvait devenir son tuteur pour le reste de l'année. La directrice ne pouvait pas lui faire ça, elle savait à quel point il abhorrait cet homme. Peu importe ce que Snape avait fait lors de l'ultime bataille, il avait tué Dumbledore.
Snape fronça davantage les sourcils, fermant à demi les paupières en se concentrant, le regard fixé dans les yeux vert foncé d'Harry. Il étudia soigneusement son visage et cracha : « Potter ! »
« Que faites-vous là, Mangemort ? » Harry s'avança vers le lit, claquant la porte derrière lui alors qu'il empoignait fermement sa baguette, ne se rappelant pas même l'avoir sortie de sa poche.
« Puisque vous souhaitez vous en enquérir, Potter, vous vous trouvez actuellement dans ma chambre. » répondit Severus, ses yeux noirs passant de la baguette d'Harry à son visage.
Harry sentit la rage monter en lui. C'était là ce qu'il attendait depuis un an, l'occasion de venger Dumbledore, de se venger. En cet instant, cela n'avait nullement d'importance que l'ancien directeur lui ait menti et lui ai caché nombre d'éléments. Non, Snape était ici, maintenant, et Harry pouvait faire tout ce qu'il voulait…
La porte s'ouvrit brutalement et un médicomage se rua à l'intérieur. Elle remémora à Harry Madame Pomfrey. Il fut si stupéfait qu'il abaissa sa baguette et, d'après l'expression du visage de Snape, bien que le sorcier plus âgé ait rapidement repris le contrôle de sa musculature faciale, il fut tout aussi surpris.
« Oh, je suis ravie de voir que vous avez une visite, Professeur. Il ne reçoit pas beaucoup de visiteurs et c'est tellement dommage ! Je pense que tout le monde a droit à des visites. Au fait, je suis le médicomage Mugworth, mon cher. Seriez-vous un ancien élève du professeur, par hasard ? » Elle sourit gentiment à Harry, le mettant sur ses gardes.
Harry était si étonné de cette apparition soudaine qu'il tâtonna pour trouver une réponse avant que Severus ne soupire et ne prenne la parole : « Je crois savoir que le Professeur McGonagall vous a prévenue de l'évaluation qui doit avoir lieu aujourd'hui ? C'est pourquoi cet élève est venu… »
« Alors pourquoi sa baguette était-elle levée ? Je sais que les protections ont été abaissées à la requête du professeur McGonagall, mais vous restez mon patient, professeur Snape, et vous ne vous surmènerez pas… Mais je vais vous laisser… Pourrais-je apporter du thé pour vous et Mr….. ? » Le ton de voix du médicomage indiquait très exactement ce qu'elle pensait de la réclamation du professeur McGonagall.
« Mr Peterson ne restera pas suffisamment longtemps pour que nous nous installions et devisions gaiement autour d'un thé. Je vous appellerais si d'aventure quelque chose se passait. » La voix de Severus était brève et la médicomage se hérissa mais fit ce qu'on lui demandait et sortit.
Harry n'était pas très sûr de savoir pourquoi Snape n'avait pas révélé son nom. Ça ne lui ressemblait pas du tout. Normalement Snape ferait tout ce qui était en son pouvoir pour rendre Harry le plus misérable possible. Non pas qu'il en faille beaucoup ces jours-ci. Harry refusa de s'engager sur cette voie et secoua la tête.
Il revint dans le monde des vivants lorsque la porte claqua et inspecta les alentours. Snape le regardait de travers, ses yeux noirs étrécis. « Retirez le Glamour. » ordonna-t-il doucement.
« Non ! »
« Potter, retirez le Glamour ou je le ferai à votre place. A cet instant, dans cette pièce, pendant cet examen, je suis votre professeur et vous vous adresserez à moi avec tout le respect qui m'est du. » gronda-t-il.
« Alors devrais-je vous appeler bâtard, connard ou Mangemort, puisque vous êtes si inflexible sur la bienséance ? »
Le visage de Severus perdit le peu de couleur qu'il avait et Harry réalisa qu'il poussait le bouchon trop loin. Cependant, il préférait se damner plutôt de que de s'excuser auprès de cet homme.
Tu ne le détestais pas à ce point lorsque tu es allé lui sauver la via après la bataille finale.
« La ferme ! » siffla Harry pour lui-même.
« Je vous demande pardon ? » Harry se concentra sur la petite voix au fond de son esprit, lui intimant le silence. Il ne l'écouterait pas. Il avait toutes les raisons d'être en colère et de haïr Snape.
Il a fait tout ce qu'il a pu pour te sauver, un nombre incalculable de fois, pour te garder en vie, au péril de sa propre existence.
Il a assassiné Dumbledore.
Dumbledore n'a jamais dit la vérité, pourquoi devrais-je m'en préoccuper ?
Silence ! Je ne peux pas gérer cela si ça change aussi ! Trop de choses ont déjà changé, et si cela signifie que je ne pourrais pas le détester en paix pendant quelques mois, et bien tant pis ! Je ne le verrais qu'à l'école… Il ne sera pas mon tuteur. Il va seulement m'interroger sur quelques points de défense…
« Si vous ne me montrez pas le respect que j'exige, Potter, je vous renverrai avec une lettre indiquant à la Directrice que vous n'êtes pas à même de reprendre cette nouvelle année sans avoir auparavant appris un minimum de self-contrôle. J'ose espérer que vous réalisez que la Directrice vous fait une importante faveur en vous permettant de revenir à l'école… Serais-je Directeur… »
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« Lorsque vous étiez directeur, les élèves se sont rebellés contre vous ! Cela montre à quel point ce poste vous convient ! Vous devriez être à Azkaban ! » Potter se mettait en colère, joliment vraiment. Il y avait si longtemps que Severus n'avait pas pu lui parler de cette manière.
« En effet, mais vous vous êtes assuré que je reste en dehors de ces murs. Pourquoi, Potter ? Pour prendre les choses en main et obtenir votre vengeance ? Allez-y ! Vous n'oserez jamais. » ricana Severus.
Le garçon fit un pas en avant et gronda : « Peut-être vais-je le faire. »
« Je doute que vous le puissiez, Potter. Vous auriez dû vous en occuper lorsque vous en aviez l'occasion, il y plusieurs semaines, alors que je reposais ici, frappé de stupeur et trop faible pour ne serait-ce que lever le bras afin de chasser les mouches. »
« J'aurais dû vous laisser dans la Cabane Hurlante, pourrir dans votre propre sang ! » hurla soudainement Potter et le rictus moqueur de Severus se gela. Non, cela ne pouvait pas être réellement la vérité. Potter ne pouvais pas être celui qui l'avait sauvé.
L'agrandissement des yeux verts et le sourire hautain que lui envoya Potter lui firent comprendre que le gamin avait deviné ce qu'il pensait.
« Difficile à entendre, n'est-ce pas ? Savoir avec certitude que le garçon que vous détestez depuis si longtemps est à la fois responsable de votre liberté et de votre existence. Qu'allez-vous faire maintenant que vous avez une dette envers quelqu'un que vous haïssez ? »
Severus fit tout juste un petit geste de sa baguette et la chaise glissa vers l'avant, frappant Potter derrière les genoux, alors qu'il gronda vers le jeune homme : « Jeune fou. Peut-être avez-vous oublié en quelle estime je tiens votre père. Cela dit, je m'échine à sauver votre misérable vie depuis que vous avez posé un pied dans cette école alors si vous souhaitez discuter de dettes, nous n'en avons certes point terminé. »
Potter rougit de colère à la mention de son père mais Severus se contenta de saisir son parchemin et continua : « Vous êtes ici pour que j'évalue vos compétences afin que le professeur McGonagall puisse établir votre emploi du temps en fonction. Elle a également, pour quelque raison insondable, jugé opportun que je vérifie toute difficulté potentielle avec votre magie. Avez-vous des difficultés, Potter ? »
****************
Harry fronça les sourcils, sa colère s'apaisant, et demanda : « Que voulez-vous dire par "difficultés", Monsieur ? »
Snape le regarda hautainement, comme si Harry avait posé une question stupide, et lorsque le sorcier blessé allongea ses longues jambes, il précisa : « Difficultés telles qu'une diminution de votre magie, des problèmes pour lancer de simples sorts ou pour maintenir un sort pendant une durée déterminée. »
Harry détourna les yeux alors qu'il réfléchissait. Il s'était senti épuisé après la bataille avec Voldemort mais il ignorait si sa magie était en cause ou non. Il était toujours fatigué et désireux de dormir. Snape s'éclaircit impatiemment la gorge et Harry ramena son regard vers lui.
« Je ne sais pas… »
« Faites confiance à un Potter pour ne pas même savoir si sa magie a diminué ou est affectée de quelque autre manière que ce soit. Jeune crétin, qui d'autre pourrait bien savoir si votre magie a souffert… »
« Je ne sais pas si je me sens ainsi à cause de ma magie ou d'autre chose ! » grogna Harry, sa colère réémergeant subitement. L'après-midi allait être très, très longue…
« Dites moi ! »
« Je… »
« Potter, dites-le moi ! J'ai besoin de savoir ce genre de chose, au cas où le sort dont je vous demanderais de faire la démonstration soit trop puissant pour vous. De ce fait, ils pourraient s'avérer extrêmement dangereux. Un emploi du temps différent serait préparé pour vous et adapté au fur et à mesure de vos progrès, jusqu'à ce que vous soyez revenu à votre forme initiale. Cela prend du temps pour que votre magie revienne à son état normal si vous avez souffert d'une déplétion. » Snape semblait se forcer à rester calme et Harry prit une profonde inspiration. Il prouverait à Snape qu'il pouvait être aussi posé que lui.
« Je suis très fatigué et, bien que je n'ais pas de difficulté à lancer un sort, j'ai parfois l'impression que c'est trop. J'ai du mal à me concentrer sur certaines conversations et je n'aime pas me retrouver dans une foule ou être le centre d'attention. Je… » Harry se demanda s'il devait révéler le reste à Snape et il décida de simplement tout lâcher. « Je souffre parfois de céphalées et j'ai l'impression qu'il y a cette obscurité, constamment en retrait dans mon esprit, prête à émerger. Je ne dors pas facilement la nuit alors que je suis épuisé… »
« Avez-vous parfois l'impression que vous en avez par-dessus la tête, Potter ? »
« Non. Pas avec ma magie. Mais cela arrive lorsque je dois interagir avec des gens. J'ai envie de disparaître ou de faire exploser quelque chose… Et je m'énerve aisément. »
« Cela ressemble plus à une dépression qu'à une déplétion. Je vais vous évaluer sur différents aspects de la magie et vous allez réaliser les sorts demandés. Je ne vous pousserais pas trop avant car l'ennui avec une déplétion est que vous pouvez facilement faire à nouveau diminuer drastiquement votre magie si vous en faites un peu trop. Levez-vous, s'il vous plait ? »
Harry se leva. Ce que Snape disait avait un sens, certes, mais il n'était pas déprimé. Il était juste… Il n'était même pas sûr de ce qu'il ressentait. Il savait seulement que c'était très similaire à ce qu'il avait ressenti lors du décès de Sirius, mais, à l'époque, il savait ce qu'il devait faire. Il devait vaincre Voldemort. Maintenant même cela avait disparu, et il ne savait pas quoi faire…
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« Bien, Potter, cela conclut la partie Défense de cette évaluation. Transfigurez cette chaise en un chaudron en fer, si vous voulez bien. » Severus fit un petit mouvement de baguette en direction de sa plume, remarquant le nombre considérable de pages du rapport qu'il avait déjà rempli. Il avait prit en compte le moindre petit détail, de la couleur des sorts que Potter avait utilisé à la plus petite hésitation.
En Défense, Potter était bon, très bon, bien qu'il utilise fréquemment les mêmes sorts, encore et encore, facilitant l'anticipation d'un ennemi. S'il se chargeait du tutorat de Potter, il serait rassuré sur le fait que le garçon serait capable de gérer tout problème survenant sur ce plan.
Potter avait aussi la présence d'esprit d'esquiver lorsqu'il ne pensait pas assez rapidement à un contre-sort, chose que Severus n'avait que rarement vue. La plupart des élèves restaient là, immobiles, regardant stupidement un maléfice se ruer sur eux. Severus était soulagé que Potter ne soit pas de cette trempe, tout particulièrement à cause de tout ce dont cet enfant avait été témoin.
Il secoua fermement la tête. Il ne s'aventurerait pas dans cette voie. Cela serait désastreux. Il reporta son attention sur le chaudron au milieu de la chambre, plus petit que celui qu'il avait originellement prévu, mais solide.
« Versez-y de l'eau. » Les images pouvaient être trompeuses. Potter lui lança un regard noir mais fit ce qu'il lui demandait. Severus ricana lorsqu'une petite mare d'eau se forma sur le sol.
« Le design était bon mais vous devez travailler sur sa solidité, Potter. Si jamais vous étiez dans le besoin de transfigurer un récipient pour contenir de l'eau, vous ne souhaiteriez certes pas qu'elle ne s'échappe par le fond. Transfigurez ce chaudron en mouton. »
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« Potter, retransfigurez-le ! » Un bêlement sonore s'éleva alors que le mouton traversait la pièce. Harry agita sa baguette mais cela ne marchait pas. Il tentait de se rappeler de l'incantation et des mouvements associés mais son esprit restait étrangement vide.
Il était assez drôle de voir ce petit mouton, plus petit que ses congénères sauvages, courir autour de la chambre, effrayé. Snape se pencha et murmura un sort, pointant sa baguette sur l'animal et transformant le mouton en un large fauteuil blanc et laineux. Harry le fixa.
Il s'avança un peu et nota que le fauteuil tremblait à son approche. A l'instant où il toucha le siège, celui-ci bêla pitoyablement. Harry eut un sursaut de recul. Snape murmura à nouveau l'incantation et le fauteuil redevint la chaise, en bois et au dossier raide, sur laquelle Harry s'était assis en premier lieu.
Harry se retourna vers Snape. Il fut accueilli par une baguette levée et le sorcier plus âgé déclara : « Terminé. »
Harry gronda légèrement lorsqu'il vit le regard calculateur tapi au fond des yeux sombres de son professeur. « Ceci conclut votre évaluation, Potter. J'enverrais par hibou les résultats au professeur McGonagall et vous recevrez des instructions pour le début de l'année, ainsi que les sujets pour lesquels vous sera accordé un tutorat. »
Harry fronça les sourcils et demanda : « A quoi servent ces sessions de tutorat ? »
« Elle ne vous l'a pas expliqué ? »
Harry secoua silencieusement la tête, récupérant sa chaise et faisant face au sorcier plus âgé. Snape avait à peine levé sa baguette et se contentait de l'étudier. Harry avait cru que cela se passerait différemment.
Que Snape allait le provoquer, allant éventuellement jusqu'au duel, mais il était clair qu'il se bornait à tester ses capacités.
« En conséquence de la guerre, et du fait que certains étudiants, comme vous ou Mr Longbottom, sont beaucoup plus avancés que le reste des élèves de même année, il serait inconsidéré de vous placer dans les cours de septième année. Vous recevrez donc un tutorat personnalisé dans ces matières. En règle générale, il s'agit d'un sujet dans lequel vous êtes fort. »
« Oh… J'aurais pensé qu'il s'agissait au contraire des matières dans lesquelles je manque de pratique. »
« Non, Potter, nous n'avons pas suffisamment d'enseignants et de temps pour faire en sorte que vous excelliez dans tous les domaines. » grogna Snape.
Harry sentit sa contrariété prendre de l'ampleur. « Ouais, je suppose que si j'avais eu un professeur décent pour les potions, j'aurais éventuellement excellé dans ce domaine également. »
« Et bien, il est matériellement impossible d'offrir à chaque élève un livre comportant des annotations. » Les yeux de Snape s'étaient dangereusement rétrécis et Harry rumina amèrement l'insulte.
« Allez-y, Potter. Il n'est nullement nécessaire de souiller davantage la chambre de votre présence. » Snape reprit le parchemin et scanna ses notes, congédiant Harry. L'adolescent aux yeux verts regarda son aîné de travers pendant quelques instants puis soupira et quitta silencieusement les lieux.
Il ne se sentait pas mieux que le matin. Il avait seulement fait sortir un peu de rage et de frustration. Se demandant une énième fois qui serait son tuteur, Harry transplana au Square Grimmauld.
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Severus releva les yeux lorsque Potter quitta la pièce. L'évaluation s'était bien déroulée. Potter avait en effet excellé en Défense, ainsi que Severus l'avait prévu. Mais il y avait plus. Ce que Potter avait décrit lui semblait être une dépression sévère, non pas que Severus en soit surpris outre mesure. Potter avait traversé énormément d'épreuves l'année précédente et était probablement un peu perdu quant à son avenir.
Celui qui allait assurer le tutorat de Potter allait avoir les mains bien pleines et Severus priait toutes les déités connues et inconnues qu'il ne soit point celui-là. Mais à dire vrai, il en doutait de plus en plus et seul le temps lui apporterait la réponse.
