Tout d'abord, merci à vous de me suivre depuis la première publication, j'espère que je ne vous perds pas avec mes sauts temporels... Quoi que :) Bonne lecture !

C'est le cœur gros qu'Hermione avait collé sa joue contre la fenêtre du train qui la menait elle et son professeur vers un coin isolé de la Bourgogne profonde. Dumbledore avait trouvé sage de les placer afin de protéger la jeune femme des assauts éventuels que certains mangemorts pouvaient lui faire subir. Elle partait vers l'inconnu laissant derrière elle son chat et surtout ses parents dont le directeur avait affirmé avoir mis sous protection de l'Ordre.

***

Hermione était recroquevillée dans un coin de son lit lorsque la porte s'ouvrit doucement. Elle n'attendait pourtant personne. Sur ses gardes, ses muscles abdominaux se contractèrent par réflexe et elle tourna vivement la tête dans la direction opposée comme un animal surpris. Elle fronça les sourcils mais ses doutes se dissipèrent quand elle reconnut le professeur McGonagall. L'animagi plissa les lèvres pour une mine désolée lorsqu'elle vit son élève brillante dans un tel état de détresse dissimulée. Hermione se leva péniblement, par respect et gardait les yeux baissés vers le sol. " Un enfant si éclairée et radieuse" pensait le professeur.

-" Le professeur Rogue m'a fait mander... Il a dit que cela fait plusieurs jours que vous n'avez rien mangé... Que vous buvez à peine." Hermione fronça les sourcils se remémorant les échanges verbaux violents qu'elle et son professeur de potions avaient eu plus tôt dans la journée. McGonagall sentait la jeune femme sur la défensive. " Je ne suis pas venue pour vous faire la morale Hermione. Ménagez-vous... Vous êtes une étudiante formidable et... J'espère que cette rencontre fortuite n'entachera pas votre carrière." Fit Minerva la voix tremblante essayant de se rassurer, comme si la situation n'était pas alarmante. Hermione savait qu'elle marchait sur la corde raide.

Son avenir à Poudlard devenait plus flou chaque jour passant et elle n'était surtout pas dupe. La jeune femme avait sû voir autour d'elle les changements qu'engendraient la nouvelle montée de Voldemort. Elle voulait étrangler tous ces regard désolés que ses camarades posaient sur elle et l'ignorance méprisable dont faisaient part les élèves au patrimoine génétique dit "pur" de la maison dont le directeur était sans cesse à la chaperonner.

La gorge de la jeune brune se refermait petit à petit. Des larmes montaient et elle se sentait ridicule de réagir aussi brutalement pour quelque chose dont elle ne conservait aucun souvenir. Sa directrice de maison tourna le regard par pudeur mais se risqua à saisir ses mains en signe de soutient. D'un revers de manche, Hermione essuya ses yeux rougis et contempla la pièce pour aérer son esprit. Elle notifia rapidement une grande ombre noire derrière l'encadrement de sa porte que sa directrice n'avait pas fermé.

Les bras croisés contre son torse, Rogue attendait quelque chose et observait la scène. Après tout sa collègue à qui il avait demandé de l'aide avait réclamé sa présence. Hermione serra la mâchoire quand son regard rencontra celui de la grande ombre noire et se sentait trahie.

-" Monsieur Weasley est venu chercher sa fille ce matin. Poudlard ne peut pas vous accueillir pour les jours à venir, le professeur Dumbledore a une mission de la plus haute importance à régler..." Hermione n'écoutait plus à présent, les mots ressemblaient à une vague vibration résonnant dans sa tête et les informations la dépitaient à mesure qu'elle réalisait ce qui se passait. " Vous ne rentrez pas à Londres miss Granger, vous n'y serez pas en sécurité." Pour la première fois depuis qu'elle était entré dans la pièce, elle planta son regard dans celui de sa directrice plein d'interrogations. Minerva ne put s'empêcher de regarder tour à tour son collègue et son élève. " Je dois rester ici pour assurer la surveillance du château." Hermione comprit ce à quoi elle allait avoir droit.

-" En d'autres termes, faites vos bagages Granger." S'éleva la voix de Rogue. Minerva n'aimait pas comment il la prenait de court et lui fit comprendre par un froncement de sourcil accompagné de paroles inaudibles. Le maitre de potions haussa les épaules dans un presque signe d'indifférence.

-" Vous partez en France dès que possible. L'ordre vient de Dumbledore lui même." Le visage d'Hermione se décomposa. "Vous serez en sécurité là bas, le climat de terreur qu'instaure le nouveau ministère semble ne pas se tisonner outre Manche. Après Harry, vous êtes la plus vulnérable et nous avons besoin de vous autant que votre ami." Minerva entama ensuite une phrase audible rien que pour la jeune sorcière. " Vous m'êtes précieuse Hermione, je ne tolèrerais pas qu'un autre injustice vous frappe." Hermione esquissa un demi sourire, touchée par les propos du professeur de transfiguration qui échangeait avec elle un regard presque maternel. Mcgonagall tourna progressivement les talons afin de cacher son inquiétude et ne pas la transmettre à sa jeune élève. Elle échangea un regard moralisateur à Severus qui s'écarta de son passage avant de la voir disparaitre dans la salle commune de Gryffondor.

Le maitre de potions se retrouva face à Hermione, restée plantée figée par l'appréhension de devoir partir vers l'inconnu.

-" Ce n'est pas moi qui vais faire vos bagages, le minimum fera l'affaire, un peu de nerfs Granger." Le jeune femme fronça les sourcils sans oser le regarder à un seul moment.

-" Un instant, laissez moi donc réaliser que je m'apprête à passer le pire été de ma vie." Asséna-t-elle sans le moindre accroc dans la voix. Rogue haussa un sourcil, peu habituée à ce que la Gryffondor réponde de façon aussi arrogante. Il s'avança dangereusement vers elle, la surplombant de toute sa taille.

-" J'avais de bien meilleurs projets, croyez moi. Pensez-vous réellement que cela m'amuse de devoir faire la nounou d'une enfant sous les ordres de monsieur le directeur ?" Les derniers mots de cette phrase, il les avait prononcé de façon à accentuer la fantaisie de Dumbledore. Rogue savait pertinemment que son mentor partait en guerre discrète et que ce dernier lui accordait une confiance dont peu d'autres étaient privilégiés. Malgré tout cela, c'était un réel fardeau pour sa vie d'handicapé social.

-" Je ne suis pas une enfant !" Rugit la jeune lionne. Rogue serra les dents afin d'accentuer son expression la plus terrifiante, comme un père avec son petit enfant pris sur le fait d'une bêtise. La jeune femme resta impassible, désabusée. Le professeur admit silencieusement qu'elle avait raison, non sans la toiser de la tête aux pieds dans une vision hautaine.

Ils étaient tous deux habillés comme de parfaits moldus, Hermione perplexe découvrait que même si le noir était la déclinaison colorée préféré de Rogue, il pouvait très bien troquer sa cape contre un costume d'homme d'affaire banal passant inaperçu. Seul son style capillaire faisait désordre avec ses habits. Severus était plongé dans un livre pour avoir à éviter de faire la conversation à Hermione. Il avait recouvert le livre d'un étui de velours tout blanc, ainsi personne ne pouvait voir le titre ce qui aiguisa la curiosité de la jeune femme. Elle essaya tout d'abord de passer discrètement un regard au dessus de l'épaule de son voisin afin de trouver une quelconque information. Rogue comprit rapidement son petit manège. Il durcit son regard, fermant brusquement le bouquin. Hermione reprit sa place initiale comme si de rien était. " Quel rustre" pensa-t-elle.

-" Je sais que d'ordinaire à Poudlard vous adorez mettre votre petit nez de fouine partout mais là... C'est vacances !" Ironisait-il avec une expression faciale plus que détestable.

-" J'aime élargir mes horizons en matière de lecture, ne m'en tenez pas rigueur, c'est agréable de parler de quelque chose en commun avec quelqu'un qu'on... " La sorcière avait commencé sa phrase hautainement pour lui clouer la bec mais les mots prirent une tournure qui lui échappa complètement. " Qu'on..." Elle ne savait pas finir sa phrase.

-" Eh bien allez-y Miss Granger, pourquoi avoir tant de mal à finir une phrase qui semblait préparée avec grand soin..." Severus ricana.

-" Oui c'est certain, la fin c'était quelque chose du genre, qu'on apprécie, mais rassurez vous, cette catégorie privilégiée est au dessus de vous." Le railla-t-elle se rattrapant du mieux qu'elle pouvait. Rogue haussa un sourcil surpris de l'effronterie dont la jeune femme faisait preuve. Il chercha à lui asséner une réplique cinglante. Potter commençait à déteindre sérieusement sur l'élève prodige de Poudlard.

-" Bonjour, contrôle des billets." Severus était tellement concentré sur la joute verbale qu'il disputait avec la jeune femme qu'il n'avait pas vu le contrôleur arriver à sa hauteur. Un sourire satisfait naquit sur les lèvres de la brune qui s'auto déclarait gagnante par forfait. Le professeur donna les justificatifs au contrôleur, amer. Il soupira d'exaspération à mesure que l'employé ferroviaire disparaissait derrière lui. Le poids du silence s'installa sur eux pour le reste du voyage.

Ils abandonnèrent le train au terminus de la ligne. Le ciel triste pleuvait d'une averse violente accompagnée de quelques coups de tonnerre. Hermione jeta un œil à l'immense horloge ancienne accrochée sur le mur de briques rouges de la gare. Les aiguilles indiquaient qu'il était presque midi. Sortis du train, l'eau ne les épargna pas et se retrouvèrent trempes en quelques secondes à peine.

Les cheveux de la sorcière lui collaient au visage et Rogue ne supportait pas le contact des vêtements humides. Il saisit le bras de son élève et profita de la vue d'un passage étroit menant à l'extérieur de la gare pour décider de transplanner avec elle dans un endroit qu'elle n'avait pas imaginé. La jeune femme qui n'était guère habituée à ce moyen de transport tomba dans une flaque sur le ventre finissant de la tremper intégralement. Le professeur n'ayant rien remarqué semblait s'éloigner quand elle hurla son nom pour se faire entendre malgré les colères de Dame Nature.

L'intéressé se retourna et leva les yeux au ciel faisant demi tour. Il lui offrit sa main en aide et la releva d'un geste si rapide qu'il la propulsa contre lui. Rogue la tenait fermement par les bras alors qu'elle était encore un peu sonnée à cause du transplannage. Il la détailla tout en la surplombant et constata que le chemisier couleur citron qu'elle portait était entaché d'un mélange de terre et de poussière de gravier et que l'humidité du vêtement laissait désormais peu de place à l'imagination à propos de son anatomie.

La jeune femme ne le réalisa pas sur le moment, elle ne vit pas non plus le regard fuyant de son professeur détournant le regard par pudeur mais, appuyée contre lui et la vision à laquelle il avait eut droit, pour la première fois, le professeur Rogue se sentait d'une part mal à l'aise et de l'autre, l'appel irrésistible de la luxure le rattrapait. Sorcier ou non, il restait un homme, très seul qui plus est. Severus pris une grande inspiration pour chasser les pensées obscènes naissantes et se sépara de la jeune femme.

Hermione regarda autour d'elle. Ils avaient tous deux atterris dans une cour privée. Le sol était fait de petits gravillons blancs et par delà la cour s'étendait un jardin immense avec de nombreuses plantes et arbres fruitiers. La jeune femme se retourna et aperçut une maison qui avait l'air très ancienne. La façade était jaunâtre tandis qu'une clématite semblait y avoir élu domicile depuis des décennies. La maison était immense, en son centre une cavité y abritait le portail qui la séparait de la rue qui n'était en aucun cas visible depuis le jardin. De part et d'autre du bâtiment, deux escaliers courbés faits en pierre relayaient le jardin au premier et unique étage qui possédait une terrasse discrète. La porte d'entrée était sur la droite et Rogue la pria d'entrer au plus vite.

La première pièce faisait office de cuisine de fortune et y abritait des appareils ménagers pas plus anciens que les années soixante, tous jaunis avec le temps. La peinture bleutée sur les murs craquelait ça et là. Deux portes communiquaient avec la pièce et Hermione s'avançait à pas de loups pour découvrir ce que renfermaient ces lieux. Celle de gauche révéla une salle à manger austère dont les murs étaient recouverts d'une affreuse tapisserie verdâtre. L'unique fenêtre de la salle ne donnait pas la luminosité suffisante pour que la pièce soit agréable à vivre. Au centre, une table massive en cerisier laquée à la perfection s'imposait avec seulement quatre chaises en face d'un vaisselier assorti. Hermione continua son exploration et découvrit que la seconde porte donnait sur le réel vestibule de la maison et découvrit la porte d'entrée qui devait donner sur la rue. Directement à gauche de l'entrée se trouvait un escalier ancien menant à l'étage et en face une autre porte qui menait directement à la salle à manger.

-" Tout à la française." Déclara-t-elle dans un murmure.

-" Bonjour !" Une petite voix enjouée s'éleva derrière elle qui la fit sursauter. Elle se retourna et instinctivement regarda plus bas pour constater la présence d'un elfe de maison. " Je m'appelle Louki, je sers monsieur Rogue depuis dix ans." L'elfe fit une courbette à la sorcière. Il était pas plus grand que Dobby mais sa peau était couleur amande et ses oreilles étaient dressées comme des antennes. Il avait un tout petit nez retroussé et portait une large taie d'oreiller usée comme vêtement avec une ceinture faite de chanvre tressé pour maintenir l'étoffe sur son corps frêle.

Les pas de Rogue s'arrêtèrent derrière Hermione et salua l'elfe poliment.

-" Toutes nous affaires sont là ?" Questionna-t-il

-" Oui maitre, monsieur Dumbledore a même fait expédier des ouvrages pour la jeune fille." Hermione sourit à la délicate attention portée par son directeur. L'enthousiasme fit de courte durée.

-" Bien, tu peux vaquer à tes occupations. Granger, changez vous, vous êtes transparente" L'élève fronça les sourcils d'abord ne pipant mot et ensuite s'examina pour constater que même de son point de vue, son soutient gorge blanc à travers le chemiser trempe ne cachait plus grand chose. D'un mouvement instinctif elle se couvrit avec les bras, l'air furieux, laissant voir son immonde blessure de lettres sur l'avant bras. Elle ouvrait et fermait la bouche à répétition mais les sons semblaient mourir dans sa gorge. " On se calme Granger... Vous aviez raison ce matin."

-" Pardon ?" Elle ne criait pas victoire aussi facilement avec lui ne sachant pas à quoi s'attendre.

-" Oui, vous vous souvenez, quand vous m'avez dit que vous n'étiez plus une enfant." Lâcha-t-il dans son plus beau rictus de suffisance. A Poudlard une telle remarque lui aurait coûté cher.

-" Oh ! Vous ! " Le regard de la jeune femme se noircissait à mesure que ses poings se serraient, sa voix toujours bloquée dans sa gorge. Severus s'avança vers elle qui se raidit instantanément. D'un geste vif il la prit par le bras et la fit transplanner à nouveau.
Cette fois ci, ils se retrouvèrent dans une chambre où la chaleur était étouffante. Hermione remarqua qu'ils étaient presque sous les combles.

-" Votre chambre pour les semaines à venir" La pièce semblait renfermer une présence féminine. Un doux parfum de rose à peine perceptible flottait dans la pièce. La tapisserie étaient entièrement blanche, épaisse dont les motifs dessinaient des arabesques et légèrement décollée aux angles du plafond. Au milieu de la pièce et accolée au mur, le lit assez grand pour une personne et demie avec un encadrement en bois ancien poncé. Les draps étaient en flanelle d'un rose pâle vieillot. En face une petite coiffeuse en guise de boudoir et à sa gauche, un magnifique secrétaire dont les angles étaient ornés de parures dorées. Un encrier en porcelaine de Limoges trônait sur ce petit espace de travail. Elle ne l'avait pas remarqué mais sa valise l'attendait dans un coin de la pièce, sur le parquet craquelant en dessous des fenêtres jumelles qu'elle s'empressa d'ouvrir pour évacuer la lourdeur de l'atmosphère.