Salut tout le monde !
Bon, tout d'abord, programme pour les prochaines semaines. Je vais être un peu surbookée à cause de révisions, des oraux et dissert' le Samedi, et des exam' pas franchement drôles qui avancent à grand pas. Donc, ça va être du bachotage pendant un temps. Tout ce que j'aime, quoi ! Je déteste apprendre par coeur, ça m'énerve, et je me rends vite compte que c'est pas toujours utile. On essaie de faire de nous des puits de sciences, et j'ai signé pour des études de culture et de méthodes. Bref, ça me saoule. Donc, je risque d'être indisponible pour deux ou trois semaines. No panic ! Une fois cette phase d'exam' terminée et mon sommeil retrouvé, je reviens évidemment.
Désolée aussi pour les reviews en retard, je dois pas être franchement à jour pour pas mal de fictions. Là encore, promis, je me rattraperai. Vous l'aurez remarqué, je suis quelqu'un d'extraordinairement synthétique, alors c'est assez long pour moi de faire une review constructive.
J'ai pas non plus beaucoup de chapitres d'avance pour cette fiction, et j'avoue que j'écris un peu au fur et à mesure. Disons que la colonne vertébrale manque de certaines vertèbres par endroit. Du coup, je retravaille un peu mes espérances, alors que je suis du genre à écrire au fil de la plume, en me laissant porter. Bref, il me faut un peu de temps.
Encore une chose : désolée si certaines coquilles se sont glissées. Je corrige et relis toujours mes textes, mais mon ordinateur a décidé de me faire la tête, et il a eu la bonté de s'éteindre 5 fois aujourd'hui, sans que je le lui demande. Et comme je suis du genre à ne pas enregistrer toutes les deux minutes... Bref, désolée pour ça, j'ai franchement pas le courage de me taper une 6ème lecture.
Sur ce, bonne lecture !
La lampe est éteinte. Il ne voit rien d'autre que ses mains d'où jaillit soudain un Cardinal rouge. L'oiseau s'effraie, s'envole, va se perdre quelques secondes, puis, porté par le vent, il revient, crochète la serrure d'une cage en or, et s'enferme à l'intérieur. Alors, le jeune homme s'approche, pour ouvrir la cage. Des accents de musique américaine résonnent depuis les cieux. Lorsqu'il approche la main de la porte de la cage, l'oiseau attaque et le pince à la main. Surpris, il recommence, mais l'oiseau refuse bien de le laisser faire. Sa main commence à enfler. Il frappe violemment la cage, pour faire comprendre à l'oiseau qu'il s'agit d'un geste secourable. Alors, l'oiseau se met à chanter. Il chante du Police, la mélodie de Every Breath you take. Le chant devient de plus en plus aigu. Il plaque les mains sur ses oreilles, mais le son s'amplifie, devient strident, effroyablement dissonant. Comme un hurlement qui transperce les nuages. Le chant broie la tête du jeune homme, c'en est insupportable ! Qu'on tue l'oiseau, pitié !
Il ouvre soudain les yeux. La musique de Police continue de se propager. Il prend quelques secondes, puis réalise qu'il s'agit de la sonnerie de son téléphone portable, dans la poche de son jean. Il se redresse sur un bras, plonge sa main dans la poche pour en extraire le téléphone, joue avec l'écran tactile puis le porte à son oreille. Il entend vaguement le bruit d'un vent fort. Puis, son nom, répété plusieurs fois. Il se redresse vraiment, pour écouter un peu plus correctement la conversation.
- Allô ?
- C'est pas trop tôt ! Je te réveille ?
- Oui, un peu. Quelle heure il est ?
- Presque midi.
- Merde ! J'avais rendez-vous ! Ecoute, je te rappelle ce soir !
- Tu ne le feras pas…
- Mais si ! Je t'embrasse !
Il raccroche un peu précipitamment, puis range son portable. Il regarde un peu la pièce, se souvient vaguement être resté dormir, sur insistance de Célia et Hurley, la veille. La jeune femme dort à quelques centimètres de lui. Il se lève en prenant soin de ne pas la toucher. Sur une chaise, il retrouve sa veste un peu froissée, l'enfile. Ses yeux se promènent sur le parquet. Où sont passées ses chaussures. Il s'agenouille et les retrouve, sous le lit. Alors qu'il tente de les enfiler également, il entend les soupirs de Célia. Elle s'agite un peu, s'étire, puis le regarde, les yeux encore flous. Elle sourit.
- Désolé. Je t'ai réveillée.
- En fait, c'est Sting qui m'a réveillée !
- Désolé.
- C'est rien. Faut que je me lève. J'ai entendu une voix féminine. C'est ta femme qui t'as appelé pour te dire de rentrer ?
- Non, sourit Caleb, pas vraiment.
- Ta mère ? demande Célia en fronçant les sourcils.
- Ma grand-mère. Je devais l'appeler hier soir, et j'ai oublié.
- Oh… Et tu as rendez-vous ? Tu me raccompagnes pas chez moi ?
- Pourquoi, tu sais pas rentrer chez toi ?
- Si. Mais la Capitale, c'est dangereux pour une jeune femme seule…
- Je suis pas sûre que tu sois vraiment en danger. Et puis, tu vas bien trouver un chevalier servant pour te ramener. Blaze et Samford vont se disputer la place.
- Merde ! David !
La jeune femme repousse soudain les draps. Elle saute presque du lit, tend la main vers ses lunettes tandis qu'elle boutonne le chemisier, par-dessus le débardeur qu'elle a gardé pour dormir. Elle tourne la tête, retrouve son sac, fouille pour y trouver ses chaussures en toile, puis y range ses escarpins. Caleb a tout juste terminé de s'habiller qu'elle l'attrape par le poignet pour lui faire quitter la chambre, et descendre quatre à quatre les marches de l'escalier. Elle entre dans la salle principale. Elle n'a rien perdu de son charme, cette pièce, malgré l'absence de musique, l'éclairage naturel, les chaises vides. Deux domestiques sont entrain de s'occuper de rendre à la pièce ses allures baroques. Vidée de monde, elle semble encore plus grande. Trop grande, d'ailleurs. En y réfléchissant, elle doit bien faire la taille de tout le rez-de-chaussée de la maison de Caleb, celle de Province… Il y a encore une ou deux personnes présentes la veille, encore un peu chamboulées par les paillettes, les lumières et les paradis artificiels de leur soirée. Caleb ne reconnait presque personne. Sauf Mark. Il est assis sur une chaise, le coude posé sur une large table, un beignet dans la main, un journal dans l'autre. Il lève la tête et fait signe à Célia et Caleb. Célia, un peu inquiète, s'approche.
- Salut. David est parti ?
- Non, il est dans la douche. Et réveillé depuis Neuf heures du matin.
- Merde… Je lui avais promis qu'on rentrerait pas tard… Je vais encore me faire allumer.
- Tu sais, il est peut-être temps de lui rappeler que tu es majeure !
- Oui, vas donc dire ça à tous les membres de l'Iléveune !
- C'est ton mec ? demande Caleb en croquant dans une pomme.
Elle étouffe un rire, Mark sourit.
- Non, pas vraiment. Mais il se conduit comme s'il l'était. On partage tous les inconvénients d'une vie de couple, mais pas les avantages. Je vais aller le chercher. Je vous dis à plus tard, tous les deux !
Elle embrasse les deux garçons, puis retourne aux escaliers, dans l'espoir de voir apparaître David, d'une humeur relativement positive. Quelques minutes plus tard, elle reparait, le jeune homme juste derrière elle, le regard aussi froid que la veille. Il salut rapidement Mark, refuse d'adresser une parole à Caleb.
- Je crois qu'il ne m'aime pas.
- C'est pas toi le problème. C'est toi avec Célia.
- Pourquoi ?
- C'est comme ça. Je te l'ai dit, elle a un chaperon. En attendant, tes petites danses avec Célia, c'est bien beau, mais ça va mettre Jude dans un état pas possible !
- Son mec ?
- Pire. Son frère. David est son ami d'enfance. D'où le côté ultra-protecteur. S'il apprend que tu as passé la nuit avec elle…
- J'ai juste dormi avec elle !
- Ça change rien. Célia est la benjamine du groupe, Jude n'a accepté qu'elle en fasse partie que parce qu'il pouvait garder un œil sur elle. Le truc, c'est qu'on s'est tous mis à la considérer comme une petite sœur un peu fragile, un peu naïve. Sauf que Célia se contente de jouer les enfants naïves. Mais bon, le personnage nous a tous eu. On ne distingue plus le vrai du faux.
- C'est foutu pour ma candidature ?
- Non. Tu as fait forte impression à Célia et Hurley. Célia peut faire pencher la balance en ta faveur auprès de son frère et de David.
- Et Blaze ? Il avait pas non plus l'air d'apprécier que je sois avec elle.
- Jude est l'un de ses meilleurs amis. Et il a une petite sœur, aussi. T'inquiète pas pour Axel, je m'en occupe. Dès que son apprenti aura émergé.
- Merde ! L'apprenti ! Faut que je te laisse !
- Ok. Ecoute, je te rappelle ce soir. On va devoir trouver un créneau pour que tu rencontres tout le monde, et que tu parles de tes textes !
- Ouais ouais, on voit ça ce soir !
Sans se retourner pour adresser un sourire, un remerciement, Caleb se précipite vers la sortie, en empruntant le chemin dont il se souvient, en espérant que les multiples coupes de Champagne ne lui ont pas fait perdre des bribes de mémoire. Par miracle, il parvient à trouver une porte menant sur la rue. Il bouscule plus ou moins un homme qui tente de rentrer, ne prend pas le temps de présenter des excuses en bonne et due forme, presse le pas dans la rue à la recherche d'un bus qui le mènerait au café de son apprenti… il sourit en formulant le mot apprenti. Il baisse les yeux à son poignet pour s'enquérir de l'heure, puis se souvient qu'il n'a pas de montre, lève un regard un peu inquiet à l'horloge géante et grimace. C'est officiel, il va être en retard. Bon sang, où est-ce qu'on trouve un arrêt de bus dans cette fichue ville ? On croise un bus par minute, pourquoi on ne croise pas les arrêts qui vont avec ? Bien sûr, Caleb pourrait demander son chemin, mais à cause d'une espèce de fierté machiste à la con, il n'y arrive pas. Alors il continue à errer dans cette ville un peu trop grande, un peu trop étrange. Longer la route lui paraît l'idée la plus logique. En soupirant devant l'étendue du chemin à parcourir, il ramène les deux pans de sa veste contre sa poitrine pour se protéger du vent léger, puis il débute sa marche. Un mal de crâne commence à s'installer lentement dans son corps, comme une réminiscence de l'excès de Champagne branché et exorbitant de la veille. Et le soleil qui le regarde droit dans les yeux n'arrange rien. Il marche donc, avec l'impression que quelqu'un a décidé de rallonger les minutes, en fredonnant une chanson qu'il connaît par cœur. La chanson dure très exactement trois minutes et cinquante sept secondes. En arrondissant à quatre minutes, cela lui permet de calculer presque exactement le temps qui s'écoule. Le problème, c'est qu'il ne tient pas compte de l'introduction musicale qu'arbitrairement, et à force de répéter les paroles, la chanson commence à tourner en boucle machinale et dépourvue de sens, dépourvue de souffle. Après l'avoir chantée une bonne dizaine de fois, il a perdu le compte exact, il s'arrête, pour reprendre son souffle, en pleine montée. Y en a pas un qui va arrêter sa bagnole pour le prendre en stop ? Il inspire, reprend la marche, jusqu'à ce que, ô miracle, une 2 Chevaux bleu ciel ralentisse à sa hauteur. Le conducteur baisse la vitre manuellement, côté passager.
- Vous allez quelque part ?
Caleb est fatigué, il se retient de souligner à voix haute l'intelligence de la question.
- Au café des deux Chasseurs.
- Ah, bon bah je propose pas de vous déposer, vous y êtes dans dix minutes ! Bon courage !
Le type sourit, puis repart à vitesse raisonnable. Avec une sincère envie de tuer cet homme qui a refusé de lui accorder cinq minutes de répit, il se remet en route. Aitor a plutôt intérêt à lui préparer un café digne de ce nom !
Café des deux Chasseurs
Un peu plus de cinq minutes tard
- Eh ben ! J'ai cru que vous arriveriez jamais !
- Aitor, tais-toi, et sers-moi un café très serré.
- Je vous en avais préparé un, mais il a refroidi en vous attendant. Je vous en refais un tout de suite, et je prends ma pause cigarette.
- Tu fumes ?
- Non, mais ça passe toujours mieux de dire au boss que je prends une pause pour fumer une cigarette que pour discuter avec mon professeur !
- Professeur ? répète le jeune homme, sceptique.
Aitor quitte la terrasse, et n'entend pas cet accent interrogatif poindre dans la voix de son mentor. Caleb se renverse un peu contre le dossier de sa chaise, frotte son visage avec ses deux mains. Il n'ose même pas imaginer les cernes qu'il doit afficher ! Il pose ses bras sur la petite table en fer, enfoui son visage à l'intérieur du coussin improvisé, dans l'espoir de s'endormir. Mais Aitor est plus rapide que le Marchand de sable, et il pose, sans délicatesse, la tasse de café brûlant sur la table. Il se redresse immédiatement, sous le regard un peu penché du garçon qui prend place, face à lui. Aitor sort de sa poche un paquet de cigarettes noir, l'ouvre pour en sortir une tige et la tend à Caleb qui la prend sans hésiter. Peut-être la nocivité de la fumée goudronnée circulant librement dans sa gorge le réveillera-t-elle… Comme il ne touche pas encore à son café, Aitor en boit la première gorgée, sous le regard assassin de son mentor. Il repose la tasse, en renversant un peu de liquide salvateur au fond de la soucoupe.
- J'avais pas particulièrement besoin que tu m'aides à boire mon café.
- Je vous en offrirai un autre, vous avez l'air d'en avoir besoin. Vous avez vraiment une sale tête.
Caleb relève ses yeux las vers Aitor, et le garçon pince les lèvres, comme pour présenter ses excuses. Il aimerait bien lui laisser un peu de temps pour reprendre ses esprits, mais il n'en a pas vraiment la possibilité. Au deux Chasseurs, une pause de dix minutes dure dix minutes, et pas onze. Bien sûr, il pourrait proposer de repousser la conversation au soir, lorsqu'il aura terminé son service. Caleb pourrait venir dîner au café, l'attendre. Ou bien, Aitor pourrait venir le rejoindre chez lui après le boulot. Mais le visage de son mentor fait vite comprendre au garçon que, d'ici la soirée, le jeune homme aura sombré dans les méandres d'un sommeil profond. Alors tant pis, le dialogue, il va devoir l'instaurer, malgré les réticences plus qu'envisageables de Caleb.
- Vous avez l'air d'avoir passé une bonne soirée.
- Ce sont mes cernes qui te font dire ça ? raille Caleb.
- Vous avez pas dû beaucoup dormir. Racontez ! Je peux que les lire dans les journaux, ces histoires ! D'ailleurs, paraît qu'y a eu du mouvement, encore ! Regardez ça, dans le journal ! Non, attendez, je vous passe le journal, vous le regarderez chez vous, on n'a pas le temps. Oh si, attendez, dites-moi juste si c'est vrai ! Ça dit que Foster aurait une histoire avec une mineure.
- Ah, c'est sorti ?
- Oh ! Alors, c'est vrai ? Les parents vont porter plainte…
- Je crois qu'y a rien eu. La gosse est une élève de Sharp, alors il est intervenu auprès de Foster pour lui dire de se calmer.
- Vous avez rencontré Sharp, alors !
- Pas vraiment. C'était un peu trop rapide à mon goût. Mais j'ai bien sympathisé avec Mark, Célia et Hurley. T'avais raison, ce gars est super cool.
- Bien sûr que j'avais raison ! Mais vous êtes petit joueur ! Vous approchez les plus faciles !
- Non, je me la joue stratégique, c'est différent. J'ai besoin de ranger un maximum de pions de mon côté pour faire pencher la balance en ma faveur. Je vais pas réussir à tous les mettre dans ma poche, alors je ruse, et je fonctionne à l'affect. Tout le monde respecte Mark, alors s'il plaide en ma faveur, j'ai mes chances. Pareil pour Célia. En parlant d'elle, tu pouvais pas me dire que Sharp était son frère ?
- Fallait me révéler votre stratégie, aussi !
- Va falloir que t'apprennes à devancer mes idées, je vais pas passer mon temps à tout t'expliquer !
- OK, chef ! Houlà ! Plus que trois minutes ! Alors, pour les autres ?
- J'ai rencontré Raimon, Blaze, Samford, mais sans vraiment discuter. Et je crois que ça va être dur de me faire apprécier de certains.
- Pourquoi ?
- Ben… Disons que Samford et Blaze pensent que j'ai des vues sur Célia. Et comme on a passé la nuit ensemble, ça a rien arrangé.
- Vous avez couché avec Célia Hills ? Ben vous perdez pas de temps !
- Baisse d'un ton, Aitor ! Non, on n'a pas couché ensemble. On a juste dormi dans le même lit.
- Ben voyons ! Merde, je dois y retourner ! Vous voulez pas venir déjeuner ici demain midi, qu'on continue la discussion ?
- Je vais essayer.
- Non ! Faites-le !
Le garçon se lève précipitamment, sans attendre d'affirmation ou de réponse, puis s'engouffre à l'intérieur du café. Caleb frotte longuement son visage contre ses paumes, puis boit la tasse de café entamée d'une traite. Il la repose un peu brutalement contre la soucoupe, provocant un désagréable bruit de céramique brutalisée. Aitor revient avec un autre café, Caleb en profite pour lui demander de lui servir une soupe. Le garçon sourit, puis s'éloigne. Alors, Caleb prend le journal du jour, sagement posé sur la chaise qui lui fait face. Ce n'est pas le journal officiel de la Capitale, c'est un quotidien gratuit que l'on trouve dans le métropolitain. Aitor l'a ouvert à la page concernant la petite fête de la veille. Pour qu'un tel article ait pu être rédigé, c'est qu'il y avait au moins un journaliste chez les Blaze, ou alors des indics. Et qu'ils ont veillé très tard pour boucler la rédaction… C'est se donner beaucoup de mal pour un peu de fumée !
Il regarde la photo illustrant l'article. Il s'agit d'une photographie de Xavier Foster, en couleur, probablement recyclée d'un article de paparazzi. Le jeune homme aux cheveux d'un rouge intense semble fuir l'objectif, tente de dissimuler son visage d'une main, en quittant visiblement sa maison. La photo prise sur le fait du coupable idéal… La légende indique que la photo remonte à l'année dernière. Qu'a-t-il pu se passer l'année dernière pour que ce jeune écrivain en arrive à sortir de chez lui en s'efforçant de cacher son visage, comme s'il était accusé de meurtre ? Caleb soupire, puis commence la lecture de l'article, subtilement titré Dans mes bras, elle sera toujours Lolita, en référence au célèbre roman de Nabokov.
« Les Fêtes données par les membres de l'Iléveune ne se présentent plus, dans la Capitale. Pourtant, chaque fête apporte avec elle son lot de scandales. La dernière fête avait eu lieu chez l'écrivain anglais, Byron Love, et la police avait dû intervenir suite à des coups de feu tirés dans le jardin. Axel Blaze, Byron Love, Sue Hartland, Joseph King, ainsi que deux écrivains étrangers avaient été placés en garde à vue, puis relâchés au matin.
« La nuit dernière, un scandale d'un autre genre a éclaté au beau milieu de la soirée, organisée chez le grand médecin et professeur Blaze, père de l'écrivain Axel Blaze. C'est donc un terrible scandale qui frappe la fête qui bat son plein. Les soirées organisées par l'Iléveune comportant des excès divers et fréquents, les mineurs n'y sont pas tolérés. Mais éblouis par les paillettes et les strasses, il n'est pas rare qu'un ou deux adolescents parviennent à s'infiltrer au cœur de l'action.
« Réputé pour les scandales éclaboussant ses publications, Xavier Foster a été aperçu hier en compagnie d'une demoiselle, plus jeune que femme. Après quelques recherches, il s'avère que cette jeune femme est étudiante à l'Université Royale de lettres, Université où enseigne, entre autres, l'écrivain Jude Sharp. Or, la jeune étudiante n'a pas encore fêté ses dix-huit printemps. Certains témoins ayant souhaité demeurer anonymes ont affirmé avoir vu le célèbre écrivain fricoter avec l'étudiante avant de l'entraîner dans une chambre qu'il aurait fermée afin de se retrouver seul avec la jeune fille, avant d'être interrompu quelques minutes plus tard, et le péché déjà commis, par Nelly Raimon. Rappelons que Nelly Raimon, au-delà de son statut d'écrivain, soutient le droit des femmes. Peut-être aura-t-elle voulu prévenir la jeune fille des agissements de son collègue.
« Selon les dernières nouvelles, une enquête serait en cours. Mais la forte popularité de Xavier Foster aurait effrayé les parents de la jeune fille, et les aurait poussés à ne pas porter plainte.
« Notre journal vous tiendra informé des avancées de l'affaire. »
Caleb cherche une signature, mais le journaliste n'a même pas eu le courage de signer l'article. Le jeune homme ne compte même pas le nombre de conditionnels employés, soulignant évidemment le manque d'informations du journaliste. Au moins a-t-il le mérite de ne pas employer un présent catégorique. Caleb ne s'est pas réellement passionné pour cette amourette entre un grand écrivain et une étudiante. C'est cliché, attendu, donc inintéressant. Cependant, il est à peu près sûr que Sharp a veillé à intervenir bien avant que l'idée d'emmener l'étudiante dans une chambre ne vienne fleurir dans l'esprit de Foster. Cet article est donc une parodie de journalisme, une atteinte à l'essence de la profession. Malheureusement, ça n'a rien de rare. Il parait évident que le journaliste, voire le journal, ayant rédigé l'article a une dent contre l'Iléveune, et cherche à tourner le mouvement en ridicule. Il n'y aura pas de suite à l'article, car personne ne portera plainte, et personne n'ouvrira d'enquête parce qu'une gamine a décidé de se la jouer starlette, et parce qu'un écrivain a succombé à un vieux fantasme ! Non, vraiment, cette histoire n'ira pas bien loin.
- Alors ?
- Bon sang ! s'écrie Caleb ! Tu m'as fait flipper, Aitor !
- Désolé. Alors, l'article ?
- C'est un ramassis de conneries. J'te conseille de t'abonner à un journal qui vérifie ses sources avant de publier.
- J'ai pas d'argent à dépenser là-dedans.
- T'as pas d'argent pour te forger un avis ?
- C'est pas ce que je veux dire. J'aimerais bien m'abonner à un hebdo, deux même ! mais je dois choisir entre l'abonnement et la mutuelle étudiante. J'vous laisse, je vais me faire dézinguer !
Il fait une moue d'excuse, puis tourne les talons pour se diriger vers une table et prendre une commande, en espérant la retenir de tête. Caleb soupire un peu, puis referme le journal. Etant données l'étendue de bêtises débitées à la ligne par ce journal dans une page Faits divers, il préfère ne pas s'aventurer dans les pages politiques, de peur que le rédacteur en chef n'ait approuvé un article sur une guerre annoncée par des enfants, lors d'un jeu de rôles à la cour de récré. Caleb froisse le journal et le lance dans la poubelle la plus proche. Pas besoin que quelqu'un d'autre tombe sur ce torchon ! Il avale son déjeuner rapidement, laisse un billet sur la table, puis part, en laissant un léger pourboire à Aitor. Il aimerait bien lui laisser plus, mais tant qu'il n'est pas accepté à l'Iléveune et qu'il n'a pas de maison d'édition, il ne peut pas se le permettre. Il doit d'abord penser à garder de l'argent de côté pour le loyer, la bouffe, et tout le reste. Pas les moyens de se montrer sensible, il faut être pragmatique.
En adressant un léger hochement de tête à Aitor, Caleb s'éloigne du café, les mains dans les poches. Normalement, il passe ses journées à flâner dans les rues, à arpenter les jardins, à écumer les bibliothèques… Là, étant donné son niveau de fatigue, il va plutôt rentrer à la chambre qu'il loue et dormir jusqu'à la tombée de la nuit, quitte à être ensuite frappé d'insomnie. De toute façon, les insomnies sont parfaites pour écrire ! Après vingt-deux heures, il le sait, son imagination se loge à fleur de peau, et c'est toute sa sensibilité qui s'exprime, de la plus violente à la plus retenue.
En pleine rêverie, une vibration violente contre sa cuisse le ramène sur terre. Il plonge la main dans sa poche et y pioche son téléphone pour froncer les sourcils. Il ne reconnait pas le numéro. « Allô » traditionnel et un peu éculé.
- Caleb, c'est Célia.
La voix est un peu rapide, précipitée.
- Un problème ?
- Un peu. Mais j'ai aussi ma solution. Et c'est toi. T'as dû lire les articles sur Xavier.
- J'en ai lu un. J'imagine que ça va faire de l'ombre au groupe…
- M'en parle pas ! On va devoir publier un démenti rapidement ! C'est là que t'interviens. Tu veux pas t'occuper de l'article ?
- Moi ?
- Non, le pape ! Bah oui, toi ! Si c'est toi, un anonyme, qui signe l'article, ce sera plus crédible, on taxera moins le journal de défendre un ami de la rédactrice en chef. Je te paierai, et ça te fera un bon exercice, pour quand tu intègreras le mouvement. Et ça t'attirera les faveurs de certains membres…
- Tu veux que je prostitue mon écriture, en somme.
- Oui, tu verras, ça fonctionne souvent comme ça. Alors, tu dis quoi ?
- A ton avis ?
- Ok, génial. Rédige dès que tu peux un premier jet, je passe le chercher demain.
- Célia, attends !
L'appareil lui souffle une onomatopée sourde et désagréable. Le jeune homme y répond par un soupir moins sourd.
- Tu n'as pas mon adresse…
Il lève les yeux au ciel, hésite. Puis range son portable. Il ne la rappellera pas tout de suite. Pour l'instant, il y a plus important. Une sieste !
Escalier B, 3ème étage, 2ème porte à gauche, légèrement excentré
Pas encore trois heures de l'après-midi
Il a compté les moutons du Petit Prince, lu les cent premiers poèmes des Regrets, regardé les vingt premières minutes de Tree of Life, écouté une compil' de la Callas, mais rien n'y fait. Rien ne l'assomme suffisamment, si bien qu'il ne parvient pas à trouver le sommeil, et se tourne et se retourne dans son lit. Après plusieurs échecs cuisants, il décide de jeter l'éponge. Tant pis, il écrira l'article dans cet état : fatigué et sur les nerfs. Il remplie une tasse, la seule qu'il y ait dans le placard, d'eau, puis la met à chauffer au micro-onde, deux minutes. En attrapant l'anse, il se brûle, puis plonge violemment un sachet de thé artificiel, aux fruits rouges, tout aussi artificiels. De son sac il sort un crayon gris et une feuille de papier, un tract qu'on lui a donné dans la rue en revenant. Il le survole rapidement. C'est un tract écologiste. Il va se faire un plaisir de s'engager pour la sauvegarde de la planète ! Aussi retourne-t-il la feuille, pour s'en servir comme d'un brouillon. Franchement, on n'a pas idée de se la jouer écolo et d'imprimer sur du papier non recyclé ! Sa mine s'arrête au-dessus de la feuille. Non, il ne peut pas écrire comme ça. Pas dans le silence. Malheureusement, il se souvient que son mp3 est tout à fait vidé, la faute à la Callas ! Pas de musique, ça va être embêtant… Peut-être que la télévision aura la gentillesse de diffuser de la musique pas trop mauvaise, au moins une demi-heure. Oh, bien sûr, il n'y croit pas vraiment. Mais il l'allume tout de même, puis commence à zapper. Il s'arrête sur une chaîne musicale, alors qu'un rappeur se plaint, quelle originalité, de son succès. Au bout du troisième verbe mal conjugué, il change de nouveau la chaîne. La connerie, ça va bien cinq secondes !
Alors qu'il commence à baisser les bras, il tombe sur une chaîne d'actu, et des cheveux ondulés, d'une couleur automnale, l'interpellent. Il pose la télécommande. Oui, ces cheveux, il les connaît. Comment s'appelle leur propriétaire, déjà ?
- Tout d'abord, je suis absolument ravi de vous accueillir, Nelly Raimon !
Ah oui, c'est ça, Nelly Raimon. Caleb repose son crayon et la regarde. Cette jeune femme n'est pas seulement belle. Elle est fière, droite, élégante… C'est ce qu'on appelle une grande dame. Malgré ses, quoi ? vingt-trois, vingt-quatre ans ? elle surplombe le présentateur télé, elle le toise presque. Ça donne envie de tomber amoureux.
Nelly se tient bien droite sur sa chaise, ses jambes sagement croisées sous sa jupe crayon noire. Avec ses escarpins, son chemisier rouge, sa veste noire, son maquillage impeccable, ses cheveux relevés, elle a tout de la femme d'affaire moderne. Et étrangement, on peine à la deviner écrivain. Le présentateur, un type d'une trentaine d'années, lui sourit exagérément, en découvrant autant de dents que possible. Caleb augmente le son.
- Vous êtes donc ici pour la promotion de votre roman Mémoires d'une bouche rousse, aux éditions la Pomme et le Serpent. C'est votre vie, là-dedans ? demande-t-il en tapotant le petit livre rougeâtre.
- Plus ou moins. Je ne peux pas raconter ma vie en si peu de place.
- Mais vous y parlez quand même de votre père tyrannique, de votre mère absente, de votre mari violent… C'est pas votre vie, ça ?
- Si bien sûr. Mais regardez, c'est écrit roman sur la couverture.
- Alors, pourquoi titrer Mémoires ?
- Pour égarer. C'est pas facile de saisir sa vie, comme ça, je ne me voyais pas mettre une seule étiquette sur les vingt-trois années que j'ai vécues.
Le présentateur marque une pause. Il va changer de sujet.
- En ce moment, on a l'impression que le monde littéraire n'est pas très stable. Ça inquiète une femme aussi cartésienne que vous ?
- Je pense que le monde de l'art n'a rien de stable, et ça ne date pas d'aujourd'hui. Alors non, ça ne m'inquiète pas.
- Et votre protégée, Jade Green ? Vous n'avez pas peur pour elle ?
- Non.
- Pourtant, l'Iléveune est en proie à pas mal de problèmes avec la justice, la morale, la religion… Les problèmes de drogue de Blaze, les rumeurs de prostitution de Hartland et de Love, les multiples récidives de Kane, les récents déboires de Foster… Sans compter les problèmes judiciaires de vos mentors, qu'il s'agisse d'Hillman, de Dark, de Evans ou Schiller… Honnêtement, est-il possible de faire partie de l'Iléveune sans avoir de démons ?
- Je ne suis pas le porte-parole de mes camarades, et je ne suis pas dans ce mouvement pour canaliser leurs problèmes.
- Mais vous n'êtes pas en reste. Mariée de force à seize ans, divorcée à dix-sept, après un an de violences conjugales… Ça laisse des cicatrices. La preuve, c'est que vous choisissez comme mentor Lina Schiller, une auteure à peine plus âgée que vous, un peu underground, elle-même victime d'un père tyrannique. Et lorsque vous abandonnez son enseignement, c'est pour rejoindre le groupe de son frère : Xavier Foster, victime du même père. A ce niveau-là, c'est du sadisme ou du courage ?
- Ecoutez, je vous avais prévenu que je souhaitais uniquement parler de mon livre. Livre dont n'êtes pas capable de faire un résumé, parce que vous ne l'avez pas lu.
- Mais bien sûr que si ! Mais vous savez bien que l'on va vous interroger sur l'Iléveune, c'est ce qui intéresse tout le monde. Dites-moi que vous ignoriez l'intérêt porté à ce mouvement.
- Non, dit-elle d'une voix dure et froide. Mais j'osais espérer que vous feriez votre travail de journaliste, au moins cinq minutes avant de m'en parler. Maintenant, si vous le permettez…
J'ai des choses plus importantes à faire, avale-t-elle sans doute. Nimbée d'élégance et de calme, elle quitte le plateau, sous l'œil gêné du présentateur qui sent qu'il va se faire taper sur les doigts, parce qu'aucun membre de l'Iléveune ne viendra jamais plus lui donner la réplique. Caleb sourit. Cette jeune femme lui plait. Vraiment. Avec cet air glacial, ce regard profond, celle allure guindée, et cette fragilité qu'elle semble avoir su mettre à profit. Le présentateur présente des excuses brouillonnes puis annonce une page de publicité. Caleb reprend la télécommande. Le rappeur a terminé de massacrer la conjugaison française, il a laissé la place à une chanteuse à voix brisée qui reprend les textes de Goethe, en allemand. Parfait. Il ne parle pas allemand, il ne sera pas déconcentré par les paroles. Il souffle, reprend le crayon. Et défend.
Every Breath you take : Police, 1983. Oui, c'est ma chanson rock du moment. En fait, j'étais interloquée par cette chanson d'amour si sombre. J'ai donc voulu vérifier la genèse de l'écriture, pour découvrir que Sting s'était emparé d'une histoire personnelle, alors que quelqu'un le harcelait et le suivait. D'où le "I'll be watching you."
Lolita : Nabokov, 1955. Roman à l'autobiographie ambiguë, on y suit les péripéties d'un homme qui tombe amoureux de sa belle-fille de 14 ans, légèrement aguicheuse. Je crois que j'ai rarement été aussi émue par les premières lignes d'un roman, malgré tout le caractère sulfureux et malsain qu'on lui prête. J'en profite pour recentrer les choses, parce que les mauvais emplois de mots aussi forts m'épuisent. Une lolita, donc, n'est pas une jeune fille sage de 17 ans qui plait à des hommes. C'est une gamine pré-pubère qui séduit volontairement les hommes.
Les Regrets : Du Bellay, 1558. Recueil de poèmes lyriques. J'ai rien contre la poésie de Du Bellay, mais c'est comme ça, ça m'assomme.
Tree of Life : Malick, 2011. Bon, alors là, je vais pas me risquer à un résumé. C'est un très beau film, mais vraiment pas pour moi. Je me suis forcée à le regarder jusqu'au bout, et peut-être parce que je n'avais pas aimé le reste, j'ai trouvé la scène finale sublime, moi qui déteste d'ordinaire les fins de films.
Mémoires d'une bouche rousse : J'ai inventé ce nom en utilisant deux oeuvres de Beauvoir : Les Bouches inutiles et Mémoire d'une jeune fille rangée.
Même si l'histoire va tourner autour de Caleb, je vais essayer au maximum d'élargir afin que l'on puisse aussi avoir les personnalités des autres personnages... Même si je vais me concentrer sur cinq d'entre eux (et faut pas être devin pour les identifier).
Je glisse doucement, comme à mon habitude, pour que ça se corse un peu progressivement. Je pars du principe que la littérature, c'est loin d'être un art sage et calme. C'est puissant violant, mordant et salissant, clairement salissant. On va essayer d'évoluer un peu de ce côté-ci, le côté sombre qu'ont les auteurs que l'on apprécie, ce côté qui fait aussi leur génie.
Voilà, j'espère que ça vous a plu en tout cas !
J'ai donc du boulot et des impératifs pour le week-end prochain, mais je publierai peut-être quand même, en fonction des jours blancs qu'on accepte de nous laisser pour réviser.
A très vite !
