Chapitre III


« Et la nuit moi j'ai peur, j'ai peur d'en mourir. Quand à côté de moi c'est une ombre sans vie, c'est une autre que toi. Quand à côté de moi c'est une ombre sans vie, c'est l'ombre de toi»

Damien Saez


Il en avait marre. Il continua à errer dans la ville quand il se retrouva devant un bar. Il entra. L'endroit était plutôt lugubre et pas très accueillant. Une forte musique en fond attira son attention, il s'arrêta un instant, écoutant les paroles. Reborn resta pensif un moment puis alla s'asseoir au comptoir. Peu de temps après, un homme d'une quarantaine d'années vint l'accueillir lui demandant ce qu'il désirait.

« Un whisky »

«Bien Monsieur »

Reborn prit le verre que l'homme venait de poser devant lui et le bu d'un trait. Ce dernier le regarda étonné.

«Un autre » exigea Reborn.

Il réitéra son geste. L'homme toujours surprit, essaya d'engager la conversation avec le tueur à gage.

« Alors, qu'est ce qui vous pousse à venir vous saouler dans un bar miteux ? »

« Pardon ? » Demanda Reborn qui se servit de lui même deux autres verres qu'il but tout aussi vite que les précédents.

« Je me demandais ce qui vous a amené ici »

« En quoi cela vous regarde ? »

Reborn fini par prendre la bouteille laissant de côté son verre vide. Il commença à boire à grosses gorgées. Le barman insista une dernière fois.

« En rien mais je voulais juste faire la conversation. Vous venez de finir une bouteille entière de whisky j'étais juste curieux de savoir pour quelle raison. »

« Il en faut une ? »

Reborn commençait à sentir les effets de l'alcool. Sa tête tournait, il avait chaud mais ne montrait rien.

« Oh j'arrête de vous embêter, à mon avis c'est une histoire de femme qui se cache la dessous »

Reborn finit par réagir.

« Non mais qu'est ce que vous avez tous à me gonfler avec ça ? Je peux pas être tranquille cinq minutes sans que quelqu'un vienne m'emmerder ? » Sur ces mots, Reborn balança la bouteille derrière le comptoir et sortit du bar. Une douce brise caressa son visage. Il desserra sa cravate et les deux boutons du col de sa chemise. L'air frais lui faisait le plus grand bien. Toujours sous l'effet de l'alcool il s'appuya contre le mur. Il se retourna un instant et pouvait voir le barman toujours planté derrière son comptoir, n'osant pas venir l'aborder. Il vit également son reflet dans la vitre légèrement givrée par le froid. Il eut envie de la briser tant ce qu'il y voyait le dégouttait.


« Comment ai je pu en arriver là... » Il s'assit contre le mur du bar. Il entendait toujours cette même musique dont les paroles résonnaient dans sa tête. Il pensa soudainement à Luce. Il se dit que si jamais la théorie s'avérait exact, si jamais elle était en vie, il la retrouverait. Il fallait qu'il la retrouve. En fait il ne savait pas, il n'était plus sûr de rien. Mais ce dont il était sûr c'est qu'il voulait qu'elle sache l'homme ravagé qu'il était devenu. Une lettre... Il lui enverrait un mot... Une simple lettre résumant ce qu'il ressentait. Il se leva et entra dans le bar, il pensait que l'air ambiant de la ville l'aiderait à faire passer les effets de l'alcool mais en vain. Le Barman eu un mouvement de recul à la vue de Reborn.

« Qu'est ce que vous voulez encore ? »

« Une chambre ? Vous en avez? »

« Euh oui... B... Bien sur. A l'étage, prenez celle qui vous convient » Bredouilla l'homme.

Reborn, pour seule réponse, déposa plusieurs billets sur le comptoir et monta d'un pas mal assuré. Il entra dans la première chambre et ferma la porte. Son premier réflexe fut d'enlever son chapeau, puis sa veste et d'ouvrir la fenêtre afin de rafraîchir la pièce. La chambre était éclairée d'un lustre et d'une lampe de bureau déposée sur une table où se trouvait un pot à stylo et un carnet de note. Seul un lit, une armoire et une chaise remplissaient le reste de la pièce. Il s'assit un moment au bureau et repensa à cette lettre. Il voulut écrire quand tout ce qu'il lui venait en tête était les paroles de la chanson de toute à l'heure. Il se dit à ce moment que, finalement, cela résumait assez bien la situation. Il essaya de se concentrer afin de mettre les effets de l'alcool de côté pour écrire correctement.

«J'entends les pas passer.

Me regardant mourir moi-même.

Aiguë est la douleur qui tourmente mon cœur.

Me déchirant lentement.

Tu es un ange tombé en disgrâce.

Après les peurs que j'ai gagné.

Ramasse moi du caniveau avec un doux baisé.

Ils m'ont arraché le cœur pour me montrer à quel point il est noir.

Quand tu apparais comme un ange, m'abattant , regarde mon monde.

Ne pourrais tu jamais tuer la douleur dans mon cœur ?

Même s'ils disent que les anges ne tuent pas... »*


Quelqu'un frappa à la porte. Il posa le stylo, mit la lettre dans une poche de son pantalon et se leva. Il sentit alors sa tête tourner instantanément. La porte s'ouvrit.

« Bonsoir. Je ne vous dérange pas j'espère »

Une jeune femme venait de s'inviter dans la chambre. Reborn la regarda, perplexe.

« Qu'est ce que vous voulez ? »

« Je vous ai vu tout à l'heure et … Vous n'aviez pas l'air bien. »

« Et alors ? »

« Et alors je me suis dis que vous auriez peut être besoin de compagnie »

Elle s'approcha de lui, le sourire aux lèvres. Elle détourna un instant la tête de Reborn et posa son regard sur la lettre qu'il avait écrit puis le regarda à nouveau.

« J'ai apporté ça » Elle lui tendit deux verres et une bouteille à moitié vide. « Ça vous dit ? »

« Si vraiment vous m'aviez vu tout à l'heure, vous n'êtes pas sans savoir que j'ai eu mon compte niveau alcool pour ce soir »

« Oui et malgré ce que vous avez bu vous avez plutôt l'air bien, je pensais qu'un verre ne vous aurez pas dérangé»

Il se laissa tenter.

« Merci »

Elle remplit les deux verres et finit ainsi sa bouteille. Ils burent d'une traite leur boisson.

« C'est quoi votre truc ? C'est fort. »

« Un truc de la région, semblable à de la liqueur pure »

Le mélange avec le whisky l'enivrait littéralement. Il s'assit sur le lit. La jeune femme s'approcha.

« Alors, qu'est ce qu'un si bel homme fait tout seul dans un bar ? »

« Je bois ? Ça se voit pas »

« Ce qui se voit c'est surtout votre mal être. »

« Mais pourquoi vous vous souciez tous de mon état ! Je n'ai pas envie de parler ! Parler ne m'a jamais aidé. Moi j'agis, je ne parle pas. »

« Bien... »

Elle s'approcha doucement de lui passant une main tendrement dans son cou, venant déposer ses doigts dans sa nuque et l'embrassa sans hésiter. Reborn se laissa faire. L'effet de l'alcool durait toujours et il avait du mal à se contrôler. Voyant qu'il ne la repoussait pas, elle s'approcha un peu plus et vint s'installer à califourchon sur lui, toujours assis sur le bord du lit. Il déposa ses mains dans le dos de la jeune femme et approfondit le baiser. Elle se colla à lui le chauffant légèrement. Ce qu'il n'apprécia pas. Il l'attrapa fermement, la retourna et l'allongea sur le lit. Il se mit au dessus d'elle et plaqua ses mains sur le matelas.

« Mmh... » Gémit doucement la jeune femme.

Elle passa une main dans les cheveux de Reborn, l'attirant un plus vers elle. Il commença à soulever le haut de la jeune femme sans s'arrêter de l'embrasser. Sa tête tournait de plus en plus. Il lui caressa le ventre en remontant sur sa poitrine quand une image lui revint en tête. Durant un court instant il revit la nuit qu'il passa avec Luce. Il s'arrêta net, transpirant, totalement perdu.

« Quoi qu'est ce qu'il y a ? » Demanda la jeune femme en lui déboutonnant complètement sa chemise.

« Sors... »

« Quoi ? »

« Sors de là ! »

« Tu déconnes j'espère ? »

« Dégage de là putain ! » Il la prit et la balança violemment sur le sol. Elle se releva difficilement et quitta la chambre, effrayée.

Reborn se leva d'un coup mais l'effet alcoolisé des boissons qu'il avait bu eu raison de lui et s'effondra instantanément sur le sol, à genou. Des larmes commençaient à couler le long de ses joues. Il rassembla ses forces et se leva. Sortit de la chambre en titubant et se dirigea vers les toilettes. Il défonça la porte et tomba à genou. Il se dégouttait. L'homme dévasté qu'il était devenu le répugnait. Il se haïssait de ne plus pouvoir se contrôler, contrôler son corps, ses sentiments. Il tapa violemment dans le mur à côté de lui et s'effondra en larme. Durant de longues minutes il vomissait sans s'arrêter. Une fois finit il se mouilla le visage et les cheveux. Il se dirigea vers sa chambre, s'allongea sur le lit et s'endormit d'épuisement. Il fallait qu'il cherche à savoir si cet article menait à quelque chose de concret. Il fallait qu'il en sache plus et s'il s'avérait vrai, il se devait de la retrouver.


« Il y a quelques années, tu te refusais à admettre l'impossibilité de vivre et l'effort de chaque instant qu'il implique, puissent user un organisme jusqu'à l'extrême et entraîner sa mort. Tu l'ignorais, mais maintenant il semble que tu le saches. Que vivre en s'efforçant, que devoir se flageller pour faire face, vous enlise toujours un peu plus dans l'épuisement. »

Charles Juliet


*Chanson de Children Of Bodom. « Angel's don't Kill»