Le rêve de Harry

J'ai encore fait ce cauchemar !

J'étais dans la salle de bains des préfets et je prenais une longue douche chaude. Je chantonnais. A cette heure-là personne ne viendrait m'ennuyer, il était tard, tous devaient dormir. Je chantonnais donc, dos à la porte, quand j'ai senti un souffle sur ma nuque.

- Je suis venu en… ami. Tu as peut-être besoin… d'aide ?

Sa voix familière me fit frissonner. Je sentais la chaleur de son corps brûlant très proche du mien. Je n'osais pas me retourner. Que voulait-il ? Etait-il, était-il… nu ?

- Oui… me susurra-t-il…

Le timbre de sa voix était comme une caresse sur mon corps vulnérable. Soyeuse. Mon pouls s'accéléra.

- Que, que veux-tu ?

- Toi, bien sûr…

Moi ? Moi ? Pourquoi moi ? Il posa alors ces deux mains sur mes épaules et commença à m'embrasser dans le cou. J'étais pétrifié. Il me retourna face à lui. Oui, il était nu. Oui, il m'enlaça. Sa langue habile jouait avec le lobe de mon oreille. Oui, j'aimais ça. L'eau chaude continuait de couler sur nos deux corps. Il s'amusait avec une de mes mèches et son autre main me plaquait contre lui. J'étais coincé entre deux murs : un fait de ciment, l'autre de chair. Mais je ne cherchais pas à fuir. Je me trouvais bien même. Il voulait m'embrasser. Je détournai un peu le visage :

« Je veux que tu m'aimes Draco… »


C'est toujours à ce moment-là que je me réveille.

Les premières nuits, je hurlais. Mais maintenant… Ce cauchemar (puis-je encore appeler ça un « cauchemar » quand chaque matin, j'attends impatiemment le soir pour me retrouver de nouveau dans ses bras ?) a commencé en même temps que les réflexions… tendancieuses de Draco, quel que soit l'endroit ou le moment. C'est toujours quand je ne m'y attends pas. A la sortie d'un cours, quand on se croise sur le terrain de quidditch, dans le hall…

Tout a commencé quand il m'a dit qu'il pensait à moi nuit et jour. « Surtout la nuit, » il a ajouté. Je m'attendais à tout venant de Malfoy, sauf à ça. Je n'ai pas su quoi dire. Je… je ne me suis jamais posé la question finalement de savoir ce que j'aimais… enfin… des filles ou des garçons… encore moins Draco Malfoy ! Je déglutis. Je n'ai pas su quoi dire. Mon cœur s'est mis à cogner dans ma poitrine ! Ouh, j'ai chaud ! Je dois être tout rouge ! Calme-toi. Pense à autre chose. Pense à autre chose. Il pense à moi ! Puis il a sorti « Le Kama-Sutra pour sorciers. » C'en était trop ! Non seulement il pensait que j'étais… enfin… que j'étais attiré par… par les garçons, mais en plus il me prenait pour un obsédé ! Je crois que c'est ça qui m'a mis en colère en fait. Heureusement, Ron est arrivé.

Mais depuis, il me poursuit. Ce matin, par exemple, j'étais à la bibliothèque avec Hermione et Ron et je suis allé chercher un livre sur les potions (je ne suis vraiment pas doué, faut vraiment que je travaille, sans parler de Snape qui s'acharne sur moi) et il était là. Adossé contre les livres, l'air désinvolte, le sourire en coin. Il n'a pas eu le temps de dire quoi que ce soit. Je suis devenu rouge comme une pivoine, j'ai crié et je suis parti en courant comme un possédé. Vraiment discret…

M'aime-t-il ? Et moi ? Je l'aime ? Je me sens tout chose quand je le vois. Je redoute son regard. Je redoute sa voix. Alors que je le fuis, lui me persécute. Si je suis tombé en quidditch c'est de sa faute. Oh, avant il me poussait pour ça. Là, j'ai plongé mes yeux dans ses deux grands lacs d'eau claire et il a passé sa langue sur ses lèvres cerise. Je n'ai pas vu le poteau et… je suis tombé… amoureux.

Amoureux ? Amoureux ? Amoureux de… Draco ? Mais c'est pas possible ! Réveille-toi Harry ! Pourrais-je être amoureux de Draco ? Non ! Je peux pas être amoureux d'un garçon, quoique cet été, j'aimais bien être avec Andiol, j'aimais le regarder bouger. Peut-être m'attirait-il… Et on a fait quelques trucs ensemble. Que ressentais-je lorsque nos mains s'effleuraient ? Je crois bien qu'après réflexion, je ne lui étais peut-être pas indifférent non plus… Bon, les garçons… peut-être… mais Draco Malfoy, mon cauchemar depuis sept ans, et tout ça à cause d'un rêve ? Je sais pas ! Je sais pas ! Je sais pas ! JE SAIS PAS ! Je sais plus où j'en suis ni ce qui m'arrive ! Je crois que je suis troublé par ses dessins, ses allusions, ses gestes. Et… je crois que… que oui, je suis amoureux. Oui, je voudrais sentir ses lèvres contre les miennes. Oui je voudrais qu'il passe sa main dans mes cheveux ébouriffés. Oui, je voudrais m'endormir contre lui. Mais qu'est-ce que je dis ? Je parle de Malfoy. Malfoy !

Après le fiasco de ce matin à la bibliothèque, j'en ai rajouté en potions (en potions ! pourquoi c'est toujours là que le pire arrive ?). Je rêvais et mon regard s'est posé sur Draco. Conscient que je l'observe, il pilonne de manière équivoque, moi je m'imagine lui caresser les cheveux. Ses cheveux me font penser à un champ de blé dans lequel j'aimerais me perdre. Sa peau ivoirine me trouble. Je repense au moment où je l'ai surpris torse nu dans les vestiaires. Rien que de penser au dessin parfait de ses muscles fins, j'ai chaud. Je secoue la tête, ferme les yeux mais quand je les ouvre je me noie dans ses yeux bleu pâle. Comment est-il lorsqu'il dort ? Ses cheveux d'or l'auréolent-il ? Sa bouche est-elle entrouverte ? A-t-il un sommeil agité ou paisible ? Murmure-t-il ? Draco, pourquoi me tourmentes-tu ? Oh, Draco… Tu es tellement beau que… que je souffre de te regarder.

J'étais tellement perdu dans mes rêveries que je n'ai pas vu Snape venir.

« Monsieur Potter, je vois que vous récidivez. Essayer de faire exploser la classe une fois ne vous suffit pas. 50 points en moins et vous resterez tous les soirs pendant un mois à nettoyer les chaudrons de vos camarades.

- Mais…

- 20 points en moins supplémentaires Monsieur Potter pour votre insolence. »

Je le hais celui-là ! Vieux croque-mort, va ! Même en enfer on ne voudrait pas de toi !

A la sortie des cours Draco m'attend.

« Alors Potter, t'en es déjà à 200 points en moins et tout ça en dix jours.

- LECHE-MOI MALFOY ! »

Bravo. Tu as dit une connerie Harry. Tout le monde te regarde bizarrement ! Même Ron… Evidemment, il fallait que tu hurles à ce moment-là ! Et que tu hurles ça.

« J'VEUX DIRE « LACHE-MOI ! »

Solution habituelle : la fuite.

Je m'enferme dans les toilettes et pleure. Ce serpent a semé le trouble en moi. Oui, je le désire. Quand je suis seul, je rêve que je suis dans ses bras. Je rêve que je lui dis tout bas ces mots quotidiens que l'amour encense. Quand je suis seul, j'imagine qu'il est tout près de moi. Je ne pourrais jamais lui dire tout ça. Je voudrais tant mais je n'ose pas. Je t'aime quand tu es près de moi. Je t'aime quand tu souris. Je me sens bien quand tu es là. Je pense à toi.

Mais toi, tu moques-tu de moi ? Tantôt amoureux transi, tantôt pervers, je ne sais plus quoi penser. Tes regards lubriques suivis de caresses bouleversantes. Tu as versé le poison dans mon oreille… A quel jeu joues-tu Malfoy ? Pourquoi t'amuses-tu avec mes nerfs ? Je te hais. Je te hais. JE TE HAIS ! Je... t'aime.

Je dois lui parler. Je ne peux plus rester comme ça. A le dévorer des yeux. Ce doute est une torture pour moi ! Je n'en peux plus ! Prends-moi ou jette-moi mais fais quelque chose. Hmmm… ça va être dur de lui parler mais je n'en peux vraiment plus…

Après notre entraînement, je l'attends. Il arrive toujours en avance, je n'aurai qu'à tarder dans les vestiaires. Ma gorge est nouée, mon estomac serré. J'arriverai jamais à lui parler.

« Qu'est-ce que t'attends Potter ? Que ta mère vienne te chercher ? »

Les battements de mon cœur accélèrent. Pourquoi même lorsqu'il me crache des insultes au visage me plait-il autant ?

Je ne trouve pas les mots. Le bleu de ses prunelles est comme la surface d'une mare gelée. Et je glisse dessus… Je tente de répondre mais les mots restent bloqués dans ma gorge. Sois courageux Harry !

« T'as perdu ta jolie langue, Potter ? »

Il s'approche de moi et me bouscule violemment. Au moment où il me touche, j'entends « Expelliarmus. » Ron.

« T''en as pas fini avec lui, Malfoy ?

- Oh… Le rouquin à la rescousse du balafré. Comme c'est mignon… Récupère-le ton petit ami. Il semble perdu.

- Malfoy, lâche-le. Viens Harry. »

Je tente de me dégager.

« Non Ron. Je… »

Je dois parler à Draco !

« Tu quoi ? »

Les autres joueurs de Slytherin arrivent. NON ! JE DOIS PARLER A DRACO !

« Viens Harry, ça grouille de vermine ici. »

Je prends mes affaires et je jette un dernier regard à mon bourreau. Ses yeux sont clairs comme un miroir. Je t'aime Draco…