Quand le sang coule

Point de vue de Bella

Alice se précipita sur moi, me prit les mains et m'emmena vers une table recouverte de boîte entourée de rubans et de papier multicolore.

-Ouvre vite tes cadeaux ! S'exclama-t-elle.

Elle en prit un sur la pile et me le donna.

Je commençais à déchirer le papier. J'étais nerveuse. Alice avait contrarié mes plans en voulant m'offrir mes présents d'anniversaire tout de suite. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine. Les Cullen devaient prendre ça pour de l'excitation.

Après quelques minutes j'avais ouvert tous mes paquets. Esmée et Carlisle m'avaient offert un voyage en Europe, à Paris plus précisément pour deux personnes. Pas besoin de dire qui serait celle qui m'accompagnerait... Emmett et Rosalie ont investi dans un auto radio. De la part d'Alice et Jasper j'eus droit à des bons de réductions pour plein de magasins de vêtements et autres choses que je ne nommerais pas. Quand Alice avait vu ma tête elle m'avait déclaré : « Ne t'inquiète pas je t'aiderais à les liquider ». Pour finir Edward m'avait donné un Cd composé de morceaux de piano qu'il avait lui-même créé. Après de multiples remerciements, on m'invita à couper le gâteau. Je pris un couteau et m'approchai de la « pièce montée ».

J'étais de plus en plus stressée à mesure que le temps de dire la vérité approchait. Je me promis de manger ma part de gâteau très lentement. Mais à ce moment là je ne savais pas encore que je n'en connaîtrais jamais le goût. Mes mains tremblaient tellement à cause de ma nervosité que la lame dérapa et entailla la chair de mon doigt. Instinctivement je mis mon index dans ma bouche et maudissais intérieurement ma stupidité. Je me retournais vers les Cullen dans l'intention de demander un pansement à Carlisle. Ce que je vis me pétrifia sur place. Je n'eus le temps de rien faire, j'aperçus Jasper se précipiter sur moi.

Je commençais à sortir mon bouclier physique pour le repousser. Mais quelqu'un – Edward – m'envoya valdinguer à l'autre bout de la pièce sur une table en verre. Je regardais ahuri, complètement paralysée, pas de peur mais de surprise Jasper propulsé par Edward à l'opposé de l'endroit où je me trouvais. Mais Jasper revenait à la charge. C'est Emmett cette fois qui se chargea de le retenir et de l'emmener à l'extérieur. Tout le monde sauf Edward et Carlisle sortirent de la pièce.

Ce dernier ordonna à Edward de faire de même. À la seconde où Carlisle et moi fûmes en tête à tête, il s'approcha à vitesse vampirique et examina mes blessures. Parce qu'évidemment ma petite coupure au doigt n'aurait pas fait fuir tout le monde. En fait en atterrissant sur la table en verre, cette dernière s'était brisée sous mon poids et les bouts de verre m'avaient entaillée presque tout le bras. Le sang coulait à flot. J'aurais pu arrêter l'hémorragie, mais comme je n'avais pas eu le temps de leur dire quoi que ce soit... Carlisle me prit dans ses bras et me porta jusqu'à son bureau. Il commença grâce à une pince à retirer les bouts de verre qui étaient resté coincés. Puis il désinfecta et recousu les plaies. Pour finir il entoura mon bras avec un énorme pansement. Tout ce matériel médical gâché... Dès que je serais rentré chez moi j'enlèverais tout cet attirail et je guérirais mes blessures en quelques secondes. Pourquoi ils ne m'ont pas laissé leur dire ? Enfin ce n'est pas si grave car j'ai bien l'intention de tout leur avouer ce soir. Je n'ai pas stressée cinq pois pour rien ? Si ? De toute façon je suis prête. (Je crois).

Une odeur de fumée me fit revenir à la réalité. Carlisle était en train de faire brûler dans une coupe en verre, les compresses souillées. Après quelques minutes de silence, il me déclara :

-Ce serait plus prudent pour toi et pour nous si Edward te raccompagnait chez toi tout de suite.

Quoi ? Non mais je rêve ! Pendant des semaines et des semaines j'ai préparé mon texte, ma défense. J'ai construit un à un mes arguments. J'ai stressé, paniqué. Plusieurs fois j'ai eu des crises d'angoisse. Mon cœur était à la limite du malaise cardiaque. Et j'ai enduré tout ça pour quoi ? Pour me couper bêtement le doigt ? Pour faire fuir mon petit ami et sa famille ? Pour enfin ne rien leur dire ? Alors que s'ils étaient au courant, tout s'arrangerait ! Je suis dé-goû-tée.

J'essayais de résister :

-Mais...

-Bella ce n'est pas contre toi, mais ça sera plus prudent crois-moi.

J'ai bien dit « essayer ».

Seuls Esmée et Carlisle me dirent au revoir, adieu devrai-je dire. Les autres étaient partis. On me jeta presque dehors. Je rejoignis Edward dans sa voiture. Le trajet se déroula en silence. Une certaine tension régnait dans l'air. Une fois garé devant la maison, Edward m'ouvrit la porte. Au lieu de rentrer je restais plantée devant lui.

-Tu diras à Jasper et aux autres que je suis désolée que cette soirée ne se soit pas passée comme prévu.

-Comme tu veux.

-Tu viens me rejoindre ce soir ? Demandai-je pleine d'espoir.

-Je ne pense pas.

-O.K.

Je m'approchais de lui pour un baiser d'au revoir. Celui qu'il me rendit n'était pas comme d'habitude. Il n'avait rien de tendre ni de passionné.

-Bonne nuit Bella, ce fut son dernier baiser, ses dernières paroles. Mais à ce moment là je n'en avais pas conscience.

Je rentrais sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Jacques et Georgianna. Je filais directement dans ma chambre. Quelle ne fut pas ma surprise quand je vis mon oncle allongé sur mon lit.

-Tu rentres trop tôt, me dit-il. Ça s'est mal passé ? Ils t'ont expulsée de chez eux ?

-Ont peut dire ça comme ça.

-Bella... je suis désolé...

-Ce n'est pas du tout ce que tu crois.

-Alors explique.

Je lui racontais ma pitoyable fête d'anniversaire.

À la fin de mon récit, il éclata de rire.

-Tu t'es coupé le doigt... en coupant un gâteau ? J'aurais voulu être une souris pour voir ça.

-Ce n'est pas drôle.

-Non mais franchement Bella. Tu peux jongler avec des coupes en cristal tout en étant en équilibre sur une corde, tu peux toucher des bulles de savons sans qu'elles explosent. Tu es vraiment très habile de tes dix doigts et tu trouves le moyen de t'en couper un, rien qu'en utilisant un simple couteau, il explosa de rire de nouveau

-C'est bon j'ai compris. Et arrête tu vas finir par réveiller les occupants d'à côté ! Il se calma. Bon j'espère que tu me laisses un nouveau délai vu les circonstances.

-Bien sûr. Tu as jusqu'à mercredi.

-Merci, je partis me mettre en pyjama dans la salle de bains.

À mon retour dans ma chambre, je pris un ciseau sur mon bureau et découpais le pansement autour de mon bras. Puis je concentrais une grande partie de mon venin présent dans mes vaisseaux sanguins au niveau des plaies. Ces dernières se refermèrent immédiatement.

Quand je relevais la tête je remarquais que mon oncle s'était changé lui aussi. Au lieu d'un jean et d'une chemise, il portait T-shirt et jogging.

-Tu comptes « dormir » ici ?

-Oui.

-Il ne t'est pas venu à l'idée que je voulais être tranquille ?

-Si tu parlais d'Edward, tu sais aussi bien que moi qu'il ne viendra pas. Et puis ça fait longtemps que je ne t'ai pas bordée.

-C'est vrai c'était quand la dernière fois ?

-Tu devais avoir dix ans.

-Je me souviens, j'avais encore fais un cauchemar.

-Tu en faisais beaucoup à l'époque.

Je me glissais dans les draps et me collais contre mon oncle. Je me laissais bercer comme avant...

-Tu veux une histoire ? me demanda-il.

-Pas vraiment, mais... tu parles souvent de papa et rarement de maman, alors parle-moi d'elle.

-Ta mère était très courageuse, il en fallait du courage pour accepter de côtoyer un vampire. Elle avait aussi un sale caractère. Et crois-moi sans ce sale caractère tu ne serais pas là. Ton père ne voulait pas te garder, enfin vous garder ton frère et toi. À l'époque l'échographie n'existait pas et nous n'avions aucun moyen pour savoir comment vous vous développiez et comment vous seriez. En fait on ne savait pas que vous étiez deux jusqu'à l'accouchement. Bref Evrad voulait faire avorter ta mère. Elle a refusé. Pendant des jours et des jours je les ai entendu se disputer. Finalement ton père a renoncé à la convaincre. Oui ta mère était courageuse. Elle savait qu'elle pouvait mourir, mais elle a tenu, pendant plusieurs heures mon oncle continua à me vanter les mérites de ma mère. Vers deux heures du matin je m'endormis.