1915 –

-C'est magnifique, Edward.

Maman me regardait avec un immense sourire, assise sur le sofa du salon. J'étais installé au piano et jouais sans m'arrêter. Ma passion pour le piano avait commencé très jeune, mes parents étant férus de musique classique. Aujourd'hui, je fêtais mes dix ans, et ils m'avaient offert un piano. Il était noir, et était immense.

-Tu es content de ton cadeau ?

-Très. Merci.

Je souris, et celui-ci se dissipa rapidement. Maman s'approcha de moi et embrassa mon front. Elle savait…

-Je sais que tu aurais aimé que ton père soit là, mon ange…

-Il n'est jamais là… Il aurait pu faire un effort…

-Je sais mon grand… Mais ton père doit travailler beaucoup pour qu'on puisse vivre comme on vit.

-J'ai l'impression que c'est devenu un étranger… Tout ce qu'il fait est manger, dormir, aller au boulot… Je le vois quatre heures par jour. Et encore… Quand il rentre du boulot, je dors souvent.

Maman vit la tristesse dans mon regard, et elle s'installa à mes côtés. Nous jouâmes notre morceau préféré, avant de faire un gâteau et de le déguster sur le perron avec un thé glacé. Nous étions en juin, et la chaleur était encore douce dans la ville de Chicago. La guerre avait commencé depuis un an déjà, et je m'étais pris de passion pour la bravoure des soldats américains, se battant contre l'ennemi, contre la mort. Combien de nos compatriotes étaient déjà morts ? Le nombre s'alourdissait de jour en jour.

-À quoi penses-tu, mon grand ?

-La guerre… J'aimerais défendre mon pays, moi aussi.

-Tu sais que tu n'en as pas l'âge. Et même si tu l'avais, je ne voudrais pas que tu y ailles. Tu es toute ma vie… Je mourrais de tristesse si tu venais à périr. Tu as tellement de choses à vivre, mon enfant… Ne gâche pas cela.

Je souris, et maman caressa mon visage. Nous jouâmes toute l'après-midi, et préparâmes le dîner après que j'aie fait mes devoirs. Je me couchais sans voir mon père, déçu.

1917 -

Mon corps fonctionnait plus lentement que d'habitude et j'avais des douleurs partout. La grippe espagnole avait frappé tout le pays depuis quelques mois, et les gens tombaient comme des mouches. Mon père avait succombé le premier, et ma mère l'avait attrapée. J'étais quasiment sûr que je l'avais moi aussi.

-Edward…

-Maman… Repose-toi.

-Non… Écoute-moi. Je sais que je vais mourir, moi aussi.

-N'importe quoi. Le Dr Cullen va te soigner… C'est un bon médecin.

Des heures passèrent, et le Dr Cullen rendit visite à maman. Bien qu'il ait des cernes sous ses yeux, sa fatigue n'entachait pas sa bonne humeur. Il avait l'air très jeune, bien que je ne puisse pas deviner son âge exact.

- Dr Cullen, êtes-vous marié ?

-Non, mon garçon. Je n'ai pas encore trouvé une femme avec qui vivre jusqu'à la fin de mes jours.

Il ausculta maman, et s'approcha de moi, prenant ma tête dans ses mains. Il l'inclina dans différentes directions et ses mains touchèrent mon cou et ma gorge.

-Ouvre la bouche, sourit-il.

Il plaça un bâtonnet dans ma bouche et prit une petite lampe. Avant de me demander de tousser.

-As-tu mal partout ?

-Oui… Depuis ce matin. Je tousse et je crois avoir de la fièvre.

Sa main caressa mon front et il grimaça.

-Pourquoi n'as-tu rien dit ?

-Je ne veux pas inquiéter ma mère... Elle doit se concentrer sur sa santé.

Dr. Cullen me jeta un regard déconcertant. Il savait que maman avait besoin de moi, qu'elle était la seule famille qu'il me restait.

-Je vais te mettre un lit ici, Edward. Ta mère a besoin de toi pour être en bonne santé.

Il avait raison. Le Dr Cullen était quelqu'un de bien. Pourquoi était-il comme ça avec ses patients ? Je voulais savoir comment cet homme pouvait être ce qu'il était alors qu'il était confronté à la mort chaque jour… Il voyait les gens dans leurs plus faibles moments et il trouvait le moyen de sympathiser et de faire comme si tout était normal, car il savait combien la vie était éphémère. Les infirmières installèrent un lit auprès de ma mère, et on me donna une tenue que j'enfilais quand elles furent parties.

-Edward…

-Maman. Tu devrais te rallonger…

-Tut, tut, tut. Je vais bien, mon grand.

Elle me couvrit avec la couverture, et caressa mon visage, avant d'essuyer la sueur qui perlait sur mon front. Lorsque les infirmières sont entrées avec de l'eau, ma mère m'aida boire.

-C'est moi qui devrait faire cela, maman. Pas toi.

-Tais-toi et bois, mon fils.

Une infirmière convaincu ma mère de retourner dans son lit, trop faible pour rester debout. Nous nous souhaitâmes une bonne nuit, et je m'endormis en voyant le visage bienveillant du Dr Cullen, assommé par la fièvre. Le lendemain matin, maman était de retour à mes côtés et m'aida à manger. Sa peau était devenue aussi pâle que la craie, et elle s'était amaigrie. Je pouvais apercevoir la douleur sur son visage. Le Dr Cullen interrompit mon inspection.

-Bonjour, Elizabeth. Edward.

-Bonjour, Dr Cullen, souris-je.

-S'il te plaît, Edward, appelle-moi Carlisle.

Il aida maman à se remettre dans son lit, ferma le rideau qui nous séparait et l'ausculta. Je l'entendis tousser à maintes reprises, et le docteur vint me voir.

-Carlisle, comment va-t-elle ?

-Vous devez tous deux se reposer. Vous soucier de l'autre ne vous fera aucun bien à tous les deux. Elle continue à avoir de la fièvre, tousse encore, mais ça va. Ne t'en fais pas mon garçon.

-Personne n'y a survécu… Elle mourra, n'est-ce pas ? Et moi aussi…

-On essaie de trouver un remède… Repose-toi, d'accord ?

J'entendis maman tousser et respirer avec difficulté. Les infirmières n'arrêtaient pas de venir et sortir, et j'entendis deux d'entre-elles parler dans le couloir, alors que la porte n'était pas complètement fermée.

-Pauvre femme… Qui penses-tu qui va partir le premier ?

La journée passa rapidement, je peinais à garder les yeux ouverts, et je toussais de plus en plus, crachant du sang de temps à autre. Il était tard quand je vis le Dr Cullen entrer dans la chambre. J'essayais d'entendre leur conversation, mais n'entendis que la fin.

-Faites-tout ce que les autres ne peuvent pas faire pour mon Edward… S'il vous plaît… Murmura Maman. Sauvez-le.

-Je vous le promets, Elizabeth.

Ma toux interrompit la conversation, et Carlisle ouvrit le rideau me séparant de maman. Il me regarda, et me fit 'non' de la tête. Maman était morte. Les larmes remplirent mes yeux, et les infirmières vinrent déposer un linge blanc sur le lit, avant de l'emporter. Carlisle prit ma main, et il me prit dans ses bras pendant que je pleurais la mort de ma mère.

1918 –

Les jours passèrent, et ma condition s'envenimait. J'avais de plus en plus de mal à rester éveillé, je toussais et avait du mal à respirer, et je sentais que j'étais prêt à mourir. Je rejoindrais maman et papa bientôt.

J'entendais le Dr Cullen venir à mon chevet chaque jour, caresser mon front brûlant de ses mains froides, soulageant pendant un instant la fièvre qui dévorait toutes mes forces. Je me battis contre la douleur et ouvris lentement mes paupières lourdes. La pièce était faiblement éclairée, et le médecin était à mes côtés, souriant tristement.

-Docteur…

-Shhhh… C'est bientôt fini. Ne t'inquiète pas. Je suis désolé, mais j'ai promis…

Je sentis son souffle contre mon cou, avant de le sentir me mordre. Mon temps sur Terre était terminé. J'allais finalement revoir ma mère et mon père. Soudain, la fièvre s'étendit à tout mon corps, comme si un volcan était entré en éruption à l'intérieur de moi. La douleur était atroce, brûlant chaque centimètre de ma peau, décimant mon corps. C'était insupportable. Ça me brûlait de plus en plus, et je crus que mon cœur allait sortir de ma poitrine tellement il battait fort. Le feu prit dans mes poumons et un cri atroce s'échappa de mes lèvres. Mon dos se voûta et je criais de douleur à chaque passage du feu sur mon corps. Combien de temps cela allait t-il durer ?

Ça va aller… Tu vas survivre. Je sais que ça fait mal, je l'ai vécu, mais tu te sentiras mieux après…

La voix était dans ma tête… Je ne comprenais absolument rien à ce qu'il se passait. J'avais juste mal. Mal à en mourir.

-Stop ! Stop… Pitié ! Stop ! Réussis-je à crier, entre deux vagues de douleur.

-C'est bientôt fini, mon garçon… Je te le jure.

Je réalisais que la voix de Carlisle et celle dans ma tête étaient la même… Je sombrais, épuisé par la douleur, et quand j'émergeais, je sentis que quelque chose avait changé. L'incendie en moi faisait toujours rage, mais c'était différent… Je sentais que le feu avait migré hors de mes extrémités et mon cœur battait toujours aussi vite. Puis, le feu se concentra dans mon cœur. La chaleur dans ma poitrine atteignit un niveau insoutenable. Le rodéo recommença à nouveau et je me cambrais. Mon cœur battait si vite, que c'en était terrifiant. Je sentis que la fin était proche quand les battements de mon cœur ralentirent, et que le feu disparaissait tout doucement, comme si la tempête était passée, laissant place au soleil.

Il me fallut un certain temps pour que je comprenne que j'avais arrêté de crier et que ma respiration était devenue moins frénétique. Puis le feu dans mon cœur commença à s'évaporer. Les dernières flammes libérèrent leur emprise sur moi et la course s'arrêta.

La transformation est complète… Il a survécu…

Mon cœur laissa échapper un dernier battement et tout se tut. Le calme plat. J'étais enfin serein et prêt à retrouver mes parents. J'ouvris les yeux, et vis Dr Cullen, posant un carnet en cuir sur la table de nuit. Un grondement féroce et guttural sortit de ma gorge, et le médecin me regarda, comme s'il avait vu le Père Noël.

-Que m'est-il arrivé ? Demandais-je.

Le pauvre, il est complètement désorienté… Que vais-je bien pouvoir lui dire ?

-Qui a parlé ?

-Personne n'a parlé, Edward.

-Si. Dans ma tête.

-Impossible…

Lirait-il dans les pensées ? Je ne savais même pas qu'un tel don pouvait exister… Edward ? Peux-tu m'entendre ?

-Arrêtez ! Arrêtez !

Tu peux m'entendre. Entendre mes pensées. Je savais que tu serais spécial, mon garçon.

-Arrêtez ! Je ne lis pas dans vos pensées… C'est ridicule.

-Je t'ai sauvé mon garçon… Tu es vivant. Tu n'es pas mort.

-Je brûlais… J'ai cru que j'allais devenir fou…

-Je t'ai…

Transformé. En un être spécial.

-Quoi ? Pourquoi vous parlez dans ma tête ?

Parce que tu peux m'entendre. Tu entends mes pensées.

-Que m'avez-vous fait ?

-Je suis désolé… J'ai terriblement pêché… Je t'ai sauvé, à la demande de ta mère.

Maman… Je me rappelais brièvement. Elle était morte avant que mon état n'empire, et avait demandé de me sauver lors de son dernier souffle.

-Sur son lit de mort, elle m'a demandé de te sauver, toi, la prunelle de ses yeux. Je ne connaissais pas d'autre moyen que celui-ci…

Carlisle alla ouvrir les volets, et je me regardais, alors que le soleil irradiait sur ma peau. Elle brillait, comme incrustée de diamants. Carlisle referma les stores, de retomber dans le fauteuil.

-Tu n'es plus l'Edward fiévreux et au bord de l'agonie… Tu es un vampire…

Je ressentis une brûlure dans ma gorge et entendis les pas de l'infirmière entrer dans la chambre. Son odeur était délicieuse… Son sang… Je voulais son sang.

-Edward… Regarde-moi, mon garçon.

-Ma gorge…

-Je sais… C'est la soif de sang humain… Tu dois résister.

-J'ai soif… Terriblement soif…

-Edward. Non.

Je me levais, m'approchais de l'infirmière en un instant et fermais la porte. Je caressais son visage et humais son odeur.

-Ne fais pas ça… Il y a d'autres moyens.

Je n'écoutais pas Carlisle et mordis la petite infirmière brune, qui cria quand mes dents s'enfoncèrent dans sa gorge. Je fus catapulté à l'autre bout de la pièce, Carlisle rassurant l'infirmière comme il pouvait. Je me relevais et Carlisle tendit son bras vers moi.

Ne fais pas ça. Nous ne nous nourrissons pas de sang humain. J'ai trouvé une alternative. Je sais que tu es terriblement assoiffé, mais raisonne-toi. Le sang animal est notre alternative. Je vais t'aider. Mais oublie l'infirmière. Ferme les yeux et écoute ma voix. Essaie de visualiser un bel endroit… Quelque part où tu aimes aller. Concentre-toi dessus. Voilà… C'est bien.

Quand je rouvris les yeux, l'infirmière était partie, et Carlisle me tendait une flasque en chrome.

-Bois. Ça calmera ta soif pour le moment, le temps que nous sortions d'ici.

Je pris la flasque, ouvrit le bouchon et vidais le contenu, laissant le liquide épais couler dans ma gorge en feu, qui se calma.

-Ceci est du sang de daim. Du sang animal. J'en garde avec moi pour quand je ne peux pas aller chasser…

-J'ai besoin de plus…

-J'avais oublié combien un nouveau né pouvait avoir soif, rit Carlisle.

-Nouveau né ?

-Tu es un nouveau né. Un nouveau vampire. Toutes tes émotions, tes sens sont décuplés… Ça peut être un peu déroutant, au début, mais tu t'y habitueras.

-J'ai besoin de plus.

-D'accord. Allons chasser, Edward. Je vais t'apprendre.

-Je ne veux blesser personne… L'infirmière ?

-Je lui ai dit que tu avais eu un délire paranoïaque du à la fièvre… Ne t'en fais pas.

Tu ne ferais de mal à personne, Edward, je te promets. Je vais te tenir à l'écart des humains jusqu'à ce que tu sois complètement capable de te contrôler.

Carlisle me passa une tenue citadine, et nous sortîmes de l'hôpital pour déboucher sur une ruelle vide de monde. Chaque son, chaque bruit était intensifié. Le rire d'une femme, les pleurs d'un enfant… Tout était décuplé. J'entendis les pensées d'un vieil homme qui marmonnait quelque chose à propos de son fils, celles d'une jeune femme qui se demandait comment la guerre allait se terminer et si son mari allait rentrer sain et sauf.

-Tu t'acclimates à ton pouvoir ?

J'hochais lentement la tête, et nous prîmes des rues vides pour nous rendre à la sortie de la ville. On traversa une grande route pour pénétrer dans la forêt. Nous nous arrêtâmes quand nous fûmes assez loin de la route. On grimpa dans les hauteurs d'un arbre, et Carlisle m'apprit à écouter.

-Ferme les yeux et écoute. Qu'entends-tu ?

-Un insecte tisse sa toile… Des pas… Lourds. Un cœur qui bat vite.

-C'est un ours. Le cœur de l'ours bat plus vite. Concentre-toi sur lui.

-Il est immense…

Déplace-toi en douceur sur la branche. Le moindre bruit risque d'alerter les animaux plus petits. Regarde bien.

Carlisle était accroupi sur une autre branche, prêt à sauter sur la bête. Il se leva, et plongea sur l'ours, qui tenta de se débattre, essayant de mordre Carlisle. L'ours perdit la bataille, et s'effondra au sol d'un seul coup. Je sautais à côté de la bête, et écoutais les conseils de mon créateur.

-Pour ne pas qu'il t'agresse, il faut lui sectionner la moelle épinière pour le paralyser. Après, il ne reste plus qu'à se nourrir. Essaie de sentir la veine pulsatrice… Sur son cou. Tu la sens ?

-Oui, c'est bon.

-Maintenant, tu peux te nourrir.

Je plongeais mes dents dans la veine de pulsation et sentis le sang couler dans ma gorge. Je remarquais qu'il était plus amer et moins goûté que le sang humain. Le feu s'étouffa doucement dans ma gorge, et une fois ma soif assouvie, je relevais la tête. Carlisle me regardait faire.

-Tu ne bois pas ?

-J'ai chassé hier. Je ne voulais pas risquer de te tuer en te transformant.

-On fait quoi maintenant ?

-On va enterrer le corps de la pauvre bête. Il faut couvrir ses traces pour ne pas être démasqués.

-Je ne sais pas si je pourrais le porter… Il est énorme.

-Ta force aussi est décuplée. Tu verras, c'est aussi léger qu'un oreiller.

Je souris à Carlisle, et soulevais la bête. Je m'attendais à quelque chose d'assez lourd, mais non. La bête était légère comme une plume. Carlisle creusa un trou, et je jetais le cadavre dedans, avant de refermer le trou.

1921 –

Malgré que je sois avec Carlisle, je sentais qu'il y avait un vide dans son cœur… Il cherchait son âme sœur. Il l'avait trouvé, dix ans auparavant, dans un petit hôpital de Colombus, dans l'Ohio. Esmé Platt, une jeune femme qui s'était cassé la jambe en tombant d'un arbre. Il m'avait tout raconté et espérait qu'au détour d'une rue, il la recroiserait. Carlisle rentra à la maison, et je vis qu'il avait une femme dans les bras. Il redescendit, et je lui demandais des explications.

-Esmé… Je l'ai trouvée.

-C'est elle là-haut ?

-Oui…

-Elle souffre le martyr... Carlisle, je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça…

-Je ne pouvais pas la laisser mourir, Edward…

Carlisle remonta dans la chambre, et je le suivis. La femme était allongée sur le lit de la troisième chambre, et Carlisle posa sa main sur le front d'Esmé.

-Ça va aller, Esmé… Tout va bien aller, ne t'en fais pas…

La femme arrêta de souffrir le martyr tant que la main froide était sur son front, mais j'entendis de nouveau ses cris dans ma tête dès que Carlisle enleva sa main. Je redescendis au salon, et j'entendis les pas de mon créateur derrière moi.

Je ne pourrais pas vivre sans elle, Edward…

-Même si elle doit passer par les flammes de l'enfer ? Ça fait un mal de chien, bordel ! C'est quoi pour toi ? De la satisfaction ?

Non ! Je sais ce que ça fait… Je m'en souviens comme si c'était hier.

La femme cria pendant des heures, et ça me donna un mal de crâne carabiné. Je partis faire un tour à l'extérieur en attendant, chassant des biches dans la forêt. Quand je revins, les cris n'avaient pas cessés, mais étaient moindres qu'avant.

Carlisle resta assis dans le salon pendant trois jours, attendant qu'Esmé se réveille, un verre de sang humain à la main. Il se levait de temps en temps pour vérifier si la transformation continuait.

C'est presque terminé…

Quelques heures encore, et j'entendis le dernier battement de son cœur, puis plus rien. Carlisle fila à toute vitesse dans la chambre, et je le suivis. Esmé ouvrit les yeux et regarda Carlisle. Ses cheveux caramel coulaient sur ses épaules, et elle et Carlisle se regardèrent pendant de bonnes minutes, puis elle me regarda.

-Tu es un ange à ses yeux, Carlisle, fis-je avant de quitter la pièce.

Je partis chasser pendant plusieurs jours, laissant Esmé et Carlisle se retrouver. Quand je retournais à la maison, Carlisle me prévint.

Elle est affamée, et tu as du sang sur ta chemise… Elle risque de te sauter dessus si tu fais un pas de plus.

Je déglutis, et enlevais ma chemise pour rentrer à l'intérieur, avant de foncer dans ma chambre.

Merci, fils.

1923 –

Je marchais le long de la rue sombre, cachant mon visage par une capuche. Je ne voulais pas risquer d'être vu. Cela faisait des mois que je courrais le pays à la recherche de sang frais, semant les traces de Carlisle et Esmé, et je ne voulais pas me permettre d'être découvert aujourd'hui.

Les immeubles se dressaient de chaque côté de la rue avec un seul lampadaire, dont la lumière déconnait. Je m'arrêtais à l'entrée d'une ruelle sombre et attendis.

J'avais traqué – et tué – pas mal de gens en sept mois… Des criminels, des violeurs… Ils méritaient de mourir. J'avais traqué ma dernière victime, un violeur d'enfants depuis six jours. J'avais observé ses moindres gestes, ses habitudes. Tous les soirs, il passait par cette ruelle, puis par le jardin public pour éviter de faire un détour. C'était trop dangereux de lui foutre une raclée dans le fameux jardin, des camés se droguant toute la nuit. La routine pouvait être extrêmement dangereuse, surtout pour mes proies. Je regardais ma montre. Il serait là d'un moment à l'autre.

Pile à l'heure.

Et juste au bon moment, il tourna au coin de la rue, sa silhouette éclairée par la lumière vacillante du lampadaire. Je me cachais dans l'ombre de la rue, et le laissais passer devant moi.

Idiot.

Je le suivis, prêt à attaquer. Il jetait des coups d'œil derrière lui pour voir s'il n'était pas suivi. J'accélérai le rythme de mes pas, toujours doux et légers, ne donnant aucune indication à ma victime qu'il était sur le point de répondre de ses crimes et sur le point de trépasser. Je lui sautais dessus et couvris sa bouche pour qu'on ne l'entende pas crier.

-Charles Evenson. J'ai mis du temps à te trouver... Tu devrais avoir honte de toi. Tu te rappelles de ta femme ? Esmé ? Celle que tu battais ? Celle que tu as détruite ?

-Esmé… Elle est morte !

-Non… Elle n'a jamais oublié ta violence. Elle n'a jamais oublié la mort de votre enfant ! Comment as-tu pu battre une femme si gentille ?! Fis-je en crachant du venin sur son visage. Esmé a survécu, a donné naissance à votre fils, malgré les coups que vous avez fait pleuvoir sur elle. Elle l'aimait, même si votre sang pourri courrait en lui. Votre fils est mort peu de temps après, d'une infection pulmonaire et c'est cela qui a tué Esmé…

Je le saisis par le poignet et lui chuchota à l'oreille.

-Tu ne pourras jamais faire à une autre femme ce que tu as fait avec Esmé.

Je lui tordis le bras, brisant son épaule. Des larmes coulèrent sur ses joues dues à la douleur et il tomba à genoux devant moi.

Bon chien…

-Qu'est-ce que tu cherches gamin ? Tu veux venger Esmé, c'est ça ? A cette heure, elle doit grouiller dans un trou, son corps bouffé par les vers de terre.

-Jouer… Mais surtout, je prévois de te torturer un peu, comme tu as torturé Esmé, et ensuite je te tuerai.

-Et la police t'arrêtera, rit-il.

-Ne t'en fais pas, il n'y aura pas de corps et pas de meurtrier.

Charles pâlit et je me mis à rire.

-Pourquoi moi ?

-Pourquoi pas ? Tu seras une leçon pour les autres. Les femmes devraient être aimées, chéries et traitées, pas une chienne que tu tiens en laisse.

Je sortis le couteau suisse que j'avais dans ma poche et l'ouvris pour en révéler la lame en argent. Ses yeux sortirent de ses orbites, et il tenta de se reculer pour éviter la souffrance que j'allais lui infliger. Je m'approchais de lui et fis glisser la lame sur sa cuisse.

-Il est temps de régler ton petit problème de supériorité, mon ami.

Je défis son pantalon, et le lui baissais en même temps que son caleçon tant bien que mal, exposant son pénis. Ses cris redoublèrent, sachant ce qui allait lui arriver dans les minutes à venir. Je plantais le couteau dans ses testicules et il se mit à crier comme une petite fille.

-Tu t'es servi de tes couilles pour faire du mal à ta propre femme, tu l'as torturée lieu de l'aimer et de la satisfaire. Esmé t'a-t-elle dit d'arrêter, de ne pas lui faire de mal ?

-Oui, répondit-il alors que des gouttes de sueur

-Et tu ne t'es pas arrêté pour autant.

-Non…

-Alors je serais sans pitié.

Je le punis violemment et sans merci, coupant ce qui faisait de lui un homme. Charles pleura, cria, et quand ce fut fini, il me regarda d'un air mauvais, une mare de sang entre ses jambes.

-Tu iras en enfer pour ça !

-Je suis déjà allé en enfer pour de nombreuses raisons, je sais ce que c'est. Je n'ai pas peur.

C'était un mauvais homme, qui avait fait de mauvaises choses et je faisais en sorte que cela ne se reproduise plus jamais. Charles finit par s'évanouir, mais la torture n'était pas finie. Au contraire. Je le giflais, et il émergea.

-Tue-moi… Pitié. Tue-moi.

Mon sourire s'agrandit, alors que je me penchais sur lui. Je le saisis par le col de sa chemise, et mordis son cou, avant de me nourrir goulûment pendant quelques minutes. Mais ce n'était toujours pas fini. C'aurait été trop facile de le tuer comme ça. Je le portais, pris les morceaux de sa fierté d'homme et le mit sur mon épaule, avant de courir à toute vitesse vers la périphérie de la ville. J'entrais dans la forêt avoisinante, me servant de son sang pour toucher les arbres. Je savais que des ours vivaient ici, et ils se feraient un plaisir de se nourrir d'un humain, pour une fois. Je le balançais sans ménagement au sol, et entendis au loin les ours. Mes mains couvertes de sang touchèrent de nouveau des arbres pour que les ours trouvent le corps. Mon dernier acte se constitua seulement de trancher sa gorge de son oreille gauche à son oreille droite, et je lui fourrais ses bijoux de famille bien profondément dans sa gorge.

J'entendis les ours s'approcher et grimpais dans un arbre pour observer les bêtes dévorer le corps du salaud qu'était Charles Evenson. J'essuyais le sang sur la lame de mon couteau suisse avant de ranger le petit instrument dans la poche de mon long manteau noir. Justice était faite. Esmé avait été vengée. Je restais regarder la scène pendant des heures, satisfait et plein d'adrénaline.

1925 –

J'avais passé environ deux ans à tuer des meurtriers, violeurs, voleurs etc. Carlisle et Esmé ne m'avaient pas cherché, et franchement, je commençais à me lasser de mon petit rituel. Je savais que si je voulais, je pouvais revenir, comme m'avait dit Carlisle avant que je ne parte.

Me regardant dans le miroir, je me sentis malade. Ce n'état pas moi, cette bête assoiffée de sang et de justice. Je remballais mes affaires dans mon sac, et partis en courant du petit appartement que j'avais loué. Je parcourus des kilomètres avant de retrouver ma maison. Carlisle et Esmé m'attendaient sur le porche. La première chose qu'Esmé fit, c'est de me prendre dans ses bras, avant de me sourire.

-Tu nous as tellement manqué, fit-elle en caressant ma joue.

-Edward, sourit Carlisle, avant de mettre sa main sur mon épaule. Tu reviens pour de bon, mon garçon ?

-Vous ne voulez pas de moi ici…

-Edward, tu sais que ce n'est pas vrai, soupira mon père adoptif. Alors, fiston ?

-Je voudrais rester si vraiment ça ne vous dérange pas. Je suis un monstre, murmurai-je.

Esme sursauta et me serra dans ses bras, et prit ensuite mon visage entre ses douces mains puis me regarda dans les yeux.

-Edward ! Tu n'es pas un monstre ! Rugit-elle avec une voix sévère. Edward Anthony Masen Cullen, tu n'es pas un monstre. Penses-tu que je sois un monstre ? J'ai tué des gens moi aussi… Ça arrive. C'est dur de s'acclimater à cette nouvelle vie. Ça prend du temps. Mais on a tout le temps du monde pour y arriver. Chacun s'acclimate à sa façon. Mais ça ne fait pas de nous des monstres.

-J'ai… J'ai tué Charles… Ton mari.

-Il l'a mérité, ne t'en fais pas… Il l'a mérité. Mon fils… Ça ne fait pas de toi un monstre. Maintenant, va te doucher et change-toi. Tu es tout sale.

-Merci, Esmé. Merci Carlisle. Je ne ferais plus jamais ça… Vous m'avez manqué, vous aussi.

Je montais les escaliers, et me déshabillais, avant de prendre une douche brûlante. J'y restais je ne sais pas combien de temps, les images de mes meurtres et les paroles d'Esmé dans ma tête. Comment pouvait-elle penser que je n'étais pas un monstre ? Je sortis de la douche et m'habillais avant de courir dans les escaliers pour aller me défouler sur mon piano. Je m'installe devant, et ferme les yeux, pour laisser mes mains fouler les touches. Ce fut la composition la plus déprimante que j'aie jamais composée. La deuxième fut plus sauvage et je fracturais accidentellement une des clés... Je sentis deux mains sur mes épaules alors que je terminais.

-Tout ira bien, fils, fit Carlisle. Si tu as besoin de parler, je suis là.

J'hochais la tête, il tapota mon épaule et partis. Je soupirais et me remis à mon piano. Cette fois, je jouais une belle et douce mélodie, et entendis un soupir derrière moi et je découvris Esmé après m'être retourné.

-Je préfère ça aux autres.

Elle me sourit, et vint s'asseoir à côté de moi sur le banc du piano. Je pris mon carnet de note, écrivis la composition et regardais Esmé.

-Je crois que je sais comment je vais l'appeler.

-Ah oui ?

-La chanson d'Esmé.

-C'est magnifique, Edward.

Ma nouvelle vie ne faisait que commencer, entre soif de sang, désespoir et éternité.