LE DESTIN RETROUVE

Bonjour à tous !

D'abord, décision : publication, toutes les deux semaines, le mardi après-midi. Ensuite, plus important : merci à tous ceux qui m'ont lue jusqu'ici, et plus encore pour les commentaires qui sont très précieux ! Je vous livre ici un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira. L'histoire commence à prendre un peu forme !

Je vous souhaite une agréable lecture. Bises, Bergère

Amitié à l'encre rouge

C'était bientôt les fêtes de Noël. Le château exhalait tout entier une incroyable odeur, très agréable, de pin, de glace, d'épices chaudes : il n'avait plus rien de froid, les grandes pierres où elle s'était parfois sentie isolée, vraiment seule, ne lui donnaient plus du tout cette impression. Quel dommage de devoir partir maintenant, précisément, alors qu'elle aurait aimé plus que jamais rester dans le château pour en goûter l'atmosphère si particulière. Bien sûr, dans le fond, rentrer voir ses parents, fêter un peu l'année nouvelle et la naissance du Christ… cela ne lui déplaisait pas du tout. Mais à côté de cela, elle ressentait une envie dévorante de rester et de profiter. Tant pis. Elle prit le chemin du Poudlard Express en trainant sa lourde valise à regret et, sans trop comprendre comment – évitant tous les élèves plus âgés qu'elle ne connaissait pas du tout – elle se retrouva dans le même wagon qu'Albus.

Ils se saluaient maintenant d'un petit hochement de tête, de loin en loin, mais elle n'avait jamais vraiment trouvé le courage d'aller lui reparler. C'était ridicule, mais il lui semblait que tant qu'elle n'était pas réellement capable d'être magiquement à son niveau, il serait ridicule d'entrer en contact avec lui. Soudainement cependant l'occasion se présentait, tant pis. Elle avait d'ailleurs la certitude bizarre que, de tous les élèves de l'école, c'était sans doute lui qui serait le plus capable de comprendre qu'elle passe tout le trajet à lire, et qu'il ne viendrait pas l'embêter.

« - Bonjour, lança-t-elle doucement, derrière la broussaille de ses cheveux qui ne voulaient pas tenir dans une coiffure si quelqu'un ne la lui faisait pas.

- Bonjour, répondit-il, le regard vissé à la vitre. Oh, c'est toi… Désolé. »

Il se tourna vers elle, mais semblant éviter son regard, puis revint à sa contemplation du paysage. Sagement, elle rangea sa lourde valise sous les bans, et s'assit en face de lui. Le Poudlard Express était très neuf, et les sièges craquèrent un peu quand elle s'assit, ce qui fit nouveau tourner la tête à Albus. Il avait dans les yeux une lueur préoccupée.

« - Tout va bien ? demanda-t-elle poliment.

- Oui, oui. »

Il ramena très lentement son attention vers elle. Il avait les yeux très bleus, mais ce qu'elle remarquait ce jour-là, c'était leur tristesse. Il inspira un peu fortement et conclut, en fixant enfin résolument ses yeux dans sa direction :

« - Le paysage ici est vraiment très beau.

- Oui. Pas uniquement le paysage, ajouta-t-elle. J'aime beaucoup la salle commune, aussi. Et, en ce moment, l'odeur des arbres dans la grande salle, je trouve tout cela… Pardon, s'interrompit-elle en rougissant, ce n'est pas très modeste de ma part ce déballage.

- Non, pas du tout, répondit-il avec un petit sourire. J'aime beaucoup le château, aussi. Il ressemble à une maison. »

Elle inspira profondément. Il lui parlait très honnêtement, très naïvement. Bien sûr, elle ne s'en rendait pas compte elle-même, mais c'était la première fois en réalité qu'il lui paraissait entièrement quelqu'un, un enfant de son âge. Elle lâcha, sans trop s'en rendre compte :

« - Je m'y sens un peu seule.

- Oh, pas moi ! dit-il très enthousiaste.

- Vraiment ?

- Oui, oui… Je… Bien sûr, je ne connais pas beaucoup de monde. Mais je m'y sens à la maison. Plus que chez moi, finit-il dans un murmure. »

Sans pouvoir s'en empêcher, elle pensa à ce qu'elle savait – rumeurs et ragots – sur sa famille et ouvrit la bouche, prête à poser une question très indiscrète. Elle la referma aussitôt, se sentant rougir au niveau de sa ligne de taches de rousseur, et constata avec une grande gêne qu'il n'avait rien raté de son geste et avait une expression un peu figée. Presque rien ne subsistait de cette ouverture de quelques instants plus tôt.

« - Pardon, chuchota-t-elle presque.

- Non, non, fit-il.

- Si je suis… vraiment désolée, ce ne sont pas mes affaires. »

Il lui adressa un petit sourire, et elle sentit le gros poids qu'elle avait sur le cœur se desserrer un peu : elle se rendait compte de tout – ces petits riens à peine existants ; toutes choses qu'elle avait failli perdre.

« - De toute façon c'est vrai, c'est pour ça que je n'ai pas envie de rentrer. C'est vrai.

- Je suis désolée, répéta-t-elle mais pour bien autre chose cette fois.

- Ce n'est pas grave, fit-il avec un brin de malice, peut-être artificiel, revenu dans ses yeux. Parle-moi plutôt de toi, si tu veux bien ? »

.

Alors qu'elle clignait des yeux, le monde se mit à tourner. Albus venait de lui dire que… Quoi ! Non, non, non, ça n'avait pas été vraiment elle. Le regard pétillant du jeune Dumbledore lui restait encore gravé sur la pupille, et elle fit un effort désespéré pour ne pas atterrir dans un autre souvenir. Et, effectivement, elle retomba lourdement dans une pièce blanche et dans ce qui semblait être son corps, son vrai corps. Elle entendu expecto patronum, et tomba dans l'inconscience.

Lorsqu'elle revint à elle-même, il n'y avait plus personne autour d'elle. Elle se releva très lentement, consciente que son corps pouvait l'abandonner au moindre mouvement trop brusque, et la renvoyer dans ce tourbillon infernal et inexpliqué. Un verre d'eau était posé à côté d'elle, elle l'attrapa et, lentement, bu quelques gorgées. L'horloge qui tiquait au mur annonçait midi vingt ; plus probablement minuit vingt au vu du silence qui régnait tout autour d'elle. Sa baguette était posée sur le rebord de la table de nuit, et elle tendit la main pour l'attraper mais un contre-réflexe l'arrêta au milieu de son mouvement. Elle se sentait certaine que tout contact avec ce médium par lequel elle était entrée dans ce cercle infernal l'y renverrait. Elle préféra donc s'éclaircir la gorge, et appela assez faiblement :

« - Ron… ? »

Il y eut un bâillement et un raclement de chaise, mais ce ne fut pas Ron qui entra dans sa chambre d'hôpital. C'était Véronique, qui arborait des cernes et un regard un peu plus sévère encore que d'habitude.

« - Oh, bonjour, fit-elle de sa voix pâteuse.

- Hermione, écoute-moi attentivement, déclara-t-elle d'un air d'urgence, presque à lui saisir le menton pour la tourner vers elle. Je ne sais pas où, quand, vers quoi tu as été envoyée. Je t'expliquerai plus tard le détail, si j'ai le temps, mais il y a plus urgent. D'accord ? »

Elle hocha la tête, assimilant l'information. Ce n'était pas la première fois de sa vie qu'elle devait s'adapter brutalement à des conditions inattendues. Le fait même de lui dire qu'on ne lui disait pas tout raviva sa curiosité, mais les années lui avaient appris à retenir ce penchant qui était naturel chez elle.

« - Ce qui t'arrives n'est pas dangereux, en soi. Il peut te retourner un peu le cerveau et la vision du monde, mais il n'y a pas de raison pour que tu en sois réellement abimée psychiquement à vie.

- D'accord, s'entendit-elle soupirer, découvrant combien cela la soulageait.

- Cependant, insista sa collègue Langue de Plomb, si tu y résistes comme je pense que tu le fais, alors cela peut te tuer.

- Y résister ?

- Si tu cherches à conserver une… conscience personnelle ?

- Oh, fit-elle en comprenant. Je dois… rentrer dans cet autre moi-même entièrement. Mais, quand j'en ressortirai…

- Je t'ai dit que cela changerait peut-être ta perception du monde mais c'est tout.

- D'accord, répéta-t-elle encore inquiète. D'accord…

- Cela rendra l'expérience plus courte, et permettra à ton esprit de ne pas se distordre, épuisant ainsi ton corps.

- Bien, bien, ne pas résister. Comment ?

- Je ne sais pas, je n'ai jamais été soumis à un Fortunoscope. En te détendant, sans doute, conclut-elle d'une voix un peu plus douce, visiblement soulagée d'être arrivée au terme de son message. »

Hochant la tête, elle se mit à appliquer ce qui lui semblait le plus proche du conseil, sans réfléchir à l'évidente conséquence de son action. Inspirant fortement, elle ferma les yeux en expirant, très lentement. Le monde se mit à tourner, mais elle continua résolument à souffler.

.

« - Tu as passé de bonnes vacances, Hermione ?

- Oui, oui, et toi ?

- Pas mal. Elphias m'a écrit tous les jours, ça aide.

- Il était resté à Poudlard ?

- Oui, ses parents étaient en vacances, je n'ai pas tout suivi, fit Albus avec un geste vague de la main. Mais mon frère a été insupportable…

- Tu as un frère ? demanda-t-elle avec son habituelle curiosité.

- Oui… On s'entend bien, en général, mais il n'est… Enfin, nous sommes très différents. »

Il avait l'air gêné par la conversation, son regard fuyait un peu, et avec un tact qu'elle n'avait pas souvent, elle se tut un moment, le temps de le laisser passer à autre chose. Dans la calèche qui les ramenait vers la grande bâtisse, il prit le temps de balayer du regard le long chemin qu'ils parcouraient, avant de reprendre d'un ton très changé, beaucoup plus sûr de lui :

« - Tu as passé de bonnes fêtes ?

- Oui, oui, plutôt. Je suis fille unique, se sentit-elle obligée de préciser, comme si cela avait directement à voir.

- D'accord. »

Les calèches ralentissaient, ils descendirent et commencèrent à marcher vers le château. Il y avait de la neige partout, et il faisait déjà nuit : l'école apparaissait dans le noir, avec ses lumières aux fenêtres. Cette vue, une fois encore, l'impressionna fortement et elle eut envie de s'arrêter pour tout contempler.

« - Connais-tu Elphias ? demanda-t-il en la tirant de ses pensées.

- Oh… Euh, non, non. Enfin, pas vraiment.

- Je vais te le présenter. Si tu veux bien…, ajouta-t-il avec une vague timidité qu'il n'avait guère, d'habitude. »

.

Elle cligna des yeux. Elphias était en train de leur poser une question sur de la métamorphose. Albus était très occupé à faire léviter une bouteille d'encre en la faisant se retourner sans en renverser, et c'est Hermione qui se colla à l'explication. Le mois de février s'achèverait bientôt. Son amitié avec Albus et Elphias ne faisait que se renforcer : combien il était, finalement, plus facile de s'entendre avec des garçons que des filles !

Dans un coin de la salle, Josefa-Marie, avec qui elle n'avait toujours eu qu'une amitié de circonstances un peu fausse, était entourée de deux ou trois autres filles de leur âge, et parlaient rubans et coiffures. Elle n'avait pas du tout cherché à entrer en conflit, mais l'autre avait décidé de la classer dans les filles de mauvaise conduite, à rester ainsi avec des garçons, et ne lui adressait plus la parole du tout. Elphias, qui était bien moins brillant qu'Albus, mais tout de même très gentil et particulièrement intelligent pour ce qui était des relations humaines – bien plus que son ami, sans doute – lui avait dit d'un air entendu que ce genre de comportement, c'était du dépit. Peut-être.

En tout état de cause, elle se sentait bien plus à l'aise, ici, maintenant, qu'elle ne l'avait été depuis le début de l'année. S'étirant dans un bâillement, elle reporta le regard sur l'opération difficile à laquelle se dédiait Albus. Sa magie était vraiment agréable à regarder, mais elle ne cessait pas de lui inspirer une légère jalousie. Pourtant maintenant, c'était fini, elle n'avait plus peur de ce garçon, ni d'hésitation en sa compagnie. Elle se saisit de sa baguette et, fermement, la pointa en direction de l'encrier, puis marmonna aussi doucement que possible. L'encre prit une teinte rouge et se mit à chauffer, déconcentrant Albus qui, de justesse, récupéra le contrôle et rangea tout le liquide dans son contenant.

« - Hermione !

- Désolée, c'était plus fort que moi, fit-elle sans parvenir à cacher un rire. Jolie lévitation, cela dit !

- Ouais… joli rouge, malgré tout, dit-il en écho. »

C'était si bon, se dit-elle, d'avoir des amis. Dans des instants comme celui-ci, il lui semblait que tout irait bien. Sa confiance en ce monde de magie, qui lui avait été totalement étranger six mois plus tôt, remontait en flèche. Elphias était un grand bavard, Albus beaucoup plus silencieux ne parlait que par à-coups. En leur compagnie, elle se sentait à sa place malgré tout. Elle pensait que, peut-être, pour une fois, elle avait des amis.