Cela faisait un petit peu plus d'une semaine que le café avait ouvert et on pouvait dire que ça fonctionnait pour le moins bien. De temps en temps je faisais l'ouverture seule et Octavia faisait la fermeture ou bien c'était l'inverse mais nous étions plutôt dans une très bonne ambiance de travail. Quelques étudiants de l'école d'art qui était non loin du café en avaient déjà plus ou moins fait leur repère, que ça soit pour partager un café ou bien une bière. Globalement, nous commencions à acquérir une certaine notoriété.
J'avais fait l'ouverture ce matin-là, laissant ainsi Octavia faire la grasse matinée. Elle avait passé la nuit chez Lincoln et je me doutais bien que ça avait dû être pour le moins sportif. Ce n'est que vers 10h30 qu'elle arriva au café, rayonnant comme jamais.
Je la regardais, amusée par l'air suffisant qu'elle dégageait. Et avant même de me laisser prendre la parole, elle déposa une bise sur ma joue et se saisit d'un torchon pour commencer à essuyer et ranger la vaisselle du matin avec moi. On savait toutes les deux qu'on allait profiter de ce moment de calme pour faire un petit débrief de nos soirées respectives. La salle était presque vide, il n'y avait qu'un client qui buvait son café tout en lisant la presse locale. Ce n'était certainement pas un seul client qui allait nous arrêter alors je lui lançai un regard en biais avant de la questionner.
« Eh bien il y en a une qui a passé une plutôt bonne soirée hier soir non ? »
C'est exactement ce qu'elle voulait que je lui demande et elle commença alors à débiter en me racontant la soirée, comment il avait cuisiné pour elle après la fermeture du café, toutes les attentions charmantes avant de me dire enfin, en m'épargnant les détails dieu merci, qu'ils, je cite, « l'avaient fait ».
C'est donc avec une Octavia la tête dans les étoiles que la journée se poursuivit. C'était amusant de voir à quel point elle était ailleurs et les quelques habitués que nous avions déjà n'avaient pas manqué de le lui en faire la remarque sur le ton de la plaisanterie. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas bien grave. Nous étions mardi et le mardi était loin d'être un jour noir de monde, c'était même plutôt calme. C'est pourquoi aux alentours de 18h, je lui proposai de fermer le café un peu plus tôt tandis que j'assurerai seule la fermeture. Je savais parfaitement qu'elle n'avait qu'une envie, celle de retrouver les bras de Lincoln. Elle me remercia sincèrement et quitta le café à toute vitesse, courant presque à la rencontre de son beau métissé.
J'étais à présent seule mais ça ne me dérangeait pas le moins du monde. Je savais apprécier la simplicité d'un moment durant lequel je me retrouvais seule avec moi-même. Avant qu'un autre client ne passe la porte, j'allai tourner la pancarte pour annoncer que le café était désormais fermé pour la journée.
J'avais quasiment terminé le ménage quand quelqu'un tapa à la porte du café. Il s'agissait visiblement d'un livreur qui avait quelque chose pour moi. Après lui avoir confirmé que j'étais bien Clarke Griffin, il me confia un énorme colis qui, à première vue, semblait être un tableau. Je n'avais rien commandé de la sorte mais ma curiosité l'emporta et à peine l'accusé de réception signé, je m'empressai d'ouvrir l'emballage cartonné. J'ouvrai avec la plus grande précaution, ne désirant surtout pas abimer ce que l'on m'avait envoyé.
Et là ce fut un choc, je n'avais jamais rien vu de tel. A mi-chemin entre la photographie et la peinture, ce travail était tout à fait unique. C'était une femme presque parfaitement reproduite. Mais son visage ainsi qu'une partie de son buste et de ses jambes disparaissaient sous des traits épais de peinture. L'ensemble de l'œuvre était en noir et blanc et ce qui faisait tout son charme c'est toute l'émotion qu'était en capacité de véhiculer cette femme malgré l'absence de regard. Je n'avais pas besoin de son visage pour me l'imaginer et au fond chacun pouvait y voir un peu ce qu'il voulait. Elle pouvait être heureuse, pensive, désespérée… Pour ma part, je la voyais affaiblie. Comme si on l'avait saisi au pire moment de sa vie, quand elle était sur le fil du rasoir, entre l'envie de vivre et le besoin de tout arrêter. La tache noire que l'on pouvait observer près de sa main gauche me faisait penser à une cigarette et je me voyais parfaitement à la place de cette femme, à penser à ma vie, à faire le bilan de tout ce que j'avais vécu. C'est d'ailleurs ce que j'étais en train de faire, une introspection sur moi-même. En cherchant ce à quoi cette femme pouvait bien penser je m'identifiais en elle. Au fond, je pense que cette œuvre était pareille à un miroir, on y voyait le reflet de notre âme.
J'avais envie d'en savoir plus sur l'expéditeur de ce colis surprise, je me mis alors à chercher s'il y avait quoi que ce soit, un numéro, un nom peut-être qui me permettrait de le retrouver. Rien… Il n'y avait absolument rien sur l'expéditeur et j'en étais totalement frustrée. Je me devais au moins d'exposer cette beauté, même si ce n'était pas dans le thème de l'exposition. Mieux encore, je voulais que tout le monde puisse le voir et le mettre sur la mezzanine n'aurait pas été suffisant.
J'entrepris finalement de retirer le tableau qui ornait le mur en face du bar et de l'habiller avec la femme aux mille visages. Ainsi j'aurais tout le loisir de l'admirer quand j'aurais un petit coup de moins bien au travail. L'ancien tableau, bien moins émouvant puisqu'il représentait une table de petit déjeuner, prit place dans la réserve.
N'ayant pas la moindre envie de rentrer chez moi, je m'installai derrière le bar et me fis couler un peu d'eau chaude pour siroter un thé dans le calme des lieux. Normalement Octavia et Lincoln étaient à la maison pour la nuit alors tout risquait d'y être infiniment plus bruyant.
Toujours à fixer le tableau que je venais de placer dans le café, la vibration de mon portable me fit revenir sur terre. Il s'agissait d'un message d'un numéro inconnu, tout ce que je déteste. Je déverrouillai mon portable avant de sélectionner le message que je venais de recevoir.
SMS : L'art est fait pour suggérer des émotions, pour en provoquer. A travers un tableau, un artiste se livre, qu'il le veuille ou non. Il est clair que ça nous rend vulnérables mais n'est-ce pas cette vulnérabilité qui fait la beauté d'un tableau ? Je te laisse y réfléchir, j'espère que le tableau te plaît.
Je sentais mon cœur battre plus fort que la normale, ce message me faisait perdre mes moyens. Je pris finalement le temps de lire ces mots une fois encore, plus calmement. Le message n'était pas signé mais je n'avais pas besoin de ça pour savoir de qui il s'agissait. Lexa avait fini par m'envoyer son travail et me chambouler une fois encore, tout n'était pas perdu finalement.
Bonsoir à vous !
Je sais que cette suite s'est un peu faite attendre étant donné que j'ai publié le chapitre 2 lundi mais j'espère tout de même que ça vous plaira. Il ne se passe pas grand-chose mais je pense que modérer le rythme de la fiction est nécessaire.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, des retours sont toujours plaisants
