Le cœur battant, Tarah remarqua qu'il n'y avait plus de bruit. Plus de hurlement, de pleurs, de sirènes. Prudemment, elle ouvrit les yeux pour voir qu'elle ne se trouvait plus dans la bijouterie mais dans une ruelle. C'est là qu'elle comprit. Trop rapidement, elle tenta de se lever mais un poids sur elle l'en empêcha.
« Je suis là, grogna plus que ne parla Hayden.
-Merde... Hé Hayden relève toi... Hayden ! »
Le garçon ne bougeait pas, il marmonnait sans qu'elle ne puisse comprendre quoi que ce soit. Mais elle était sûre de l'avoir entendu jurer plus d'une fois.
« Renard, on est où ? finit-il enfin par demander distinctement.
-J'en sais rien, je crois que j'ai fais un Passage, dans la panique... »
Il se releva d'un coup pour voir la ruelle comme s'il ne l'avait pas remarqué. Elle lut dans ses yeux la peur. Les Passages en pleine panique n'était jamais bon. Quel foutoir... Elle maudissait ce foutu don du Passage.
Il existait une infinité de dimension, séparées par une sorte de voile, enfin Tarah n'avait pas trop suivi la théorie au centre. Tout ce qu'elle savait, c'est que les Passeurs étaient les seuls personne capable de traverser ce voile pour visiter les dimensions. Normalement, un Passage se préparait un minimum, les Passeurs, au centre, étaient informés de quelles dimensions il valait mieux éviter, celles qui n'exposaient pas trop de dangers et ainsi de suite. Pour accomplir un Passage en bonne et due forme, il fallait choisir sa destination. Là était le problème des Passages effectués dans la panique, aucune destination n'était choisie au préalable et le Passeur pouvait se retrouver dans une dimension pire qu'hostile. Pour l'instant, cela ne semblait pas le cas.
Tarah entendait les voitures rouler, elle percevait des bruits de voix étouffées dans les rues adjacentes à la ruelle où elle et Hayden se trouvait. De toute évidence, ils étaient encore à New-York. Maintenant, il fallait savoir ce qu'il y avait comme grande différence par rapport à son New-York. Elle savait déjà qu'il était impossible que cette dimension n'ai pas un côté hostile, c'était toujours le cas lorsqu'il s'agissait de Passage d'urgence. Elle se releva et s'approcha d'Hayden qui détaillait minutieusement les alentours. Enfin, à part des poubelles il n'y avait pas grand chose ici.
« Bon, tant qu'on aura pas trouvé dans quelle dimension on se trouve, je propose qu'on se planque, déclara Hayden.
-C'est la procédure en fait, railla Tarah.
-Oui... Bah écoute, pour une fois, on va la suivre. »
Alors qu'elle allait sourire, elle remarque la hanche gauche d'Hayden. Son t-shirt était déchiré et du sang coulait. C'est pas vrai, non ! Elle s'approcha de lui et regarda la blessure de plus près.
« T'inquiète pas j'ai déjà vu, dit-il, c'est superficiel, enfin ça me fait pas trop mal, juste éraflé. »
Elle ne répondit pas et se contenta de le regarder. Si sa mémoire était bonne, ils étaient obligés de rester six mois ici, une mesure de précaution ou un truc du style, elle ne se souvenait pas très bien, c'était Hayden le cerveau. Elle rabattit sa capuche sur sa chevelure un peu trop voyante. Hayden fit de même et, bras dessus-bras dessous, ils sortirent de la ruelle. Ils marchèrent longtemps dans les rues de New-York. Soudain, une vitrine attira l'attention de Tarah. Elle lâcha le bras de son meilleur ami et courut voir de plus près. Des figurines, des costumes, des bandes-dessinées. Elle regarda de plus près les figurines. Une sorte de robot humanoïde, ou bien était-ce une armure, rouge et bronze, à côté un homme dans un costume au couleur des États-Unis, un monstre géant vert. Les noms sous chaque figurine ne laissait pas place au doute.
« Hayden, tu te rappelles de la fille au centre, la jolie brune qui venait d'un monde de super-héros ?
-Celle qui se plaignait tout le temps des événements trop bizarre qui se déroulait dans sa dimension ?
-Celle-là même. »
Il lui jeta un regard confus, puis effrayé.
« Nan.
-Si, répondit simplement Tarah.
-T'es en train de me dire qu'on est dans une dimension avec des super-héros et des super-méchant qui se battent ? questionna-t-il.
-En gros. »
Ils auraient pu tomber sur pire, mais ça, c'était déjà gros. Elle lança un dernier coup d'oeil aux héros dont son amie au centre lui avait parlé. N'écoutant que d'une oreille à chaque fois, Tarah regrettait un peu de ne pas avoir fait plus attention aux détails que lui donnait la brune à l'époque.
Mais une chose était sûre. Il fallait qu'ils se cachent. Si jamais elle venait à perdre le contrôle de ses pouvoirs, ces héros aurait vite vent d'une personne capable de déplacer des objets sans les toucher.
Elle réalisa alors qu'elle n'avait pas surveiller du tout ses capacités et pourtant, rien de fâcheux n'était arrivé. Peut-être était-ce parce qu'elle ne paniquait plus. Enfin presque plus. Au fond d'elle, Tarah était effrayée. Elle se trouvait dans une dimension qu'elle ne connaissait pas, dangereuse en plus, avec pour seul repère Hayden. Il n'y avait même pas son frère... Shaun !
Avec le passage, Tarah avait presque oublié son jeune frère ! Il était encore là-bas, dans la bijouterie ! Les coups de feu... Et si il avait été blessé. Elle se souvenait juste de lui à terre, des coups de feu, des coups de poings. Sa respiration s'accélérait tandis que ses pensées la menait sur l'éventualité de la mort de son frère. Hayden devait suivre également ses pensées parce qu'il tenta d'attraper son bras quand la vision d'un Shaun au sol, du sang s'écoulant de l'endroit où la balle l'avait touchée s'imposa à Tarah. Des larmes coulaient sur ses joues et elle tremblait. Plus loin, un vendeur dans un kiosque à journaux observa, impuissant, toutes ces revues s'envoler et tomber sans raison apparente. Hayden vit aussi ce qui était en train de se passer et il tenta de raisonner Tarah. Mais elle ne l'entendait plus. Tout ce qu'elle voyait, c'était sa lâcheté. Elle avait abandonné son frère, il était sûrement mort à l'heure qu'il est. Elle l'avait laissé. Elle aurait pu ramper vers lui et effectuer un Passage avec lui. Mais elle n'avait penser qu'à elle. Elle était lâche.
Les vitres des voitures autour d'eux explosèrent. Hayden tenta le tout pour le tout et frappa Tarah. Heureusement, cela fonctionna et il lui attrapa la main.
« Faut pas rester là renard ! Cours ! »
L'entraînent avec lui, ils coururent le plus loin possible de l'avenue où ils étaient. Loin des dégâts qu'elle avait causé. Tarah sentait qu'il utilisait ses pouvoirs, il les poussait plus loin que d'habitude en forçant les gens à se déplacer à tel ou tel endroit, en tentant de leur faire oublier qu'ils les avaient vu. C'était dangereux et surtout, interdit par les règles des Passeurs. Révéler, même sans vraiment le faire, ses pouvoirs aux autres dans une autre dimension. Si il recommençait, il serait forcé de rentrer dans la sienne.
Leur course s'arrêta sous un pont. Personne n'était ici, personne ne pourrait les trouver. Tarah tentait de retrouver un rythme cardiaque normal tandis qu'Hayden s'asseyait sur le bitume, la tête dans ses mains. Tarah comprit en voyant ses sourcils froncés et ses yeux clos qu'il souffrait d'un horrible mal de tête. Il avait trop forcé sur son pouvoir. L'adrénaline l'avait fait tenir durant la course mais elle comprit qu'il était épuisé. Elle-même commençait à sentir les picotements de la fatigue dans ses yeux, son ventre gargouillait et elle avait la gorge sèche. Elle ne voulait pas bouger, c'est pourquoi elle se concentra sur ses sens. Pas loin du pont, elle savait qu'il y avait une épicerie. Elle s'assit et ferma les yeux, comme lors de ses entraînements. Elle se visualisa devant les portes automatiques, elle entrait dans l'épicerie. De l'eau. Visualisant une bouteille, elle la saisit, ainsi qu'un paquet de céréale. Puis, elle se concentra et attira jusqu'à elle les ravitaillements. En une seconde, elle les vit arriver sur elle. Elle les attrapa au vol et se désaltéra. Elle ne voulait pas perturber son moustique, alors elle posa le paquet de ses céréales favorites près de lui et se concentra à nouveau pour trouver des couvertures ou quoi que ce soit d'autre qui leur permettrait de tenir la nuit. Elle ne visualisa rien d'autre que ça, pas de lieu. Mais une fois l'idée en tête, elle y attira à nouveau à elle. Deux secondes plus tard, elle déposa sur les épaules d'Hayden une couverture noire. Elle s'assit à côté de lui et posa sa tête sur l'épaule du jeune homme. Si ils devaient passer six mois ici, dans ces conditions, elle allait finir par craquer. Elle jeta un coup d'oeil à sa montre qui indiquait qu'il était une heure passée. Le temps était clair et le soleil ne les effleurait même pas. Bien cachés dans l'ombre du pont, Tarah espérait que personne ne les repérerait avant une semaine. Vivre comme des fugitifs, elle détestait. Mais ils y seraient obligés.
A ses côtés, Hayden commençait à se sentir mieux, il appuya sa tête sur la paroi glaciale du pieds du pont.
« On peut pas rester là, murmura-t-il, c'est pas assez prudent.
-Et où veux-tu aller ?
-Ailleurs renard. Je veux pas vivre dehors. »
Génial. Elle avait trois solutions, aller voir si son appartement existait toujours dans cette dimension et si il était libre, se rendre dans une agence immobilière et regarder quels étaient les lieux libres où Hayden et elle pourrait se cacher ou bien trouver un refuge pour sans-abri, qui était la solution qu'elle aimait le moins. Elle devait se décider, et vite. Rien qu'en regardant Hayden, elle savait qu'il ne pourrait pas marcher avant deux heures, il était trop épuisé. Elle devrait le laisser là.
« Bon, tu te reposes ici, commença la jeune fille, moi je vais chercher où dormir cette nuit. »
Il s'apprêtait à rétorquer mais Tarah le coupa.
« Moustique j'rigole pas, bouge pas, ok ?
-Ok c'est bon », soupira-t-il.
Elle se leva et partit de là où ils venaient. Les rues étaient les mêmes, elle se repérait assez facilement même si elle ne sortait jamais, son sens de l'orientation était inné. Bientôt, elle fut à l'emplacement exact de leur immeuble. Mais à la place de l'immeuble se trouvait un supermarché. Génial. Elle soupira et fit demi-tour. Sur le chemin, elle avait vu deux ou trois différentes agences immobilière. Elle marchait tout en observant les alentours, mains dans les poches. Elle avait les poings serrés et les mains moites. Et si elle perdait de nouveau le contrôle ? Elle savait qu'il fallait éviter de pensé à cela mais c'était plus fort qu'elle. Alors qu'elle repoussait les horribles visions de son frère mort, elle réalisa. Ses parents. Que feraient-ils ? Si... Lorsqu'ils apprendraient qu'il y a eu un cambriolage qui a mal fini, près de chez elle, et qu'ils découvriraient le corps de Shaun, blessé ou mort, mais pas une trace de leur aînée, ils comprendraient. Qu'elle avait fui. Cette fois, ils ne lui pardonneraient pas... Cette fois, ils ne se contenteraient pas de partir loin d'elle...
Chassant d'une main les larmes qui perlaient de ses yeux, elle s'arrêta subitement. Personne ne faisait attention à elle. Enfin, c'était l'impression que les gens donnaient. Au centre, ils avaient été formés à détecter si ils étaient suivis ou espionnés. Et elle le savait, des gens à l'instant même était en train d'étudier ses moindres faits et gestes. Elle ne voulait pas savoir qui, elle devait réagir comme on le lui avait appris. L'air de rien, elle reprit sa marche. Elle avait peur. Dans une rue plus loin, des gens ramassaient les débris de verres. Les verres qu'elle avait fait exploser en arrivant. Elle devait rester calme. Elle voyait devant elle l'insigne de l'agence, encore quelques pas et elle y serait. Se comporter comme une citoyenne normale. Elle s'arrêta et lut toutes les annonces. Elle repéra un appartement plutôt spacieux pas très loin du pont où ils étaient. Ok, ça c'est fait. Elle mémorisa l'adresse. Elle hésita quelques secondes à faire venir les clés jusqu'à elle malgré les espions. Ce ne sont que des clés après tout, peut-être qu'ils ne verront rien. Au lieu de se concentrer, elle les appela juste, elle avait trop peur d'être vue. Une seconde après, elle marchait en serrant fermement dans sa main la clé de leur futur maison, pour les six mois à venir. Un peu anxieuse à l'idée d'avoir été vu par ces gens qui la suivait, elle accéléra le pas.
Pourtant, elle sentait toujours qu'elle était suivie. Elle décida d'emprunter une ruelle, des chemins plus sombres. Ils n'allaient sûrement pas la suivre ici, non ?
C'est seulement une fois qu'elle fut hors du vacarme de la rue principal qu'elle se détendit un peu. Elle venait d'emprunter une ruelle adjacente menant droit au pont quand elle entendit des bruit de pas derrière elle. Quatre personnes. Ils y avaient quatre personnes qui la suivaient. Brusquement, elle fit volte-face. Elle n'eut pas le temps de voir leur visage, juste leurs armes pointées sur elle. Alors, tout le flot de panique et de peur qu'elle retenait se déversa en elle. Elle ne contrôlait plus rien et ne voulait plus rien contrôler. Juste être loin d'eux. Elle les envoya s'écraser contre le mur de la ruelle en face et s'enfuit en courant. Elle se concentrait sur elle-même, elle savait qu'elle serait capable de se porter et de voler pour rejoindre Hayden, mais c'était beaucoup trop risqué. Des carreaux explosaient ici et là sur son passage.
A bout de souffle, elle atteint l'ombre rassurante du pont et se précipita sur son ami.
« Hayden debout ! Lève-toi on a pas le temps !
-Quoi, attends qu'est-ce qu'y s'passe ? bafouilla-t-il.
-J'ai été suivie ! Cours ! »
Elle s'en voulait de lui imposer un nouvel effort, mais l'appartement se trouvait à deux rues d'ici, si ils se dépêchaient, ils l'atteindraient sans encombre.
Une fois sur pieds, le jeune homme courut à la suite de sa camarade. Elle n'allait pas trop vite, de toute façon elle ne sentait plus personne les suivant. Ils avaient ralenti l'allure sans pour autant marcher lentement. Une fois arrivés à l'adresse retenue par Tarah, ils entrèrent rapidement dans l'immeuble et grimpèrent jusqu'à l'étage où se trouvait l'appartement. Quand Tarah eut fermé et verrouillé la porte, elle se laissa tomber sur le canapé. Cette agence meublait les appartements de toute évidence. Elle ne se sentait toujours pas en sécurité pourtant. Hayden était accoudé à l'évier dans la cuisine, il sortit son paquet de cigarette et en alluma une.
Pour une fois, Tarah sourit devant ce geste. Peut-être qu'ils pourraient vivre à peu près normalement finalement.
Puis quelqu'un frappa à la porte.
