Possédé Par Un Exorciste : chapitre III.

Enjoy !


L'anglais passa la porte le premier, Kanda sur les talons. Ce dernier était plongé dans ses pensées et cherchait désespérément un moyen de régler leur problème. Il ne pouvait pas rester dans cette situation. C'était inadmissible. On ne pouvait pas détester et désirer quelqu'un en même temps, il fallait que cela cesse, et rompre le contact semblait s'imposer comme la meilleure solution.

_ Qu'est-ce que tu regardes ?!

Oui, vraiment. Et il fallait faire vite.

_ Rien du tout.

Kanda reçut un regard perçant et scrutateur, mais il dut le soutenir sans sourciller, sous peine de paraître véritablement suspect. Car, perdu dans ses réflexions, il n'avait pas eu conscience que ses yeux avaient trop longuement navigué sur la partie inférieure du dos de son colocataire. Colocataire qui, lui, en revanche, semblait l'avoir parfaitement réalisé.

_ Allons lire ces appréciations, suggéra-t-il toutefois sans relever. Allen supposa que son imagination lui jouait des tours, il n'y avait pas d'autre explication.

_ J'ai autre chose à faire.

_ Ceci est plus important ! rétorqua-t-il en agitant le document sous le nez de l'asiatique.

_ Absolument pas.

_ Tu ne veux pas savoir ce que les professeurs pensent de toi ?

Kanda soupira, exaspéré, et arracha la feuille qu'Allen tenait entre ses doigts.

_ Eh !

_ Il ne s'agit pas de ce qu'ils pensent de nous individuellement, idiot. Il s'agit de ce qu'ils pensent de nous ensemble. Je parie qu'il y a écrit exactement la même chose des deux côtés.

Il leva les deux feuilles côte à côte sous ses yeux et choisit un paragraphe au hasard.

_ Observe. Intitulé "Obscurantisme et religion" : "Duo brillant, excellentes aptitudes intellectuelles et grandes similitudes en terme de raisonnement. Déplore un cruel manque de cohésion et de coordination malgré les sanctions et les rappels à l'ordre, pénalisant à la fois le binôme mais aussi le reste du groupe au sein des travaux pratiques. A rectifier absolument.", récita Kanda. Voyons maintenant ta feuille... Oh, il est écrit exactement la même chose, comme c'est surprenant. Dois-je continuer ?

Allen soupira et essaya de récupérer son polycopier, mais Kanda l'en empêcha, levant la feuille hors de sa portée.

_ Rend-la moi.

_ Attends, étayons cela par un autre exemple si tu permets, dit le japonais d'une voix traînante, UF "Techniques de défense" : "Excellent binôme, performant tant sur le plan de l'exécution que de la compréhension, excellente interaction en combat et performances très similaires. La mésentente flagrante amène trop souvent au conflit. A corriger." Voyons maintenant la tienne ? Exactement la même chose.

_ C'est bon, j'ai compris !

_ On peut donc lire ça chacun de notre côté, si tant est que ça intéresse quelqu'un.

_ Ca m'intéresse, moi.

Kanda leva la tête et jeta un regard à son partenaire. Il avait dit cela trop naturellement. Pourquoi s'intéresserait-il à ce que les professeurs pensaient d'eux ensemble ?

Quoique pour ne rien cacher, ça n'était pas si étonnant que cela. Au final, celui qui les avait toujours conduits au conflit, c'était lui. Allen s'était montré pacifiste au début, et avait même eu l'air de faire de son mieux pour se faire apprécier.

Mais Kanda ne pouvait tout simplement pas, c'était épidermique. Quand le Britannique était dans le coin, son champ de vision ne se résumait brusquement plus qu'à lui. Et ça, ce n'était pas normal. Et cela devait cesser. L'asiatique était déterminé à brimer et étouffer cette invraisemblable attraction qui lui rendait la vie impossible, particulièrement depuis que l'objet de cette aberration était constamment sous son nez.

Pendant les cours, pendant leurs devoirs maison communs, dans leurs parties communes et parfois même, pendant les repas, quand leur charge de travail les obligeait à étudier ensemble tout en déjeunant ou dînant.

_ Nous allons encore être obligés de rester tout le temps ensemble..., souffla-t-il avec un air de pur effroi sur le visage.

Quelque part, cette expression horrifiée blessa Allen, mais il n'en montra rien. Il se demanda simplement ce qu'il avait fait au départ, pour mériter un tel mépris de la part de la personne avec laquelle il était censé s'accorder le mieux dans toute l'académie. Il se l'était demandé de trop nombreuses fois.

_ Je dois y aller, souffla-t-il en secouant la tête, choisissant d'ignorer la peine qui l'envahissait.

Sans attendre de réponse, il s'engagea dans la direction opposée.

_ Walker !

L'interpellé se figea. Une lueur d'espoir, folle et vraiment infime, le submergea l'espace d'une seconde. Peut-être allait-il se raviser ? Peut-être allait-il lui proposer de discuter de la meilleure décision à prendre ? Peut-être que Kanda allait enfin agir raisonnablement avec lui...

_ Je rentrerai vers 19 heures, veille à ce que la salle de bain soit libre. Et fais en sorte qu'on ne se croise pas, si possible.

La sentence tomba, et Allen ne pensa même pas à lui répliquer d'aller se faire voir, comme il l'aurait fait en temps normal. Il leva simplement une main au ciel en signe qu'il quittait les lieux mais qu'il l'avait entendu. Cet homme était un véritable cauchemar, il devait vraiment arrêter de croire en lui. De croire qu'entre eux, au sein de leur binôme, c'était encore possible.

Pourquoi n'y arrivait-il pas ?


C'était pour cela qu'il avait envoyé la lettre à Kanda l'été dernier. Au départ, le but était de provoquer une réaction chez son partenaire, comme une sorte d'ultimatum. Puisque rien n'était encore irrémédiable, si Kanda avait manifesté le moindre désir de faire des efforts pour faire fonctionner leur duo, Allen n'aurait pu être plus ravi, et il lui aurait bien entendu laissé une chance.

Mais devant la réaction du japonais, qui avait été d'envoyer directement une réclamation - dont Allen avait reçu la notification par son établissement, non pas par Kanda lui-même -, il croyait avoir pris conscience pour de bon que c'était peine perdue. Et que cette démarche était effectivement la meilleure chose à faire. Après tout ce que lui avait subir son binôme, et ce peu importe combien il avait essayé de se montrer cordial dans leur intérêt commun, l'étudiant avait décidé que son masochisme avait des limites.

_ Allen !

Perdu dans ses pensées, l'anglais n'entendit pas la personne qui le hélait.

Au final, c'était nettement plus simple de détester quelqu'un lorsqu'on se trouvait loin de lui. Il était persuadé d'avoir réussi à cultiver un vrai sentiment de mépris, et même d'indifférence, envers son partenaire. Mais maintenant qu'il l'avait revu...

_ ALLEN !

C'était une autre histoire. Evidemment que l'asiatique ne le laissait pas indifférent, le test les avait déterminés comme étant hautement compatibles. Il ne comprenait pas sa malchance, tous les autres duos s'entendaient, eux, et il en avait eu confirmation. Pourquoi pas le sien ?

_ Bon sang, qu'est-ce que cet enfoiré a encore fait pour que tu sois à ce point dans la lune ?

Le jeune homme sursauta tandis qu'une voix féminine teintée d'agacement raisonnait dans sa tête. Il sentit une main agripper son épaule et le forcer à se retourner.

_ Ah, Lenalee-san... désolé, j'étais dans mes pensées.

_ Il te crée déjà des problèmes ? déduisit l'étudiante perspicace.

_ T'occupe.

Allen se dégagea, gentiment mais fermement, de l'emprise de la jeune fille et se détourna, reprenant sa marche.

_ Allen ! insista-t-elle cependant en accourant à sa hauteur. Ils se mirent à marcher côte à côte dans les couloirs de l'université.

_ Ce n'est rien.

_ Je sais que tu es déprimé, n'importe qui pourrait le dire. Il faut vraiment que ça cesse, l'année n'a même pas encore commencé.

_ Je n'y peux rien, la décision ne me revient pas.

_ Est-ce que tu fais tout ton possible pour que ça marche, au moins ?

Allen s'arrêta, soupirant d'irritation.

_ Qu'est ce que tu crois ? Evidemment que je fais mon possible, ce n'est pas comme si j'y croyais encore !

_ Tu as déjà dit ça l'année dernière.

L'anglais plissa les yeux et son expression s'assombrit.

_ Où tu veux en venir, au juste ?

_ Je dis simplement que dès qu'il s'agit de lui, peu importe combien il te pourrit la vie et sabote vos études, tu es juste... tellement laxiste.

_ Laxiste ?! s'exclama Allen.

_ Oui, parfaitement !

_ Je rêve, ou tu me reproches de vouloir sauver notre duo ? N'importe qui aurait fait pareil à ma place.

_ Je n'aurais pas supporté le dixième de ce qu'il t'a fait subir ! s'emporta la chinoise. Heureusement, le couloir n'en était pas à son heure de pointe.

Cependant, les quelques têtes présentes se retournèrent avec curiosité dans leur direction. Ne supportant pas d'être épié et surtout d'étaler ses problèmes en public, Allen prit son amie par la main et la traîna dans son sillage. Cette dernière chercha à se dégager de sa poigne mais elle était ferme et implacable.

_ Où est-ce que tu vas ? Tu me fais mal !

_ C'est toi qui a voulu commencer cette conversation, souffla-t-il sur le ton de la confidence, alors allons la finir au calme.

_ Tu éprouves le besoin de te justifier ! Ça veut dire que dans le fond, j'ai raison, et que tu le sais...

Le britannique serra les dents, s'affectant au flegme qui était l'une de ses plus grandes armes et qualités.

Après avoir parcouru une centaine de mètres, ils accédèrent à l'internat et Allen l'emmena jusqu'à sa chambre.

_ Je n'ai pas l'intention de te suivre dans ta chambre ! s'indigna Lenalee comme si elle était victime d'une agression.

_ Je t'en prie, nous savons tous les deux que tu es la dernière personne à qui je ferais ce genre d'avances...

La phrase avait été dite innocemment et Allen ne put le voir, marchant devant, mais le visage de la jeune fille fut frappé par un éclair de tristesse.

_ Lâche ma main ! Je peux marcher seule, gémit-elle en se dégageant.

Elle réussit à s'éloigner. Allen lui jeta un regard suspicieux, puis haussa les épaules.

_ Très bien, mais n'essaie pas de t'enfuir.

Plus un mot ne fut prononcé jusqu'à ce qu'ils arrivent finalement devant la porte de leur chambre commune, à lui et Yuu.

_ Il est là ? s'inquiéta l'étudiante tandis qu'Allen cherchait son trousseau dans son sac.

_ Non.

Cependant, alors qu'il essayait de tourner la clé dans la serrure, il constata que le verrou n'était pas fermé.

_ Merde, marmonna-t-il. Tu restes là quand même ! Peut-être qu'il a oublié de fermer en partant.

C'était fort peu probable et il le savait. Mais il attrapa à nouveau la main de son amie juste à temps et la força à faire demi-tour alors qu'elle essayait de s'échapper.

_ Je ne veux pas le voir, tu ne peux pas m'y forcer !

_ Je ne comprends pas pourquoi tu le détestes autant, soupira Allen en franchissant la porte, traînant toujours une demoiselle réfractaire dans son sillage. Il ne t'a rien fait, à toi.

La jeune fille céda et se laissa emporter tandis qu'une pensée amer prenait son esprit d'assaut. Ce qu'elle ne supportait pas, c'était de le voir souffrir lui. C'était de voir combien il pouvait se montrer tolérant et patient avec cet odieux individu, quand tous les autres, et elle comprise, n'avaient pas le droit aux mêmes faveurs.

Allen était un être cordial et poli, mais aussi plutôt froid. Jamais vraiment proche, quand on pensait avoir réussi à gagner son amitié, quelque chose dans son comportement vous rappelait systématiquement à l'ordre. Même après qu'elle lui ait dit de l'appeler par son prénom, Allen s'était obstiné à utiliser un titre honorifique, histoire de montrer qu'il acceptait mais que la distance entre eux n'avait pas pour autant diminuée.

_ Qu'est-ce que tu fais là ? Je te croyais sorti, entendit-elle alors que l'anglais lâchait brusquement son poignet, comme s'il allait être pris en flagrant délie d'un crime hautement répréhensible.

Et pour cause, le grand Kanda Yuu trônait dans toute sa splendeur au milieu du couloir qui séparait la pièce en deux, visiblement prêt à partir vu qu'il avait revêtu sa veste d'uniforme ainsi que son arme d'exorciste, et qu'il tenait sa mallette en main. La chinoise dut reconnaître malgré elle que le jeune homme sous ses yeux était terriblement attrayant, avec son visage anguleux, ses traits marqués entourés de mèches ébènes. Son air revêche avait vraiment quelque chose d'élégant, seulement, se rappela-t-elle, sa personnalité gâchait tout.

_ Je devais récupérer quelque chose.

Il regarda derrière son partenaire, remarquant sa présence. Son air était totalement dédaigneux lorsqu'il lui offrit un "bonjour" d'un ton paradoxalement poli.

Après quelques secondes où elle resta silencieuse, fixant le japonais avec une animosité non contenue, elle répondit :

_ Oui, c'est ça, bonjour.

_ Tch.

Kanda claqua la langue contre ses dents et marmonna quelque chose comme "qui se ressemble s'assemble", avant de passer devant eux sans un regard.

_ Tu es dans le chemin, siffla-t-il et Allen se décala sans demander son reste, permettant au garçon de passer - alors que n'importe quelle personne normale et saine d'esprit se serait contenté de le contourner, et aurait même offert un "à tout à l'heure" suivi d'un signe amical, mais cela appartenait au domaine du rêve.

Quand la porte claqua, Lenalee soupira bruyamment.

_ Il est infect, cracha-t-elle.

_ En effet...

_ Je ne te comprends vraiment pas -

_ Justement ! l'interrompit Allen qui sembla tout à coup exploser.

Lenalee comprit alors pourquoi le garçon les avait isolés, une telle débâcle en public aurait été vécu comme la pire humiliation pour lui.

_C'est pour ça que je t'ai fait venir jusqu'ici ! Comprends bien une chose, je n'ai plus l'intention de me battre pour lui mais si je l'ai fait jusqu'à présent, c'est par pur égoïsme.

_ Subir tout ça, c'est de l'égoïsme pour toi ? Drôle de définition, le défia-t-elle, sachant pourtant que ce n'était pas une bonne idée. Allen restait imprévisible, lorsqu'il se retrouvait dans ce genre d'état avancé de colère.

_ Tu ne comprends pas. Même dans la situation actuelle nous restons les meilleurs de la promotion. Si nous nous étions entendus, nous aurions fait des miracles. Moi et Kanda, je sais qu'on a tout ce qu'il faut pour faire un très bon, même un excellent binôme. Alors d'avoir voulu le garder à mes côtés malgré les rejets et la preuve qu'il en souffrait, oui, c'était de l'égoïsme.

Lenalee ouvrit la bouche et inspira bruyamment. Elle n'en croyait pas ses oreilles.

_ "Qu'il en souffrait" ? "Qu'il en souffrait" ?! répéta-t-elle d'un air à la fois furieux et hébété. Tu te rends compte de ce que tu dis ? Te rends-tu seulement compte que, de vous deux, celui qui souffre ce n'est pas lui ?!

_ Vous ne le comprenez pas..., souffla Allen d'un air dépité.

_ Oh, parce que toi tu le comprends, peut-être ? s'exclama-t-elle. Je vais te dire, celui que je ne comprends pas personnellement, c'est toi, Allen ! T'obstiner à prendre sa défense comme tu le fais, lui trouver sans cesse des circonstances et des excuses alors qu'il passe le fait de te pourrir la vie avant ses études... avant vos études... Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi -

_ Je n'en sais rien ! l'interrompit alors le britannique d'un ton qu'il ne maîtrisait plus du tout. Je n'en sais rien, d'accord !

Lenalee sursauta et stoppa sa diatribe, fixant son ami en écarquillant les yeux. Et Allen se laissa glisser contre le mur le proche et termina accroupi, prenant son visage en coupe entre ses mains. Le cœur de la chinoise se serra de le voir si misérable tandis qu'en même temps, sa haine pour le japonais s'intensifiait.

_ Je suis désolée, Allen, je n'ai pas été très psychologue, s'excusa-t-elle en s'approchant doucement.

_ Pitié, ne me parle plus de psy..., marmonna son ami dans ses mains, si bien qu'elle ne fut pas sûre d'avoir entendu correctement.

Elle posa une main sur son épaule et lui appliqua une pression réconfortante. Elle aimait tellement ce jeune homme, sa gorge se serra douloureusement.

_ Tu ne sais pas ce que c'est, reprit-il après un moment, son visage émergeant de sa cachette. Je...

Allen s'arrêta et referma la bouche, mais Lenalee l'encouragea du regard.

_ Il... Il me fascine..., avoua-t-il finalement dans un murmure honteux. Son adresse, sa force, son intelligence. Il possède... absolument tout ce qui me fascine chez quelqu'un... C'est comme ça depuis le début, et je suppose que c'est normal. En dépit de tout ce qui s'est passé entre nous, il reste la personne avec laquelle je suis le plus compatible. J'ai arrêté de culpabiliser d'éprouver ce que j'éprouvais, mais les rejets... les conflits... Je ne le supporte plus.

La chinoise fut assailli par un profond malaise. Allen venait de lui confesser quelque chose de très intime, elle le savait. Cela aurait dû la réjouir, car d'une certaine façon, voir le britannique s'ouvrir ainsi à elle était très positif. Il venait de lui prouver qu'il avait confiance en elle, et qu'il l'estimait suffisamment pour se confier à elle. Mais cette nouvelle s'accompagnait d'un arrière goût amer. Car Lenalee fut également forcée d'admettre quelque chose qu'elle s'était toujours appliqué à ignorer et nier jusqu'à maintenant : l'anglais éprouvait des sentiments forts pour son binôme. D'une nature difficile à décrire, mais indéniablement puissante. Kanda occupait une place si importante dans l'esprit de son ami que la jeune fille n'était même plus sûre de pouvoir revendiquer la sienne, aussi infime soit-elle.

_ Je vois..., dit-elle.

_ Tu me juges, affirma alors l'anglais avec un regard à la fois triste et déçu.

_ Non ! assura Lenalee. En dépit de ses prises de conscience, elle ne voulait surtout pas lui faire regretter de s'être confié à elle. Pas du tout, je serai mal placée pour te juger.

Le garçon leva un regard interrogateur sur elle et la chinoise soupira.

_ Tu sais, tu as dit tout à l'heure que je ne savais que c'était...Pourtant, il y a une chose que je sais, Allen... c'est combien cela peut être dur, d'aimer quelqu'un d'inaccessible...


Kanda tournait à l'angle d'un corridor, Lavi sur les talons, trop occupé à ressasser ce que leur avait dit leur conseillère pour entendre ce que son ami balbutiait.

_ Eh, tu m'écoutes ? s'impatienta celui-ci.

_ Hm... marmonna l'asiatique sans lever ses yeux, qui restaient obstinément braqués sur le sol tandis qu'il progressait dans les couloirs.

_ C'est de toi que je parle, tu sais, le grand, le magnifique Yuu. Et personne d'autre, lança sarcastiquement Lavi pour attirer son attention.

_ Ne m'appelle pas comme ça.

_ Ah, ça, tu relèves !

Le rouquin soupira.

_ Désolé, je suis préoccupé, se justifia le japonais.

Lavi écarquilla les yeux. Oui, il devait vraiment être préoccupé pour s'être excusé.

_ C'est rien..., dit-il encore perplexe. Et peut-on savoir ce qui te préoccupe à ce point ?

Mais avant qu'il ait eu la chance d'obtenir une réponse, Kanda stoppa sa marche brusquement et se figea au milieu du couloir.

_ Quoi encore ?!

Lavi s'arrêta à son tour et jeta un regard agacé à son ami, mais celui-ci devint interrogatif quand il constata l'air ahuri qu'arborait le japonais. Il suivit la direction vers laquelle ses yeux s'étaient rivés.

Il tomba alors sur un groupe d'adultes, parmi lesquels il reconnut deux de ses professeurs, ainsi qu'un homme plus jeune en haut de forme, qui se rapprochait d'eux.

_ Kanda ? s'inquiéta Lavi, voyant que l'asiatique continuait de fixer le groupe qui progressait vers eux avec l'air de voir un démon prêt à lui bondir dessus. Qu'est-ce qui te prend ?

Le garçon lui accorda enfin son attention, secouant la tête comme s'il était victime d'hallucinations.

_ Tu connais cet homme ? demanda-t-il finalement en désignant l'inconnu à Lavi.

_ Non, répondit celui-ci en fronçant les sourcils. Mais je crois que c'est un nouveau professeur, pourquoi ?

Kanda était de nouveau en train de fixer le groupe d'adultes.

_ Un professeur ? répéta-t-il d'un air incrédule.

_ Je n'en suis pas sûr, comme il n'a pas été présenté lors de la cérémonie d'entrée. Enfin, s'il vient d'arriver, ça reste une possibilité. Pourquoi ? retenta le roux d'un ton insistant.

Kanda lui lança un regard incertain, et Lavi pouvait dire que son ami était fortement troublé malgré ses efforts pour le dissimuler. Il fronça les sourcils de plus bel.

_ Qu'est-ce qui t'arrive, Yuu ? Tu es vraiment bizarre...

L'asiatique hésita un instant. Lavi sentait qu'il était sur le point de parler. Puis finalement, il déclara :

_ Rien ! assura-t-il d'un ton sec, reprenant sa marche. Allons-y.

Lavi soupira et se résigna à le suivre. Il savait qu'il n'y aurait plus rien à en tirer, le bref moment de vulnérabilité que Kanda avait montré s'était dissipé aussi vite qu'il était apparu, et maintenant, il marchait d'un pas décidé à la rencontre des adultes, qui passèrent devant eux sans leur accorder d'attention.

Mais finalement, un des professeurs se retourna et remarqua le japonais.

_ Ah, Kanda-kun ! le héla-t-il en lui faisant un signe de la main. Viens par ici, s'il te plaît.

L'interpellé s'arrêta et grinça des dents. Il s'exécuta néanmoins, suivi de son ami, revenant en arrière de quelques pas. Il s'inclina respectueusement en arrivant au niveau de ses aînés. Il ne put cependant s'empêcher de couler un long regard sur l'homme inconnu.

_ Lotto-sensei, Noise-sensei, adressa-t-il poliment aux autres professeurs présents.

_ Kanda-kun, Lavi-kun, déclara solennellement la seule femme du groupe, voici Tyki Mikk-sensei, votre nouveau professeur de Transformisme et Métamorphose, il remplace Yeegar-sensei qui a dû partir en retraite anticipée, à cause de ses problèmes de santé.

Maintenant qu'il était à sa portée, Kanda réalisa combien son nouveau professeur était grand. Il devait pencher la tête en arrière à quatre-vingt dix degrés pour pouvoir le regarder dans les yeux, et cette constatation l'agaça encore plus qu'il ne l'était déjà.

_ Enchanté, Messieurs..., lança l'homme complaisamment, et sa voix envoya de longs frissons dans la colonne vertébrale du japonais.

Il n'y avait plus de doute possible, c'était bien cet homme, qu'il avait surpris avec son binôme à la fin de l'année précédente.

Cette réalisation le frappa brutalement et il faillit se sentir mal, mais il s'affecta mentalement au calme alors qu'il baissait la tête en répondant :

_ Enchanté, professeur.

Il serra toutefois violemment la mâchoire, sachant que la seule chose qu'il désirait faire maintenant qu'il avait cet homme sous les yeux, était de lui cracher au visage et certainement pas lui faire des courbettes.

Lavi suivit, et l'homme reporta son attention sur lui.

_ Vous êtes donc en binôme, j'imagine ?

_ Oh, non, s'empressa de démentir la professeur en faisant de grands gestes de la main. Allen Walker est le binôme de Kanda-kun, et ce sont les majors de cette promotion.

_ Vraiment ? s'enquit Tyki Mikk avec un sourire malicieux.

Il plongea son regard dans celui de Kanda. Le japonais fut accablé par le magnétisme qui se dégageait de lui.

_ Allen Walker..., souffla-t-il. Étonnant, que tu te balades sans ton binôme à tes côtés... n'est-ce pas ?

Il jeta tour à tour un regard concerné à chacun de ses collègues, avant de darder à nouveau ses yeux sur l'asiatique. Et ce dernier pouvait le jurer, il le défiait. Son expression aristocratique transpirait de condescendance.

_ Quoique, peut-être pas tant que ça..., ajouta-t-il finalement avant de se détourner.

_ La relation de ces jeunes hommes est un peu particulière, autant que vous le sachiez tout de suite, déclara Noise-sensei sous le regard réprobateur de professeur Lotto, laquelle lui faisait signe de se taire aussi discrètement que possible.

_ Ne vous en faites pas, je suis déjà au courant, lança Mikk-sensei, faisant froncer les sourcils de ses collègues. Cet antagonisme légendaire n'est un secret pour personne, voilà tout..., continua-t-il comme si cela pouvait tout expliquer.

Il jeta un autre regard à l'asiatique et lui offrit un sourire suffisant. Puis, ignorant superbement le meilleur ami du japonais, il retourna auprès des autres professeurs.

_ Continuons la visite, si vous le voulez bien. Messieurs, dit-il tout en reprenant sa marche.

Les deux étudiant firent une dernière révérence tandis que les plus âgés quittaient les lieux, et lorsqu'ils disparurent de leur champ de vision, Lavi darda sur son ami un regard plein d'interrogations.

_ Tu connais cet homme, Yuu ?

La question sonnait plus comme affirmation. L'échange auquel il venait d'assister entre les deux hommes l'avait fortement troublé.

_ Pas exactement, répondit vaguement l'asiatique.

"Pas exactement", répéta Lavi mentalement. Décidément, tout cela devenait de plus en plus étrange.

_ Ecoute, ne t'emmêle pas. Peu importe ce qu'il y a, ça ne concerne que moi.

Lavi fixa son ami, oubliant d'être vexé ou blessé par son manque de considération. Il avait l'habitude et savait que c'était simplement sa manière de dire "ne t'inquiète pas pour moi.".

_ Très bien, dans ce cas, je te laisse gérer, concéda-t-il avec un léger sourire.

Kanda eut l'air reconnaissant. Puis, tournant la tête, il observa l'endroit d'où son nouveau professeur venait de disparaître. Les images de leur échange se mêlèrent à celles d'Allen dans son esprit, convergeant ensemble pour lui rappeler que cet homme n'était autre que l'amant mystérieux de son binôme.

Il ferma les yeux douloureusement, ne sachant pas ce qui l'abattait le plus. Était-ce le fait de savoir que cet homme était un professeur qu'il serait forcé de côtoyer tout le reste de l'année ? Était-ce le fait qu'une rage sourde, beaucoup trop semblable à de la jalousie, le tiraillait chaque fois qu'il croisait son regard ? Était-ce le fait de devoir admettre qu'il l'avait écrasé par sa prestance, et qu'il se trouvait être encore plus séduisant que dans les souvenirs qu'il avait de lui et Allen, cette fameuse nuit... Kanda supposa que c'était un cumul.

Involontairement, sa rancœur envers son binôme s'épaissit. Il savait que ce dernier n'y était pour rien, que sa réaction était totalement injuste, mais c'était incontrôlable. Allen était une source de souffrance si intense pour lui qu'il ne pouvait s'empêcher de le haïr.

Quoique, en son for intérieur, c'était surtout lui-même, que Kanda haïssait...


Mille excuses pour le retard, j'espère que ce chapitre a su récompenser votre attente ! Merci de me lire et à très vite pour la suite *3*